Grand Pêre de J.L. COSTES

Publié le par Klub des Krasheurs

Voyage au bout de la haine :

GRAND PERE

de Jean Louis COSTES

(Fayard, 2006)

Fiction, réalité, ou plutôt sombre mixture des deux ? Peu importe !

Dans son roman, Jean-Louis Costes, narrateur éponyme autoproclamé, nous fait suivre l'épopée grandiose et dégueulasse de son grand-père arménien Garnick Sarkissian, devenu à la fin de sa vie 'Bon-Papa-Qui-Pique' ou même 'Papi pourri' pour son petit fils. Un clodo alcoolique détesté, immigré en France depuis la guerre, et qui passe ses journées à pitancher du gros rouge devant sa télé.

Mais avant d'en arriver là, cuit foutu à jamais, quel parcours d'exception ! Sa famille dévastée par les Turcs en 1915, puis les cocos en 1917, Papi Sarkissian, le dernier survivant, 'le pogromeur pogromé', va écumer le siècle de sa sanglante virée, d'abord avec les Cosaques en toute nouvelle URSS, puis au Maroc comme légionnaire, engagé pour 5 ans, puis 10, dans la légion étrangère pour obtenir des papiers français, avant de connaître le bagne de Guyane (expérience hallucinatoire) puis de revenir au moment de la débâcle de 1940 dans le pays qui l'a toujours détesté.

Raconté de nouveau par son rejeton Jean-Louis, Papi Clodo haïssable et abject redevient guerrier fou dans toute sa démesure, retrouve une dignité et un destin tragique pour devenir Grand Père, psychopathe meurtrier mais homme grand comme un Dieu, barbare et surpuissant, sur lequel petit fils ne pourra plus cracher.

Près de 320 pages d'une odyssée sanglante de feu, de sang et de sperme, puis d'ennui et de haine, Grand Père s'avale d'une traite et pique le fond de la gorge, alcool dur et amer qui tire les larmes aux yeux mais plein d'une vie sauvage, d'un parler débridé, argotique et superbe, d'une dérision violente, acide des convenances.

On nous parle de Céline, et certes le projet même du livre évoque le parcours du Voyage, mais Costes n'a ni l'invention langagière et poétique, ni l'humour absurde, ni l'humain désespoir du médecin des enfers. Non, Costes a ses forces à lui, humour trash au vitriol, langage d'oralité vivante, obsessionnel et dur, radical pessimisme qui décape le réel et attaque les valeurs molles.

Pas un nouveau Céline donc, mais un très bon bouquin, et du sacré Costes, assaut viscéral et brutal contre la routine moderne avilissante et veule, contre la France et ses bourgeois putrides, hypocrites aux mains tâchées de sang.costes.jpg

C'est dur, c'est cru, mais ça vous décape l'âme.

" Saloupaaard !… " " Ta ma daga ! "

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