Costes, briseur de tabous

Publié le par Klub des Krasheurs

cacayoga01.jpgCOSTES

Briseur de tabous

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S'il est un artiste en France qui suscite la controverse et provoque les réactions les plus extrêmes et les plus opposées, de l'adhésion farouche à la haine viscérale, c'est bien Jean Louis Costes, musicien, chanteur, performeur, acteur, réalisateur et désormais écrivain.

10.jpgConnu depuis le milieu des années 80 comme une figure de l'underground, en France mais aussi en Europe, en Amérique du Nord et au Japon, il met en scène dans ses disques, ses K7, ses spectacles et ses films les facettes les plus trash et les penchants les plus inavoués de l'âme humaine (haine, sadisme, soumission, perversion, pornographie, scatologie, racisme, blasphème…) de façon totalement crue et radicale, et s'attaque aux tabous les plus profondément ancrés dans la civilisation occidentale : religion, sexe, abjection, violence, dégoût de soi, suicide… qu'il explore sans compromis et avec une rage cathartique, sur fond de bruitages noise, de mélodies bancales et de shows dévastateurs (ses opéras porno-sociaux ou porno-mystiques) durant lesquels lui et ses comparses de scène, généralement nus, voire englués de liquides et substances diverses, défient de façon hystérique les bonnes mœurs et le politiquement correct, s'en prenant même souvent (de façon non violente) au public présent.

On comprend donc que ses productions provoquent chez certains un refus total, voire une exécration du personnage et de ses propos. Parfois pris au premier degré (il faut pourtant le vouloir… !!!), Costes a même connu la censure (disques retirés des FNAC puis des VIRGIN, annulation de spectacles, d'un reportage portant sur lui sur ARTE, censure de ses textes sur Internet, agression physique et matériel saccagé lors de certains de ses shows en 1997) et de nombreux problèmes juridiques, avec des procès intentés dans les années 80 par l'extrême droite pour diffamation de leur message, puis dans les années 90 par des associations comme l'Union des Etudiants Juifs de France, le MRAP, la LDH ou la LICRA qui l'accusent de racisme et d'appel au meurtre. Costes va néanmoins gagner la majorité de ses procès, même si certains ne sont pas encore définitivement clos, son avocat Thierry Lévy parvenant à expliquer que ses œuvres attaquées sont des représentations mettant en avant les limites de la pensée raciste en la poussant jusqu'à un paroxysme parfaitement absurde (" Quel raciste conséquent tiendrait de tels propos ? " interroge-t-il avec une certaine justesse). L'absence de nouveaux procès ces derniers temps semble marquer une période d'accalmie judiciaire et une meilleure appréciation des moyens et des buts de cet artiste hors norme. On peut dire que ce n'est pas trop tôt.

frankaoui.jpgMalgré ces affaires, et de nombreuses interviews ou passages dans les médias (y compris populaires), notamment ces dernières années, Costes reste toujours très peu connu de la majorité du public, alors qu'il est l'auteur, depuis 1986 (date de sortie de ses premières productions 'officielles'), d'une 'œuvre' (si l'on peut l'appeler ainsi) considérable, ayant enregistré à ce jour plus de 35 disques (dont de nombreux en anglais, et même un en japonais !!! - & un en allemand ! ndgroin) , des dizaines de K7 audio et vidéo, réalisé 5 longs métrages et des vingtaines de courts réalisés par ses soins, sans compter de très nombreuses participations comme acteur à des films d'autres metteurs en scène (tels Baise-moi de Virginie Despentes et Coralie, Lilith, film pornographique d'Ovidie, ou Irréversible de Gaspard Noé). Il a en outre écrit, produit, mis en scène et joué une vingtaine de ses 'opéras', en Europe, en Amérique du Nord et au Japon (où c'est un artiste culte), et écrit ces dernières années de nombreuses nouvelles, pour des revues comme CANCER ! et plus tard TSIM TSOUM, ou sur des sites Internet (le sien propre, ou d'autres, comme LE RING, dont il devient l'éditorialiste à partir de 2004), ainsi que deux romans, Viva la merda (2003) et Grand Père, sorti cette année chez Fayard (Eh oui !!!!).  

yoga09.jpgL'incroyable profusion et la diversité de son œuvre empêchent d'en donner une idée globale ou d'en faire un compte-rendu exhaustif. Nous allons néanmoins tenter d'indiquer certains disques ou K7 valant le détour parmi les productions que nous pouvons connaître, en recommandant aux lecteurs intéressés, pour avoir une idée plus complète de ses créations et du personnage lui-même de se rendre soit sur son site officiel costes.org ou sur le moins officiel mais tout aussi valable costes-héros solitaire, qu'on trouvera à l'adresse www.jeanlouiscostes.com.

Nous recommandons aussi hautement à toute personne n'ayant pas l'âme trop sensible (lisent-ils le KrashWar ? On peut en douter…) et motivé d'expérimenter de nouvelles sensations artistiques (si l'on peut dire) d'aller voir l'artiste sur scène lors d'une tournée d'un de ses multiples spectacles (il semblerait qu'il doive passer fin décembre dans nos contrées, au Mondo Bizzaro, plus précisément, et semble-t-il accompagné de l'estimable Mr Honk). On peut penser ce que l'on veut de ses prestations, mais en général, ça fait comme un choc ! Un show de Costes est une performance qu'en général on n'oublie pas de sitôt, vous pouvez nous croire sur parole !!!

Discographie (très !) sélective :

 

salopl.jpgEn K7 : Production innombrable (58 comptabilisées, peut-être plus, dont au moins une quarantaine ont été proposées au public, de mano à mano ou par correspondance) de ces œuvres axées en général sur un thème majeur ou un concept (sexe, guerre, religion, racisme, capitalisme, communisme, pipi-caca, inceste…) avec le plus souvent de très nombreux morceaux allant de l'agressivité totale au foutage de gueule absolu. Juste pour donner une vague idée, voici les titre de quelques-unes : L'art c'est la guerre, Club des séropositifs, Enfant du dégueulis, Les pauvres (sous-titrée 'Bèrk i puent' !!!), Fils de l'armée et de la bourgeoisie, Je m'encule, Ça rime à rien, Bras d'honneur au malheur, ou la célèbre Partouze à Koweït City. Autant dire que je n'ai dû entendre qu'une dizaine de ces K7 au maximum, mais qu'elles valaient en général leur pesant de cacahuètes (ou leur poids en ordure, selon les goûts !!!).

 

En Vinyl : 7 disques recensés, dont le 1er, Secouez… crevez !, sorti en 1986 et financé par sa mère (jamais entendu…), Rape GG (1988), album contre l'artiste et performer américain GG Allin, enregistré en collaboration avec Lisa SuckDog " pas parce que je m'intéressais à sa musique mais simplement pour le casser parce que ma copine était amoureuse de lui ", selon les propres dires de Costes. Signalons d'ailleurs que sa copine à cette époque était justement la Lisa SuckDog avec laquelle il a enregistré cette œuvre vengeresse !!! (Va comprendre, Charles !). Pas entendu non plus !

Les deux que l'on pourra mentionner comme connus de façon honnête sont d'abord l'excellent 45 tours Vivre encore, sorti en 1996 sur le label Rectangle (le plus souvent dédié au free jazz plus ou moins expérimental) et enregistré avec la collaboration de Noël Akchoté et Didier Petit (tous deux justement musiciens de jazz émérites), composé de 4 titres assez sobres (pour du Costes) consacrés à la mort, la maladie (l'inoubliable Maladie qui nous unit), la folie et le refus de la vie éternelle. Hautement recommandé par nos services.

Le second, sorti l'année d'après toujours sur le label Rectangle est le 33 T Nègre blanc, album d'hommage au free jazz dans lequel figurent un bon paquet d'excellents morceaux, là encore pas trop criards ou hystériques (pour la plupart !). L'album favori de Guarrano Loco et Mr Honk, c'est dire !!! (ndgroin : plus le 7” ‘Daddy’s Scheisswelt’ chez les bien teutoniques Membrum Debile Propaganda,1997 aussi - entre harshpop scato gravissime et délires fou-furieux en allemand... très bon!)

On mentionnera aussi les disques Dansez les culs (tout un programme !), sorti cette année sur le label Wwilko, et Pop Crotte (on en rêvait) sorti sur un label inconnu (peut-être autoproduit) toujours en cet an de grâce 2006. On en reparle dès qu'on les a entendus.

 

seul.jpgEn CD : Près d'une quarantaine de CD différents, la majorité autoproduits (mais pas tous !), chacun consacré à un thème bien précis. N'en ayant écouté qu'une dizaine (allez vous écouter 40 CD de Costes et revenez m'en parler !), je sortirais du lot son premier, Les Oxyures (1987), trash scatologique complètement dévasté, Livrez les blanches aux bicots (1989), à ne surtout pas prendre au premier degré (comme quelques crétins de l'anti-racisme obsessionnel l'ont fait), Terminator Moule (1992), grand disque dédié au sexe, à la pornographie, voire à l'amour. En 1993 sort Jap Jew, entièrement chanté (ou hurlé) en japonais, et donc parfaitement incompréhensible (deux autres œuvres en japonais suivront, destinées en priorité à ses nombreux adeptes nippons). 3 ans après arrive la bombe NTMFN, brûlot contre le rap français en général et NTM en particulier (Kool Shen ayant menacé Costes pour une sombre histoire liée à sa petite amie de l'époque), avec les morceaux cultes Casse ta race, Tu aimes ta haine ou Dans mon HLM. En 1997, L'Avant-garde de l'hôpital, considéré par de nombreux fans comme un de ses meilleurs disques, suivi l'année suivante de Aux chiottes, la bande son de son opéra du caca (vu aux Tontons Flingueurs cette année-là). En 2000, Vomito Negro, là encore bande son éponyme d'un de ses plus longs et de ses meilleurs spectacles, relatant en 3 parties l'histoire de l'humanité des origines à aujourd'hui (tout un programme !). Mentionnons en 2002 Nik ta race, avec des morceaux de rap et de raï (si,si !), puis Catholique en 2005, album imprégnée d'une mystique toute Costesienne (ndgroin : perso j'ajoute Bible And Machine-Gun sur Tochnit Aleph (2004), pétage de câbles en direct-live des territoires occupés qui balance au fond du même sac les fanatiques de tous bords, avec ses bluettes sodomites inter-ethniques 'The Lemon Tree', ses envolées mystiques 'Golgotha, my Golgotha !' et une vision hérétique de la conscience juive moderne (???) 'Ashes above Auschwitz'… le reste est folie, hurlements, et absurdité totale - c'est comme là-bas, dis !).

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A noter : concernant ses productions CD, Costes n'a pas hésité à déclarer : " 1 CD sur 2 que je fais est une poubelle ", ajoutant lors d'une interview en 1995 aux Inrockuptibles (c'est possible !) cette sentence définitive : " Je trouve mes morceaux vraiment dégueulasses. Je ne peux pas me réécouter ni me revoir en vidéo, je déteste trop. ". Avis aux amateurs !

 

Vidéographie (encore plus) sélective :

 

Shows : Près d'une vingtaine de shows de Costes, enregistrés live, sont disponibles en vidéo, avec une qualité d'image et de son variable, mais s'améliorant en général au fil des années. Mentionnons Les Pendus (1988), un de ses plus anciens, Partouze au Koweït en 1991, Aux chiottes (1997), ultra trash et hilarant, Les Otages (1998), sobre et plutôt réussi, basé sur les médias, l'incontournable Vomito Negro (2000), et le plus récent Culte de la Vierge (2003). Attention, la qualité sonore et visuelle de ces vidéos totalement amateur (notamment les premières) laisse parfois sérieusement à désirer. Vous êtes prévenus !    

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Films : Une quinzaine de films de Costes sont disponibles, longs ou compilations de courts et  moyens métrages, réalisés le plus souvent à l'arrache, avec lui et des amis ou connaissances comme acteurs. La pornographie, la scatologie, l'humour noir et morbide ainsi que la provocation extrême en sont des composantes majeures. Ils sont évidemment totalement déconseillés aux enfants (de même que la majorité du travail de Costes d'ailleurs), sous peine de graves pétages de plomb, et même à tout public non averti ou consentant. C'est dit !

Parmi ceux que j'ai pu voir, je recommanderais assez I love snuff, compilation de moyen métrages, violamment ironiques et assez dévastateurs (Plaisir, plaisir, et puis… Repentir !) ainsi que le trash porno Fils de Caligula, qui comporte des passages assez étonnants (??!).

 

Bibliographie : 

 

A côté de nombreuses nouvelles et récit publiés par diverses revues ou sur le net, Jean Louis Costes a écrit 3 œuvres longues, Mon grand-père, immigré fasciste raciste anti-français (publié aux éditions HACHE en 1997), récit familial qui sera la base de son deuxième roman, Viva la merda (éditions Hermaphrodite, 2003), son premier roman, pas encore lu malheureusement, puis cette année Grand Père, second et très bonne œuvre de fiction, éditée chez Fayard, et dont la critique suit (ICI).

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Note additionnelle : Je me permets de préciser pour ceux qui ne l'auraient pas perçu en lisant cet article que l'humour (surtout noir), la parodie, la dérision (notamment à son propre égard) et le dégonflement radical de l'esprit de sérieux sont au cœur de l'œuvre de Costes, qui provoque plus souvent le rire (même jaune) que l'effroi. Il fallait le préciser.

 

J'attends la mort, le réconfort

Mais pas encore, il faut d'abord

Vivre encore, vivre encore, vivre encore…

By NoWay.

 

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Publié dans kicéké pas mort

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