Désirée la négresse

Publié le par POUM

Désirée la négresse.

1

il est neuf heures à la ferme quand la Géraldine arrive enfin. le père est à cran, il est prêt à lui mettre la branlée de sa vie, mais quand il la voit, sa rage change de cible. il faut dire qu’elle est pas belle à voir, la Géraldine. elle a la robe déchirée, elle retient son chemisier pour cacher ses seins, sa lèvre est fendue, son nez saigne aussi, elle a de la terre dans les cheveux, ses larmes font deux sillons clairs sur ses joues. la mère se précipite, pendant que le père hurle : « qui t’a fait ça ? ». il est déjà prêt à prendre son fusil quand la réponse tombe dans un couinement : « les soldats. ».

depuis que les américains avaient remplacé les allemands la situation n’avait pas vraiment changé à la ferme. les allemands violaient les voisines quand la Géraldine était encore gamine, maintenant qu’elle était grande et belle, c’était un gibier de choix pour les GI. et pas la peine d’aller voir les gendarmes, la MP ou de chercher à se venger. de toute façon il faisait noir et la gamine est incapable de les reconnaître. alors puisqu’on peut rien faire, on la gifle par principe, on la lave et on prie.

on prie le bon Dieu pour qu’il nous pardonne nos péchés, pour qu’il ne pardonne pas ceux qui nous ont offensés et pour qu’il nous délivre du mal. du mal tapi dans le ventre de la gamine. « oh mon Dieu, faites qu’elle ne soit pas enceinte. » on prie en espérant que tout va s’arrêter là. et puis on part se coucher parce que c’est la ferme, et que la seule chose qui compte vraiment c’est les vaches.

mais le bon Dieu, lui, il est pas vraiment d’accord, il a un sens de  l’humour bien particulier, à croire qu’il nous a créés juste pour ça, pour se fendre la gueule à nous voir nous débattre dans la merde.

alors évidemment la Géraldine est prise et pas qu’un peu. le rebouteux a abandonné, elle a même essayé de se jeter dans l’escalier, rien à faire, le chiard est bien accroché.

la seule solution c’est le Gontrand. le Gontrand c’est le garçon de ferme. Il a débarqué dans le pays y’a un an, avec un accent du Sud, qu’il a déjà perdu. il cherchait du boulot et en a trouvé là. il se prétendait ancien résistant du côté de Lyon, mais qu’il était parti écoeuré par les magouilles des collabos pour rester en place. en fait c’était un ancien milicien détaché à la SS pour traquer les juifs, tziganes et autres métèques. il avait changé d’identité en prenant les papiers d’un rouge qu’il avait enfermé dans une cave en prévision de la libération.

c’était pas une idée à lui, ils étaient plusieurs à avoir fait de même. le plan était simple, on sélectionne des mecs qui nous ressemblent, et le jour J on les bute, on les laisse dans un coin avec nos papiers et on se barre avec les leurs. c’est comme ça  que Patrick, qui s’appelle Gontrand maintenant est remonté tranquille jusque du côté d’Evreux.

enfin bref, donc le père va voir le Gontrand, et après quatre calvas, lui fait la proposition suivante : épouser la Géraldine, reconnaître le bâtard, et récupérer la ferme en dot, ou plutôt en compensation. « ma fille l’était plutôt gironde avant de se faire engrosser, m’étonnerait qu’ça revienne pas après les couches. t’auras pas de mal à lui en faire rien qu’à toi. et pis l’bâtard, ben y’a que nous qui savons, t’auras l’air du gars qu’on oblige à se marier parc’qu’il a engrossé la gamine, plutôt qu’du connard. »

le calva ça fait réfléchir vite. de toute façon, il espérait bien se marier la môme et ses vingt cinq hectares avec.

le calva ça rend vicieux. il se prit à espérer que le petit monstre soit une fille, ça lui en ferait deux pour le prix d’une. et en plus on le payait pour ça.

alors avec un sourire généreux, sur le ton de la plus grande compassion, le Gontrand laissa tomber : « J’accepte. ».

a la ferme c’était la fête, une vraie libération, on en oubliait même le fond de l’histoire, qui grandissait accroché à son placenta comme un chien à son os.

l’honneur était sauf, on pouvait retourner nourrir les cochons en sifflotant. on célébra les fiançailles avec célérité. la Géraldine, qui n’avait pas son mot à dire, était bien soulagée. c’est vrai que le Gontrand était loin d’être un beau gars, mais au moins il était propre, et, pour ce qui était de sa propre expérience, semblait un homme doux. il est vrai que malgré tous ses malheurs, la Géraldine continuait fermement à croire au bon Dieu, qui ne l’oublions pas, peut parfois se montrer très espiègle. elle se voyait déjà accoucher d’un petit Jésus bis, pas moins, malgré le fait qu’elle n’était plus vierge, plus du tout d’ailleurs car le Gontrand, prétextant de son ventre grossissant, avait vite emprunté une voie parallèle.

c’est vrai qu’en la matière il était expert. il avait acquis une solide expérience dans les cellules de la Gestapo de Lyon, la SS ayant une véritable tradition sodomite. le Gontrand avait accès à toutes les petites juives, en transit, et ne se privait pas de leur montrer à quel point il leur était supérieur.

la Géraldine elle préférait ça, plutôt qu’on abîme son messie. le bon Dieu saurait lui pardonner.

en septembre, le dix exactement, la Géraldine accoucha. dans la chambre, la mère et la sage femme comprirent qu’il aurait mieux valu que les allemands soient encore là, car s’il était sûr que l’enfant était une fille, il était clair aussi qu’elle était noire et en parfaite santé.

il fallut la présenter à son père. a sa vue, le Gontrand se dit qu’on s’était bien foutu de sa gueule, qu’il s’était doublement fait baiser. par sa femme et sa famille, et par les ricains. et pendant que le bon Dieu se pissait dessus tellement il rigolait, le Gontrand courut chercher son P 38 qu’il avait caché dans la grange. au premier coup de feu la sage femme dégagea par derrière, la négresse dans ses bras, et ne s’arrêta de courir qu’arrivée au bourg, où elle se réfugia au presbytère.

le Gontrand avait commencé par s’en prendre à Bénito le berger picard qui gardait les poules. il avait toujours considéré ce chien comme une insulte personnelle au vu de son passé. dans la cuisine il tua son beau père à coups de crosse, non sans l’avoir copieusement insulté. la belle mère essayait d’intervenir, il lui régla son compte de la même façon, puis tira par trois fois dans le ventre vide de la Géraldine. constatant la disparition de sa fille, fou de rage, n’ayant plus personne à massacrer, il marcha sur la forêt et se tira une balle en pleine tête.

dès le lendemain matin, la gamine fut baptisée Désirée, et placée l’après-midi même à l’orphelinat. où Dieu, bien sûr, gardait un œil sur elle, en attendant la suite.

2

 

le Marcel, lui, il ne croyait pas trop en Dieu. c’est pas qu’on lui avait pas appris à la messe que le bon Dieu lui mettrait un bon coup de pied au cul si il déconnait, mais en fait c’était un peu trop abstrait pour lui. même un vieux barbu sur un nuage, c’était trop compliqué pour son imagination. c’est pas qu’il était con, Marcel, non, seulement un peu simple. La seule chose qui l’intéressait vraiment à l’église, c’était le vélo du curé. s’il avait vraiment du mal à s’imaginer la multiplication des pains du chiard, il se rêvait souvent, enfourchant la bicyclette au guidon piqué de rouille au fond de la cour et filant sur les routes, partir à la découverte du vaste monde.

son père ouvrier charpentier et sa mère bonne n’avaient bien sûr pas les moyens de lui offrir. de plus, ils doutaient fortement des capacités du bienheureux à se servir de l’engin. et Marcel devait se contenter de rêver de cette mécanique grinçante.

mais ce n’est pas parce qu’il ne croyait pas en Dieu que le bon Dieu, lui, ne croyait pas en lui.

il fallait des circonstances exceptionnelles pour qu’on laisse Marcel tenter l’aventure, et la seconde guerre mondiale fut sa chance. comme beaucoup d’autres, marcel dans cette époque bénie put réaliser enfin son fantasme. a Evreux, le ravitaillement devint vite difficile pour les petites gens.

le curé apprit à Marcel à faire du vélo, pour qu’il puisse aller chercher des topinambours. le Marcel, il était tout bien content sur son vélo, ce qui l’emmerdait, c’était la remorque qu’il devait tirer. le curé et ses parents aussi étaient bien contents. le gamin développait des mollets de breton, et ramenait de plus en plus de victuailles. le curé les vendait à ses ouailles et partageait les bénéfices à son avantage avec les parents du neuneu.

mais tout a une fin, et à la libération, ce petit commerce périclita assez vite. on allait trouver un autre usage aux jambes de Marcel. la vie normale reprenait son cours et les premières courses cyclistes s’organisaient déjà. le curé l’inscrivit à une course et Marcel la gagna. le prix était un vélo américain flambant neuf. en six mois il en remporta trois autres. avec ces victoires, d’autres que le bon Dieu se penchèrent sur lui. un propriétaire d’équipe d’abord, qui l’engagea pour épauler son futur champion breton qui roulait toujours seul vers l’arrivée. et puis la trop belle Arlette.

elle avait vingt-six ans et elle n’était pas normande. non, Arlette était lyonnaise, et ça se voyait tout de suite qu’elle était de la ville. c’était la grande classe débarquée dans l’étable. elle racontait qu’elle avait été infirmière dans un hôpital pendant l’occupation.

infirmière elle l’était bien, mais à la Kommandantur où elle officiait en tant que surveillante des tortures. son rôle était que les prisonniers ne meurent pas trop vite et qu’ils puissent parler. a la libération, il lui avait fallu teindre ses cheveux pour ne pas se faire tondre, et quitter la ville pour ne pas s’y faire fusiller. elle s’était forgée de solides relations dans les fêtes que ne manquait pas d’organiser la SS, et c’est un ami évêque qui l’envoya à Evreux chez un camarade curé. elle avait besoin de se faire oublier, de changer d’identité : le mariage avec Marcel fut une formalité.

peu intéressé par la chose, le Marcel ne fit aucune difficulté à faire chambre à part dès la nuit de noce. a la Kommandantur, Arlette avait affiné ses goûts en matière de sexe, et si elle ne supportait plus qu’un homme la touche, elle aimait les soumettre, quelle qu’en soit la manière. en cela Marcel était prometteur.

et Désirée dans tout ça…

Désirée donc, lavée vite fait, langée de blanc, dormait dans un berceau réservé aux nouveaux nés dans l’orphelinat d’Evreux. autour d’elle s’affairaient les infirmières. le cas de la petite excitait leur curiosité. faut dire qu’on n’avait jamais encore vu ça par ici. et si certaines s’inquiétaient de l’anatomie de la petite noiraude, regrettant que ce ne fut un garçon, d’autres pariaient sur ses capacités intellectuelles, qu’on n’imaginait pas plus élevées que celles d’un singe. le directeur vint lui-même constater la pigmentation de sa nouvelle résidente. ayant été médecin dans les colonies, il avait bien sûr côtoyé beaucoup d’hommes de couleur, et, bon chrétien, mais charitable quand même, au bénéfice du doute leur avait octroyé son amitié.

ainsi il sut rassurer les infirmières, leur démontrant lui-même en la changeant que mise à part sa couleur, elle n’était pas différente d’un bébé blanc. Désirée, bien sûr, dès le début de la manipulation, se mit à brailler, et il put aussi lui donner le biberon, ce qui finit de dissiper toute crainte.

elle devint vite le centre des conversations de tout l’orphelinat, et chacun trouva un moyen de passer au moins une fois devant son berceau. bien sûr certains ne pouvaient s’empêcher de s’étonner devant ce petit être plus proche d’une guenon sans poil que d’une petite fille, mais dans l’ensemble tout le monde la trouvait amusante. en trois mois, elle devint la mascotte de l’orphelinat.

cela aurait pu durer bien sûr, si le bon Dieu n’avait eu l’imagination fertile. et l’orphelinat reçut la visite de Mr et Mme Marcel Mordec.

 

Arlette avait réussi à se fondre dans la masse. elle s’était mariée avec un cycliste souvent parti en course, ce qui lui donnait un certain statut social. avec l’aide du curé, elle passa vite pour une jeune grenouille au sein de la paroisse, et fut prise en main par quelques vieilles âmes charitables du quartier. quand on lui demandait avec insistance quand elle se déciderait à donner un enfant à son homme, elle répondait sur le ton de la confidence qu’elle était stérile après avoir été torturée par les allemands. sa compassion finit par suinter de partout autour d’elle, il lui fallait capitaliser cette manne : l’adoption paraissait la touche finale à son personnage de sainte.

il ne fut pas nécessaire de convaincre Marcel. depuis le début de son mariage, il s’était bien habitué à sa vie domestique. bien sûr il faisait de menus travaux, comme la vaisselle, la lessive, le ménage, les repas. il préparait toujours un repas pour sa femme, qu’elle mangeait seule dans le salon en lisant l’évangile, puis pour lui, invariablement, se faisait cuire une tranche de mou qu’il accompagnait de légumes abîmés qu’il n’avait pas le droit de servir à Arlette. il ne parlait jamais à Arlette, car il n’en avait pas le droit, et d’elle ne recevait que des ordres.

evidemment, il n’avait jamais pensé à se plaindre, et le curé lui avait bien fait la leçon, lui expliquant qu’un bon mari devait toujours obéir à sa femme.

de toute façon il avait toujours obéi, et c’est pour ça qu’on l’aimait. au sein de l’équipe, il ne discutait jamais non plus, et avalait tout ce que lui donnait le médecin.  

le jour où Arlette lui dit de s’habiller pour aller adopter un enfant, il s’habilla.

Arlette avait été recommandée auprès du directeur par l’évêque d’Evreux, à qui le curé l’avait lui-même présentée.

il leur fit visiter son établissement. Arlette voulait un enfant le plus jeune possible ; il l’emmena à la pouponnière.

elle passa devant les sept ou huit poupons roses qu’on lui présentait, et ne pouvait que constater son manque d’instinct maternel. dégoûtée par les monstres, elle s’imaginait la tâche ingrate qu’allait être l’éducation d’un enfant, même secondée par Marcel, et elle passait de l’un à l’autre sans savoir lequel choisir. le directeur, se méprenant sur son hésitation, allait intervenir pour lui proposer d’aller voir dans un autre hospice, mais le bon Dieu fut plus rapide.

persuadé que personne ne voudrait jamais adopter la négresse, le directeur la faisait toujours enlever de la pouponnière lors des visites extérieures.

ce jour-là, l’infirmière qui la gardait avait oublié son hochet et revint le chercher en courant, tenant Désirée hurlante à bout de bras.

dans l’esprit brumeux d’Arlette, le plan devint limpide. La petite négresse, c’était le beurre et l’argent du beurre. plus charitable, tu meurs, et ses accointances passées devenaient insoupçonnables.

il en fut décidé ainsi, et Désirée devint : Désirée Marie France Mordec.

c’était un dimanche, et le bon Dieu se dit qu’il en avait beaucoup fait pour un jour de repos.            

3


les années passèrent vite.

surtout pour Marcel, bien que le pauvre ne s’en rendait pas vraiment compte. les yeux rivés sur son champion, ( ou plutôt sur le fion de Louison, ce qui n’éveillait rien en lui, pas plus que le fion d’Arlette, ni aucun autre fion d’ailleurs, car Marcel n’était pas fionniste), les yeux rivés sur son champion donc, l’idiot était heureux.

c’est qu’on s’occupait bien de lui au sein de l’équipe. un bon cuistot, un bon médecin, un bon champion, que demander de plus au bon Dieu ? on surveillait sa ligne et on s’occupait de son cœur. celui de Marcel encaissait bien. le médecin belge avait une filière en Allemagne. il faisait venir des amphétamines fabriquées dans les mêmes usines qui fournissaient moins de dix ans plus tôt les troupes d’élite du troisième Reich, gage de qualité s’il en est.

Marcel enchaînait les courses, se reposait dans des hôtels, prenait ses vacances dans des cliniques en Suisse. Marcel était reconnaissant de tant d’attention. faut dire qu’il n’était pas traité à la même enseigne le peu de fois qu’il séjournait à la maison.

car bien sûr Arlette avait acheté une maison. elle renégociait elle-même, et systématiquement à la hausse, le salaire de son mari, qui était versé directement sur son compte. elle était intraitable quand il s’agissait d’affaires, et Marcel touchait à son insu le deuxième meilleur salaire de l’équipe. intraitable, elle l’était aussi quand il s’agissait de négocier ses talents. incroyable le nombre de soumis qu’elle avait à sa botte, elle refusait du monde. rien que des bourgeois, des notables, des curés. a croire que le machisme est un vice de pauvre, de prolo, d’analphabète. y’a bien que le bon Dieu qui ne s’en étonnait pas, lui dont le fils pédé avait fini crucifié par des surhommes en sandales.

fidèle à l’enseignement du Christ qui tendait toujours l’autre joue, les fidèles paroissiens prenaient rendez-vous à la messe, et venaient tendre les deux fesses en même temps chez maîtresse Arlette. elle exerçait dans un cabinet situé rue Victor Hugo, la nuit uniquement, après le départ des trois médecins avec qui elle partageait la maison. Ce cabinet, elle l’avait bien sûr acheté aussi.

toute sa journée, elle la consacrait à sa fille. bien qu’elle ne soit pas devenue soudainement bonne mère, elle s’amusait à éduquer Désirée comme si c’était une enfant normale. pour elle, cela signifiait, comme une enfant blanche, bien sûr. ainsi, jamais elle ne dit à Désirée sa différence, et il était interdit au Marcel et à Leonide, dont nous parlerons plus tard, de lui dire quoique ce soit à ce sujet.

dès l’âge de deux ans, Désirée apprit tous les chants chantés à l’église, disait bonjour bien poliment à tous ces gens qui la regardaient comme une verrue et obéissait à sa mère, puisqu’il faut nous résigner à l’appeler comme ça.

bizarrement, les penchants sadiques d’Arlette ne trouvaient pas d’exutoire en Désirée. au contraire elle couvrait sa fille de cadeaux et cédait à tous ses caprices. honneur suprême, la gamine fut autorisée à prendre ses repas avec sa mère. auparavant c’était Leonide qui préparait et faisait manger Désirée. dorénavant elle servait la mère et la fille à table.

puisqu’Arlette s’était débarrassée de Marcel, il lui fallut embaucher une bonne pour s’occuper de la maison et veiller Désirée la nuit. le curé lui présenta Léonide, gentille fermière de dix-sept ans qu’il hébergeait lui-même depuis six mois. la petite, lui dit-il, avait été violée par son père et son grand-père durant toute son enfance et adolescence, et battue par sa mère jalouse des attentions qu’on n’avait plus pour elle. elle n’était pas très intelligente et bien trop soumise pour faire une bonne bonne de curé, mais pour maîtresse Arlette, elle était parfaite. elle acceptait toutes les tâches et punitions ordonnées par sa maîtresse. elle avait une chambre au grenier, et un lit dans la chambre de Désirée pour y dormir quand Arlette n’était pas là.

Arlette apprit très vite à Désirée à mépriser Leonide et, les enfants étant ce qu’ils sont, c'est-à-dire égoïstes et méchants, la noiraude traita la plouc comme une esclave. et la plouc obéissait comme elle avait toujours obéi.

ainsi passaient les années.

Désirée montrant de véritables dispositions intellectuelles, sa mère lui fit apprendre à lire dès l’âge de quatre ans, et à l’âge de six ans elle entrait en CE2 en école privée catholique. elle qui n’avait pour ainsi dire jamais quitté son royaume, ce fut forcément une épreuve difficile. surtout qu’elle focalisa sur elle toute la haine de la cour d’école.

dès le premier jour dans la cour, aux cris de « Ah la négresse », cernée par une quinzaine de futurs maîtres du monde, elle subit une raclée digne des meilleurs pogos. sermonnés par l’abbé, le mot fut définitivement banni de l’école, et Désirée ne l’entendit plus qu’à voix basse. sa mère lui dit de ne pas s’en faire, qu’elle n’était pas différente, que les autres étaient jaloux d’elle car elle était la plus belle et la plus intelligente, et que le mot négresse ne voulait rien dire.

la gamine forcément accepta ces explications, et sure d’elle, dès le lendemain toisa la cour de son mépris. en face, les hooligans avaient été punis et, n’appréciant que peu les coups de ceinture de l’abbé, s’étaient résolus à ne plus l’attaquer. du moins physiquement. ils décrétèrent un embargo. Personne n’avait le droit de lui parler, encore moins de jouer avec elle.

ça aurait pu durer longtemps, mais ça ne dura que trois mois. un mois de plus et Désirée aurait craqué. tous les jours elle passait de reine à pestiférée entre chez elle et l’école. sa mère avait beau la rassurer du mieux qu’elle pouvait, Désirée commençait à douter. du bon Dieu d’abord car malgré ses prières elle ne voyait rien venir pour améliorer sa situation. de sa mère ensuite : elle commençait à se demander si elle ne lui mentait pas. d’elle-même enfin. était-elle si belle ? intelligente, ça c’était sûr car elle était la première de sa classe, ce dont elle était très fière car cela prouvait sa supériorité dont elle avait un sens aigu. mais belle ? a part sa mère, qui lui disait qu’elle était belle ? personne. à l’école on lui disait souvent qu’elle était moche. en fait on le disait d’elle, suffisamment fort pour qu’elle l’entende. elle en entendait d’autres. et à tort ou à raison elle les confondait. ainsi moche devint synonyme de laide, sale, négresse.

le bon Dieu dans sa grande mansuétude la prit en pitié. Il lui fallait une amie.

alors en fin d’automne il arriva que la petite Marion qui était dans la même classe que Désirée fut atteinte d’une crise de gastro-entérite en pleine classe. elle vomit, pissa et chia bien liquide en un seul mouvement. bien sûr, il y eut ceux atteints par la gerbe, mais l’odeur atteint tout le monde, la salle fut évacuée, non sans que certains se mettent à vomir aussi.

dès le lendemain l’embargo mis en place contre Désirée fut élargi à Marion qu’on n’appela plus dorénavant que la chiasse. la négresse allait enfin avoir une amie.

 

By POUM

 

 

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anais(nousse)la boulangere 03/12/2006 21:08

alors?A quand la suite?

Moâ 11/10/2006 11:02

Hello Toâ :-)
Un univers impitoyable ... (sourire).
Etonnant, et bien édité!
Bonne journée, byeeeeee.

isAAAc 10/10/2006 20:07

un peu de poésis dans ce monde de brutes:

http://www.psychasoc.com/article.php?ID=384

Hiatus irrationalis



Choses, que coulent en vous la sueur ou la sève,

Formes, que vous naissiez de la forge ou du sang,

Votre torrent n’est pas plus dense que mon rêve ;

Et, si je ne vous bats d’un désir incessant,



Je traverse votre eau, je tombe vers la grève

Où m’attire le poids de mon démon pensant.

Seul, il heurte au sol dur sur quoi l’être s’élève,

Au mal aveugle et sourd, au dieu privé de sens,



Mais sitôt que tout verbe a péri dans ma gorge,

Choses, que vous naissiez du sang ou de la forge,

Nature, - je me perds au flux d’un élément :



Celui qui couve en moi, le même vous soulève,

Formes, que coule en vous la sueur ou la sève,

C’est le feu qui me fait votre immortel amant.



H.-P., août 29



Jacques Lacan

Le phare de Neuilly, 1933.

radada 05/10/2006 13:15

la suite, la suite...

isAAAc 04/10/2006 18:02

et bien, un début très prometteur, il me tarde (mon dieuh ke j'cause correk, par les pustules de Proutakris...) de lire la suite...

la stratégie de la salope de mère adoptive me rappelle un patron de bar à douranenez, un bar sur le port rhu, qui n'a pas de décoration de bateau (quoi? mais non personne saura qui c'est!) qui a voulu m'étrangler pour de bon quand, à la suite du fait que je l'avais traité de nazi car il avait frappé un pote métis ivre mort quelques temps plus tôt, il s'était justifié du fait de ne pas l'être car sa femme était noire... ce à quoi je lui répondis que c'était pas une excuse, avoir une femme noire n'a jamais empêché d'être un sale faf de mes deux, ce qui pour le cas s'avère vrai...

bon je m'éloigne un peu de mon propos.

mais bon, enfin une histoire post 2nd guerre mondiale qui se rapproche de la vérité historique. Car il faut tout de même pas l'oublier, les collabos étaient quand même plus nombreux que les résistants , même une fois qu'une partie de ces même résistants ont rejoints les rangs des FFI à la dernière heure....

d'ailleurs, combien voteront Le pen, combien voteront Sarko, et tous se diront avoir résisté dans vingt ans, et auront des enfants métissés comme peuve de leur bonne foi...

bon, je m'égare encore... quoique...

bravo donc à POUM pour cette petite intro d'un long roman fleuve je l'espère, car là on est a peine dans les anées 50, et des saloperies qui ont pu en découler, les farces de ce satané (ahah satané,ahahah, trop drole, mais si! trop drole, lisez le reste de la phrase...) de ce satané bon dieu disais-je sont tellement nombreuses que même la somme des pages d'une bible et de l'intégrale de Tout l'Univers réunies n'auraient pas assez de place pour imprimer toutes les bonnes blagues que ce concept a pu faire, ou que les bonne gens ont pu faire en son nom (et je me demande bien comment ils ont fait car son nom est composé de 72 lettres et est secrètement gardé dans les caves du vaticans pour le restant de l'éternité qui va bientot s'achever d'ailleur, sisi, Nicolas l'a dit, tout va changer, alors pourquoi pas l'éternité)

bon j'arrête ici car du coup c'est plus un commentaire, et je vais finir par faire en sorte que mon commentaire soit plus long que le texte que je commente, un peu à la manière des chroniqueurs politiques qui tiennent toute une émission sur un mot comme Kärscher...

allez , je remets mes bottes et je vais faire le pinpin dans la réalité obligatoire de la démocratie républicaine française multiculturelle... (je vous avais pas dit au début que j'causais diantrement bien aujourd'hui ? vous m'aviez pas cru hein ? alors si vous me croyez pas , pourquoi vous croyez les autres? hein ? bande de cons)

kenavo les bouseux

is A hAck