« Allô ? c’est Ali. Truc important : Pense à récupérer ton ampli pour ce week end. On répète et ce serait pas le coup de nous faire le coup de l’autre fois. Bon ben salut, rappelle. »
Je n’avais enlevé qu’une manche de ma veste et je l’ai remise. Encore une journée qui partait en vrille. Je n’y pensais plus, mais il fallait que je récupère l’ampli de guitare chez Marianne. D’expérience, je savais qu’il m’était difficile d’y passer en coup de vent. J’ai rabattu la banquette arrière pour laisser place au son et j’ai pris la direction de la rocade. Sur le trajet j’ai réorganisé mon emploi du temps et j’en ai conclu que je pouvais laisser tomber l’après midi de glande fertile que je comptais mener. Il y avait les cours de la fac, l’article de description de chienmonami.net, le site d’un ami de mon père, cette putain de chanson à écrire, mon appart à ranger, ces bougies à changer, les paperasses… Les journées étaient trop courtes, les semaines étaient trop courtes.
Enfin brèves. J’ai galéré pour me garer, et je n’ai trouvé de place qu’à deux rues de chez Marianne. Bonjour la crampe quand je reviendrai avec l’ampli. « Salut Ya, je t’ouvre. » Je me suis fait à peu près la même réflexion en m’essoufflant dans les cinq étages d’escalier. C’était le chaos habituel dans le petit appart de Marianne.
« Et bien y avait longtemps. T’as la flemme de monter les étages ?
-C’est clair. J’habite au quatrième seulement. D’ailleurs je passais reprendre mon ampli et je vais batailler.
-Pas de problème. Tu prends un thé ? »
Elle a lancé son thé au cinq épices. J’ai mis un disque de ska et obéi à l’injonction de rouler un joint. On a causé musique, bouquins, projets musicaux, de nos flirts du moment. Elle m’a demandé sa revanche aux échecs et elle a roulé un pétard à son tour. Elle a d’ailleurs gagné, tandis que mon cerveau s’embrumait nettement. Un deuxième thé, et j’ai modéré mes taffes sur les joints suivants.
« Il est sympa ton appart néanmoins. » On venait d ‘évoquer nos loyers et nos allocs respectifs.
« Oui, mais vu son orientation il est pas très lumineux. » Elle a allumé la lumière et j’ai regardé ma montre.
« Il va falloir que j’y aille, je passe manger chez mes parents à Saint Bélial.
-Tu bosses toujours pour cet hideux journal ? Elle a sorti l’exemplaire de KrashWar de la semaine.
-Je sais pas combien de temps ça durera, mais j’y suis toujours. C’est chiant, pas du tout payé et c’est un boulot merdique, mais ça me prend pas à temps plein. Je peux concilier ça avec mes études et je squatte leur ordino quand j’ai besoin. Il va falloir que j’y aille là.
-Okay. Tiens je t’ai montré ce bouquin ? » Elle a pris un poche sur sa table de nuit. On évoquait son auteur quand Baja est arrivé.
« Salut, Ya. Ça fait plaisir. Tu restes manger ? » J’ai passé un coup de fil aux parents et j’ai pris une vraie latte sur le pétard qui arrivait. Je suis descendu avec Baja toper deux bouteilles avant la fermeture du huit à huit. Après le poulet au curry, la tarte au citron et le thé au jasmin, je suis encore descendu avec Baja au vidéoclub.
Il était près de deux heures quand j’ai jugé que mon état canabique et éthilique était revenu à des stades gérables. J’ai empoché deux disques de rock japonais, un bouquin de science fiction et une boulette de haschisch. Je suis retourné à mon auto. Je bosserai demain, il fallait que je règle mon réveil. D’ailleurs on changeait d’heure ce week end, on en avait parlé dans l’après midi. Mais j’oubliai sûrement un détail, vu tout le merdier.
…
« Allô ? c’est Ali. Truc important : Pense à ramener ton ampli C’t’aprèm’. On répète et ce serait pas le coup de nous faire le ... »
(A Christelle)
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