Frans bouchon Brezy

Publié le par yanniG

Haiti, Jour 2 

Carole a réservé trois places pour voir le match France-brésil au bar-hôtel de Salomon, juste à coté de sa kaye sur le marché de Pétionville.

Dormir 50$, moment 30$. Un dollar haïtien, c’est 5 gourdes, et cinquante gourdes font un euro. Une bière c’est 7 dollars, 35 gourdes. Et Salomon en vend, canettes tirées d’un congélo qui occupe une bonne partie de sa salle. C’est plein comme un œuf. Et une vingtaine de personne est suspendue à la grille de façade. Nous nous faufilons, moi, Carole et Théodore, doctorant Camerounais.

C’est un brin la cohue dans le bar de Salomon. Carole obtient un bout de banc près du Rockinchair de Salomon, un Haïtien âgé mais solide. Je m’accroupis où je peux, mais un gros gars en jaune et vert me propose obligeamment ses genoux. Théodore se serre  assis sous la télé avec les fanatic brezy.

J’ai une canette de bière prestige à la main, le match commence.

Mes voisins m’interpellent, me proposent de parier des vingt dollars, des cent dollars. Le ton monte, il y a une engueulade en créole. Je suis concerné sans trop comprendre à quel titre. Salomon se lève et me désigne son fauteuil à bascule. Je refuse, mais le vieil homme m’y assoit de force. A la meilleure place. « Tu as la place du chef. » me fait remarquer Carole. La place de l’homme blanc. Ça commence à rentrer. Et d’autant plus vite que mon compagnon de séjour est plus noir que les haïtiens 

Plus tôt dans la journée nous étions à une inauguration aux places d’honneur tandis que Théo était repoussé debout au fond de la salle.

L’équipe Brésilienne, c’est l’équipe du Peuple. Franklin, le jeune gardien de la kaye Cawol est vêtu entièrement en jaune et vert, comme une bonne partie du pays. L’Argentine est soutenue plutôt par les classes supérieures. D’ailleurs c’est un drapeau argentin qui trône au fond du bar de Salomon. Mais l’Argentine a perdu. Alors deux gros métis parient sur la France. Je suis dos à la grille et les spectateurs à l’extérieur du bar me tendent les billets à transmettre au bookmaker. Des liasses de billets de vingt dollars. Certains parient sans doute plusieurs jours de salaires.

Le commentaire est en créole footbalistique. C’est précis, tonique, un poème haletant. On croirait que le commentateur est sur le terrain en train de courir après henry. Pour la plaize, un lien vers une page de vocabulaire sportif créole guadeloupéen

http://www.creolica.net/article.php3?id_article=44 

Et c’est henry qui marque. Les deux supporters de l’Argentine nous congratulent et commencent à charrier un vieux noir très sérieux dans son maillot de Ronaldo, un vieux qui ne rigole pas du tout. Une capsule de bière atterrit sur sa tête, puis une autre, et c’est une vraie bagarre qui éclate en un instant. J’évite un corps qui roule sur mes jambes, tandis que Salomon sors le vieil homme à coups de poing et de pieds. C’est vraiment le bordel dans le bar. La télé s’est éteinte mais Salomon me force à me rasseoir. Nous ne voyons plus Théodore. La télé se rallume et je croise les doigts pour un retour du Brésil. Ça crie fort dans la rue.

Théo rentre dans le bar avec Franklin. Ce coup-ci nous lui ménageons une place près de nous.

« Je crois qu’on va partir avant la fin. Ça chauffe dehors. »  Et il nous raconte la bagarre juste à l’extérieur. Juste entre chez Salomon et la Kaye Kawol, à cinquante mètres.

A la quatre-vingt-huitième minute nous suivons Franklin à la porte de derrière. Dix minutes plus tard, Electricité d’Haïti suspend sa fourniture de courant.

Publié dans yanniG

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Mr Honk 24/11/2006 18:55

T'est vraiment lourd !