Rock Against Bush : President Evil et Ministry (loco : 31-07-2006)

Publié le par NoWay

Rock Against Bush :


PRESIDENT EVIL & MINISTRY

à La Loco (Paris, 31-07-2006)

Arrivée en début de soirée sur Paris après notre virée champenoise de deux jours, pleine de gnôle et de fureur, du côté de chez Oliver FarK et de sa petite famille (dont la résistance fut mise à rude épreuve). Après quelques errances et mécompréhensions quant au chemin à prendre ainsi qu'un arrêt express chez la Groin-Groin family, force nous fut de reconnaître que nous connaissions un certain retard en arrivant près de la salle, l'ouverture des portes étant prévue à 20H30 (ce qui était sensiblement notre heure d'arrivée dans le quartier). La longueur de la queue serpentant le long du boulevard nous rassura, et c'est sans hésiter que nous fîmes un indispensable break dans un petit restaurant italien situé quelques mètres plus loin. Très loin de la véritable cuisine du pays, et des tarifs pour le moins abusifs, mais somme toute dans la norme de Paris (Reine du monde !) et suffisant pour nous rassasier et récupérer de notre voyage. En sortant, nous constatons que la queue s'est encore singulièrement allongée, et que son origine se situe désormais dans une rue perpendiculaire, à plus d'une centaine de mètres de l'entrée proprement dite. Nous nous y intégrons d'un pas guilleret et commençons notre attente, après la revente rapide d'une place excédentaire due à la lamentable défection du kamarade Mes Kouilles Lourdes, pressé par des ennuis pécuniaires et obligé d'oeuvrer comme esclave pour l'extension du palais du son de nos amis de Switch, tyrans avérés et fréquents exploiteurs d'immigrants sans ressource.


 

Discussion, attente, on piétine, on prend une bière (pas fraîche !) dans une épicerie locale, on avance... doucement... on stationne devant le Moulin Rouge, haut lieu de fantasme parisien, situé juste à côté. Hésitation : Ministry ? Vraiment ? Ou une petite parade coquine ? Le faciès des gardiens du lieu, qui observent les gothiques, métalleux et autres punks défiler devant leur enceinte résout notre dilemme : visiblement, on entrera pas, ou alors en faisant le coup de poing. Renonçant à ces idées, nous finissons par entrer dans la Loco, dans les alentours de 21H30 après une demi-heure environ de bullage extérieur. L'endroit est assez vaste et divisé en deux parties : d'abord un bar, de longueur assez considérable, devant lequel sisent des banquettes sur plusieurs niveaux, puis au fond, après la descente d'une volée de marches, la salle proprement dite avec la scène et la fosse, surplombée des deux côtés par des sortes de balcons totalement et singulièrement bondés. On pensait à une salle de 4-500 places, mais c'est en réel beaucoup plus vaste, et on peut facilement compter sur une capacité de 600 ou 700 personnes, qui sera d'ailleurs atteinte ce soir-là (bien que l'on se situe au plein coeur de l'été). Nous nous autorisons un verre au bar, tranquille, le concert ne semblant toujours pas avoir commencé, et observons la populace du lieu, mélange hétéroclite de tribus musicales réunies rarement de concert, avec majorité de goths et de fans de métal, assaisonnés de quelques destroys et quelques inclassables (parmi lesquels il faut bien nous compter).

Vers 22 H on pressent le mouvement de la foule, et arrivons à la fosse juste alors que résonnent les premières frappes de batterie, accompagnées de larsens de bon goût. Mr Honk (équipé de sandales à la romaine) s'empackte droit dans la fosse direction les premiers rangs, au mépris de sa sécurité plantaire et de ce qu'il nous affirmait quelques minutes auparavant, bientôt suivi par Kato, qui s'insinuera entre quelques mignonnes gothiques, tandis que Groin et moi-même, après divers essais (dont les balcons), finirons en pure lâcheté (et pure fatigue) (ndgroin : et paske on n'est ni grands ni musclés) par nous masser en haut des escaliers surplombant la fosse, bénéficiant d'une vue certes panoramique mais très aléatoire (de fréquents chevelus oblitérant la scène) et d'un son par contre plus que largement supportable (c'est-à-dire très largement assez puissant) en comparaison de l'excès sonore général qui marquera notamment le début de concert (et un mois d'acouphènes pour le bon Mr Honk !). On attendait les Revolting Cocks en première partie, mais là que nenni, c'est le gang Ministry qui arrive tout d'un bloc, sur un solo de batterie (il n'y en a qu'une cette fois-ci) tribal et engageant.


Petite présentation du Ministry cuvée 2006 live (celle du finement nommé 'MasturbaTOUR'), dont le line-up a été totalement revu depuis la tournée 'Fornicatour' (Yeah !) de 2003, avec notamment le départ il y 3 ans de Paul Barker, bassiste et membre majeur du groupe pendant plus de 15 ans. Jourgensen a pour le moins fait dans le lourd, puisqu'on retrouve à ses côtés l'excellent Paul Raven de Killing Joke à la basse, Tommy Victor de Prong et Mike Scaccia de Ministry (déjà présent sur le fameux Psalm 69 en 1992) et Rigor Mortis aux guitares, John Bechdel ex-Killing Joke et Fear Factory aux claviers, tous ayant participé au dernier album Rio Grande Blood, ainsi que Joey Jordison de Slipknot à la batterie (qui remplace Mark Baker pour la tournée live).


 

    Le concert commence alors par une salve d'une demi-douzaine de morceaux de métal agressif, en général assez courts et radicaux, des deux derniers albums, dont la très grande majorité sont des déclarations de guerre anti-Bush (No W !!!). Le show est là, avec des lumières glacées créant une demi-pénombre, et un écran géant situé derrière la scène assaisonnant la foule d'images plus ou moins trafiquées de massacres, d'explosions, de Ben Laden, et surtout de sir Georges W Junior, sorte de grand-guignol du massacre et de la destruction. Sur scène, ambiance assez sombre et oppressante au niveau visuel, avec Jourgensen (sans guitare désormais) en prophète ravagé, accroché comme un Christ durant l'ascension à son pied de micro rotatif en forme de croix, garni de bouts de crânes et de squelettes, et qui vocifère derrière ses lunettes noires quand il ne parodie pas son ennemi juré, the USA's president himself, lors d'agressives pantomimes. Les musiciens eux, Tommy Victor et Paul Raven en tête, assurent une présence de bons bourrins du Rock'N'Roll, arpentant la scène en moulinant de leurs instruments respectifs. Le gang est là et le chaos se déchaîne avec un début de set composé de morceaux teigneux, rageurs et ultra-rapides de thrash métal entrecoupés de quelques samples ou bruits étranges. Léger problème, les différents tracks se ressemblent assez et n'atteignent pas des sommets de puissance ou d'originalité, d'autant que le son, surpuissant, est pendant une bonne demi-heure assez pourri, distorsion, larsens et grésillements noyant quelque peu l'ensemble, au détriment notamment du clavier et de la batterie, les frappes de Jordison se révélant un peu faiblardes au milieu de cette apocalypse sonore. Néanmoins on ne s'ennuie pas, et le pit (avec Mr Honk en plein) est proprement déchaîné, hurlant, slammant et se compressant convulsivement. Après une bonne demi-heure d'ultra-violence manquant tout de même de grandiose, le groupe diminue quelque peu la cadence avec quelques morceaux mid-tempo plus prenants, toujours tirés des deux derniers opus. Le son s'améliore, la tension est là, mais on est encore loin des sommets du Ministry tel qu'on l'attend, même si des morceaux comme Waiting, de Houses of The Molé, hypnotique et déchiqueté, emportent l'adhésion.

Suit alors un petit break, qui permet à la fosse bondée de reprendre son souffle et d'écluser sa sueur (et à Groin et moi d'aller nous chercher un verre), avant que ne retentisse la fameuse rythmique de batterie breakée puis le tubesque riff de gratte de New World Order (vu l'état du monde en ce milieu d'été, j'avais parié n'importe quoi qu'ils joueraient ce track mythique), morceau qui va marquer l'entrée dans la partie old school du concert, infiniment supérieure à la première. Version sur-efficace donc de leur brûlot de Psalm 69, immédiatement suivi du non moins fatal Just One Fix, l'hymne des junkies dévastés avant d'enchaîner sans un répit sur le Thieves co-écrit par Ian Mc Kaye, véritable rouleau compresseur mi-speed métal mi-danse tribale entrecoupé de cuts vocaux ravageurs dédié à l'ignominie des dirigeants de ce monde. Trilogie monstrueuse et jouée avec totale conviction et radicale efficacité qui laisse pantois une bonne partie du public, sans doute non avertis de la puissance potentielle du gang de Jourgensen en live. On conclut ensuite cette première partie du concert par Khyber Pass, dernier morceau du dernier album et sans doute un des meilleurs, bien hypnotique et intense. Le groupe se retire alors, après environ une heure et quart de concert, et s'ensuit une assez longue attente, ponctuée de vague inquiétude lorsque des techniciens commencent à toucher au matos et aux micros, laissant envisager une fin possiblement prématurée.


En même temps, un concert de Ministry sans So What paraît assez inenvisageable, et c'est justement par le riff de guitare en harmonique (dédoublé de façon assez tubesque, d'ailleurs) de ce track que le groupe signe son retour sur scène et lance près de 10 minutes de tunnel d'obscurité éclairé par moments de cathartiques passages de violence tandis que la ligne de basse obsédante et le litanesque sample 'Respect? Ah Ah Ah? ' vrillent les cervelles d'un public pour un temps scotché (voire un peu désorienté pour les métallos ne connaissant que le Ministry des deux dernières albums. Le coma cesse soudain avec les dernières notes de basse du morceau, magistral (le son étant maintenant tout aussi puissant mais nettement meilleur et plus distinct qu'au début du set), qui est suivi de peu par un autre monstrueux standard du groupe, le surpuissant Stigmata, mélange volcanique de napalm métal noise, de gémissements torturés, de ricanements et d'anathèmes (Fuck you !... Fuck me ! Fuck me !... Stigmata !... Stigmata !...) et d'électro indus pompier digne d'un mammouth de combat. En live, l'effet est radical, c'est la claque, d'autant que le morceau se prolonge lui aussi pendant pas loin de 10 minutes d'agression sonore et de hargne vocale. Du grand Ministry, enfin à la hauteur de ce qu'attendaient les irréductibles! Le groupe quitte alors la scène pour une deuxième fois, après plus d'une heure et demi de set, et on se dit qu'il est bien possible que ce soit la fin des haricots. Mais non, en forme d'exutoire, Alien et sa tribu reviennent pour un ultime rappel, le démoniaque et glaçant Psalm 69, mélange d'ambiance type l'Exorciste et de Thrash Punk bourrin et bien speed. Là encore, comme pour tous les vieux morceaux, le résultat est là : on en prend plein la face, les morceaux excellents sur disque prenant une ampleur dévastatrice sur scène. La bande abandonne finalement la place un peu avant minuit, après environ 1H45 de live carrément intense. On pourra certes regretter la très médiocre (c'est un euphémisme !) qualité sonore du début de concert et l'omniprésence dans la première partie des morceaux de Houses of The Molé et Rio Grande Blood (on aurait largement préféré des vieux tracks comme Deity, Breathe ou l'incomparable Burning Inside, seule véritable pièce maîtresse absente ce soir), mais pour l'exultation et le défouloir que fut toute la deuxième partie du concert, on se doit de reconnaître que ça valait définitivement la peine d'aller tuer ses tympans à voir ce putain de groupe, d'autant que cette tournée semble devoir être la pénultième.



 

Plus rien donc après Ministry, et pas de Revolting Cocks notamment. Nous apprendrons plus tard qu'il y a bien eu un groupe de 1ère partie, les President Evil, apparemment rigolos sans trop casser les briques, de 20H30 à 21H (l'heure italienne !) et que les RevCo n'ont été à l'affiche que durant la tournée américaine. On est certes un peu blasés de l'apprendre, mais bon, on s'est bien arrachés la tête avec du Rock'N'Roll qui déboîte, et les putains de Ministry, c'est pas tous les jours qu'on les voit passer. C'est donc rêveurs et un peu commotionnés du cerveau (voire d'ailleurs pour l'aventureux Mr Honk, roi du pogo) qu'on reprend la bagnole de Kato (sans le Groin pour le retour) pour un back to Rennes nocturne qui se déroulera (pour une fois !) sans le moindre accroc.

You ran out of life !!!


Publié dans Musik

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