Interminable Interview : J.L. COSTES

Publié le par Klub des Krasheurs

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JEAN-LOUIS COSTES

costescrx.jpgGlavio : Comment est-ce que tu définis le spectacle que tu fais actuellement, 'I love hate' ?

Costes : D'habitude j'suis en groupe et donc c'est plutôt physique vu qu'il y a plusieurs personnes. Mais là j'suis tout seul donc c'est sûrement plus introverti. Même là ça ressemble pas mal à un show comique, de copines qui vont sur scène, un costume noir, sauf que moi j'ai plein d'accessoires et de la musique, tout ça. C'est traité différemment, ça va p't'être plus loin dans la curiosité mais bon, ça fait vraiment penser à un spectacle comique, tu sais (rire étouffé). C'est con à dire mais c'est comme ça que j'le vois, même s'il y a des moments qui sont un peu émouvants. Mais  y a quand même du son qui est vraiment noise, donc c'est un peu différent à cause de cette puissance qu'il y a dans le son des fois ; mais je trouve qu'il y a une trame de sketch comique. Ça veut dire que j'ferais toujours ça, noise, j'suis sur ce délire-là. La fois d'après j'ferai un show avec 40 personnes pour compenser par rapport au truc introverti du mec recroquevillé sur lui-même de ce show-ci.

G : De quoi ça traite cette fois ? Est-ce que c'est toujours cette idée, proche un petit peu du spectacle médiéval dans l'approche ? J'imagine que ça parle d'amour et de haine, si je parle bien l'anglais…

C : Quand tu veux dire un spectacle médiéval tu parles peut-être du Culte de la vierge [son spectacle précédent, NDLR], parce que c'était influencé par les évangélistes, tu sais, ces pasteurs évangélistes qui partent en transe tout ça, donc on était un peu dans une idée comme ça. A la fin il y avait une apparition de la vierge, y'avait tout un truc mystique dans ce spectacle. Là c'est vraiment complètement autre chose, même s'il y a toujours des éléments mystiques qui reviennent souvent, mais ça je sais pas pourquoi : c'est quelque chose dans ma tête qui monte. Là c'est un mec qui attend chez lui un rendez-vous amoureux, la nana ne vient pas, elle téléphone pas, il se prend la tête quand elle vient, il arrive plus à bander, etc, etc, etc… et ça part en live. Enfin après le départ, c'est hyper classique, à part que c'est traité d'une manière marrante parce que la fille est une poupée gonflable, donc tout est bizarre. Mais ensuite il déjante complet, il finit par tuer la fille, ça part en fiction absolue… C'est un looser en fait, voilà c'est moi quoi.

G : Toujours un peu de toi dans tes personnages donc. Tu me parlais du Culte de la vierge  Je sais pas si tu as entendu parler de  cet épisode de South Park, qui est en train de faire scandale actuellement aux Etats-Unis et en Australie, où ils ont mis une espèce de vierge qui a ses règles, et qui est en train d'énerver tous les évangélistes anglo-saxons. En as-tu entendu parler, et éventuellement qu'est-ce que t'en penses, toujours par rapport à cette  histoire de critique sociale, morale, de l'interdit moral qu'il faudrait avoir ou non dans les spectacles ?

eglise.jpgC : J'connais pas le film, moi je regarde rien, j'fais que d'la musique, tu vois. J'connais rien, culturellement j'suis vraiment complètement à côté de la plaque. Mais sinon j'm'en fous ! Il faudrait que je vois le film… Bon, une vierge qui a ses règles… Et alors ?

Si la scène est bien faite, ça me plaît. Tu vois, c'est quelque chose qui me touche, c'est pas question de savoir si c'est scandaleux, j'pense pas que ce soit scandaleux, même pour une catholique. Les catholiques ont assez représenté de trucs ; tu regardes le portail de la cathédrale de Strasbourg, ça devait vraiment coûter des millions à l'époque, commandé par le clergé le plus haut placé tu vois, et c'est les pires scènes de crimes… C'est p't'être un enfer. Ils veulent dire que c'est mal, mais enfin rien n'indique que c'est mal sur la cathédrale. Donc j'veux dire que dans le catholicisme t'as quand même une représentation du mal qui est super puissante, beaucoup plus qu'une vierge qui a ses règles. Y'a des mecs qui se sodomisent avec des barres en fer, c'est des groupes entiers qui torturent d'autres groupes, tu vois ça sans arrêt dans la peinture de l'époque. Maintenant ça s'est calmé mais…. J'ai rien à dire sur ça, ni choquant, ni pas choquant, tout dépend du film. Si c'est bon tu vois, c'est bon, j'm'en fous de la scène.

mortderireweb.jpgG : Toujours un peu dans l'actualité, il y a cette histoire qui a débuté en Suède avec des caricatures de Mahomet, et toutes les réactions qui ont suivi. Pour toi est-ce que ça a un sens, ce genre de truc ?

C : Déjà ça me fait chier de devoir réagir juste parce que les médias ont appuyé sur le bouton. Ça fait quand même des siècles et des siècles qu'il y a des religions iconoclastes. L'Islam a représenté le prophète. Le catholicisme fait…, c'est-à-dire représente le mal. Comme dans un carnaval, s'déguiser en évêque et enculer tout le monde… Y'a des périodes, symboliquement on parle, où on fait quelque chose de mal, mais sur une scène de théâtre ; nous on est comme ça, mais on sait que d'autres cultures le sont moins. Enfin ils ont aussi des formes comme ça, de transe et tout, où les mecs enfreignent des tabous... Au Soudan, ils arrivent dans une cérémonie religieuse super sérieuse, ils commencent à frapper tout le monde en se bousculant, en hurlant, tout ça…

Enfin il y a aussi des aspects perturbateurs dans les cérémonies musulmanes, j'ai déjà vu ça… Mais maintenant dire que, en France , on a une certaine liberté sur les caricatures ou sur l'art et qu'il n'y a qu'eux qui sont comme ça, ben non, j'suis désolé ! En France il suffit de toucher une valeur… Depuis le début du siècle, depuis la séparation de l'église et de l'état, on défonce la religion dans la caricature, catholique uniquement. Déjà on la défonce plus que les autres, donc ils avaient bien un doute que les autres l'admettraient moins. Ça, c'est déjà dans l'air. Et maintenant on sait qu'il y a plein de trucs qu'on peut pas faire en caricature en France, j'veux dire vas-y, mets Chirac dans une position sexuelle bizarre ou sa femme en train de… Je sais pas, même si t'inventes des tas de délires, même sansfrankaoui.jpg caricaturer, tu peux avoir un procès tranquille. Il  suffit de taper sur une valeur ou quelque chose qui est interdit par la loi. Y a pleins de lois en France qui interdisent dans la réalité de faire des trucs,  des trucs considérés dégueulasses, en art. D'ailleurs moi, j'ai des procès avec ça, alors  faut pas me dire… Il suffit de taper sur un truc qui est prévu par la loi, interdit, ou qui choque la morale des gens du coin. A ce moment-là, ils vont s'énerver, loi ou pas loi. Tu m'diras que rien ne choque un français… Faut voir ! Si tu cherches vraiment, tu vas toucher un truc, tu vas prendre une balle aussi. Maintenant… Des musulmans qui appliquent très strict l'Islam, tu sais : zéro représentation, et des gens de culture catholique qui eux sont habitués à se cracher dessus... Nous, on est habitués à une critique, dans l'art, très, très, très virulente, on caricature de tout, toutes les valeurs. Ça veut pas dire qu'ensuite tu rentres chez toi, tu piétines tout (rire), toute la baraque tu l'écrabouilles, tu tues tout l'monde. Mais bon, reste que dans l'art on représente des choses super mauvaises, violentes, différentes, de ce qu'on peut tolérer dans la vie. Ça  c'est vrai. Maintenant si on supprimait ça par la pression de groupes qui ne le comprennent pas, peut-être qu'on va supprimer un des facteurs de la prospérité ici. Parce que c'est bien par la critique… Regarde en science, t'as un dogme religieux, ou autre, qui dit que la terre est comme ça, le monde est comme ça. Le mec il se pointe : " Non, j'ai fait des recherches, modestement, hum ! Excusez-moi patron mais bon. Monsieur le curé, tu vois, hum, hum !!! Elle tourne autour… " Mais bon j'suis désolé la terre tourne ! Tu vois ce que j'veux dire, toutes sortes de choses qui remettent en cause des dogmes, qu'ils soient religieux ou autres, c'est comme ça qu'on progresse ici, en n'étant pas totalement respectueux de ce qu'ont dit les vieux ou les prophètes. Tu vois c'est clair, on avance ainsi ; ça empêche pas d'être religieux si tu as envie. On avance par des systèmes d'opposition d'une génération à l'autre, de critique, du fait de se cracher dessus. C'est vrai que si on supprime ce système, y'a un groupe qu'arrive ici en France, il comprend pas qu'il va simplement se couper l'herbe sous les pieds. Parce que ça nous fait évoluer le cerveau aussi. On est tout le temps en train de se distancer. HA ! HA ! HA ! (rire zarbi) Est-ce que je suis con ? Est-ce que ma religion est con ? Mon parti politique est con ? Tu vois, ça nous permet d'avancer, de rectifier des choses sclérosées. Peut-être qu'il y a un danger là, mais ce danger il existait déjà en France avant parce qu'il y a beaucoup de lois qui existent depuis longtemps, et la pression morale en France… On ferait mieux, au lieu de critiquer les autres, de voir en nous déjà qu'est-ce qui est intolérant. Parce que ça existe aussi, pour tout le monde, ces problèmes-là.religion.jpg

G : Est-ce qu'actuellement, enfin depuis Le culte de la vierge, ou celui là, I love Hate, tu as de nouveau eu des problèmes ou que de nouveau on t'a cherché des noises pour, justement, tout un système de valeurs auxquelles certaines personnes ne voulaient pas qu'on touche ?

C : Non, franchement, c'était il y a 10 ans… C'est vrai que ça a duré longtemps parce que les procès étaient longs. En fait, ils me reprochaient une représentation caricaturale d'un raciste en 89 (rire étouffé), pour te dire y'a longtemps, longtemps. A l'époque, c'était pris pour anti-raciste parce que c'était trop foutage de gueule, c'était pas possible. A l'époque Jean Dessandra me menaçait pour ça. En 97, justement, par une évolution moraliste, enfin qui n'accepte plus la caricature, qui dit que la caricature, c'est la même chose que ce qu'elle caricature... Si tu caricatures par exemple un nazi on va dire : "Ben oui t'as mis une croix gammée, donc t'en fais l'apologie”… On peut dire qu'on ne comprend pas l'ironie… Peut-être rede.jpgqu'on la comprend, nous, mais y'a des imbéciles qui pourraient croire que c'est vrai…Y'a un mec qui voit une caricature dans un journal, il sait pas que c'est une caricature, il croit qu'il faut faire ce qu'il y a sur la caricature, on en sort plus. Mais  j'crois pas que les gens qui m'attaquaient eux-mêmes croyaient que c'était vrai. Dans leur stratégie générale ils commençaient à attaquer des trucs artistiques. Mais moi franchement, ils ont complètement lâché. J'suis franchement pas du tout emmerdé en ce moment. Faut dire qu'ils se sont habitués à moi, ils ont mieux cadré ce que je fais, tu vois, avec le temps… Ça te choque, une nouvelle forme artistique, tu crois que c'est un mec en train de foutre la merde, mais au bout d'un moment, tu comprends que c'est une forme. Ça s'est forcément académisé, tu vois, même moi, n'importe quoi, avec le temps, tu captes quoi !! "Ouais j'vois son style ", et actuellement ça passe mieux…

G : Tu as déjà écrit trois livres, c'est ça ? Viva la merda, et l'autre j'me rappelle pas le nom, et le tout dernier que t'es en train de sortir là… ?

C : Le nouveau s'appelle  Grand Père. Mais c'est le deuxième roman. Sinon j'avais fait beaucoup de nouvelles. En fait j'avais commencé par faire des textes sur mon site internet, j' m'amusais, mais franchement j'avais aucune ambition avec ça. Après y a d'autres sites internet qui les ont repris, parce qu'ils étaient marrants, et puis des revues comme Camur ou Aphrodite, des revues indépendantes.  Donc ça a marché comme ça, mais sans que j'y pense, moi. Et d'un coup y a Raphaël Sorin, donc un directeur éditorial de Fayard, il tombe sur ça, il fait " whaooo ". Alors qu'en musique j'ai jamais eu un label, même petit, plus de 6 mois, enfin si un split… allez maximum, tu vois l'genre, en 500 exemplaires. Et là le mec, il me dit, alors que c'est l'un des 4 plus gros éditeurs français, considéré comme le plus créatif en ce moment, il me dit carrément : “Si vous m'en faites 250 pages dans ce style-là je les prends ! J'vous publie. Si vous me faites un roman, dans le style de ces nouvelles… Mais nous on voudrait plutôt publier un roman qu'un recueil de nouvelles”. Et voilà. Enfin des nouvelles, c'est des délires sur ma vie tu vois,  des délires comme ça. Et j'ai fait un bouquin de 250 pages. J'me suis inspiré d'la vie de mon grand-père, parce qu'il était…. armenian-resistance.jpgC'était un réfugié arménien… Il m'avait rien raconté d'sa vie, c'était un alcoolo, p't'être un clochard…. Mais bon il ne parlait pas, j'sais même pas s'il savait parler français quand j'étais petit. J'crois. Il avait oublié…. Tu sais... Il buvait grave. Et moi ce que je sais c'est qu'il était cosaque, légionnaire, bagnard, et avait fait du marché noir pendant la guerre. Alors forcément avec 4 mots comme ça, t'as de quoi faire un roman. J'imaginais que j'étais un enfant, le regardant, parce qu'il est vachement voûté, cicatrisé de partout par les guerres, un œil de verre, tu vois le mec… C'est un handicapé de guerre, et puis il a une haine pas possible. J'suis un mec non violent. En regardant ce grand-père dans cet état-là, il reconstitue dans sa tête toute l'histoire depuis 1900, à travers toutes les guerres, les XXXXX qu'il y a eu pour ce genre d'histoires-là, jusque dans les années 50. Donc c'est une vie super aventureuse. Le bouquin c'est Tintin quoi, c'est inimaginable. Tous les 5 ans le mec, il passe sur un autre continent, il est en Asie, il passe en Europe, il va en Afrique, toujours des histoires de guerre, de soldats. Il est bagnard, il va en Amazonie, il s'évade en Amazonie, il fait chercheur d'or… Mais c'est une vie de dingue quoi ! Et après il finit, dans les années 50, devant sa télé à boire et à cloper. C'est ça qui est dingue. Une fois qu'il arrive en France, que ça se calme, il va enfin avoir ses papiers et tout bien et la paix…. Le mec il sombre grave.

Il sombre le pauvre papi de merde, tu vois. Et en fait, l'enfant en imaginant toute la vie de son grand-père, à la fin il se dit : "ouais, c'est vraiment le super héros". J'veux dire, il se rend compte qu'on méprise un vieux comme ça, mais qu'ils voient tout ce qu'ils ont fait, dans quelles conditions, rien que d'y avoir survécu, même s'ils ont tué des centaines de personnes pour survivre, d'accord, quoi qu'ils aient fait, reste que c'est quand même super balaise. Enfin par rapport à ma vie, que je me plains pour une histoire que j'ai mal au ventre, j'crois tout de suite que j'ai un cancer ; enfin tu vois une nana s'barre, j'fais toute une histoire. Les mecs comme ça c'est….. On a l'impression que c'est des titans du début du monde quand t'y penses bien. Donc ça part comme ça. Ca commence, il méprise un grand-père, il fantasme toute son existence, donc ça devient un roman d'aventure…. A la fin, ça part super mystique, parce que d'un coup, il réalise, quand le mec meurt, combien c'était grandiose en fait. D'un coup il manque de la personne, il voudrait qu'il lui donne un modèle parce qu'actuellement on a un peu peur qu'il y ait une guerre d'une certaine manière. L'impression que tout se déstructure autour de nous. Et le mec il est là : " Ah ouai, mais dans ce monde là, j'aurais bien parlé à un vieux comme ça qui a tué, qui a vu toute sa famille massacrée, pour comprendre comment on va faire, comment ça se passe dans une situation comme ça ‘’. Tu vois, ça part super puissant, enfin voilà (léger rire, très léger)…

G : Tu me dis que tu n 'y connais rien en art, que tu es complètement " acculturé " (rire)… Est-ce qu'il y a des bouquins, justement, qui t'ont marqué, que tu as un peu comme livre de chevet, ou qui te parlent, comme peuvent te parler une musique ou un film ?

C : Les bouquins qui m'ont le plus marqué, c'est quand j'étais petit, les 1ers trucs que j'ai lu, parce que je les lisais 50 fois de suite. Le 1er disque que j'ai écouté ou la 1ère bande dessinée, c'est finalement ça le fondement de ma culture. Après j'vais t'dire : j'ai lu Artaud, tout ça… mais c'est pipo. Le vrai truc c'est des romans d'aventure. Le problème : j'ai pas les noms, parce que j'étais trop petit. J'trouvais des vieux romans d'aventure, j'pense que ça devait être des années 20, 30 ; c'était des vieux livres qu'il y avait chez mes grands-parents, j'sais pas les noms (rire étouffé). Mais genre Cendrars, tout ça, imagine-toi toute cette littérature, Mac Orlan p'têtre , tous ces gens qui ont voyagé….. C'était toujours des histoires : le mec il partait en Afrique, dans des tribus, il lui arrivait des trucs pas possibles, il était explorateur ou alors il était amoureux, c'était en France, et puis c'était un drame social, il était amoureux d'une nana, il était trop pauvre pour l'épouser, et il lui faisait attraper la tuberculose… Ce genre d'histoires super "pathos" tu pleures et tout ça, et y'a des aventures de dingues, y'a des corsaires. Tu vois ce genre de bouquin ? Ça m'a vachement influencé tout ça. Voilà ! Et on a du mal à dire le nom des auteurs finalement.

CampEntree.jpgG: Je me rappelle surtout Salgari, qui était un mec genre portugais, et il a écrit plein de trucs comme Sandokan qui ont été mis en film après, et qui sont des romans d'aventure comme on ne sait plus les écrire à la limite. Justement avec ces mecs, tu imaginais toi-même la scène ; ils étaient très descriptifs, limite cinématiques, par rapport à la littérature.

Sinon… effectivement j'comprends ce que tu me dis, que la littérature qui t'a le plus marquée est celle de ta jeunesse. Mais depuis, est-ce que tu as découvert des trucs qui t'auraient ouvert un peu des portes, à travers la littérature, des trucs plus tardifs ?

C : Y'a un mec, on peut dire, qui fait un lien entre les ambitions qu'on a maintenant et cette littérature d'aventure : c'est Céline. Parce qu'il paraît qu'il a écrit son 1er roman, genre il lisait un roman d'aventure, parce que attends ces romans type Chéribibi, tout ça, se vendaient à deux millions d'exemplaires en France. On peut penser que les gens savaient moins lire que maintenant, c'est pas vrai ? Enfin deux millions d'exemplaires c'était le plus gros tirage ; d'ailleurs c'est Fayard qui sortait ça. A cette époque, ils faisaient des tirages de 2 millions sur des romans d'aventure, de bagnards, de loosers, justement tu sais à moitié tueur, criminel, le mec qui s'en sort pas. Donc il est sympa en même temps parce que con, il loose tout le temps, c'est un gros perdant. Non mais c'est vrai, un mec qui tue moins, qu'est perdant, on lui pardonne plus qu'un mec qui gagne et qu'est un gros salaud. Donc c'était à fond des trucs comme ça, et c'est en lisant  j'sais plus celine.jpgquel roman d'aventure de l'époque que Céline s'est dit : mais moi j'suis capable de faire ça. Voilà. Il se met à écrire Voyage au bout de la nuit, j'pense. Mais c'est un mec, il nous intéresse, il nous fascine, d'ailleurs c'est p't'être le seul auteur d'aventure, parce qu'en fait on m'a lu récemment des passages de Céline… C'est clair que c'est trash (rire) et en plus y'a un humour ! Bon il est vachement dramatisé à cause de tous les problèmes, qu'il était antisémite, tout ça, tu vois ça a beaucoup dramatisé son œuvre ; enfin on voit le côté monstrueux. Mais on m'a lu des passages de Mort à crédit, parce que le bouquin que j'ai fait  est super violent, et en même temps tu te marres grave, c'est con à dire, en pleine violence, parce qu'il y a des délires tellement dingues que c'est plus possible. Et dans Céline t'as ça. Elle me dit : Regarde cette scène, on dirait, ton délire, très comique. Ils sont sur un bateau, ça fouille, super bourge, les mecs sont très… enfin bien tenus. D'un coup tout le monde a le mal de mer, ils se vomissent dessus, ça devient scato quoi ! Ils sont dans les chiottes, tout le monde se pisse, se chie dessus, tous les bourgeois (rires de Glavio), il décrit ça pendant des pages. J'te jure il se vautre dedans avec eux, les spaghettis, 1jey-4w.jpgles frites, tous les trucs dégueulasses. C'est vraiment hyper dégueulasse, et en même temps c'est marrant tu vois. T'as le pire qu'est là : " Ah les enfants, vous avez pas le pied marin ! " (rire), et qui glisse dans le truc et qui s'casse… Enfin tu vois ça fait un côté Charlot en même temps.

Y'a un côté comme ça dans Céline qu'on a un peu ignoré, et si on relit mais c'est n'importe quoi : le mec qui s'lâche grave. Donc là, comme ça, tu peux faire un lien, si tu veux, entre des choses qui continuent à nous fasciner. C'est vrai qu'on a beaucoup oublié le roman d'aventure de cette époque-là. J'sais même pas si c'est encore tiré, et pourtant ça fascine trop grave ce genre de livres. C'est pas des aventures dans des pays étrangers, des milieux sociaux qu'on connaît pas, dans la pègre ou tu vois ce que j'veux dire. Y'a le roman policier qui a remplacé p't'être maintenant et tous les trucs de science fiction. Mais c'est aussi les films. Quand tu dis " film ", ça me frappe. Quand j'écris un truc je  vois un film, sinon c'est pas la peine. Donc faut qu'la lecture soit rapide ; tu vois c'est super rapide, super simple, et je vois les images, moi. Ça me fait triper. Tu vois les images, les images, les images…. Tu rentres dedans comme dans un film, J'essaie de faire un truc comme ça ; mais ça l'fait j'pense, parce que ça m'le fait, à moi et à d'autres.

G : A une époque tu faisais circuler pas mal de vidéos, peut-être que tu le fais encore, et quand tu parles de film, est-ce que tu l'as déjà envisagé, ou y a-t-il déjà des gens qui t'ont parlé de faire un film ? Est-ce que c'est quelque  chose qui t'intéresse ? As-tu déjà quelque chose derrière la tête a ce sujet ?

costes1.jpgC : A quel sujet ?

G : Faire un film !

C : Avec ce livre ?

G : Non, pas avec ce livre particulièrement… Faire un film, directement… vu que tu as l'air un peu touche-à-tout, et que plus tu avances, plus tu as mis des trucs dans ton panier. Est-ce que tu as déjà envisagé un scénario de film avec l'intérêt que ça peut avoir de se mettre à faire des courts ou des longs métrages.

C : En fait ça fait longtemps….. Enfin comme j'fais du spectacle très visuel j'avais acheté une caméra à la base dans les années 90, quand on pouvait commencer à acheter d'la vidéo pas trop cher, pour filmer mes spectacles en fait. Et de là, avec mes amis, les gens qui gravitent autour de mes shows, tout ça, on fait des films en fait, sans arrêt. J'ai fait 20 ou 30 courts métrages, et j'ai dû faire 6 ou 7 longs métrages.  Enfin est-ce qu'un film de 50 min est un long métrage ? Je sais pas. Des films qui font entre 1 H et 1H et demi, j'en ai fait au moins 6-7. Mais c'est vachement de travail. C'est vachement intéressant aussi.

En fait faut dire que j'ai un peu tendance à faire trop de trucs, j'fais de la musique, de la musique, j'suis passé au spectacle, vraiment un opéra dans ma tête. De là, j'suis passé au film et à l'écriture. Donc c'est les 4 trucs que j'fais, mais c'est dur de gérer tout en même temps. C'est vrai que j'aimerais faire un film, mais ça suppose une pause dans la musique, clairement. Bien que faire la musique du film soit intéressant aussi. Mais c'est tellement long de faire un long métrage ; moi il me faut franchement 6 mois quoi. Tu vois Costes-papillon.jpgpour le monter, tout ça ensuite, si j'mets le paquet. Mais avec le matos qu'il y a maintenant, en ordinateur, en caméra, n'importe quel amateur peut faire un super film, j'te jure un truc vraiment qui cartonne ! Si tu choisis pas des scènes trop complexes. Evidemment j'te dis pas 12 000 men qui se rentrent dedans, des hélicoptères… Mais bon si tu choisis un scénario que t'es capable de faire, tu as les moyens, tu fais gaffe à tes décors et tout, tu peux faire un truc mais top, top niveau. Par contre le roman que j'ai fait, évidemment, j'le verrais vachement bien en film aussi. Parce que pour moi ça se déroule comme un film. Donc tu vois à partir d'un texte j'peux aussi imaginer faire le film. C'est une façon de faire aussi. D'ailleurs Viva la merda, le 1er roman que j'avais fait, j'pensais que c'était un scénario de film à la base. Et c'est quand j'suis rentré dans ce scénario-là, j'me suis tellement pris la tête que ça a fini en roman. J'ai développé vachement plus les scènes. Plus j'rentrais dedans plus les chapitres devenaient longs, plus j'me disais : " Merde c'est un roman ça ! ", plus les personnages étaient développés psychologiquement tu vois. Mais pour moi entre le scénario de film et le roman il n'y a pas loin. Y'a une différence parce que tu rentres plus dans la tête des personnages à l'intérieur du texte, alors que, un scénario, généralement, ça sert juste à représenter ce qui se passe vu de l'extérieur. Dans le roman moi j'rentre vraiment à l'intérieur de la tête du mec tu vois, je suis carrément à l'intérieur du héros. Avec le roman t'es plus profond dans l'histoire il me semble.

G : Dans la  continuité de cette histoire, on a parlé un petit peu de la littérature qui t'a marqué…. Est-ce qu'il y a des films qui t'ont marqué, ou des acteurs éventuellement que tu considères comme des bêtes, ou je ne sais quoi ? C'est quoi les films qui t'intéressent et quelles sont les histoires qui te marquent ?

aguirre.jpgC : Si je devais dire un film qui me marque direct, non mais un et ça suffit quoi, c'est  Aguirre ou la colère de Dieu,  de Herzog.

Parce que déjà, t'as tout… Moi j'adore les mecs quand ils surjouent, qu'ils sont super intenses, qu'ils essayent… J'ai une tendance dans ce type d'acteurs-là, qui sont pas du tout comme les acteurs modernes, en fait, plutôt acteurs XIXème. C'est genre " OUAIS !!! ", quand il s'énerve, il hurle, quand il pleure, il pinaille comme un malade… Tu vois  ce que je veux dire, il se roule par terre et tout, ils y vont à fond. J'adore ce type d'acteurs. J'aime beaucoup le trip expressionniste allemand, enfin j'appelle ça comme ça, tu sais cette profondeur qu'il y a dans les films allemands, Fassbinder et tout ça. Donc j'ai retrouvé ça dans Herzog. Et y'a le truc que j'te dis, roman d'aventure à fond, ils descendent l'Amazone et tout. Tant qu'ils le descendent c'est complètement des dingues ! Parce qu'ils descendent l'Amazone pour rien, c'est ça qui me touche moi. C'est-à-dire faire des voyages sans jamais arriver nulle part finalement. Toujours dans la merde au fond de la jungle. Ça m'est arrivé… Je fais quelque chose, je l'fais à fond, et si j'vais dans la jungle il faut que je me perde. Parce que je cherche toujours à aller plus loin, plus loin, là où y'a pas de sentier... J'ai un comportement mental comme ça. Comme ce type d'aventurier qui ne conquiert  rien finalement.

aguirre2gg.jpgMais c'est une quête permanente. C'est comme le chevalier qui ne trouve jamais le Graal, ça, ça me touche à fond. Et  Aguirre  c'est ça putain, ils deviennent tous dingues et lui il s'accroche, mais il sait pas où il va. Y'a tout, il y a le film d'aventure, le mec intense qui se détruit, mais dans sa destruction trouve une beauté... Même s'il est complètement mort, il est vraiment beau, tu vois, il est tout cassé. Et il y a cette espèce de mysticisme finalement. Á la fin, tu vois le mec sur un radeau qui se retourne avec des canots et t'as l'impression que maintenant t'es parti dans un autre monde, alors qu'en fait t'es tout en bas comme un clochard que tu verrais crever, et si tu sais bien le filmer, le clochard crevé, tu vois le Christ. Tu vois c'est ça en fait, cet espèce de contraste qu'il y a entre le truc le plus trash, c'est tout le catholicisme de toute façon, le truc le plus trash mais vraiment le plus dégueulasse, écrabouillé sur une croix, c'est tout pourri, et vraiment c'est là que tu trouves une beauté, même un réconfort à contempler un cadavre tu vois. Et y'a vraiment ça dans ce film-là. Donc un exemple vraiment, ça me suffit.

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G : Tu parles visiblement de plus en plus de mystique. Tu te places où comme ça par rapport à la croyance ? Est-ce que tu crois ? En quoi  ? Si tu le sais, si tu peux le dire ?

C : J'ai été éduqué dans des écoles catholiques. Mes parents n'étaient pas des pratiquants, c'est juste parce qu'ils pensaient que c'était le niveau qu'était bon. Mais de ça, j'ai eu un contact avec des messes, tous ces trucs-là, puisqu'il y en avait tous les jours dans ces collèges, c'est vraiment les collèges internats dont je parle. Donc je connais ça, mais il y a longtemps, et j'me suis pas du tout intéressé à ça jusqu'il y a 2-3 ans. Une fois dans un spectacle, j'étais bourré, j'suis sorti dehors à poil. J'étais super bourré tu sais, j'suis sorti dans l'état où j'étais du show quoi, tout bizarre, d'la sauce tomate partout, à poil… Et il gelait, pourtant dehors, mais je ne sentais rien. Et c'était au milieu d'un échangeur routier, la salle, et j'vois au milieu de l'échangeur une sorte de p'tite forêt. J'traverse la bretelle d'autoroute et j'vais voir  cette espèce de petite île. Je m'aperçois que c'est une vieille chapelle avec un christ au dessus.

Et en fait, il s'est avéré que c'était une fontaine magique, du Moyen Age tu sais, où on a mis des croix après, mais les gens se trempaient dedans. C'est une source miraculeuse en fait. Y'a des trucs accrochés, des gens encore y mettent des chaussettes. Il faut que tu mettes quelque chose de toi-même dans la source, et tu as une guérison. Mais c'est pour certaines maladies. Juste j'ai compris que c'était une source magique, ça se voyait, avec plein d'objets accrochés et tout aux grilles. C'est un truc très vieux mais quand ils ont fait l'échangeur ils n'ont pas osé y toucher tu vois. Mais moi, enfin c'est très con, j'suis descendu dans l'eau qui était complètement gelée, y' avait de la glace, j'sentais rien du tout, j'étais complètement costes.jpgdéfoncé. J'ai pissé, enfin c'est bizarre, et à partir de là j'suis parti dans un truc à m'intéresser vachement au côté victime qui est mis en valeur dans le catholicisme ; ça m'a vachement touché ça… Enfin on peut dire tout ce qu'on veut sur l'arrogance de l'église à une époque, donc je ne sais pas. Mais c'est ce truc-là, que les mecs, aussi riches qu'ils soient, aient accrochés sur eux le symbole d'un supplice, d'un mec que personne ne considère bien. Le plus pourri des pourris mecs, tout le monde crache dessus, y'a quelque chose qui m'a touché là-dedans. Mais c'est tout, d'accord ! Et récemment, j'ai commencé à aller dans les églises, et là j'crois en rien moi, en fait. C'est pas la croyance qui me plait dans la religion, c'est le rituel. J'adore vraiment. J'te parle quand c'est bon, quand il y a une super musique. En ce moment je m'intéresse vachement à ça : des beaux costumes, le rituel est impeccable. Que ce soit des évangélistes pour la transe par exemple. J'ai vu des trucs haïtiens, donc c'est totalement autre chose que les catholiques. Les catholiques  c'est super introverti, faut que ce soit vachement bien fait le truc avec les catholiques tu vois. Parfait dans le geste : le mec il est assis dans son truc ; il rigole, c'est terminé. Non, il faut que ce soit parfait, parfait. Bon ça c'est un trip. C'est passif, moi ça me calme vachement le cerveau. Ou alors, j'aime bien le truc transe : le mec il se lâche, ça part en gros bordel, les mecs de la salle qui tombent par terre en hurlant, tu vois. J'aime bien ces 2 aspects de la religion, et maintenant j'me dis : " Mais pourquoi j'étais contre en fait ? " J'capte pas! (rire). J'veux dire, qu'on m'explique pourquoi ; et voir un truc trop bizarre devilsclub.jpgavec des sacrifices, finalement. Mais c'est vrai quoi ! Quand t'y penses, si t'enlèves le discours moral et si tu regardes le truc, t'as une occasion de voir ce que faisaient les gaulois tout simplement ! Et les romains. Parce que dedans t'as tous les anciens rituels qui sont là… T'as pas besoin de chercher dans un bouquin de sorcellerie à deux balles,  c'est la même par tradition de familles en familles. Tu vois c'est tel que, pratiquement rien n'a changé dans le noyau du truc, même mal fait, depuis des milliers et des milliers d'années. Donc tu vois d'un coup ça a commencé à m'intéresser, parce que j'fais des spectacles je pense. Le côté rituel, tu sais, le côté mise en scène aussi. J'm'intéresse à ça ; j'te dis pas que j'y vais tous les jours, mais j'pourrais, le matin, me faire une petite messe pour me faire 40 minutes de tranquillité, parce que la nuit j'fais des cauchemars et là au moins j'pense à rien et j'dors pas, tu vois. J'fais rien, si tu veux, et ça fait du bien de temps en temps.

G : Juste pour finir rapidement, une question très simple, à laquelle théoriquement tu devrais répondre rapidement. C'est donc la question de l'infernal Karkowski, qui est : " tu préfères le rouge ou le vert " ?

Karkowski.jpgC : C'est quoi Karkowski ?

G : C'est un musicien.

C : Ah il faut aimer… C'est un test qu'il fait. Mais moi, à priori, j'aime pas le vert. D'ailleurs je saurais pas te dire pourquoi. J'aime pas l'vert. Mais attends, j'ai pas de goût sur les couleurs, j'veux dire en couleur j'mets n'importe quoi. Tu regardes la pochette du disque, c'est du vert, mais bon. Non, c'est pas que j'aime pas l'vert, mais le sens de la couleur, tu vois, le rouge me paraît plus optimiste, le vert plus inquiétant. Pourtant tu me diras qu'il y a le vert des feuilles d'arbres (rires) Merde ! Bon y'a vert et vert, mais vert sur une pochette de disque, vert dans une lumière de light show, me paraît plus maladif. Peau verte peut être, des choses comme ça. Bon c'est mon idée ; le rouge plus optimiste mais violent.archugo.jpg

G : Merci Jean-Louis …. J'espère que ça va bien se passer pour toi, et à une prochaine !

C : Merci !

victoireweb.jpg

Retrouvez la bio de Costes, la disco et une critique de Grand Pêre :

Costes, briseur de tabous :  http://www.krashwar.org/article-10224904.html
Voyage au bout de la haine : Grand Pêre : http://www.krashwar.org/article-10228480.html

 

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Zap-Pascal 06/05/2007 18:41

Quelle longue description de poings de vue sur le monde, ses différences culturelles... agitées, mais aussi ouvertes, qu'un Jean-Louis COSTES nous livre sans prétention et avec intelligence !
Et quelle folie terrestre, décrivez-vous et insinuez-vous à l'auteur de Spectacles et d'Ecritures si souvent mal vues, politiquement incorrects !
Bien décrypté, les univers qui progressent avec l'âge, et l'homme aussi ? ? ?
Positionnement : futur à composer !
Merci à Waldo et toute la petite bande de fous-fous qu'êtes-vous !
Continuez ! Défendez vot' bifteak !
Zappez et surfez sur la vague !
l' ZAP-Pascal