Mass Production (suite et fin)

Publié le par K.K.

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Mass Productions

Punks Artisans pas morts !!!

2éme partie

Glavio : Quelle a été, ou quelle est la plus grosse difficulté du label ?

Vincent : La plus grosse difficulté, le passage à vide, c’était quand les Mass se sont arrêtés, ce qui a évidemment  fait une coupure, dans l’ambiance de la maison, et de l’équipe. Le 2ème album tardait à arriver, mais il y avait encore 15 dates qui se préparaient. Il y avait aussi le split Tagada / Mass qui sortait début 2000, avec 10 ou 12 dates de prévues avec eux. Ça allait bien rebooster la machine tu vois, puisque les Tagada avaient toujours continué à grimper. Il y avait aussi des gens qui étaient embauchés dans l’association : Marco, le gratteux des Mass, avait déjà fait 4 ans mais avait encore 2 années possibles, Gaétan venait de prendre un job dans l’association… En plus, il y avait encore les traites du camion à payer, les réparations, et le crédit… Tu vois, il y a eu un bon souci, un bon froid entre nous, par rapport à tout ça, mais bon, c’était il y a 5 ans, c’était le moment le plus délicat. Sinon, les difficultés, ça peut être aussi dans la recherche de distributeurs. Par rapport à ça, on n’est toujours pas satisfaits de ce que l’on a, même si on est quand même très heureux : la satisfaction maximum, ce serait d’avoir un gros distributeur qui te met en place des disques dans tous les magasins de France, mais si c’est pour avoir la moitié de retour, c’est pas non plus très utile. Il ne faut peut-être passer à cette étape-là que lorsque t’as un groupe qui tourne effectivement dans toute la France toute l’année, et qui est connu dans toutes les régions. A l’heure qu’il est, au niveau distribution, il y a le réseau vraiment Punk Rock avec des échanges avec tout un tas de labels, dans chaque région, qui nous permet d’avoir des disques partout. Après, dans les magasins, on est heureux, mais la difficulté est d’avoir des distributeurs qui sont stables et peuvent être tes amis, parce que quand tu donnes tes disques, tu donnes aussi de l’argent à des gens non impliqués sur ton association et censés te représenter auprès de plein de disquaires. Ça peut être intéressant un moment donné que ces gens-là soient des amis, qu’ils te représentent avec le sourire, tout ça… Nous, on travaille avec Overcome et Sobridis, c’est des distributions plus régionales. Les difficultés, on en a aussi beaucoup pour trouver les endroits idéaux pour organiser des soirées. On est toujours dans la recherche de l’endroit ultime qui fera que les 500 personnes qui sont venues ce soir-là te diront toutes : l’endroit était magnifique, la soirée a été fantastique ! Cette année, on a quand même eu la chance de retravailler dans des salles où on n’était pas allés depuis longtemps, comme l’Antipode. L’Antipode, c’est bien pour Rennes parce que c’est accessible financièrement, mais en même temps les gens sont un peu parqués. On sait aussi que ça ne peut pas être la grande fête toute la nuit aux alentours parce qu’il y a beaucoup de gens qui vont essayer de dormir, vu le quartier très résidentiel. On a fait le Breizh Disorder dans le centre ville de Lorient aussi, au Manège. La salle est super abordable financièrement, mais malheureusement il y a toujours un petit peu de public bastonneur dans la région là-bas, donc pour l’instant, on ne peut plus y organiser de Punk Rock. On a fait le Bacardi, plus dans la région de Saint Brieuc. C’est une salle sur laquelle on n’avait pas travaillé parce qu’il y avait le Wagon, donc pendant des années on n’était pas à la recherche d’une salle par là-bas...

Maintenant qu’il n’existe plus, on est contents d’aller au Bacardi. Les gens qui tiennent cette boîte-là ne sont pas des gens qui écoutent du Punk tous les jours dans leur voiture, mais ils nous offrent des conditions d’accueil idéales. C'est-à-dire que lui, bien sûr, va se prendre le bar, mais en même temps il t’accueille, ne te fait pas payer la salle, ni la Sécu, ni le son. Donc pour nous ça fait une prise de risque minime. Tout ce qui est aux entrées c’est pour faire de la promotion, pour les groupes, le catering, la boisson, l’hébergement, donc tu vois, il y a des frais un petit peu plus, mais là-bas ça ferme à 5 heures, on a un grand parking, il n’y a pas de voisin, donc c’est une salle intéressante. On va des fois aussi à Braspard, là c’est une salle super aussi : y’a pas de voisin, c’est au fond d’une ferme. Et puis voilà, on est toujours à la recherche d’organiser des soirées comme ça…

NoWay : Au niveau d’autres problèmes, est-ce que vous en avez eu pour trouver des locaux, des financements, des aides, ou même concernant des oppositions institutionnelles à des soirées qui semblaient possibles ? 

Vincent : La mairie nous a pénalisés parfois parce que c’est vrai que quand on a  fait la salle de la Cité et qu’il y a eu de la bagarre à l’extérieur, la Police n’est pas intervenue et la mairie nous a mis ça sur le dos alors que je pense qu’à un moment donné il y avait peut-être la responsabilité de la Police qui aurait pu se montrer un peu plus présente ce jour-là. Par contre, la mairie nous a aussi aidés plusieurs fois, notamment sur les postes Emplois Jeunes pour lesquels ils nous ont donné 150 € par mois et par poste pendant 5 ans. Ça fait 1800 € fois 5, pour chaque emploi, donc ça fait une somme d’argent phénoménale que la ville de Rennes nous a donnée. Concernant la recherche de locaux, on est là depuis 7 ans et demi. On les a trouvés par nous-mêmes, avec le Call Jah Crew et le local de répétition des Mass Murderers. Nous, on a greffé le bureau de Mass Prod ici et on reste maintenant encore avec les locaux qui existent. A ce moment-là la ville ne nous a pas aidés, et c’est des locaux qui nous coûtent cher. Par contre, la ville nous aide une fois par an, c'est-à-dire que tu as un dossier à remplir où chaque association peut se présenter et indiquer son budget d’activité précis. Et depuis 3-4 ans, elle nous lâche quand même entre 900 et 1000 €. Vu qu’on est à 1000 € de charges par mois environ, ben ça fait quand même un mois entier de l’année qui est payé comme ça. Déjà ça, c’est positif. Et puis la ville de Rennes, on peut dire qu’elle nous aide encore sur les salles parce que même si quand tu vas au Mondo Bizarro, il n’y a pas d’aide, quand tu loues l’UBU, et que tu payes 400 ou 500 €, tu bénéficies du tarif Aide Associative. C'est-à-dire que la ville donne aux Transmusicales de quoi organiser 15 ou 20 soirées par an avec les associations. Pour chaque soirée, normalement, c’est 1000 € et pas 500 que tu devrais payer l’UBU. Malheureusement, on n’y a pas accès aussi facilement qu’on aimerait parce qu’il y a  beaucoup d’assos qui font de la musique sur Rennes, mais c’est plutôt positif. Mais à chaque fois qu’on a organisé une soirée à l’UBU, la ville nous a aidés : on peut dire qu’on a bénéficié à chaque fois d’une enveloppe budgétaire de 500 € à peu près. Quand on va à l’Antipode, de la même façon, c’est tout un truc qui fait que la ville et la France aussi (je pense qu’il y a des aides de l’état, de la région, etc.) participent pour que les salles soient abordables pour les assos… Le Jardin Moderne également. On y déménage nos bureaux, et c’est aussi (je pense) beaucoup d’argent qui vient de la ville. On est encore dans l’une des villes de France où il y a le plus de possibilités pour faire de la musique.

Glavio : Est-ce qu’il existe un réel réseau alternatif viable, aussi bien au niveau régional que français ou mondial ? Est-ce que les groupes Punk peuvent espérer devenir pro, et y a-t-il de réels contacts avec un univers en dehors des grands courants ?

Vincent : Je dirais que pour les musiciens, non, c’est vraiment très très dur… Le réseau alternatif, oui, il existe… C'est-à-dire qu’un groupe peut arriver, tourner en Europe pendant trois mois, payer les billets d’avions, avoir à manger et un sleeping tous les jours pendant quelques mois… Il y a une liberté de voyage en Europe et un réseau alternatif qui fait que dans chaque pays s’il y en a qui prennent réellement en charge les groupes, tu peux créer une véritable tournée… Ça arrive qu’il y ait des groupes qui viennent du Brésil, qui ont tout juste sorti un album et qui arrivent à faire trois mois de tournée dans tous les squats d’Europe. Jusqu’à maintenant c’était assez libre. Mais il s’avère que la Grande Bretagne ferme ses portes, est en train de devenir moins tolérante pour laisser des gens comme ça se balader… C’est arrivé plusieurs fois à des groupes qui avaient 4 ou 5 dates prévues en Angleterre qu’on leur ait dit : Non vous ne rentrez pas dans le pays parce que vous n’avez pas de permis de travail.

 

Du squat au professionnel il y a quand même une grande différence. Y a-t-il un réseau alternatif en France, je dirais que oui,  même s’il y a très peu d’endroits où ce sera alternatif à 100%, c'est-à-dire vraiment indépendant, sans aucune aide de l’état, et je ne pense pas que ce soit vraiment le cas ici. Ensuite, je ne connais pas trop le système de protectorat social, mais je pense que le RMI fait qu’il y a beaucoup de gens qui se bougent moins à cultiver la terre, à faire leurs potagers eux-mêmes, à vivre sans électricité, etc.... C’est en plus des choix de vie qui sont très durs, et ne permettent pas forcément d’accueillir un groupe à faire de la musique, puisque directement il faut se brancher, utiliser un groupe électrogène avec du gasoil… Donc t’es obligé d’être consommateur… Après, c’est le mot alternatif qu’il faut définir : pour moi l’alternatif total ce serait justement de ne plus utiliser d’électricité, etc.… Par rapport à ça le réseau alternatif ne donne pas forcément la place à la musique. Ce serait plus de prendre ta percussion et puis de t’éclater dans un champ ! (‘Putain, des hippies’ Rires)  Alors, hippies, non ! Tu peux faire des percus agressives lalala, bourriner pendant trois heures, et puis t’auras des bras d’acier, t’auras des bras de Schwarzenegger aussi.

Après, le réseau, il existe, bien sûr, puisqu’il y a plein de petits groupes inconnus, qui n’ont sorti qu’une démo et vont faire 10 dates en France. Dans toutes les villes tu as le réseau, que ce soit dans l’Est de la France, à St Etienne, à Lyon (au Clos fleuri), après les assos sur la région de Besançon, à Nancy aussi il y a des gens qui  organisent des concerts, dans plein plein de villes… A Lilles aussi tu as un squat qui fait des concerts Punk depuis un mois ou deux… Sur la Bretagne tu va avoir des groupes qui vont faire le Mondo Bizarro, qui vont faire le Matssa Café, t’as l’Etincelle à Angers… Tu as tout un tas de lieux comme ça, qui sont facilement répertoriables… Un coup de téléphone, t’envoies un CD, et tu peux trouver une tournée de 10 dates en  France… et là tu seras pas pro, même si tu arrives à rembourser tes frais. Ça peut être chaud, mieux vaut pas que t’es une location de camion à assurer sur une tournée comme ça (si tu as 100 euros de location de camion par jour, tu risques de perdre de l’argent, si tu as juste à payer tes cordes de guitares et le gasoil et le petit sandwich du midi ça va, mais sinon des fois ce sera dur). Et puis de là à devenir pro… Tous les groupes qui sont sur notre label en tout cas, même les plus vendeurs comme Inner Terrestrial, ne sont pas professionnels du tout. Ils tournent en France avec des cachets raisonnables, mais quand ils sont en Angleterre ils n’ont pas ce succès-là, ni en Allemagne, ni en Pologne… En réalité, il n’y a que quand ils viennent en France qu’ils gagnent un peu d’argent, et le reste du temps quand ils sont en Angleterre ils ont tous un travail. Bien sûr il y a des groupes professionnels, les Tagada par exemple, mais en même temps il faut y arriver !

NoWay : Est-ce qu’il y a beaucoup d’autres labels de Punk en France et en Europe dans l’esprit du vôtre et qui arrivent aussi à survivre ?

Vincent : Il y a beaucoup de labels en France, mais des gens qui en vivent il y en a très peu (on est peut-être 5 personnes à en vivre). On va citer une personne qui vit du label Combat Rock à Metz, une personne de Dirty Punk à Lilles, et 2 Mass Prod (et encore on est à mi-temps)… Et puis il y a en peut-être plein d’autres qui ont créé leurs petits jobs depuis, je ne suis pas au courant de tout… Mais des labels qui ont sorti autant de disques que nous, qui ont fait 50 références il n’y en a pas énormément… vivants à l’heure qu’il est… Il y a Combat Rock, les autres n’en ont pas sorti autant… Maloka ce n’est pas un label sur lequel il y ait des gens qui prennent des sous, tout est réinvesti sur les tanneries et puis J-C n’est pas salarié du label. Il y a beaucoup de gens qui doivent pour en vivre voyager beaucoup : organiser des tournées, prendre des risques énormes, faire des milliers de kilomètres… Je pense à Philippe de Varsovie avec son label Crouja Sappala, qui lui en vit, je pense, parce qu’il a une grosse distribution internationale, et qu’il n’hésite pas à prendre son camion, à organiser des tournées de  3 mois pour les groupes. Pendant 3 mois, il est tous les jours dans le camion, tous les soirs il déballe ses disques sur les concerts et il vend quelques centaines d’Euros de disques, donc là il peut en vivre. Après, il y a Yellow Dog sur Verdun, lui il a ouvert son magasin. Lui c’est pareil, il n’hésite pas à louer un camion, à faire venir des groupes du Brésil ou d’Amérique et à partir en tournée avec eux dans 15 pays d’Europe pendant 3 mois. En Allemagne, on sera dans le même cas de figure qu’ici, même s’il y a beaucoup plus de gens peut-être qui s’intéressent à ce mouvement-là ou à ces musiques-là. Il y aura des labels qui vont être professionnels, qui ne vont travailler que sur
la distribution en magasin, comme
Overcome.  Ils ne sont plus trop à prendre leurs bacs de disques tous les week-ends pour aller dans les concerts de Hardcore et tout ça. Ils ont fait ça pendant des années mais ils essayent de le faire moins. Et puis il y aura des labels comme nous qui vont être dans l’underground, qui vont tous les week-ends prendre leurs bacs de disques, aller dans le squat du village pour vendre leurs CD, qui vont essayer de se faire des échanges.

NoWay : Et comment se passe la distribution à l’étranger, dans votre cas ?

Vincent : Nous, au niveau de l’étranger, on n’a jamais investi sur des mises en place en magasin, tout ce qu’on fait c’est de l’échange. C'est-à-dire qu’on envoie 50 Inner Terrestrial en Angleterre, ou à Berlin, et en échange les labels de Berlin vont envoyer 50 disques à eux. Donc on a des prix un peu élevés par rapport aux réseaux vraiment… anarchistes peut-être, parce qu’on vend des disques jusqu’à 11 ou 12 €, les imports, mais bon. Il faut déjà savoir que quand t’envoies un 33 T maintenant en Allemagne, ça a augmenté, c’est 2 € maintenant pratiquement, pour envoyer un seul disque. Donc t’enlèves déjà 2 € pour les frais de port, t’arrives à 10 €. On est assujettis à la TVA depuis longtemps, donc si on a une marge de 5 € sur un album, c'est-à-dire si l’album nous coûte 5 € et qu’on le revend 10 € une fois les frais de port remboursés, il reste un bénef de 5 € et sur ces 5 € là, on a encore la TVA, 19 % à payer, donc on essaye de garder une marge de 3 à 4 € quand on vend un album. Bien sûr, le gars qui arrive qui t’achète 3 albums, on baisse le tarif…

Glavio : On va poser la grande question, la grande question de l’infernal Karkowski : Est-ce que tu préfères le rouge ou le vert ? (Rires)

Vincent : Ben en couleur, je préfère le vert. Et pour passer au feu en vélo je préfère aussi le vert. Quand je passe au rouge, je fais attention qu’il n’y ait pas un policier qui aille m’arrêter et m’enlever quelques points sur mon permis.

http://www.massprod.com

 

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peripherique 03/06/2006 12:18

questin :plus haut
remarque: j'aime ton site
insulte: putain tu réponds aux com gros plein de vomis de biere
menace : tu aimes ta femme, tu aimes le destop ? je vais te faire un joli package des deux pour noel

sinon, petit jeu ... je connais un groupe qui reprends le theme du krashwar c'est a dire les k partout ... devine , reponse demande dans un com

be krashware ( peripherique)

CODE/ TFM

peripherique 02/06/2006 15:40

ça a l'air de bouger drolement à rennes .. au bureau y a plein de bretons et tout le monde se fout de leur gueule , tu sais pourquoi ????

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