Festival
Rumble Theory
les 17 & 18 Octobre 2008
au Mondo Bizarro
(Rennes)
Ça y est ! C'est la rentrée, et le retour du
rock'n'roll (on dirait !) en notre bonne ville de Roazhon. Et autant dire que s'il a fallu attendre la mi-octobre pour voir la musique revenir en force dans nos contrées, le week-end est
cette fois-ci presque trop rempli, puisqu'à côté de l'alléchant festival que je me propose de vous chroniquer, on avait aussi droit le vendredi à la pièce musicale Le Dieu Fou, interprétée à La Bascule par nos ennemis de Beyond, d'où absence évidente dans notre article des pourtant
éternels Mr Honk, Damnaë et autres isAAAc, ni du dangereux King Low, lancé à corps perdu dans une mission médicale de psychiatrie gériatrique (ça promet !), et le
samedi au concert des mythiques trash-punks d'Exploited au Bacardi, dans les Côtes d'Armor, concert qui apparemment valait bien sa gamelle en
cahuètes...
Mais revenons à nos moutons, et donc à votre serviteur,
arrivé sur les lieux pour une fois à 21H précises (OK, c'était écrit 20H30 tapantes), soit, ce qui tient du miracle, quasiment presque à l'heure, pour la première partie de ce mini-festival. Eh
oui, pour une fois pas de retard intempestif ni d'arrivée déjà semi-cramé, puisque d'apéro il n'y eut point, les Krasheurs vaquant chacun à leurs diverses occupations (et notamment pour la
plupart ce fameux live de Beyond, par ailleurs disponible en écoute sur notre site). C'est donc presque frais, et à peine équipé d'une fiole de punch maison (l'EPO du rockeur) que je
débarquais dans la place, où, splendeur !, personne n'avait encore commencé à jouer, et autour de laquelle gravitait déjà une certaine populace. Plutôt bon signe, surtout quand on repense à
certains concerts de l'année dernière (on pense à Action Beat, notamment, un peu avant l'été), où on arrivait péniblement à réunir 30 pellos pour des groupes pratiquant pourtant du son
d'excellente facture. D'où d'ailleurs la lassitude d'assos comme K-Fuel qui firent pendant un temps grève des playlist et n'actualisèrent plus leur site, en pointant par ce biais ce qui
paraissait être le manque d'intérêt local pour ce qui est de la bonne musique.


Alors, se disait-on, le rock'n'roll serait-il mort ? La
crise économique allait-elle l'enterrer ? Ou l'esprit fin du monde ramènerait-il le peuple dans le cœur orageux de salles désenfumées ? C'est ce qu'il s'agissait ce week-end là de voir,
avec ce petit festival, pointé comme éclectique (MathRock, Noise, Postrock, FreeJazz et même FatalFolk), qui présentait pas moins de 6 groupes différents (dont les mythiques Möller et les
rustiques australiens de Scul Hazzards) sous la bannière non pas d'une, mais de 5 associations, réunies toutes en pack pour créer l'événement, soit nos amis de K-Fuel, GarageSoupeBébéBrusque (??!), Insomniac, Moo (les infernales musiques obliques de l'orientalisant Jean-Louis)
et KDB. Moins de risques financiers, plus de vrais bénévoles, et plus de potes à venir (effet bouche-à-oreille), l'idée paraissait noble,
restait à la tester !...
Toujours est-il que quand le 1er groupe entre sur
scène, un peu avant 21H30, le pari semble déjà à moitié gagné, puisqu'il y a déjà dans la place près d'une cinquantaine de personnes, apparemment peu concernées par ces sombres histoires de
boycott du Mondo, liées au concert quelques semaines plus tôt de ce que certains pensent être un groupe de skins (le groupe lui-même s'en défendant, à ce que j'ai pu comprendre...), et qui
amènerait toute une partie du public punk à désormais refuser de se commettre en ce lieu (Attention, là, c'est du lourd !...). Personne n'a l'air, en tout cas ce soir, ni d'ailleurs
globalement de tout le week-end, de vraiment prendre au sérieux ce mini-scandale, d'aspect bien ridicule (rappelons que pour certains, Wattie et les Exploited sont presque des
nazis !...), qui sous-entend tout de même que Bruno et Big Steph, notamment, soutiendraient ou seraient en accord avec des gaillards et de la propagande d'extrême
droite !... On hallucine quand même un peu quand on connaît les deux compères et leur parcours, et quand on voit la liste des groupes qui ont joué ces dernières années ici, un sacré bon
paquet d'entre eux (notamment dans les combos punks) se revendiquant anti-fachistes, et proches des anars libertaires. Mais bon, quand une idée géniale se lance, souvent autant le dire à base de
3 fois rien, bien dur comme d'habitude d'arrêter aussi vite la montée en puissance de la connerie humaine...
Enfin !... Ces tristes constatations passées, venons-en
tranquillement à la zique !!!
Et c'est Fago Sepia, un quatuor de rennais, qui vient
ouvrir le bal du Rumble Theory. Leur musique est ce qu'on pourrait nommer du postrock jazz, instrumental, avec une formation classique à deux grattes, basse, batterie, sans voix,
producteurs d'une musique subtile, très essentiellement mélodique, qui fait parfois penser, dans le genre contourné, à certains morceaux calmes des plus anciens certains Don Cab.
Nous fait parfois penser, dis-je, car s'il est évident qu'ici ça touche niveau technique, chacun des 4 membres étant bon musicien, et si l'ensemble révèle parfois de bons passages, il leur manque
cruellement une vraie intensité, et le poil de folie qui les feraient décoller... Leurs divers morceaux s'écoutent, sans déplaisir, mais le côté mélodieux, axé sur les aigus, nous amène rarement
des montées véritables, ou bien une réelle transe. C'est plutôt agréable, mais on reste spectateur, plutôt intéressé sans être vraiment pris, d'autant qu'en général la structure de leurs tracks
donne assez peu souvent d'impression d'unité. On est plus près d'un type de jazz au son massif que des groupes free jazz noise de style moitié barrés, ce malgré la présence d'une section
rythmique qui, surtout la batterie, m'a pas mal emballée...
Avis mitigé donc pour ma petite personne, mais le groupe, en
partant, est longuement applaudi et, à ce que j'ai compris, a été apprécié... Parfait, parfait ! Grand bien leur fasse ! Le semi-calme, ce soir, ce n'était pas trop pour
moi !
Donc petit mini-break avant le groupe suivant, blasage et
picolage, et on l'enchaîne avec Rotule, jeune groupe rock noise de Brest formé voici deux ans à peine, composé d'un trio basse-batterie-guitare, rejoint il y a peu par un 4ème
larron, Mr Phantasy, qui opère aux machines, aux claviers, et parfois à la voix (dans un registre électro-indus bloc de l'Est que n'aurait pas renié sans doute notre bon kamarade
Groin).
Pour le coup, on est à des années lumières du jazz-rock
sophistiqué qui les a précédés. Rotule, c'est du lourd ! Du basique ! On sent les bons finistériens ! Des rythmiques de batterie assez simples (parfois même un peu trop),
tribales et bien obsédantes, avec dessus de bons riffs de guitare et de basse qui fleurent bon la vieille old school noise du début des 90's, genre rengaine hypnotique rentre-dedans qui te
martèle sèchement le cerveau et l'oreille ('Enfonce-toi ça dans le crâne !'), parfois assaisonnés de stridences électroniques (plus ou moins pertinentes), et de sessions vocales
genre brutales et bien space, assez intéressantes (avec un bon morceau, en français dans les textes, sur un steak de cheval, qui ferait bien fait plaisir aux gars de l'industrie de la
viande).
Et le résultat global, demandera-t-on ? Eh bien pour ce
qui est de moi (et la Miss Annette, sur cette action, était, semble-t-il, de mon avis), malgré d'évidents problèmes de cohésion nés à l'arrivée très récente d'un
4èmelarron, avec une partie digitale qui n'est pour l'instant pas totalement intégrée, et un batteur certes valable, mais qui pour
l'instant manque encore de souplesse et de groove (!!), Rotule dégage clairement une réelle impression de force et capte l'oreille et l'attention par des morceaux simples, répétitifs,
mais bien intenses, évoquant par instants du proto-Neurosis, et qui laissent augurer, avec un peu de travail, un groupe qui d'ici peu devrait marquer la place, et pilonner durement les
dancefloors rock'n'roll. Car on ne peut le nier, le potentiel est là, avec de bons plans gratte, un bassiste excellent, grand tatoué à l'ancienne, qui impose sa présence et un jeu bien puissant,
et le reste du combo qu'on sent en devenir, et qui devraient sous peu trouver leurs propres marques. Tout le monde, c'est certain, n'y croyait pas comme moi, mais j'ose dire qu'en l'état,
Rotule, c'est du solide (et ça fait bien plaisir d'écouter du bourrin à la Shellac old school, voire à la Terminal sur certains plans instru...), et que dans le futur, s'ils
ne dépérissent pas, selon mes pronostics, ça devrait envoyer !
Pari tenu ! Affaire à suivre...

Encore une petite pause, puis le plat de résistance :
concert de Möller, les rois de la noise rennaise, le premier depuis l'exil de leur batteur Fred à Paris, il y a quelques mois. Celui-ci se montrait d'ailleurs assez inquiet :
le week-end de répétition de la semaine précédente s'était trop bien passé, mauvais signe, selon lui, pour le concert à suivre...

Pas d'inquiétude de ce genre au niveau du public, qui
s'était massé nombreux (confirmant le succès réel de ce premier soir) devant la scène pour le grand retour des chouchous locaux, les Möller Plesset étant maintenant dotés en Bretagne
d'une côte plus que flatteuse dans les milieux dits souterrains. Décidé à n'en rien rater, je me retrouvais vite juste devant la scène, à un mètre de Gilles, leur chanteur escogriffe, à
côté, autre fan, de Jérôme d'Alphagraph lui aussi bien motive.
Et hop ! Ça commence ! Leurs riffs alambiqués
surgissent des deux grattes, calée sur les rythmiques syncopées du père Fred. Puis Gilles rentre dans la danse, les yeux déjà mi-clos, basculant sur lui-même comme un navire
en grosse mer, avec son chant spécial, décalé et comme ivre, qui n'appartient qu'à lui. Tout d'abord le plaisir de retrouver ce son, rock'n'roll incisif et subtil à la fois, surtout dans la
petite salle surchauffée du Mondo, mais le début, correct, n'est pas de leur niveau, et il faudra 2 ou 3 morceaux pour qu'ils se lancent, le volume d'origine étant un peu faiblard (Pousse le son,
Mitch !), et le groupe ayant besoin d'un minimum de temps pour reprendre la cadence après ces mois d'arrêt. Mais à vitesse grand V, ces soucis disparaissent, et on a alors droit à du
très bon Möller, avec des morceaux vifs, nerveux, qui tranchent dans le gras, le groupe faisant sentir à rejouer ensemble un plaisir évident qui s'empare du public. Celui-ci rapidement
commence à s'emballer, et les tubes imparables des deux premiers opus chaudement applaudis, hurlements à l'appui, ainsi que trois nouveaux, d'un disque toujours à venir, testés ce soir en live
devant la salle conquise. Le premier reste valable, quoiqu'un peu hésitant, pas totalement calé, puis suit un track bien court, d'une minute trente environ, du rock jouissif en diable, mais c'est
surtout le dernier, intense, splendidement mené, joué en toute fin de set, qui va retourner la salle, pourtant toute à leur cause, mais qui se trouve d'un coup très sérieusement bluffée. Pour
tout dire, à mon goût, c'est du Möller extrême, un de leurs meilleurs tracks, toute sorties confondues. Du morceau royal tranche d'un groupe maître de son art, qui maintenant démontre
l'étendue de sa force.
Après ce premier set, d'environ trois quarts d'heure, le
public est à bloc, siffle et braille à tout va. La bande se fait une pause, le batteur terrassé, plus vraiment dans le tempo de cet intense martelage...
Mais quelques instants plus tard, les voilà, de
retour ! On ne peut stopper ainsi un concert à la maise... Et nous voilà repartis pour un Goat Shave The Queen, version d'anthologie, radicale et puissante, sans doute une des
meilleures que j'ai pu entendre, suivie à l'arrachée par un putain de track de fin, dont malheureusement le titre m'a échappé (un vieux morceau old school, bien jouissif et prenant). Et c'est
ainsi que prennent fin les hostilités, après tout juste une heure, et malgré toutes les harangues d'un public forcené. Le groupe est bien vidé, Fred ne peut en faire plus, n'ayant tenu la fin
qu'en se sortant les tripes. Court donc, mais excellent, du Möller de compète, notamment en fin set. Ce qui laisse à penser que gros son sur une bonne scène (3-400 têtes de pipe), ces 4
petits gars-là pourraient tout arracher !...
OK, c'est partisan, attendu que ce sont des potes, mais en
ce moment en France, dans le genre de Rock'n'Roll, ils ne sont pas des milliers à jouer à leur niveau, et on se laisse à penser que dans ces conditions, une véritable tournée serait une grande
bonne idée !Et pour ceux qui en doutent, venez faire le test en live !

En attendant, fin de la première soirée, à dégoiser des
âneries devant le porche du caf'conc. Une sacré bonne soirée, et un réel succès au niveau du public (une bonne centaine de personnes, à vue de nez), bien présent et plutôt motive, avec des
groupes divers et de globalement valables. Juste avant de quitter les lieux, un gaillard s'approche comme on discute de la soirée du lendemain : la vingtaine, l'air un peu à l'Ouest, il se
présente comme étant Mein Sohn William, pratiquant d'un genre de folk pour le moins décalée, et me recommande hautement d'être là le lendemain dès 21H tapantes, vu que c'est le sieur
lui-même qui ouvrira la soirée. Je l'assure de ma présence : 'Sans faute, mec ! J'en serai !' Et l'on jugera sur pièce cet étrange personnage !
Et donc samedi 18, après une nuit tranquille (c'est
rare !) de repos salvateur, me voici de nouveau en visite au Mondo, encore une fois seul krasheur dans l'action (Glavio est bénévole au concert d'Exploited (d'après lui une
tuerie !), King Low est à son taf dans son centre d'accueil (si si ! ça arrive...) et Groin est à sa maise à bosser d'arrache-pied sur des visuels de skeuds), et en forme
étonnante pour un samedi soir (suite à un vendredi soir, qui une fois n'est pas coutume, n'aura pas dérapé en beuverie matinale...).

Prêt donc pour la nouvelle fournée des 3 projets du jour,
réunis par les 5 assos qui organisaient, dont certains membres m'indiquaient hier soir être quelque peu inquiets pour l'affluence ce soir, l'effet attractif spécial Möller n'étant ce
samedi plus à l'œuvre.
A mon arrivée, effectivement, il n'y a pas grand
monde : une vingtaine de personnes tout au plus qui attendent patiemment l'ouverture des débats, soit donc le mystérieux Mein Sohn William, qui s'était le soir d'avant lui-même
recommandé (démarche qui, alors, était une première pour moi...).
Souhaitant tenir parole, je pénètre rapidement dans la salle
de concert, où rien n'est encore parti, mais où du matériel est posé en plein centre : un cercle de pédales sampleurs, d'effets, de DI et même une petite boîte à rythme, encerclent une
guitare électro-acoustique et un simple micro, le tout entouré en triangle de trois amplis différents.
Je reste donc à rôder autour, en attendant la suite,
Clem venant me confirmer que c'est le matos de Dorian (le prénom civil du Mein Sohn), qui va donc faire son set au milieu du public. D'ailleurs, le voilà qui arrive, allume
tout son bazar et accorde sa gratte tandis que les gens arrivent. Au début, il n'y a pas vraiment foule, une dizaine de personnes plutôt curieuses du truc, qui viennent se placer autour du fameux
cercle, certains en face de lui, d'autres sur les côtés, un certain nombre enfin carrément dans son dos.

Ça semble débuter de façon assez brutale quand le bonhomme
soudain se déchaîne sur ses cordes dans un morceau simpliste de folk ultra-violent... Qui stoppe net brusquement, et dont il nous explique qu'il sert en fait de test pour la résistance des
cordes, qui avec lui, dit-il, ont tendance à péter, mais devraient tenir, là, si elles ont supporté ça. Il a raison, elles vont tenir le choc, même s'il est aussi vrai qu'elles vont durement
souffrir, le dit Mein Sohn William les maltraitant gravement durant ses morceaux, son jeu à la guitare étant limite brutal.
L'ambiance est donnée : nous sommes en face d'gaillard
plutôt jeune (environ vingt cinq ans, mais il en fait plutôt dix huit), avec sens de l'humour bien space, et venu là pour un show, qui s'annonce pour le moins comme étrange.
Le concert va donc pouvoir commencer, un public, étonnamment
nombreux pour cette heure (avec une nuées de petites jeunes filles nubiles, tout ce qu'il y a de croquignolettes, fait assez rarissime dans ce genre de soirées), s'entassant maintenant dans la
salle du Mondo.
Et ils ne vont pas le regretter, car si ce qu'il va jouer
est certes plutôt barré, c'est une grosse claque musicale qu'il va nous asséner, genre OVNI radical, dans un style spécifique qui n'appartient qu'à lui.

Pour situer, globalement, sa musique est basée sur des riffs
à la folk, joués souvent à l'arrache, qu'il sample, sur lesquels il rejoue, puis qu'il resample, auxquels il ajoute des sessions de voix, parfois encore samplées, avec par moment des passages de
rythmiques bien tribales jouées suer le corps de sa guitare qu'il frappe avec un archet, tout cet ensemble formant peu à peu dans des chansons étranges, avec dans certains cas des bouts joués en
accéléré, des breaks plus que bizarres, des jeux d'effet sur la voix, du folk de déjanté ou de l'émotif primal, avec même de temps en temps des bribes de boîte à rythme, et lui au milieu de ça,
gérant tout son bordel, jouant comme s'il était possédé, moitié tordu en deux, avec des vocaux terribles qu'on diraient souvent sortis direct des tripes, et qui vous saisissent net, sans jamais
vous lâcher. En bref, un sacré souk, melting pot improbable, le genre de nouveau truc qu'on ne découvre que rarement, sampling façon Matt Elliott, en moins triste et plus
destroy, bricolage par moment à la Beck des débuts, passages émo intenses presque façon Current, ou même des sessions vocales presque Shakespeare en plein air, qui vous
coupent bien la chique tellement le gars les vit (avec, pour ne rien gâcher, une putain de belle voix). Et à côté de tout ça, du gros foutage de gueule, des passages d'interlude au
23ème degré, des riffs accélérés façon zique mexicaine, une fausse chanson d'amour, un hymne pop saccagé, ou une présentation genre borborygme débile, qui après avoir été samplé, et
repassé à l'envers, constitue finalement cette annonce : ' Bonsoir ! Je suis Mein Sohn William. Merci d'être venu !' Le Dorian est d'un bout à l'autre dans son trip,
habité par sa musique, mais ne perdant jamais, le morceau achevé, un bon humour débile et bien second degré. Les tracks eux-mêmes ne ressemblent à rien de très connu, la prestation est carrément
intense, c'est du puissant, splendidement joué, vraiment la grande grande classe, et en sortant du truc, on n'en revient toujours pas. Ce gars-là a tout compris, et son set , c'est de la
balle. S'il continue comme ça, on va en entendre parler, et plutôt trois fois qu'une ! Une grosse gifle dans un style absolument à lui, original et totalement unique, comme on n'en croise
pas souvent, surtout chez quelqu'un de son âge. Donc, là, un seul message, Mein Sohn William : Respect !!!...

Passée cette excellente surprise (goûtée de façon quasi
unanime par tous les gens croisés durant la nuit), qui lance cette deuxième soirée sous les meilleurs auspices, on constate que le Mondo est quasiment bondé, et qu'il y a au moins autant, sinon
plus, de monde que pour le soir d'avant. Excellente nouvelle donc pour les organisateurs, et qui prouve qu'il est encore possible de rameuter du monde à Roazhon pour des putains de soirée
rock'n'roll déviant.
Après quelques échanges et commentaires, il est temps de
retourner sur le front pour aller voir le deuxième projet de ce soir, le quatuor rennais Néron, annoncé sur le fly comme étant à la frontière du jazz, de l'impro et du rock progressif. Le
groupe se compose d'un batteur, au jeu d'ailleurs assez valable, d'un bassiste, d'un gratteux et d'un homme doté d'un double clavier, genre de Ray Manzarek new style, qui reste celui (et
de loin) qu'on entend le plus dans ce combo. Les premiers morceaux sont très jazz-rock seventies, avec de grosses nappes de synthé mélodiques, qui, il faut bien le dire, ne sont vraiment pas ma
tasse de café. Pourtant grand fan des Doors, j'ai là beaucoup de mal avec ce côté orgue Hammond sirupeux, même si les musiciens semblent assez doués, et que certains passages peuvent être
assez corrects. Le tout manque quand même grandement de véritables envolées, et reste de la musique technique, bien jouée, mais manquant franchement d'âme et d'unité réelle. Sur la fin, leur
claviériste se calme, passe à des sons plus sobres, et on a des passages jazz-rock loin d'être désagréables (notamment au niveau rythmique, simple, mais avec des parties de batterie nerveuses et
plutôt subtiles), même si on navigue dans leurs morceaux sans trop savoir où l'on va, par défaut de relief et manque d'intensité.

En bref, pas trop mon style, Néron, en tout cas pas
ce soir-là, mais loin toutefois d'être nul et largement supportable (pas d'envie trop pressante de se barrer illico au bar). Ils sont assez chaleureusement applaudis, par un public nombreux, et
semblent avoir quelques vrais adeptes, ce qui semble montrer que mon point de vue est sévère et pas trop partagé (même si quelques rockeurs de ma connaissance n'ont, eux, pas pu supporter
plus de quelques minutes). Les coups et les douleurs... En bref de la musique à suivre pour ceux qui aiment le jazz-rock old school bien propre, mais pas à conseiller pour les fans de brutal ni à
ceux allergiques aux mélopées de synthé. Dans le genre un peu jazz, j'ai préféré Fago Sepia, nettement, mais bon, évidemment, cela n'engage que moi !...
Petite virée ensuite dans le jardin du Mondo, rempli de
hordes sombres de fumeurs maladifs, et quelques coups plus tard nous revoici enfin, prêts pour les têtes d'affiche internationales du week-end, les australiens de Scul Hazzards, déjà
passés par ici il y a quelques mois, et auteurs, nous dit-on d'un excellent concert, auquel, malheureusement, je n'aurais pu assister. Séance de rattrapage, donc !

La salle est tout ce qu'il y a de pleine, et le public bien
chaud quand débarque sur la scène le trio de Brisbane, et que, sans plus attendre, ils envoient la saucée. Autant le dire, après deux jours de musiques assez alambiquées (si ce n'est peut-être
Rotule, eux aussi assez brutaux et bien basiques), on change maintenant complètement de registre. Le trio joue un genre de punk noise ravageur, tout en attaque directe et en style
offensif. Pas de fioriture, c'est de l'arrache à l'ancienne. Retour aux temps glorieux de la noise des nineties, façon premiers Shellac, Hammerhead ou Headbutt, le
rock'n'roll furieux qui sévissait alors.
Leurs chansons ont de l'élan et tapent où ça fait mal :
de la musique urgente, sans trifouillis techniques. Un batteur bûcheron avec une bonne barbouse, qui tabasse ses fûts comme on fendrait des bûches, une matrone à la basse, bien portée sur
l'alcool, qui assure la rythmique avec un son énorme, et là-dessus, un gratteux, avec disto bien grasse, qui pilonne ses accords ou part en solo noise, bien crades mais addictifs, et pousse la
chansonnette, ma foi, avec succès. Le tout nous donne une suite de purs tubes punk'n'roll, dans la bonne tradition, sauvages et efficaces en diable. A l'australienne, pourrait-on dire, loin de
certaines fioritures, parfois bien inutiles, des groupes civilisés. Ça déboîte assez sec, et le public les suit, ravi de cette fraîcheur brutale et sans apprêt, avec de bons lyrics qu'on peut
reprendre en cœur, dans le pur élan punk, comme le fameux 'Play something hard, That we can fight !' d'un de leurs hymnes.
Rien d'autre à rajouter. Le groupe aligne les tracks comme
un bolide sans frein, avec un son massif qui arrache tout ce qui passe et donnerait bien envie de lancer un pogo.
Trois excellents rappels, et les voilà partis, acclamés par
les fans et la plupart de la salle. Certains auront trouvé cela un peu répétitif, manque de subtilité, trop toujours la même sauce. Ce n'est pas totalement faux mais pour moi, dans l'instant,
c'est juste ce qu'il fallait pour boucler ce week-end, et clore ce festival sur du bon vieux bourrin. Longue vie aux Scul Hazzards et au Rumble Theory !!!...

En écoute :
- Fago
Sepia : Une vieille démo de 2004, et surtout un premier album L'âme sûre ruse mal, sorti en 2006 et plutôt bien accueilli. Infos sur
- Rotule :
4 morceaux bien solides (sans voix ni trop d'électronique, toutefois) de nos amis brestois sur le myspace de leur groupe .
- Möller
Plesset : En attendant de la future sortie, toujours en (lente) préparation (peut-être un EP en vinyl ?...), nous ne saurions toujours trop recommander les deux premiers opus du
gang : Rather Drunk Than Quantum (K-Fuel Records 01) et The Perturbation Theory (Perte et Fracas - Loose 01), déjà chroniqués depuis longtemps dans ces
colonnes.
- MEiN
SOhN williAM : 4 bons morceaux du prodige local (et quelques très bons dessins) 'en attendant l'album' comme il le dit lui-même sur son myspace où il se définit comme New Wave / Folk
/Comédie. Why not, Mister Janvier ?
- NéRon : Pas encore de disque, mais 5 morceaux pour le quartette de Quimper sur leur myspace
- Scul
Hazzards : Après 2 EP et un 7'' sortis en 2006-2007, 1er (et bon album) de punk noise des australiens, Let Them Sink, sur le label français Rejuvenation.
Qu'on se le dise !!!
Des réactions.