Désirée la négresse 4

Publié le par Klub des Krasheurs

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la chiasse donc.

ses parents étaient boulangers. ils s'étaient rencontrés à la libération et dans l'euphorie générale s'étaient mariés la semaine suivante.

lui avait échappé au STO parce que son père fournissait la kommandantur en croissants et elle avait échappé au viol en offrant son joli pucelage à un beau fritz aux yeux bleus.

il racontait à qui voulait l'entendre qu'il avait aussi livré du pain à la résistance, tentative vaine et pathétique de se constituer une aura de héros. devant le manque d'enthousiasme de ²ses interlocuteurs, il en rajoutait et un jour donc il livrait du pain au maquis normand, un autre il participait à l'attaque d'un train, le suivant il était carrément le dernier survivant d'une troupe de maquisards. personne ne le croyait évidemment à part sa fille bien sûr, et tout le monde se foutait de sa gueule le bon Dieu en tête et la boulangère en queue. le boulanger ne croyait pas à ses mensonges mais il se sentait obligé de les faire, tellement il avait honte de n'avoir rien fait.

la boulangère elle par contre savait mentir. pour elle c'était une nécessité pour couvrir ses obligations extraconjugales, car le boulanger non content d'avoir une petite bite s'était vite retrouvé incapable de suivre la cadence de sa femme, abruti qu'il était par le pétrin.
d-C3-A9sir-C3-A9e-4-copy.jpgelle avait gardé de ses expériences sous le joug germanique un goût immodéré pour la chose et comme il se doit le boulanger était cocu. pour son mari et sa fille elle était une sainte qui un soir faisait le ménage d'une petite vieille, un autre avait une réunion de grenouille, le suivant vendait des calendriers pour l'orphelinat. a ce jeu-là les boulangers ne passaient pas beaucoup de temps ensemble dans leur lit d'amour. le boulanger croyait lui par contre aux mensonges de sa femme et était bien le seul à part le boucher à ne pas voir que sa fille ressemblait chaque jour un peu plus à la fille du boucher. la bouchère et la boulangère étaient très amies et fréquentaient la même paroisse. le bon Dieu les avait à la bonne parce qu'elles l'étaient, et leur avait facilité la tâche en leur trouvant des maris aveugles. elles s'en réjouissaient et ne cessaient de louer le seigneur pour sa bonté. c'était bien mal connaître le vieux salop dont les plans sont toujours bien vicieux.

vu de l'extérieur, la vie de la famille Duchemin semblait bien glauque. Vue de l'intérieur, et pour mieux dire de l'intérieur parfois tourmenté de Marion, elle semblait merveilleuse.

pensez donc un papa héros de la résistance et une maman touchée par la grâce. car elle y croyait dur comme fer la petite chiasse aux bobards de ses parents. elle les répétait et racontait les siens. Ses premiers mots furent : " c'est pas moi " et non pas " n'a fais caca " comme on aurait pu s'y attendre. le problème c'était qu'elle était devenue une mythomane de génie dès l'âge de cinq ans. elle aurait eu besoin qu'un psychiatre se penche sur son cas, car c'était un cas d'école, mais de psychiatre dans l'Evreux d'après guerre y'en avait keud. Il faut dire à ce sujet que le bon Dieu leur menait une lutte acharnée parfois même avec fureur et qu'à cette époque, il avait bien failli l'emporter, mais ça n'avait rien à voir avec Marion.

d--sir--e.jpgau premier jour, Désirée n'était pas forcément ravie à l'idée de parler à Marion. Pour elle aussi ce n'était qu'une petite chiasse. mais puisque Marion lui adressait la parole elle pouvait daigner lui répondre. et puis c'était quand même agréable de ne plus être seule dans la cour, et elle était prête à accepter quelques petits désagréments en échange d'une amie. car en plus d'être mythomane Marion avait tendance à se répandre de manière imprévisible et de préférence en public comme on l'a vu plus haut. Le médecin de famille n'y comprenait rien et l'envoyait voir toutes sortes de spécialistes qui testaient sur elle toutes sortes de traitements qui lui faisaient toutes sortes d'effets secondaires : des pustules au teint verdâtre rien ne lui était épargné. sauf bien sûr la guérison.

la première question que posa Marion à Désirée fut : " pourquoi t'es noire ? ". Désirée lui répondit : " je ne suis pas noire idiote ! " et comme Marion n'était pas idiote, à partir de ce jour, pour elle Désirée n'était plus noire ni aucun noir d'ailleurs.

ce fut le début d'une collaboration fructueuse entre les deux petites merdeuses. au plus grand dam d'Arlette. car la lyonnaise était issue de la petite bourgeoisie et voyait d'un très mauvais œil sa fille chérie faire commerce avec la fille de vulgaires charcutiers… enfin boulangers mais c'est pareil. " de la piétaille, de la chair à canon ", s'exclamait-elle en giflant Léonide qui n'y était pour rien la pauvre mais qui morflait sans broncher. c'était bien tout ce qu'on lui demandait.

les filles se mirent à passer toutes leurs récréations ensemble et ne tardèrent pas à se visiter l'une l'autre. Désirée se rendait bien compte des soucis mentaux de sa camarade mais s'inquiétait bien plus de ses soucis gastriques. faut-il compter l'épandage dont se rendit coupable le petit monstre, sur le tapis persan du salon d'Arlette, d'un mélange nettement nauséabond ? le bon Dieu lui-même détourna le regard et réprima un hoquet. Arlette se réprima in extremis de crucifier l'enfant sale et descendit Léonide dans la cave pour une séance inopinée de tabassage guantanamotesque. puis la renvoya nettoyer le salon où même la table en merisier était attaquée par les sucs gastriques. Léonide ne put récupérer le tapis qui finit taillé en morceaux pour couvrir le sol de la chambre de Marcel.

Désirée indiqua la salle d'eau à son amie puisque elle-même s'était résignée à l'appeler comme ça, et lui prêta quelques vêtements. a partir de ce jour Marion n'eut plus le droit de pénétrer dans le salon Mordec.

deux années passèrent ainsi sans grand événement notable. l'ennui semblait presque poindre quand le, bon Dieu eut la sublime idée de s'incarner en chamois. d'un bond il franchit la route qui serpentait sur un col vertigineux, au nez et à la barbe de Marcel qui ne ménageant pas son effort ne le vit qu'au dernier moment. la chute fut silencieuse et l'atterrissage se fit en douceur sur un bloc de granit. l'innocent se fracassa les deux jambes un bras et quelques côtes sans compter trois fractures du crâne. il mit six mois à s'en remettre. le vélo pour lui c'était fini. il rentrait à Evreux City Beach, ses primes d'assurance déjà sur le compte d'Arlette. cette dernière n'était pas des plus réjouies à l'idée de revoir débarquer le neuneu à la maison. mais elle n'avait pas le choix. et maintenant c'était à elle de remplir le frigidaire. elle décida de se diversifier, d'embaucher du personnel, de monter un bordel. avec la vente de son cabinet et les assurances de Marcel elle acheta un petit manoir sur les bords de l'Eure. l'affaire devint vite florissante. Les clients affluaient de jour comme de nuit semaine et week-end. on parlait d'elle jusque dans les couloirs de l'assemblée nationale et elle ne tarda pas à recevoir des ministres.

il va sans dire que Marcel et Désirée étaient restés à Evreux où Léonide veillait à tenir la maison. elle emmenait Désirée à l'école et préparait les repas. Arlette ne venait à Evreux que le jeudi où elle passait l'après-midi avec sa fille. elle prétendait travailler comme secrétaire pour l'archevêque de Paris, ce qui n'était qu'un demi mensonge et expliquait ainsi son manque de temps pour sa famille.

pendant ce temps, Marcel se mit à bricoler des vélos dans sa cave. sa chute l'avait rendu étrange. il était devenu capable de penser, et apprit très vite à souder. il fabriquait des cadres et en faisait des vélos tout à fait honorables. des vélos de course mais aussi des vélos de ville, pour homme et pour femme.

très vite le bruit se répandit dans Evreux que les vélos Mordec étaient de très bonne qualité et aidé de son curé toujours fidèle, marcel ouvrit une petite boutique. comme l'argent rentrait, Marcel pouvait s'offrir quelques petits extras. il avait pour Désirée beaucoup de tendresse, et Désirée privée de sa mère se raccrochant à ce qui lui restait acceptait les cadeaux de son père.

un jour qu'il l'emmena en ville ils furent accostés par deux GIs américains.

Leeroy et Archibald venaient du Mississipi, pour eux l'occupation de la France par l'armée américaine, c'était un vrai bonheur. si sur la base la ségrégation était la même que chez eux, dès qu'ils sortaient en ville une nouvelle vie les attendait. ils pouvaient rentrer dans les bars, aller au cinéma et même draguer les françaises malgré le fait qu'elles soient blanches. les français les traitaient en américains et non en nègres, enfin moins souvent qu'en territoire klanique, et les françaises se révélaient très curieuses. Leeroy et Archibald adoraient vivre ici pourtant quand ils croisèrent Désirée, une sorte de mal du pays les attrapa. elle avait sept ans et cela faisait largement aussi longtemps qu'ils n'avaient pas vu une petite sœur.

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ils invitèrent Marcel et Désirée à venir manger une glace. Leeroy prit Désirée dans ses bras et ils entrèrent dans un salon de thé. pendant que la gamine dévorait sa Dame blanche, les deux bamboulas harcelèrent le pauvre Marcel de questions sur sa fille et le pauvre ne put que révéler la vérité. pour Désirée que cette rencontre troublait déjà, ce fut un choc. elle était vraiment noire. et ses parents n'étaient pas ses parents. le bon Dieu se rapprocha toute affaire cessante. Désirée était partagée entre rage et désespoir. elle en voulait à sa mère plus qu'à son père, elle aurait voulu la tuer, la piétiner, la crucifier.

en même temps elle était dégoûtée. Elle trouvait les deux nègres en face d'elle très laids, et elle avait pu constater dans les bras de Leeroy qu'ils puaient. la sensation d'être moche et sale l'envahissait et elle ne put s'empêcher d'envoyer valser sa glace et de se mettre à pleurer. C'est sûr c'était la faute de sa mère et sa haine monter mais sa ne calmer pas son désespoir. Marcel s'excusa et ramena le petit bonobo dans son arbre. conscient qu'il y avait un problème mais étant incapable de la comprendre il ne put que la coucher et la veiller. elle n'alla pas à l'école pendant trois jours et le jeudi suivant arriva Arlette.

Léonide eut à peine le temps de lui dire que Désirée était malade qu'elle se rua dans sa chambre. on entendit Désirée hurler à sa mère qu'elle lui avait menti et qu'elle ne voulait plus jamais la voir. Arlette était tétanisée. personne ne lui avait jamais crié dessus. incapable de répondre elle ne put que fuir non sans se cogner dans l'angle de la commode. elle monta dans sa voiture en boitant et repartit en trombe en direction de Jouy sur Eure. mais son état nerveux n'était pas indiqué pour conduire. il aurait mieux valu que sa voiture ne démarre pas : le bon Dieu dans son immense lâcheté fut bien incapable d'empêcher le drame d'arriver. et c'est ainsi qu'elle termina sa route contre un platane à quatre-vingt kilomètres heure. elle n'est pas morte tout de suite, non, elle mit plusieurs heures à mourir, devant des secours qui ne pouvaient rien faire tant la voiture était déformée. Arlette était coincée dans un cercueil de métal. sa souffrance était intolérable. elle sentait que chacun de ses os était cassé ou broyé. c'était une grande journée pour elle. le bon Dieu en personne vint assister à sa lente agonie et finit par l'achever tant le spectacle d'Arlette faisant des bulles finit par le déprimer. sa besogne accomplie il se retira, laissant les ténèbres envahir la plaine.

By Poum.

(pour ceux qui souhaiterais lire le début : http://www.krashwar.org/article-4054395.html)

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