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Interminables Interview

Lundi 1 août 2005

(Interview tardif du groupe. Bavard, les mecs)

Glavio- C’est quoi le nom de votre groupe ?

Niko- Bananes Métalliques !

 Gl- Ah c’est pas ce qu’on m’avait dit, vous avez changé de nom, si ?

Duche- Nevrotic !

 Gl- Névrotic, c’est tout ?

Du- Explosion !

 Gl- Nevrotic Explosion, ça fait longtemps que vous êtes sur les routes ?

Du- Ca fait 6 ans maintenant

 Gl- Est-ce que vous avez participé dans d’autres groupes dans le milieu punk avant ? c’est bien la vibe du groupe ?

Du- Ben ouais, quand même, un petit peu : on a joué moi, Niko et CC respectivement chanteur guitariste et bassiste dans N.C.A., autrement CC a fait un court passage dans Right For Life (groupe de hardcore old school de Nantes), Niko a joué dans Melmor groupe mythique breton, et autrement Steve et re CC (c’est lui qui a le plus gros musical background) on joué dans Adictopak. David a joué aussi dans Street Disorder un groupe de reggae et les Maurices (un groupe breton aussi) voilà.

Gl- Pas si simple, un passif assez varié et un peu lourd. Comment ça se fait que vous soyez ensemble après des expériences aussi diverses à parcourir les routes ?

Du- Ben on est issus de la même scène punk rock qui fonctionne vraiment bien depuis 10 ans maintenant, depuis l’époque de Carnavalo ; on a été nourris au rock depuis le milieu des années 90, voire même avant pour les plus vieux… Voilà, c’était tout naturel de continuer à faire de la musique, c’est un milieu assez petit, tout le monde se connaît sur la scène bretonne… donc, il n’y a pas vraiment de difficulté à trouver des musiciens…

Gl- Qu’est-ce qui vous a le plus marqué sur les routes, en bien, comme en n’importe quoi ?

Du- Notre tournée l’année dernière en Irlande, ça aurait pu être des vacances, sauf qu’on n’avait pas le budget vacance quoi… Mais on a passé un super séjour de 10 jours, on a été jusqu’a Belfast… La tournée allemande aussi, on a fait une tournée de quatre dates, on a été vraiment épatés par l’organisation des allemands, qui est béton de chez béton… C’est la psycho rigidité allemande… Autrement, je sais pas, il fait chaud dans le camion, ça sent le poney…David- Sinon vaut mieux dépasser la Vendée que de s’y arrêter !

CC- Mais t’es cinglé ou quoi ? Désolé pour tous les Vendéens, on adore la brioche…

Du- Et nous sommes contre le… le remembrement !

Gl- Actuellement on voit votre nom sur diverses affiches, particulièrement une date qui risque d’être importante : La Fury Fest… Qu’est-ce que ça vous fait de jouer dans une machinerie pareille ? D’être aux côtés de gens comme Jello Biaffra, Machin…est-ce que ça fait plaiz, ou bien…

Nk- Je suis partagé… Cette année je vais y aller parce que j’y joue, effectivement… J’vais cracher dans la soupe encore une fois… C’est la première fois que j’vais y aller… A mon avis j’vais être super content de voir des groupes que j’aime bien : Slayer, Motorhead, des grosses pointures comme ça, Turbonegro (j’ais d’jà vu, c’est vrai que j’suis fan), mais sinon Slayer, Motorhead ça va me faire marrer de voir ça, je suis pas sûr que je me déplacerais autrement. pour voir ces groupes-là. Ce qui me dérange, et à mon avis je vais être bien dégoûté c’est tout le coté bizness, sponsors et tout ça qui ne me correspond pas du tout… Par rapport à la philosophie que j’ai de la culture punk, du mouvement punk, je préfère quand c’est contrôlé et fait par les punks pour les punks plutôt que quand c’est contrôlé par des biznessman qui vont se faire du pognon via la culture, enfin la culture… entre guillemets…

CC- Je rejoins assez l’idée de Niko pour avoir été l’année dernière au Fury Fest, même les deux premières éditions… Honnêtement je trouve que c’est mieux d’être un groupe et d’y jouer que d’être un spectateur : parce que déjà tu paye pas ta place ( c’est plus de 100 Euros et les consos sont quand même assez chères)… Je ne sais pas si c’est un festival auquel je retournerai si j’y jouais pas… Bon, je suis quand même content d’y jouer même si on joue a 12h55… On joue qu’une demi heure… alors faites quelques pompes avant de venir… Le samedi 25 sur la petite scène avec Murphy’s Law, Discipline, International Noise Conspiracy, Turbo Negro et Millencollin aussi…

Du- Moi, pour compléter ce qu’ont dit mes collègues de travail, je trouve que connaissant le système de booking en France je dirais c’est un festival assez élitiste qui fait la part belle à tout ce qui est gros groupes étrangers notamment je citerai Slayer avec des cachets qui sont astronomiques, qui sont dignes du Zénith de Paris ou de Bercy, et je trouve que c’est ça qui tue un peu le truc justement, parce que si ces groupes-là demandaient des cachets raisonnables je pense qu’il y aurait une répercussion sur tout l’ensemble du festival, et je pense qu’un festival comme çà pourrait très bien être viable si justement ces gros groupes faisaient un peu plus ça pour le fun plutôt que de remplir leurs caisses en Europe, voilà !

Gl-Donc ce sera 150000 pour Nevrotic…

Nk- Litres de bières !

Gl- Par rapport à cette idée de grosse machinerie qui est en train de perdre le Rock’n’roll qu’est ce que vous pensez des teknivals avec toute cette appropriation potentielle d’espaces, de son ? Où vous pensez qu’en est ce mouvement par rapport à l’esprit punk ?

CC- Très franchement je trouve que c’est vraiment une bonne chose de s’approprier des lieux pour y faire de la culture… un courant musical… Après j’y mettrais juste un bémol, je me mets aussi à la place d’un propriétaire qui retrouve son champ pas trop clean et tout… il y a peut-être plus moyen d’investir des endroits qui appartiendraient plus à l’état que à des particuliers… mais après si ça se passe bien… si il y a l’accord des particuliers, après, moi, j’ai toujours adoré ça, les fois où j’ai été… même si au niveau musical c’est pas toujours ce que j’aime bien, je doit dire que c’est franchement des bonnes idées et ça crée des courant alternatifs, c’est pas du tout fait, du tout cuit qu’on sert sur la 6…

Dv- Comme CC dit, le fait de s’approprier des lieux pour pouvoir faire ce qu’on a envie pour pouvoir s’éclater, pendant ce temps-là les gens ne font pas de conneries… au contraire, si ils s’amusent, ils s’éclatent… c’est quand même mieux de les voir, nous voir, tout le monde réunis sur un truc musical… comme CC le bémol : il faut que tout soit clean après… sinon il n’y a pas de soucis.

Nk-Je trouve la démarche très très bien justement, de sortir hors des cadres institutionnels et donc de pouvoir s’approprier des lieux pour un certain temps pour y faire ce qu’on veut, sauf si je pense qu’il y a des comportements qui se reproduisent au niveau du bizness ça c’est à mon avis inévitable… Autre bémol, que j’apporterai… outre que dans le principe c’est bien… au niveau de la communication… pour y avoir été des fois… Moi je suis sur la scène rock, punk et il y a vachement de communication autour des tables de presses quand même, en général… souvent on y attache pas mal d’importance. Et je trouvais que quand tu va dans un teknival, tu passe 24h00 mais tu peux pas vraiment causer… Il n’y a pas de table de presse ou très peu, et il y a plus de ventes de machins, de trucs, de bizness… Je regrette un manque d’information, moins présent que sur la scène punk…

Gl- Pour finir rapidement, quels sont les trois groupes que vous écouter le plus individuellement ?

Dv- Pas honte sur moi mais alors : Blitz182, Antiflag et The Clash quoi…

Nk- C’est dur… Pour ne pas être faux cul et hypocrite je dirais Turbo Negro, après, j’sais pas… A Mon Martin Quartet (un groupe de fest noz pas mal du tout) et, ohlala, allez… Oï Polloï… admettons, mais trois groupes c’est dur !

Du- Ok ! Social Distortion, Les Clash et Lacoptèrose.

CC a tiré sur le micro en répondant, nous n’avons pas sa sélection…

Gl- Merci les gars, a bientôt…

Du- Longue vie au KrashWar !


Par Glavio
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Lundi 16 janvier 2006

Enragés Production

Par une chaude après-midi de Septembre, en compagnie de notre gitan de Bobby et l’impayable NoWay nous réussissons à nous glisser dans les locaux flambants neufs de la rue de Dinan que la ville de Rennes a mis à disposition des Enragés (qu’ils partagent avec Banana Juice et la Ferarock) … A la bourre comme tout krasheur qui se respecte, nous nous installons rapidement dans la cuisine, où Nico (« patron » du label et « leader » des Tagada Jones) nous rejoint malgré le chamboulement que nous imposons à son emploi du temps…

On attaque directement :

Glavio : Label Indépendant local (local de Rennes), Enragés Production, pourquoi est-ce que vous vous appelez comme ça ?

Nico : Il n’y a  jamais eu réellement d’explication… je me rappelle au tout début ce qu’on s’est dit c’est qu’à aucun moment on ne voulait chercher une maison de disques pour produire nos premiers skeuds…De toute façon personne ne nous ouvrait les portes, quand tu es un jeune groupe, tout le monde ferme à double tour, et puis démerde-toi… Du coup, le coté Enragés c’est : on va y aller tout seuls et puis… Let’s go ! à fond…

Glavio : Tu réponds un petit peu à la deuxième question directement qui est : Quel est l’objectif de votre label ?

Nico : C’est clairement un label qui s’est monté autour de Tagada Jones, puisqu’on a monté le groupe, et on s’est dit : on fait nous-mêmes nos prods et… et ensuite on a rencontré d’autres groupes : c’est complètement con d’avoir une structure et d’avoir créé des liens, des réseaux sur la France et de pas en faire profiter d’autres gens ! Donc on a commencé à produire des groupes québécois, un groupe tchèque…Faire leurs promos, les faire tourner aussi puisque du coup l’activité booking est issue de la même grande famille, même si on a appelé ça Rage Tour… d’en faire profiter d’autres gens… Souvent ces autres personnes, là, de leur côté sortaient nos disques dans leurs pays… c’est un peu le côté, on se serre tous les coudes et ensemble on arrive à avancer. De fil en aiguille, évidemment il y a eu des groupes français qui sont venus nous voir pour nous dire : et finalement pourquoi pas nous ? Et effectivement les groupes avec qui on avait un peu d’affinités, qu’on côtoyait sur la route et tout ce genre de choses… on s’est dit, c’est vrai ! Pourquoi pas eux ? Et puis mine de rien ça fait pas plus de deux ans, deux ans et demi qu’on produit en fait d’autres groupes français.

NoWay : De quand date le début de l’asso, qui est-ce qu’il y avait (le noyau dur des Tagada j’imagine), histoire de resituer les grands moments et quelques dates... ?

Nico : Le premier disque qu’on a sorti avec Tagada c’était en 95, l’asso n’était pas encore créée… elle n’existait pas officiellement parlant ! On l’a créée en 1996, le 26 octobre, je crois… Il y avait à l’époque moi et Séverine… pas d’autres, puisqu’il n’en reste plus aucun de cette époque-là dans le groupe (sauf Pépel qui est à coté dans le bureau… Il foutait déjà rien à l’époque ! (rires)) … Il y avait un autre gars qui faisait le management, qui était dans l’asso, qui s’appelle Greg… qui était au tout début, mais qui a laissé vite tomber, surtout dans le sens rapidement qu’il nous a entubé de l’argent, donc… son temps a été mis de côté… Maintenant il y a trois-quatre salariés en plus, et puis aussi il y a les gens qui font des CES qui sont venus 6 mois, un an… Plus tous les gens qui donnent des coups de main bénévoles (comme sur les foires aux disques qu’on fait). C’est un peu l’ensemble de tous ces gens-là qui font, ou qui ont fait que la structure en est là maintenant… On est entre 6 et 8 tout le temps.

Glavio : Et à travers toute l’histoire du label, quelles ont été les difficultés majeures, qu’est-ce qui a été le plus dur à passer, voire même, qu’est-ce qui est encore actuellement dur à passer ?

Nico : Tu te doutes de la réponse : c’est toujours le côté financier (rires) parce que c’est un espèce de grand mur à chaque fois… Une prod de disque, c’est quand même des grosses sommes d’argent… aussi bien des groupes comme Tagada ou Black Bomb c’est des groupes sur lesquels maintenant on a dépassé 10.000 ventes (à peu près, en France)… Les budgets suivants suivent, parce qu’en général quand un groupe vend, il ne te demande pas d’enregistrer comme s’il n’en vendait que 2000… T’es sur des budgets d’à peu près 50.000 euros, c’est énorme, parce que nous tout ce qu’on fait souvent, c’est qu’on amortit. Voilà, on revient à équilibrer, c’est un peu comme si on sortait les sous, ils re-rentraient et il fallait les ressortir pour un nouveau skeud… Finalement le producteur c’est quelqu'un qui avance toujours les tunes. Et l’activité disque est rentable, on gagne un tout petit peu, mais même pas assez pour payer les salaires. Nous, c’est l ‘ensemble  de tout ça (on fait de l’édition, du booking) qui fait que la structure ne gagne pas une tune sauf qu’elle paye les salaires (ce qui est déjà super). Entre ceux qui vendent un peu plus et ceux qui ont planté, on y arrive mais on est toujours en train de courir après la trésorerie.

NoWay : Est-ce que vous avez des aides quelconques, au début en créant l’asso, ou maintenant… Est-ce qu’il y a des aides locales, culturelles dont vous pouvez bénéficier ?

Nico : Je pense comme tout le monde, au début, ben prout ! Rien ! Que dalle quoi, c’est un peu le truc qui est paradoxal, ils n’aident que les gens qui ont un peu de réussite… Par contre maintenant on commence à en avoir… C’est à dire qu’on a jamais eu zéro sub locale, ni régionale, ni rien du tout… Par contre pour la première fois on a eu un geste de la ville, parce qu’en fait ces bureaux nous sont mis à dispo par la ville entre nous, Banana et la Ferarock… On paye ! Mais c’est dérisoire par rapport à ce que ça vaut réellement, donc, c’est quand même super, on ne peut pas le nier. Et à côté de ça, après, pour chaque prod, pour chaque groupe, on fait des demandes de subventions qui sont plus allouées aux groupes qu’à la structure… qui vont plus être des subventions auprès d’organismes comme la SACEM, la SPEDIDAM… qui peuvent te donner un peu de tunes pour t’aider à faire le disque. Ça on l’a, mais pour l’avoir il faut être rentré dans les schémas de la distribution, il faut être dans tous les gros magasins… dans tous ces trucs-là… si t’as pas ça tu peux pas les avoir !

Glavio : Vous êtes un label indépendant : est-ce qu’il y a un réel réseau alternatif de diffusion, de production et d’édition en France ?  Où est-ce que t’en es pas rapport aux utopies que t’as pu avoir quand tu as créé le label ?

Nico : On est vite descendu à la réalité ; le monde de la musique c’est jamais qu’un monde de biz, tu vends un disque, malheureusement c’est à peu près la même chose qu’un baril de lessive (j’exagère quand je dis ça, il y a quand même quelques personnes qui sont dans le réseau, qui sont quand même passionnées (je pense pas qu’il y ait beaucoup de gens passionnés du baril de lessive !)). Dans la musique il y en a un peu encore, mais il y en a aussi plein qui ne font ça que pour le bizness, donc malheureusement le réseau indépendant il n’existe plus ; parce que d’une il y a plein de gens qui ont essayé d’enrayer ça et ils ont bien réussi, et puis les petites structures elles se sont pétées la gueule ( je pense à des mecs comme Dialektik, qui a quand même fait beaucoup et qui finit par laisser des factures un  peu partout…) C’est super dommage, mais non seulement ça a eu du mal à exister (ça existait un petit peu il y a quelques années) mais maintenant c’est fini ! Ce qu’on a fait avec Tagada : le fait d’avoir quelques réseaux, d’aller jouer dans des squats, des cafés-concerts, même des cafés normaux… Ça a carrément changé, nous on faisait des tournées entières comme ça. Qui étaient montées par justement un espèce de réseau alternatif : on s’aidait entre plein de groupes , un peu tous dans la même idée, moi je te fais trois dates ici, je connais tel mec, tu m’en fais trois là … ça c’est super dur parce que maintenant ils se font tellement taper dessus ces lieux-là (les squats, ils seront fermés, les cafés-concerts seront fermés…). Nous, quelqu'un qui nous appelle malheureusement maintenant, et qui nous dit : tu peux nous faire jouer sur Rennes, on peut même pas ! Si on organise un concert au Mondo, on va nous demander de mettre notre licence en jeu…C’est même pas prendre des risques énormes, c’est que tu sais que tu peux pas salarier chaque mec ! Maintenant ils vont nous demander (si nous on organise une date) que chaque musicien ait son cachet… A 150 euros de frais employeur, ils sont 6 il faut que tu payes 1000 euros un groupe qui est inconnu : c’est impossible ! T’as plus que quelques lieux qui continuent ;  à Rennes on a la chance d’en avoir quand même, il y a toujours moyen de se débrouiller… mais des villes comme ça il n’y en a presque plus ! C’est quasi impossible, il n’y a plus ce réseau parallèle que nous on a connu lorsqu’on était plus jeunes…

NoWay : Comment est-ce qu’elles s’en tirent, les assos, même carrément plus petites que la vôtre … Ils biaisent complètement pour organiser leurs concerts ?

Nico : Nous on n’a pas le droit, on fait bien trop de prestations (c’est pas 6), on en vend je ne sais combien par an… Par contre une petite assos qui commence, elle, elle se dit j’en fais moins de 6, ben voilà, je déclare pas à la SACEM, je m’en fous ! Mais genre, nous, la SACEM le mec il nous sonne directement sur nos portables maintenant pour nous dire : Eh ! Dis donc, t’as oublié de… Ce que je trouve normal ! Souvent les gens crachent sur la SACEM ; moi par exemple je suis auteur/compositeur… Je dirais : quand tu craches sur la SACEM, c’est un petit peu aussi comme si tu crachais sur la sécu… C’est un peu une espèce de caisse générale, et t’as aussi plein de gens (nous on en connaît plein) qui sont des gens qui rament grave, qui sont pas connus, et qui grâce à la SACEM arrivent à en vivre un petit peu aussi quoi… Même s’il y a des abus (mais comme partout), il y en a qui s’en mettent dans les fouilles de côté, enfin voilà… tout le système marche comme ça, après…Les gens qui crachent sur la SACEM, c’est souvent ceux qui organisent des concerts et qui disent : Ouais !  De la merde, je paye pas la SACEM ! Et en fait quand tu reprends le circuit à l’envers par exemple, le mec qui organise le concert, c’est un peu le producteur… Il monte un projet comme une chaîne d’entreprise, comme n’importe quoi, et donc il dit : moi je payerai pas les charges sociales ou de la merde quoi (fiii), ceux qui ont envie de récupérer leurs charges ils vont se faire foutre ! Alors que c’est complètement faux : quand tu fais un petit concert, si les groupes ne sont pas inscrits, il n’y a pas de problème, tu payes pas… Et si les groupes sont inscrits, c’est des petits groupes en général qui triment dur (dans notre cadre de concerts difficiles). Quelque part le mec il va être bien content de récupérer 40 ou 50 euros sur la date qu’il a faite par rapport à ce qu’il a créé ! Parce que la SACEM ne prend que 12 ou 15% de frais de gestion, ce qui n’est pas plus que la sécu, il ne faut pas exagérer non plus. Il faut voir ça plutôt comme une charge sociale…

…Et encore pire, c’est que quand tu crées quelque chose et que tu ne demandes pas ton argent, il va quand même être pris pour toi. C’est là que ça va aller aux plus gros. De toutes façons tous les gens qui jouent, qui font quelques concerts et qui ne demandent pas leur argent de SACEM, ben c’est un peu comme s’ils donnaient directement de la tune à Goldman et compagnie, tu vois, alors tu sais, vaut mieux s’inscrire dans ces cas-là.

Glavio : OK, donc pour finir, où est-ce que vous en êtes ? Quels sont les groupes qui sont produits ou qui sont en train de tourner avec votre label actuellement ?

Nico : Ça fait 2 choses. Tu vois les groupes qu’on a vraiment en production c’est Tagada, Black Bomb, l’Esprit du Clan, Shane Cough. On a eu Nevrotic un peu avant, c’est à peu près ce qu’on a fait depuis un an, un an et demi. On tourne, on a d’autres groupes en vue, mais bon pour l’instant rien n’est fait. Et après il y a des gens qu’on ne produit pas mais pour qui on book les dates et notamment on travaille avec des tourneurs européens, donc là par exemple on a pris un peu toute la veine hardcore, on fait Madball, Sick Of It All, Napalm Death, Hatebreed, tout ça passe par nous maintenant en France. Enfin quelques dates, parce que c’est pas énorme et puis, il y a pas mal de groupes, on a Anorexia Nervosa, Azul FX, enfin il y a pas mal de groupes comme ça où on gère juste l’activité, caller des dates quoi…

NoWay : Comment est-ce que tu définis le style musical s’il y en a un de votre label ?

Glavio : A quand un disque de R’n’B chez les Enragés, quoi ? (Rires…)

Nico : D’une manière générale quand tu commences avec le cheminement qu’on a eu, c’est que forcément on est venus du Punk Hardcore, les Tagada, donc on a forcément développés vraiment ce créneau-là sans jamais vouloir avoir d’œillères, ça c’est fait logiquement comme ça, mais on est contre les cloisonnements. Et peut-être que la prochaine chose qu’on sortira, ce ne sera pas forcément justement du métal ou du hardcore, parce qu’on est quand même clairement là-dedans maintenant, mais l’idée c’est d’être ouvert quoi. Par exemple Shane Cough c’est limite entre l’électro et le métal, c’est déjà un peu une déviance de ce qu’on a à la base ici, mais du moment qu’on aime bien… Nous, ce qui est vraiment important, c’est  qu’on kiffe les gens, qu’on s’entende vraiment bien avec eux, qu’on soit dans le même état d’esprit. Ce qu’on leur explique en général c’est qu’on va essayer de travailler ensemble pour les développer plus, s’ils peuvent en vivre, devenir intermittents et compagnie, mais sachant que ni nous ni eux on va gagner des tunes avec le disque, on est dans une économie tellement dure en ce moment et tout ça que quand tu vends 10 000 disques t’es loin de gagner des tunes, c’est que dalle, ça représente rien…

Bobby : 50 000 tu commences à avoir des droits…

Nico : Mais quand tout le monde s’entend bien, quand on est dans le même wagon, on file ensemble… Donc pour le style, on a quand même un style de musique hautement amplifiée, voilà, c’est comme ça qu’on explique ça pour l’instant, mais ça pourrait très bien changer, on ne s’est jamais fixés de limite.

Glavio : Le skeud qui c’est le plus vendu des Enragés ?

Nico : Pour l’instant c’est le dernier album de Tagada, on est à peu près entre 10 et 11000 en France, plus ce qu’on a vendu à l’étranger, ce qui n’est pas énorme, peut-être 3000 copies…. Par exemple il sort au Japon en Mars, du coup il y a plusieurs pays comme ça où on va le sortir encore un peu en retard.

NoWay : Quant aux concerts, la situation te semble-t-elle être globalement la même dans les autres pays Européens, et au Canada ? Est-ce qu’il y en a où c’est encore pire ? Est-ce qu’il y a des éclaircies ?

Nico : Pays par pays ça n’a vraiment rien à voir. En Allemagne, les musiques dures sont beaucoup plus implantées. En même temps, c’est dur de rentrer sur ce marché-là parce qu’ils ont déjà, eux, les ricains, ils ont tout le monde à bloc ! Donc, français, c’est pas facile de rentrer dedans mais par contre c’est super développé (beaucoup plus qu’en France), et il y a aussi le coté squat qui est autorisé plus qu’ici donc il y a des concerts dedans.C’est plus vraiment des squats, c’est un peu comme en Hollande, entre les deux tu vois… Et en Suisse pareil, voilà, t’as carrément beaucoup plus de squats, et en Italie il y a les Centro Socialo Autogestito, où tout le monde joue. A côté de ça, il y a tous les pays d’Europe de l’Est où c’est complètement différent pace que c’est des pays en pleine voie d’expansion si tu veux, c’est à dire que nous on est un peu en train de s’écraser mais eux Pffff… tu vois, ça explose. On y est allés il y a 7 ans, c’est vrai que ça faisait un peu pitié, on se disait putain qu’est-ce qu’on est des enculés ; tu reviens, tu te dis, t’as envie de fermer la gueule à tous les gens de ta famille en disant : ben tu vois tu ferais bien d’aller voir un peu ailleurs si t’es si dans la merde que ça. Mais par contre plus t’y retournes plus tu te rends compte qu’ça s’rattrappe, voilà, ça va vite être nivelé.

NoWay : Donc la France, l’air de rien, au niveau indépendant dans la musique un peu dure se retrouve loin d’être le plus dans le boost en Europe ?

Nico : En France, le gros côté, c’est qu’on est super-bien équipés, on a de belles salles de concert, les conditions sont de bonnes conditions pour jouer… Il y a de quoi faire en France, la preuve, tu as plein de groupe qui font leurs vie qu’en France. Il n’y a pas d’autres pays d’Europe où le groupe puisse vivre en autarcie comme ça. Même nous, on fait entre 70 et 90 dates par an qu’en France. C’est énorme déjà ! Il y a quand même un réseau, malheureusement il devient de plus en plus élitiste.

Bobby : Pour en revenir aux changements dans le milieu indépendant pour la production et les concerts, est-ce que tu penses que c’est dû à la législation (squats qui ferment, lois anti-bruit) ?  Ou est-ce que ça tient aussi du fait que les gens se démobilisent, et c’est un tout qui a changé ?

Nico : C’est clair que la législation a quelque chose à voir là-dedans, et après c’est aussi clair que le côté où en France les gouvernements et les chefs d’entreprises cultivent l’individualisme, plus prrrt, ils font passer ce qu’ils veulent…

Bobby : Diviser pour mieux régner.

Nico : Ce côté là-il nous dessert complètement parce qu’ils savent qu’on n’ira plus tous dans la rue pour aller gueuler, ils font passer des lois à 2 heures du mat… Personne dit rien, même avec l’intermittence, ça gueule un peu, ça passe quand même… Mais il n’y a pas que ça, tout est comme ça, les gens maintenant, on arrive plus à se réunir. Ils font passer la pilule avec les plus virulents (on va dire), et toujours secteur par secteur… Un exemple flagrant, je ne suis pas souvent d’accord avec les syndicalistes (dans ma famille, et tout ça), et je leur dis souvent : Putain, mais vous  avez un truc à faire, il faut réunir tous les secteurs de métier, plutôt que de faire une manif par machin… Le gouvernement a super bien fait son deal quand ils ont réussi à monter le privé contre le public. Tout le public est allé dans la rue, ils se sont débrouillés pour que le privé, tout le monde finisse par dire : Fait chier ! Moi je gagne pas une tune et je suis quand même obligé de faire garder mes gamins à la sortie de l’école. Le gouvernement, ils ont sorti leur épingle du jeu comme ça, ils ont réussi à monter les uns contre les autres… Tout le secteur public était dans la rue, et eux, au lieu de dire : Si on se bat, ok, c’est pour nos acquis, mais quelques part si on continue de tirer la machine vers le haut, peut-être que ça ira moins bas pour les autres aussi… Parce que finalement les acquis sociaux, c’est vrai que c’est dégueulasse qu’on revienne en arrière ! Et je pense que les salariés dans le privé seraient d’accord  dans ce sens-là, à dire : Moi non plus je ne veux pas que l’on me retire mes acquis. Tout le monde est bien content d’avoir ses congés payés et tout ça… Mais ils arrivent à faire en sorte que les gens se tirent dans les pattes quand même. Alors que si tout le monde allait dans la rue en disant : Moi, je suis d’accord avec lui, je ne veux pas, je vois pas pourquoi tu lui retirerais ça ! Et puis lui il est d’accord avec moi, parce que il ne voit pas pourquoi on lui retirerait ça non plus… Eh bien là on ferait vite changer les choses… Mais bon. En ce moment c’est la machine inverse.

NoWay : Pour en revenir sur la législation par rapport à la musique, les problèmes qu’ont les caf-concs et autres : Est-ce que en Europe ou au Canada ils sont concernés par le même genre de législation, comment ça gère ?

Nico : Il y a des pays comme l’Allemagne, où quelque part les gens sont beaucoup plus tolérants mine de rien que nous. Le français est de manière assez générale intolérant… Du coup les endroits où il y a les concerts (aussi bien les gens qui viennent, les gens qui organisent), ils vont aussi penser à leur voisinage, dès le début ils vont faire gaffe à ce que ça fasse pas trop de bruit pour les autres. Et les gens vont (entre guillemets) être assez bien éduqués pour que quand ils sortent du concert, pour ne pas : Waaaa !  Aller jeter des cannettes sur les voisins et ce genre de trucs. Et ça marche dans les deux sens parce que le voisin il ne fait pas chier non plus ! Il y a plein de pays où ça marche comme ça, et pas chez nous, chez nous tout le monde ne pense qu’à sa petite gueule et puis… Voilà ! Il y a des gens qui sont assez cons pour venir habiter en plein centre ville, et qui vont se plaindre à longueur de temps parce qu’il y a du bruit… Par exemple ceux-là : ils ont qu’à aller habiter ailleurs… On l’a tous la réponse !

NoWay : Pour finir, à long terme est-ce que le projet prioritaire c’est de faire survivre l’asso telle qu’elle est ou est-ce que vous avez un espèce de projet d’expansion ?

Nico : L’esprit ça n’a jamais été vraiment l’expansion,  on ne pense pas à ça, on s’en fout ! On vit au jour le jour, et puis on y va. Les seuls projets qu’on a c’est des projets relativement à court terme… Là en ce moment il y a le DVD de Black Bomb qui sort à la fin du mois, on part en tournée en France : Tagada, Black Bomb, l’Esprit du Clan sur un mois et demi…. Et début de l’année prochaine, nouvel album Tagada, nouvel Esprit du Clan et fin d’année nouvel album Shane Cough

Sinon pour la structure ce sera déjà d’essayer de s’en sortir, parce que dans ce genre de boîte on est toujours un peu tous la corde au cou. Plus on durera longtemps à tous pouvoir en vivre, et puis on sera bien contents !

Glavio : Maintenant, la question finale, celle de l‘infernal Karkowski, alors vous préférez le rouge ou le vert ?

Nico : Euuuhehhhh… En couleur le rouge, c’est clair, et après, tout c’qu’il y derrière, j’dirais plutôt le vert…

Par Klub des Krasheurs
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Jeudi 19 janvier 2006

INTERMINABLE INTERVIEW

PEACE OFF :

The Great Jungle Swindle

C’est dans notre lancée que nous nous sommes rendus (toujours en retard) pour notre Rdv à Switch. A peine arrivés on décide de s’installer en terrasse du 29 pour continuer notre série d’interviews, vu qu’il fait beau autant se faire plaiz. Tout le monde commande, test de micro...

Glavio : Et hop, c’est reparti, petite interview en terrasse pour le KrashWar avec ce cher Frankie de Peace Off, l’homme de Rotator. Alors dis-moi, joli nom pour un label, Peace Off ! Qu’est-ce que ça veut dire et pourquoi ce nom-là ?

Franck : Mais pourquoi pas ? (Rires) Peace Off, ça veut dire littéralement fin de la paix là, mais en fait, ça veut dire fin de l’ordre tout simplement. Ça sonnait bien, quoi, et puis c’était un peu une référence avec Piss Off et Peace, Off ! Ben ouais, jeu de mots...

Glavio : Les couleurs : rouges, noires et blanches, est-ce que c’est voulu ou c’est un hasard ?

Franck : Ben t’as qu’à juste suivre l’histoire, c’est toujours voulu ! (Rires) Non ! C’est des couleurs qui fonctionnent bien graphiquement, simplement.

Glavio : Quel est l’objectif de votre label ?

Franck : Putain t’as des questions, toi ! L’objectif du label : la découverte, l’émotion..., le développement des arts... alternatifs, j’vais donner l’truc de l’asso. (Plié de rire) Et j’sais pas moi... Ben, essayer de diffuser des sons qui sont pas forcément diffusés beaucoup, quoi. Et puis sortir un maximum de disques, ça c’est l’objectif, sortir un maximum de disques avec des nouveaux acteurs.

Glavio : Disques vinyles ou... ?

Franck : Ouais, surtout vinyle. Le CD, on a essayé d’en faire, mais c’étaient des catastrophes économiques, on a perdu plein d’argent là-dessus, donc on reste sur le vinyle. On n’en gagne pas plus, mais on en perd moins !

Glavio : D’accord. Et est-ce que tu peux nous refaire un petit historique du label. Quand est-ce que ça a commencé, avec qui, et comment ça a évolué ?

Franck : Alors l’historique... J’crois que ça a commencé en 99 mais j’en suis pas sûr, parce qu’on a loupé l’anniversaire donc j’peux pas m’rappeler. (Rires) 99, j’crois, donc c’était en Mai, ça a commencé avec Sam : Slaaam, Gilles qui faisait partie de Rotator et une ancienne copine à moi, Clem.  Clem c’était plus un prête-nom histoire d’avoir une subvention de la ville. (Rires gras...qui durent !) Non mais c’est pour t’expliquer, simplement à toi. Après tu fais le tri, quoi.

Glavio : Tu vas voir le tri !

Franck : Bon ben rien du tout, t’effaces tout ça ! On revient en arrière, on recommence ! (Nouveaux rires gras)

NoWay : Bon, alors pourquoi Peace Off ?

Franck : Donc on a commencé avec Sam, en fait on était supra-fans de toute l’équipe DHR, on voulait faire des disques... et en fait on a monté un label avant de commencer à faire de la musique. C’était marrant quand même. C’était une pure arnaque ce label, au départ ! Pour avoir des sous de la ville, pour avoir un minimum de subventions, parce qu’on n’avait pas une tune. On est allés voir Mister Routeau et on lui a dit qu’on faisait de la musique alors qu’on n’en faisait même pas ! On a enregistré des disques qu’on avait chez nous, et on leur a filé une K7 de trucs qui étaient même pas de nous, pour avoir des sous ! (Rires) Et donc on est arrivés avec une K7, qu’était pas à nous et c’était vraiment une grosse escroquerie. On a eu des sous, alors que c’était pas notre musique ! On a appris à faire de la musique une fois qu’on a eu des sous. Et on a sorti nos disques 2 mois après, 1er disque 2 mois après ! Mais bon, qu’était rigolo quoi. Et c’étaient des bons disques... même si le son était pourri c’étaient des bons disques ! 

NoWay : Est-ce qu’il y eu des grandes étapes dans l’asso ? Quelles ont été les grandes dates de l’évolution ?

Franck : Oh putain, les grandes dates de l’évolution ! (Rires) C’est bien un historien, lui ! Y’a eu notre 1er disque, après le 2ème : c’est les grandes dates ! Le magasin ça fait pas partie de l’asso, ça n’a rien à voir, c’est une autre structure ! P.Off, les grandes dates, y’en a pas vraiment. On a évolué progressivement, on essayait de faire le maximum de disques dans l’année. Au début on était à 1, voire 2 maximum, et petit à petit ça s’est développé, il y a eu un meilleur turn around comme on appelle ça. Et on vendait un peu plus de disques, les sous rentraient plus vite, ça nous a permis de produire plus rapidement, les choses se sont faites par elles-mêmes, mais il n’y a pas vraiment de dates, moi j’ai aucune mémoire des dates, c’est un problème ça, pourtant j’suis historien, mais j’ai aucune mémoire des dates. (Rires)

NoWay : Les soirées que vous organisez, c’est l’asso P.Off, c’est le magasin ?

Franck  : ...

NoWay : OK, c’est very special ! C’est la mafia corse en fait! (Rires)

Franck : Les soirées, c’est un tout quoi, c’est un collectif on va dire, collectif d’activistes qui ont envie de faire des trucs parce qu’il y a des sons qui sont pas représentés.

 

A savoir qui fait quoi et comment ?... Tout le monde trouve sa place et voilà ! En fait, c’est pas que P.Off, c’est pas que Switch...C’était l’Anticartel qui maintenant est la Kamikaze Warfare étant donné qu’il y a eu des divergences au sein de cette association.

Glavio : In-In-Intéressant ! Ah ben pourquoi pas. C’est quoi une divergence ?

Franck : Oh je sais pas vraiment. C’est un manque de cohésion, j’dirais.

NoWay : Pour les gens qui ne connaissent pas trop l’asso, aussi bien des vieux rockers pourris qui lisent le KrashWar...

Franck : Lavez-vous les dents ouais !

NoWay : Lavez-vous les dents ! (Rires) Sur quel genre de zique est-ce que vous vous focalisez, au début et maintenant, est-ce que tu pourrais définir rapidement ? J’imagine que c’est basé surtout de l’électro. Quel est maintenant le panel des trucs que produit votre label ?

Franck : Euh non, j’suis pas d’accord ! C’est pas que l’électro, moi j’étais pas du tout électro au départ, j’supportais pas l’électronique. Et c’est pour ça que les rockers pourraient s’y retrouver. C’est qu’en fait, moi je kiffais que le métal, le rock, le punk, le psycho, tous ces trucs comme ça, tous les trucs qu’envoyaient, mais toujours dans la branche assez violente des musiques. J’ai jamais été trop trop un doux quoi...  Personnellement, après on était trois, donc chacun avait son caractère… mais bon on était tous rock… Et on a pris une grosse claque dans la gueule quand on a écouté les trucs de D.H.R. (Digital Hardcore Recordings) où ils arrivaient vraiment à faire le lien entre la scène rock et la musique électronique : en mettant des gros kick hardcore avec des riffs de gratte… Bon c’est pour simplifier l’histoire, mais il faut écouter pour se rendre compte du truc, c’était vraiment la liaison et nous ça nous a carrément bottés, et on est plus partis dans ces délires-là… sans essayer réellement de les plagier, mais on les a quand même pas mal plagiés dès le départ, il ne faut pas avoir honte de le dire… Mais faut bien commencer, hein ? Il y en a qui font toujours des reprises de Johnny et de Téléphone, et ils ont 50 ou 60 ans…

Après on a évolué, on a créé notre propre identité de label qui maintenant est reconnu internationalement…

NoWay : Comment définirais-tu de façon précise les styles de ton label en techno, électro ou jungle ?

Franck : Ben y’a un peu de tout puisqu’on a monté plusieurs branches dans notre label, des divisions, des sous-labels… On essaye de pas compliquer les choses, mais comme les gens aiment les étiquettes,  ils ont besoin d’être aiguillés. En voulant créer des étiquettes on les a complètement embrouillés. Moi, je trouve ça hyper simple mais… Bon, y’a Peace Off, ça c’est le label, c’est la base quoi. Et ensuite dans P.Off, vous avez des séries, des séries limitées, des compilations qui s’appellent les Kamikaze Club, vous avez les sous-labels : un sous-label qui va plus être orienté côté Dance floor, Hard Jungle, avec du Ragga ou pas, Drum&Bass un peu plus dure qui va être le Damage, vous avez les côtés complètement branques, avant-gardistes du son électronique , ça va être Mutant Sniper, mais toujours avec consonance Break dedans et, après, vous avez Bang A Rang qui va plus être du côté Hardcore, vous avez Ruff, un nouveau label qui va arriver qui va plus être Breakbeat, eh oui ! Encore, (Rires) et toujours. Après, on est plus orienté Breakbeat à speed, son un peu saturé. 

Senssbra : Toi qui en a monté beaucoup, est-ce que ça t’apparaît facile ou non de monter un label ?

Franck : Au départ tu pourrais penser que c’est supra-compliqué, mais étant donné qu’on fait un truc qui est simple à la base, je vois pas pourquoi on se compliquerait la vie. Tu vois un label, c’est une asso toute simple, tu la montes, après il faut mettre un peu de sous de ta poche au départ, t’es obligé, il faut te donner les moyens… Après t’es pas obligé de faire des vinyles, t’es pas obligé de dépenser des sous. Tu peux monter un label Net, il y a des gens qui font des labels qui sont simplement diffusés sur Internet : le Net Label on appelle ça. T’as des labels qui vont sortir que du CDR, du vinyle, y’en a qui vont faire des DVD, qui vont faire plein de trucs, après c’est l’évolution de ton label, c’est toi comme tu le vois. Non c’est pas compliqué, c’est simplement le temps que tu passes dessus à le faire. C’est ton implication dans la chose qui va faire ton label. Parce que moi je suis quelqu’un qui s’implique dans les choses, tout simplement. Après, chaque label est différent en fonction des personnes qui les dirigent quoi.

Glavio : Est-ce qu’il existe un réseau alternatif en France ou à l’étranger dans lequel le genre de musique que tu essayes de faire se diffuse, est-ce que c’est facile de rentrer en contact avec ?

Franck : Ouais et heureusement, sinon on serait déjà morts depuis longtemps. Au contraire, c’est ce qui nous fait survivre : les échanges, les choses comme ça entre les labels… Il y a un gros network hyper underground qui est là et qui ne se laissera pas bouffer par tout le côté distributions qui ne te font pas confiance… Parce qu’en gros le problème il est que les distributions étrangères ou quelconques (même françaises qui commencent à tourner leurs vestes) ne te font pas confiance. Parce que pour eux t’es qu’un petit label qui sort un disque de plus, et ils n’essayent pas de voir plus loin les choses…

 

Et nous on est passionnés, c’est notre vie, et on va pas se laisser bouffer par une histoire de distribution : s’il faut qu’on les amène chez les gens les disques et qu’on les vende au porte à porte, on le fera ! Et voilà on fera des teufs, et on amènera nos disques aux teufs comme on l’a toujours fait ! Au départ c’était dur parce qu’il n’y avait pas Internet, du moins ce n’était pas aussi développé… Maintenant il y a Internet, et Internet, tu ouvres la porte du monde devant toi, donc tu ne peux pas t’arrêter avec ça ! Les networks, il y en a aussi bien à Singapour, qu’en Chine, qu’en Allemagne, partout quoi… Il y a des gens qui sont comme moi, qui veulent faire la même chose que moi, pas la même chose, mais qui font la même chose que moi, avec leur personnalité… On s’entraide, il y a une forme d’entraide qui est là.

Senssbra : Est-ce qu’on peut dire qu’Internet, c’est une composante essentielle de ce que tu fais, d’une, et deux, est-ce que l’ouverture du magasin n’est pas aussi venue d’un besoin de ta part de distribuer toi-même tes disques puisque tu avais du mal à les distribuer ou aussi de faire distribuer d’autres gens dont les sensibilités sont proches de toi ?

Franck : Internet, ça a été essentiel. La problématique du MP3 et du piratage de MP3, le piratage ne va jouer que sur des grands qui ont déjà blindage de sous, et pour nous, petits producteurs, c’est essentiel pour la diffusion de ton son. Si t’as plus de MP3, justement ils vont encore nous enlever une liberté. Le MP3, c’est la 1ère liberté de la musique.

Ensuite le magasin n’a pas été ouvert pour vendre notre son particulièrement, ça a été pour diffuser un son qu’existait pas, ou très peu, dans le paysage local, dans le paysage rennais quoi. On a fait ça. Bon maintenant on va avoir un site on-line bientôt qui s’appellera Switch Rec.com. On va l’ouvrir à nos connaissances, tout notre magasin on va l’ouvrir aux autres, mais au départ c’était pour Rennes, parce que nous on vit à Rennes… Et puis on entend toujours le même style de musique ! Et c’est clair qu’on en a profité pour vendre notre production, pour essayer de développer le style de musique qu’on aime, mais on développe pas que ça. On essaye de développer tout le reste, on n’est pas renfermés, égocentriques…

NoWay : Au niveau de ce style de musique, toi qui as pas mal patrouillé, comment tu juges l’évolution aussi bien des productions que du public par rapport à la fin des années 90 ?

Franck : En fait, moi je parlerai de mon réseau, du milieu BreakCore, entre guillemets, tout ce milieu de Break… parce que c’est juste encore un mot. Notre réseau justement, il s’est carrément hypra-développé, et il est de plus en plus fort. On n’a qu’à voir nos soirées, il y a de plus en plus de monde. Il y a de plus en plus de producteurs, de labels, de gens qui font le style… pas que nous on a créé, parce qu’on est pas les pères fondateurs, loin de là, et on voudrait pas les être quoi. Parce que c’est quand même un sale gamin ! (Rires) Ça s’est supra-développé, et je trouve qu’en France c’est quand même l’endroit où c’est le moins développé encore, et y’a rien à dire, la France c’est toujours 2, 3, 4, 5 ans de retard, sur tout ! Mais bon, c’est pas plus mal, quelquefois ils prennent vraiment leur temps, et ils le font bien… Après, j’espère ! Mais le développement, il est international, dans notre truc, il est bien fait, et il est à mon avis juste au départ. Il y en a qui disent qu’il est déjà mort, mais je trouve qu’il est à son départ, parce que le style de musique qu’on fait est en constante mutation et on reste pas sur des bases établies. On évolue, tous, dans ce milieu-là, et on veut qu’il évolue. On veut pas qu’il stagne et qu’il se finisse, comme la Drum’N’Bass s’est fait. La Drum’N’Bass ça se mord la queue et ça tourne en rond.

 Nous, on va se muter sur un autre style et on va le bouffer, parce qu’on est quand même des recycleurs, des kleptomanes de base… et on vole, on recycle, on pourrit, on fait tout ce que tu veux, on ingurgite et on digère, et après… voilà quoi !

Glavio : On chie !

Franck : Non, je ne chie pas sur la musique… Je m’en sers, je vais pas leur chier dessus !

Senssbra : D’après ce que tu dis, tu es prêt à ce qu’on se serve de ton son de la même façon ?

Frank : Of course ! J’suis macoss, j’suis anti copyright, donc…  j’peux pas moi ! Mon son c’est que du vol donc je ne vois pas pourquoi j’empêcherais les gens de me voler…

Glavio : Pour aller dans le même sens, est-ce que tes morceaux sont à la SACEM, SPEDIDAM, tous ces organismes qui permettent aux auteurs, aux compositeurs comme aux gens qui jouent de récupérer des tunes, paraît-il ?

Franck : Non, on n’est pas SACEM… Il y a des artistes qui sont dans notre label qui sont SACEM, mais moi je ne le suis pas… Tout le monde me dit qu’il faudrait que je le sois parce que mes disques sont joués de plus en plus… Pour l’instant j’en trouve pas l’utilité. Peut être qu’un jour je le ferai (j’en sais rien). Moi je ne suis pas foncièrement pour la SACEM… J’aimerais bien qu’un autre organisme se monte, parce que la SACEM il y a des choses que je n’aime pas chez eux… Pas SACEM, pas encore…. Mais je ne suis plus aussi contre que je l’ai été, on va dire. Y’a des gens qui s’en servent, j’ai des potes qu’en vivent. Du moment qu’ils arrivent à s’en sortir avec ça, moi je trouve ça bien. Après, moi, j’m’en sers pas, donc ça me fait chier de la payer pour certaines choses que je trouve inutiles… mais d’un autre côté si mes potes peuvent récupérer des tunes je trouve ça bien !

NoWay : Au niveau de l’organisation de soirées, sortie de disques, innovation et élan : quels semblent être les endroits qui bougent dans le milieu du break et plus globalement de la musique électronique assez dure ?

Franck : Alors l’Allemagne c’était pas mal mais ça a carrément changé. Pour moi, le meilleur pays européen, c’est la Belgique. C’est le pays vraiment où il se passe tout. Il y a encore des Free Party et des Free Party Breakcore, j’en n’ai jamais vu, donc c’est bien ! Et par contre le truc qu’il y a demain, c’est le Brésil. Il y a des pures teufs qui sont en train de se créer là-bas. Tout de façon, c’est les pays en voie de développement qui sont en train de monter, c’est toute l’Amérique du Sud là, et en Amérique du Sud il y a des producteurs de fou. On en produit un bientôt, un vénézuélien, un mec de Caracas, c’est un tueur quoi. Il fait grave grave mal ! Il y a un vivier là-bas qui ne demande qu’à s’exprimer, et voilà. A mon avis le futur, c’est l’Amérique du Sud, et le Japon. Faut pas oublier le Japon, c’est de la bombe ! Les pays de l’Est ? C’est le néant ! Tout ce qui bouge c’est les européens, les français qui pourrissent là-bas. Il s’passe rien, les teufs c’est des poubelles.

 

NoWay : Visiblement Rennes, ça commence à sérieusement te pomper l’air ! Motivé de bouger, t’as des idées déjà ? Rester en France ou carrément bouger nettement plus loin pour faire exploser un peu le truc?

Franck :  Moi quand j’ai bougé j’suis venu ici… C’est vrai que maintenant c’est devenu un peu naze…  J’espère que ça va pas rester comme ça, j’espère qu’il y a des gens qui vont reprendre le flambeau et qui vont attaquer grave… Il y a un putain de potentiel dans cette ville, mais moi j’me suis épuisé ici pour rien… Pas épuisé, mais c’est un peu dommage… parce que j’ai pas mal de ressources pour faire des choses… et tu es obligés de galérer, galérer…. J’ai plein de gens qui tournent et je peux pas les faire parce que je n’ai pas de salle (on fait quand même une teuf le 18 Mars).

Moi je vais me casser, normalement je pars en septembre prochain, je pars en Belgique… à Bruxelles. Je monte un magasin là –bas, je monte une structure pour faire des soirées… Tout ça !

Glavio : Tu sais déjà qui tu fais passer à ta soirée ?

Franck : Ouais, y’auras TOE CUTTER, normalement qui est un australien, il y a Cardopusher, justement le vénézuélien (parce qu’on part en tournée ensemble), moi je vais jouer… Après le reste… ça va pas être une grosse grosse soirée, il y aura 2 têtes d’affiche… Si je fais une salle HardCore je vais peut-être mettre La Peste parce que il me doit une soirée avant de partir quand même…

Glavio : La question infernale, celle de Karkowski, est-ce que tu préfères le rouge ou le vert ?

Franck : …(Rires) Le rouge ou le vert ?  Le marron ! (Rires)…

NoWay : Pour finir, les projets au niveau du label ? Les sorties… Et comment est-ce que tu comptes faire évoluer ton label ?

Franck : D’ici à peine un mois on a un nouveau Damage par Enduser (Damage 12.08, c’est-à-dire le huitième de cette série). Ensuite Mutant Sniper 04 qui est 8 Frozen Module (un américain, comme Enduser). Ensuite une nouvelle compilation Kamikaze Club, un double album vinyle avec plein d’artistes de fou ! Après, un double de Cardopusher le vénézuélien… Aussi notre nouveau label Ruff qui est un label de break beat, avec un split entre Drop the Lime et moi (sous un autre nom). Il y a plein de sorties, j’ai 7 ou 8 albums qui sont prêts ! Ce qui manque juste c’est les sous, c’est tout ! Comme d’ab quoi ! Et… Pour moi l’évolution du label, c’est de produire beaucoup plus… Beaucoup plus de sorties, plus rapidement et… après les faire un peu plus limitées, moins de sorties… Histoire de rappeler ce que c’est le manque aux gens. Pas d’avoir de la surabondance de disques qu’ils attendent d’acheter alors qu’ils sont en bac ! Tu l’as pas ? Et ben tu l’as pas ! …J’aime bien ce côté-là, moi !

NoWay : Une petite phrase définitive pour nos lecteurs?

Franck : Ben… Continuez à krasher quoi !

 

 

Par K.K.
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Mardi 18 avril 2006

On atteinds la limite taille! je suis obligé de séparer l'interview.

pour lire la première partie avant celle-ci : cliquez .

Glavio


Fred : Si c’est une question de manche, c’est pas a moi qu’il faut demander.

Glav : Oh, toi, c’est pas mieux avec ta grosse caisse hein ?

Fred : Pfff… non, je sais pas… c’est une question con ça Glavio…

Glav : Ah merde ! Tu vas pas encore me sortir que je fais des interviews comme les mecs de Canal+, parce que là, je m’énerve !

Fred : Je l’ai jamais dit mais… je … c’est un peu…Ouais, il y a eu plein, plein de bonnes dates en tournée ouais…

Ré : Moi j’ai des bons souvenirs… c’est Prague… T’as des bons souvenirs toi aussi je crois… Donc nous on avait fait une petite tournée en Tchéky de 5 dates et c’était organisé par un des mecs qu’est une espèce de figure de la noise en Tchéky, qui a fait un concert excellent à Prague, on a joué devant une salle pleine… Et quand on jouait God Save The Queen à la fin, les mecs reprenaient avec nous, c’était terrible !

Glav : Donc, Möller Plesset y a pas de message en fait !

Ré : Y’a pas de message de quoi ? … Aaah ! (rires)

Fred : C’est Glavio einh !

Glav : Bon, pour finir, vu que les questions deviennent de plus en plus stupides, vous, vous préférez qui, Sarko ou Villepin ?

Gil : Ni l’un, ni l’autre…

Fred : Moi j’aime bien la coupe de cheveux de Villepin.

Thom : Un côté positif, c’est quand même lui qu’a fait la dissolution ! ça peut être pas mal !

Fred : Non, non, sa coupe de cheveux, j’aime bien hein ce côté un peu sauvage…

Glav : Ne jamais oublier le rock’n’roll quoi en fait ?

Fred : Ouais, lui il a pas dû oublier, pas trop, pas tout en fait !

Glav : Et la dernière question : on parle beaucoup de rock’n’roll, mais qu’est-ce qu’il en est du sexe et de la drogue dans tout ça ?

Ré : Il faut parler du Mégamix quand même, on peut pas faire une interview avec les krasheurs sans parler du Mégamix…

Fred : On n’a pas tous pratiqué, on a arrêté en fait ! Mais on a … on a pas tous pratiqué assidument… peut-être pas assez en fait…mais…

Gil : C’est peut-être une question de fréquence en fait !

Ré : C’est faux, c’est faux ! Tout le monde a pratiqué, à son niveau !

Glav : Quand tu pratiques pas ça peut être à ton niveau aussi !

Fred : Voilà, c’est çà.

Ré : Par contre le sexe : zéro ! C’est le néant total !

Glav : C’est ça qui fait de toi un bon guitariste en fait ?

Ré : Le sexe c’est le néant total, à part une espèce de début de touche pour Gilloux dans un pauvre bled en Tchéky, moi j’ai rien vu !

Glav : Gilloux ?

Fred : Moi j’ai tenté aussi, quand même, je voulais dire… D’ailleurs si elle entend le message eh… (rires)

Gil : Je préfèrerais pas trop en parler, parce que j’ai eu des problèmes avec son copain après donc… ça s’est pas trop bien passé…

Glav : Pas de doute finalement, Möller Plesset c’est bien du rock’n’roll…

No : Dernière petite question en speed : dans l’avenir immédiat, plans concerts, tournées à bouger un peu hors de France, ou tournée française ou machin, dans les mois qu’arrivent… Möller c’est de nouveau un an d’inactivité, ou là ça part et c’est lancé vers le rock’n’roll ?

Ré : Eh ! Déjà, déjà, on est rentré en contact avec un groupe d’émissaires autrichiens qui sont venus pour négocier la sortie des deux albums en vinyle… Tu vois ! C’est comme ça !Et une tournée en Tchéky, Autriche à l’automne…

No : Mortel ! A quand la tournée aux Etats Unis avec Neurosis, un groupe appréciable d’abord pour ses qualités humaines ? (rires)

Fred : On sait pas, moi je tournerais bien avec Sick Bay, parce qu’on a le même matosse, c’est vachement pratique…

Ré : Tu demandes Villepin ou Sarko… Moi je dis Glavio tout simplement ! (rires)

Glav : Merci bien, votez Glavio, il y en a qui ont tout compris dans la vie !

 

Par K.K.
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Mercredi 19 avril 2006
ICI ROAZHON !

Mieux vaut tard que jamais :

L’interview de Möller Plesset

en direct du MOOdern Garden !

 

NoWay : Et Hop ! Interview en prémisse de la soirée Molle. Donc, festival MOO avec un groupe rennais dont on entend de plus en plus parler ces derniers temps Möller Plesset, qui reste une sombre interrogation pour les auditeurs de Ouest France… Donc on va tenter de se renseigner rapidement sur ce groupe de zombies : Question basique, d’où vient votre saloperie de nom de groupe, est-ce du Breton ou de l’Austro Hongrois ? Une explication rapide…

Régis : C’est un nom qui vient du froid, du Nord, et qui n’inspire pas confiance. Voilà, c’est tout ce que l’on peut dire sur notre nom. C’est un nom qui ne veut pas dire grand chose…

No : Vous l’avez trouvé vous même en phonétique ou alors vous avez gaulé ça dans des langues lointaines et obscures,voire (comme le Kobayen), fabriquées par vous même ?

Ré : Même si c’est un nom qui ne veut rien dire c’est le résultat d’un long travail, de près de huit mois de travail collectif sur soi, d’introspection, de synthèse, et surtout de biographie, non ! pas de biographie, non ! de… bio… Il va le dire… le Président va répondre…

Fred : C’est des noms propres, c’est Danois… ça n’a aucune signification. C’est Danois, ce n’est pas Hongrois ni… c’est tout !

Glavio : C’est super tout ça ! vous êtes qui ? toi ! t’es qui toi ?

Fred : Fred !
Glav : Et tu fais quoi ?
Fred : De la batterie.
Glav : Et toi, t’est qui ?

Gilles : Moi je suis Gilles et je chante…

Glav : Et toi ?

Thomas : Moi c’est Thomas, je fais de la guitare.

Glav : C’est super, et, le Président ?

Ré : Ah non, ce n’est pas moi le Président, le Président il fait de la batterie, moi je fais de la guitare… et éventuellement des cœurs…

Glav : Des cœurs… C’est beau… C’est intéressant des cœurs… ça manque un peu de nos jours… Donc ! Möller Plesset, comme le disait tout a l’heure mon copain NoWay, il paraît que ça fait un bon moment que vous êtes sur la place, vous avez fait un premier album, il y a de ça combien de temps déjà ?

Ré : Il est sort  en début 2003, si je ne m’abuse… Donc ça fera  2 ans, 2 ans et demi le premier…

Glav : Et donc, vous vous en êtes sortis comment avec cet album, vous avez réussi à le répandre comme vous le souhaitiez ou vous êtes restés un peu sur votre faim ?

Ré : On n’est pas vraiment restés sur notre faim, parce que on a réussi à jouer dans pas mal d’endroits… Entre la sortie du premier et la sortie du second on a fait près de 60 concerts : en Tchéky, en Allemagne, en Italie, en France, en Belgique… et au Pays-Bas un peu…

Glav : Toujours pas chez les danois, en fait !

Ré : C’est prévu mais…
Thom : Il va falloir du salami en plus…

Ré : …en plus ouais…Mais donc, on a eu l’occasion de porter la bonne parole, si c’est ça que tu veux dire… outre nos frontières franco-françaises…

No : Vous avez commencé les prémisses du groupe (je ne sais pas si c’était vous 4 dès le début), ça se situait à peu près en quelle année ? Les premiers rapprochements qui ont amené la base, le protoplasme de Möller…

Glav : Le truc protozoaire, on aime bien ce mot là dernièrement…

Fred : Protozoairement il y a eu Régis et Thomas à la guitare d’abord, qui ont commencé… Je crois que ça date à peu près de 96…

Glav : C’étais à Hennebon ça non ?

Fred : Non c’était à Rennes (rires)… non c’était à Rennes…(rires)… c’était à Hennebon, non c’était à Rennes, pardon ! Ah putain ! Et Ehhhh, à Rennes, plus précisément dans l’appart de Régis… Pour être très très précis 2 quai Richemont au dernier étage, qui devait être le 4ème je crois… 5ème, sans ascenseur…

Glav : Ah bin il faut souffrir un peu dans le Rock’n’roll…

Fred : Comme ça pendant une bonne année au moins ( à peu près), et moi j’ai rejoint le groupe, à une rentrée en Septembre d’après mes souvenirs…

Ré : Tu peux embellir, hein…

Fred : Et Gilles nous a rejoints environ 2 mois après… enfin… assez rapidement… Et voilà, la formule était prête…

No : Et la formule actuelle, elle date de 2000 ?

Fred : Oh non, avant… 98…

Ré : Il y a eu une évolution… Au début en guitare plutôt acoustique… Après on s’est arrêtés pendant 1 an, on a repris, on a changé… on est passés aux guitares électriques un peu saturées… Donc, ce qui fait que le son il est établi depuis, on va dire, 2000-2001, 2001 plutôt… On a ce son là depuis 3-4 ans uniquement… Avant c’était peut être un peu plus expérimental, un peu plus acoustique… etc…

No : Vous aviez la réputation pendant tout un moment d’être un sacré groupe de feignant voyables quasiment jamais, à part dans d’obscures soirées… Là, il semblerait qu’il y ait une accélération définitive (depuis 2-3 ans). Qu’est-ce qui s’est passé ? Est-ce que c’est des nouvelles drogues ?

Ré : Ah, moi les drogues je réponds pas !

Fred : Je pense que le premier album a vachement décoincé le truc, 2 ème à suivre… Surtout le premier album, le fait d’avoir un disque…

No : Vous avez rien sorti avant, split, k7…

Fred : Non…On a participé à des compiles k7, MagnéticMagnétic Records

Glav : Ah non ! Pas Magnétic ! Avec KOB or ? Vous avez pas fait Rrose Sélavy tant que vous y êtes ?

Fred : Non ! non, on n’a pas fait ça non…

No : Au niveau du premier album c’est quoi le déclic, c’est vous qui avez ramassé les thunes… Vous avez eu une occaz ?

Fred : C’est une occaz…

Ré : Il faut que l’on raconte la messe, on est obligés de raconter la messe…

Fred : On doit un peu au Vatican, quelque part… Dû à une production d’un obscur label qui a produit un disque enregistrant une célébration du centenaire de l’église de l’île de Saint… ça a cartonné, ça a ramené vachement de thunes, ce qui nous a permis de produire, entre autres avec l’aide de l’ingé son et de pas mal de personnes quand même (parce que il n’y a pas que les thunes là dedans, il n’y a pas que le mystique, il y a aussi l’humain,le gars qu’est là quoi)… Qui a fait qu’on a pu faire ce premier disque…

Glav : Et donc directement pour faire le deuxième vous avez changé de mecs ?

Fred : Eh… On a changé… Ouais, on s’est convertis, puisque le premier album était quand même un peu… On s’est convertis puisque le premier album était sorti sur K-Fuel, c’était la première prod et apparemment peut être bien la dernière… En tout cas il n’y en a pas eu d’autres on va dire… Pour laisser une marge… Le deuxième est sur Perte et Fracas, entre St Sonic le nouveau patron qui a produit le disque avec ses petites mains…

Ré : Qui est un dissident de K-Fuel quand même, il faut le préciser…


Glav : Bon, au début c’étais très noise tout ça, mais là, arrivée du 2 ème  album qui c’est qu’on voit : des filles, qu’est-ce que c’est des filles dans un groupe de Rock’n’roll, on peut se poser cette question… Qu’est-ce que ça veut dire, vous voulez aller quelque part avec cette idée d’intégrer des nouvelles personnes, vous comptéezles amener sur scène avec vous, les emmener en Tchéky ? Vous voulez en faire quoi, c’est pour passer à Bernard Lenoir, ou bien ?

Fred : Non, non. Déjà on ne compte pas les emmener parce qu’on est très limités sur le nombre de places pour les tournées, on est 4, on a une voiture 5 places, donc ça s’arrête là. On a un chauffeur, qui est pour l’étranger St Sonic (parce que on peut l’appeler comme ça tout de même), et Stéphanie, je vais même donner son nom de famille Giquiaud de l’association Range ta chambre, qui organise de très bons concerts (entre autres) et qui donne un coup de main pour trouver des dates (en France en tout cas)… Mais non, non, non, je ne sais pas… C’est parce que c’est des rencontres quoi.

Thom : Sur le premier il y avait déjà un morceau où il y avait 2 invités, là, on a fait 2 invitées encore mais sur 2 morceaux… Il s’est trouvé que c’était des filles, voilà !

No : Pour resituer rapidement, qui sont ces 2 putains d’invitées sur le 2 ème ?

Thom :C’est Laetitia Shériff et Isa Valenti de 13 th Hole.

Glav : Pour continuer avec des questions un peu cons comme ça… Vous avez fait votre premier album, vous en avez vécu (si on peut dire), en tout cas vous l’avez vécu, qu’est-ce que vous comptez faire avec le 2 ème ?

Fred : Je sais pas, une 2 ème série de dates pour présenter ça à tout le monde… le truc un peu classique, tournée… Comme quoi on doit être un peu classiques…

No : Avant de parler de vos bonnes expériences en concert, de bon groupe à 5 places en virées a l’étranger… Au niveau de la diffusion vous avez réussi à en bazarder à l’étranger, est-ce que vous avez des contacts ?…

Fred : Ouais parce que par le biais de K-Fuel et de Sonic (entre autres) on a (lui surtout) pas mal de contacts, donc ce qui nous a permis de trouver des dates pour l’Allemagne, pour l’Italie

Ré : La plupart de nos disques son vendus sur des mailing lists à profit limités, ou même sans profits… On est distribués par Overcome, qui est un distributeur dans des FNAC, des machins, mais nos disques on les vend essentiellement en VPC, avec les petits réseaux en Allemagnes, une VPC américaine, plusieurs VPC françaises, etc… C’est là qu’on les vend, les disques.


No : Vous êtes contents du nombre que vous en avez vendu ?

Fred : On a quand même vendu la plupart des disques du premier, enfin pas tout mais…

Glav : Ben non, il y a ceux que j’ai volés , eh!

Gil : On voulait t’en toucher un mot là…

Fred : Sans compter le 2 ème que tu nous doit d’ailleurs…

Glav : C’est vrai !

Ré : On doit lui donner maintenant parce que il a une espèce de crédibilité de journaliste… (rires)… Maintenant c’est foutu !

Fred : …Mais on peut dire qu’ on n’a pas trop mal marché quoi !

Glav : Ok ! Blablabla, on a parlé de ce que vous aviez fait, on a parlé un petit peu de K-Fuel, et justement un des trucs par lesquels on était un peu intéressés (vu que vous êtes des vieux routards et quelques part des rennais, même si vous êtes a priori pas trop de là pour la plupart) : Qu’est ce que vous pensez de l’activité rennaise, de ce que vous en avez vécu , (plus exactement les assos, tout çà) comment vous voyez le truc en tant que groupe issu de la scène rock noise sur Rennes (et sur la Bretagne plus globalement) au niveau de toutes les assos que vous connaissez, il y les Tontons Flingueurs avant 93, c’est à peu près le moment où K-Fuel a commencé à opérer non ?

Ré : Ouais, 94, c’est le premier concert de K-Fuel….

Gil :Le premier concert c’était Pig Iron, le premier groupe de Fred et de Régis. Et ça a enchaîné après… Je pense que pour beaucoup de musiciens les Tontons c’était l’endroit où ils se sont tous rencontrés, soit au niveau des groupes, soit au niveau des associations qui organisaient. C’est comme ça qu’on a connu David Mancilla, qui a formé après Overcome… Et donc les gens qui faisaient des émissions de radio (Pyjama Partie sur CANAL B)… C’est vraiment un moment où il y a eu beaucoup de contacts qui se sont faits au niveau des musiciens…

Glav : Qu’est-ce que vous pensez de l’évolution de la scène associative rennaise, vous qui étiez là avec des idées d’amener des choses nouvelles… Est-ce que vous trouvez ça intéressant ?

Ré : Alors écoute, ouais il y a pas mal d’assos qui font pas mal de choses que nous on aime (on a même du mal a tous les voir), nous-mêmes on a fait des concerts quand on avait envie d’en faire, c’est à dire qu’on a organisé un concert de groupes tchèques (Sabot qui est un peu connu, Dévérova Shiva, C), on a organisé un concert de groupes italiens (G.I. Joe, Super Lucas Tulas)… Après avec plus ou moins de succès, il n’y a pas l’influence des années des Tontons… Le moindre concert que tu faisais aux Tontons en 95, quand tu avais 100 personnes, c’était raté, c’était un fiasco…

Gil : Des soirées à 280 personnes, ce qui n’est plus réalisable maintenant… Là récemment avec K-Fuel il y a eu 2 groupes américains qui sont venus, Maeshi et Rapider than Horse Power, et c’était un méga concert, et heureusement  qu’il y a des endroits comme ça pour organiser ces concerts-là, et des associations qui sont motivées, parce que on a été dans certaines villes, il n’y a rien… Donc on n’a pas à se plaindre, même au niveau pour trouver des disques… Rennes Musique, il y a Switch

Glav : Pour changer de sujet, vous faites de la zik tout ça… Mais qu’est-ce qui vous inspire dans la vie, j’entends, est-ce que vous aimez bien les films, les bouquins… A priori les BD puisque de toute façon on a cru remarquer que vous avez quand même un artiste (dont vous n’avez pas changé) pour les superbes couvs et les histoires (un peu trop courtes d’ailleurs au goût de certains) à l’intérieur des livrets de vos albums… Si je vous pose la question, qu’est-ce qui vous a plus marqué ces derniers temps au niveau ou bouquins, BD, musique, théâtre… Oh l’autre, il regarde ses couilles…

Ré : C’est Thomas qui regarde ses couilles…

Thom : Dernière thèse de chimie quantique, à la fac… C’étais carrément pas mal, ça m’a pas mal marqué : j’ai pas tout compris, mais bon, c’était assez intéressant… ça repose…

Fred : Le dernier truc qui m’avait branché c’était Rapider than Horse Power… Je les ais vus, donc je suis content…

No : Faire des concerts le lundi, est-ce une bonne idée ? C’est le seul moment qui était envisageable ?

Fred : Je bosse pas le mardi matin, donc c’est plutôt pas mal, mais… même a midi j’étais mal ! Oui ! Non ! C’est bien.

Gil : De toute façon ils n’ont pas le choix tu sais, quand il y a une tournée qui est organisée ils te proposent des dates… C’est cette date-là, ou rien d’autre quoi ! Eux ils allaient en Angleterre juste après (et ilsvenaient de Bordeaux je crois)… On n’a pas vraiment répondu à ta question par rapport à nous…

Glav : C’est ça ouais, je sais pas, est-ce que vous êtes des intellectuels ou est-ce que vous passez votre temps à vous droguer ? J’en sais rien… On dirait…

Gil : La lecture est peut-être une drogue…

Glav : Possiblement, je ne le nie pas… mais… pas chez vous visiblement !

(rires)

Ré : Quel merdeux ! Mais non, on peut dire… en gros… on aime bien les cultures un peu… underground ! On est plus ou moins assidus de la littérature qui est diffusée, par exemple, chez Alphagraph quoi .On est assez fan de Feraille… On s’est retrouvés à jouer…

Glav : Vous êtes fans de Jean Ferrat ?

Ré : De… de… de Feraille, de Mr Feraille, de tout ce qu’ils font, de tout ce qui peut se produire en BD…


Thom : Dernier Cri, enfin des choses comme ça… Paquito Bolino

Glav : Tous les trucs à l’arrache, un peu punk des années 2000 qui dépassent un peu les morales et les cadrages rigides…

Ré : J’aime assez bien toute la filmographie pornographique sud-américaine.

Thom : De 70 à 82.
Fred : Très très dure à trouver !

No : Moi je reviendrais bien sur le truc de base, justement sur le rock noise… A un certain niveau il y a K-Fuel qui a ramené ça à Rennes, les groupes qui pour vous ont commencé à créer un vieux déclic, qu’après vous pouvez cataloguer…

Fred : Les groupes de référence, quoi !

Ré : Gilles ! parce que ça va être du rock australien, Gilles.

Gil : Birthday Party ça va…

Glav : C’est même indispensable je dirais, mais bon ! après, tout le monde n’a pas le même avis visiblement !

? : (rires) Si,si,si,si,si,si… carrément…

Gil : Si, Sonic Youth, je pense… Fugazzi, c’est les premiers groupes qu’on a écoutés.

En vrac : Pour la noise c’était, Today is the Day, Big N, Table, , Hammerhead, Jesus Lizard, Crass…

Glav : Est-ce que vous écoutez des groupes français de maintenant ?

Fred : Cheval de Frise

Thom : C’est un ancien groupe de maintenant çà ! Ils ont arrêté !

Glav : Il y a déjà 8 mois, la dernière fois qu’ils étaient ici, ils l’ont annoncé, ils disaient qu’ils arrêtaient…

Gilles : Ouais mais ils disent ça à chaque fois, c’est pour relancer un peu le truc !

Ré : Héliogabale !

Gilles : Le dernier Héliogabale qu’est vachement bien…

Fred : Gordz aussi qui jouera demain … La Machoire

No : La scène française n’a pas disparu ! Parce que a la fin des années 90, il y a eu un bon pacson de groupes, notamment au niveau des concerts qu’il pouvait y avoir à Rennes… A un moment donné c’était tombé dans le mou (plus, à la limite des groupes tout seuls à se démerder), est-ce que vous avez l’impression qu’il y a un retour de résurgence du bougeage de cul dans le rock’n’roll français un peu space ?

Ré : Il y a des trucs, mais, quand on a joué, on s’aperçoit qu’il y a pas mal de trucs qui se passent, pas forcément des trucs dont on se sent super proches musicalement… Parce que nous nos références de groupes français, c’est Cheval de Frise, Condense, Voodoo Muzak, enfin des trucstu vois, Gordz, on peut se sentir…

Glav : Des trucs subtils quoi !
Ré : Exactement ! des trucs subtils…

Gils : Les autres vont apprécier ! (rires)


Ré : …Et je sens que tu es en train de percevoir bien notre art ! …Il ne se passe pas forcément énormément de choses dans la zik qu’on aime (il se passe des trucs) mais dans le rock, le hardcore… Le hardcore, les trucs comme l’hémo, l’hémocore (qu’on peut aimer) il se passe vachement de choses là-dedans quand même… Donc, on est assez proches quand même de ces gens-là. Assez proches, il y a des trucs qu’on aime bien, genre les Bumblebies (un groupe de Reims) qu’est assez fun, on se sent assez proches…

Thom : La musique n’est pas très fun, mais…

Ré : Tang ! qui est aussi…

Glav : C’est fruité et vitaminé ça au moins, c’est pour nous ! Il faut qu’on les invite…

Fred : C’est un groupe scénique, à la fin quand même…

Thom : Non ! mais c’est vrai, les groupes comme Submerge, qui font pas mal de trucs au niveau organisation, fanzines et tout ça, enfin…

Ré : Ouais ! Submerge ! Ouais bien sur ! On a rencontré pas mal de gens en fait à jouer à droite, à gauche…

Thom : Mais c’est vrai, beaucoup dans le milieu hardcore, plus qu’un milieu noise…

Ré : Et il y a plus de monde… Comme disent les mecs t’as les kids…

Glav : Ouais, c’est sûr… Et puis c’est moins engagé la noise, il y a moins de message politique, peut-être ?

Fred : On peut même dire qu’il n’y en a pas…

Thom : C’est juste une action quoi !

Fred : S’en es peut-être déjà un quoi, mais après…

Thom : C’est assez bizarre musicalement, maintenant au niveau message oral… y’a pas ! Auditif, bon, ça peut embrouiller certains, y’a beaucoup qui comprennent pas trop quoi, mais…

No : Et les faire déraper de leurs vies !
Thom : Voilà quoi !

Gilles : Ouais, et puis c’est gonflant les groupes qui te donnent des leçons, qui te disent comment penser !

Fred : Oui, et c’est pour des convertis aussi… un peu… un peu pénibles…

Gilles : Et puis des fois ils feraient mieux de se connaître eux-mêmes avant de donner des leçons quoi…

Glav : Vous avez pas du tout l’esprit rappeur quoi en fait !

Gilles : Si… Mais ça se voit pas !


Glav : C’es plus hip-hop quoi… Maintenant, une question un peu personnelle… c’était quoi la plus grande catastrophe pendant que tu tournais, ou que tu jouais avec Möller Plesset ?

Fred : Il y a très peu de catastrophes en général, mais bon, on a fait des bons concerts de merde je pense… ouais… Les premiers concerts de Möller étaient eh…

Glav : Non ! mais le truc où tu t’es senti mal, là, c’est moi, là !

Fred : Eh… Je n’ai pas de souvenir de truc comme ça… Parce que le fait de jouer c’était plutôt sympa quoi… donc il n’y a pas… On est vraiment une bande de copains quoi… tu vois… c’est…

Ré : C’est clair !

No : Mais genre aussi sur le coup, tournée, bloqués dans des conditions carrément atroces… Soit au niveau justement, à la façon de comment ça se gère les tournée quand tu n’es pas un énorme groupe que ce soit à l’étranger ou autre… Genre des plans bien à la ramasse, k’ce soit la bouffe, les conditions de sons, dormir…

Fred : On a eu un concert pendant notre tournée avec Scalene un groupe japonais (eux c’était leur première tournée en Europe, ils étaient un poil plus hardcore que nous dans le style) et on s’est retrouvés à jouer dans une ville vachement à l’Est en Allemagne (Chemnitz) et …

Glav : Trop à l’Ouest, c’est à l’Est !

Fred : Ouais… Ben c’était un peu à l’Est là, pour le coup… Ouais plutôt branché… un bar un peu skin… alors après… je ne m’épancherai pas sur les…

Glav : Alors toi, ta couleur préférée c’est le vert, ou le rouge ?

Fred : …Pas trop, moi c’est bleu moi… tu vois, le bleu me va bien…

Glav : Merde ! un royaliste !

Fred : Ben… ouais, un peu ouais… Mais, ouais, on s’est retrouvés (c’était pas eux qui avaient programmé le concert)… on s’est retrouvés à jouer dans un bar où les mecs ne comprenaient pas trop ce qu’on faisait… et se demandaient même si il y avais des gens qui achetaient nos… qui écoutaient ce genre de musiques, ils ne comprenaient pas… Et puis l’accueil très moyen… ça sentait un peu l’embrouille et… donc dormi dans le camion pour surveiller le matos et… c’était l’hiver, au mois de décembre, il fait froid là-bas et … voilà, le genre de plan où les mecs sont pas intéressés, et l’accueil pour le coup est pas super quoi… Ouais ! C’est l’un des plus mauvais coups qu’on a eu… parce que on en a pas eu beaucoup en général…et… pas super quoi !

Sinon… crécher chez des straight edge… c’est dur autant pour eux que pour nous… (rires)… Mais bon voilà, ce genre de trucs quoi…

On n’a pas eu de mauvais plans au niveau accueil, enfin, c’est vraiment hyper rare, à part voilà… enfin même Dijon ce n’était pas un mauvais plan… c’était un poil décalé quand même quoi… mais…

Glav : Vu que vous faites comme tout le monde et que vous voulez pas vous souvenir des mauvais moments c’est quoi le meilleur moment… où vous avez le plus kiffé de monter sur scène… vous vous êtes dits là ça y est je le tiens mon manche, c’est parti ! (rires)  suite : ici

&
Par Klub des Krasheurs
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Mardi 16 mai 2006
Si vous souhaitez lire la première partie, cliquez sur kRASHaTOR :

Mass Productions

Punks Artisans pas morts !!!

2éme partie

Glavio : Quelle a été, ou quelle est la plus grosse difficulté du label ?

Vincent : La plus grosse difficulté, le passage à vide, c’était quand les Mass se sont arrêtés, ce qui a évidemment  fait une coupure, dans l’ambiance de la maison, et de l’équipe. Le 2ème album tardait à arriver, mais il y avait encore 15 dates qui se préparaient. Il y avait aussi le split Tagada / Mass qui sortait début 2000, avec 10 ou 12 dates de prévues avec eux. Ça allait bien rebooster la machine tu vois, puisque les Tagada avaient toujours continué à grimper. Il y avait aussi des gens qui étaient embauchés dans l’association : Marco, le gratteux des Mass, avait déjà fait 4 ans mais avait encore 2 années possibles, Gaétan venait de prendre un job dans l’association… En plus, il y avait encore les traites du camion à payer, les réparations, et le crédit… Tu vois, il y a eu un bon souci, un bon froid entre nous, par rapport à tout ça, mais bon, c’était il y a 5 ans, c’était le moment le plus délicat. Sinon, les difficultés, ça peut être aussi dans la recherche de distributeurs. Par rapport à ça, on n’est toujours pas satisfaits de ce que l’on a, même si on est quand même très heureux : la satisfaction maximum, ce serait d’avoir un gros distributeur qui te met en place des disques dans tous les magasins de France, mais si c’est pour avoir la moitié de retour, c’est pas non plus très utile. Il ne faut peut-être passer à cette étape-là que lorsque t’as un groupe qui tourne effectivement dans toute la France toute l’année, et qui est connu dans toutes les régions. A l’heure qu’il est, au niveau distribution, il y a le réseau vraiment Punk Rock avec des échanges avec tout un tas de labels, dans chaque région, qui nous permet d’avoir des disques partout. Après, dans les magasins, on est heureux, mais la difficulté est d’avoir des distributeurs qui sont stables et peuvent être tes amis, parce que quand tu donnes tes disques, tu donnes aussi de l’argent à des gens non impliqués sur ton association et censés te représenter auprès de plein de disquaires. Ça peut être intéressant un moment donné que ces gens-là soient des amis, qu’ils te représentent avec le sourire, tout ça… Nous, on travaille avec Overcome et Sobridis, c’est des distributions plus régionales. Les difficultés, on en a aussi beaucoup pour trouver les endroits idéaux pour organiser des soirées. On est toujours dans la recherche de l’endroit ultime qui fera que les 500 personnes qui sont venues ce soir-là te diront toutes : l’endroit était magnifique, la soirée a été fantastique ! Cette année, on a quand même eu la chance de retravailler dans des salles où on n’était pas allés depuis longtemps, comme l’Antipode. L’Antipode, c’est bien pour Rennes parce que c’est accessible financièrement, mais en même temps les gens sont un peu parqués. On sait aussi que ça ne peut pas être la grande fête toute la nuit aux alentours parce qu’il y a beaucoup de gens qui vont essayer de dormir, vu le quartier très résidentiel. On a fait le Breizh Disorder dans le centre ville de Lorient aussi, au Manège. La salle est super abordable financièrement, mais malheureusement il y a toujours un petit peu de public bastonneur dans la région là-bas, donc pour l’instant, on ne peut plus y organiser de Punk Rock. On a fait le Bacardi, plus dans la région de Saint Brieuc. C’est une salle sur laquelle on n’avait pas travaillé parce qu’il y avait le Wagon, donc pendant des années on n’était pas à la recherche d’une salle par là-bas...

Maintenant qu’il n’existe plus, on est contents d’aller au Bacardi. Les gens qui tiennent cette boîte-là ne sont pas des gens qui écoutent du Punk tous les jours dans leur voiture, mais ils nous offrent des conditions d’accueil idéales. C'est-à-dire que lui, bien sûr, va se prendre le bar, mais en même temps il t’accueille, ne te fait pas payer la salle, ni la Sécu, ni le son. Donc pour nous ça fait une prise de risque minime. Tout ce qui est aux entrées c’est pour faire de la promotion, pour les groupes, le catering, la boisson, l’hébergement, donc tu vois, il y a des frais un petit peu plus, mais là-bas ça ferme à 5 heures, on a un grand parking, il n’y a pas de voisin, donc c’est une salle intéressante. On va des fois aussi à Braspard, là c’est une salle super aussi : y’a pas de voisin, c’est au fond d’une ferme. Et puis voilà, on est toujours à la recherche d’organiser des soirées comme ça…

NoWay : Au niveau d’autres problèmes, est-ce que vous en avez eu pour trouver des locaux, des financements, des aides, ou même concernant des oppositions institutionnelles à des soirées qui semblaient possibles ? 

Vincent : La mairie nous a pénalisés parfois parce que c’est vrai que quand on a  fait la salle de la Cité et qu’il y a eu de la bagarre à l’extérieur, la Police n’est pas intervenue et la mairie nous a mis ça sur le dos alors que je pense qu’à un moment donné il y avait peut-être la responsabilité de la Police qui aurait pu se montrer un peu plus présente ce jour-là. Par contre, la mairie nous a aussi aidés plusieurs fois, notamment sur les postes Emplois Jeunes pour lesquels ils nous ont donné 150 € par mois et par poste pendant 5 ans. Ça fait 1800 € fois 5, pour chaque emploi, donc ça fait une somme d’argent phénoménale que la ville de Rennes nous a donnée. Concernant la recherche de locaux, on est là depuis 7 ans et demi. On les a trouvés par nous-mêmes, avec le Call Jah Crew et le local de répétition des Mass Murderers. Nous, on a greffé le bureau de Mass Prod ici et on reste maintenant encore avec les locaux qui existent. A ce moment-là la ville ne nous a pas aidés, et c’est des locaux qui nous coûtent cher. Par contre, la ville nous aide une fois par an, c'est-à-dire que tu as un dossier à remplir où chaque association peut se présenter et indiquer son budget d’activité précis. Et depuis 3-4 ans, elle nous lâche quand même entre 900 et 1000 €. Vu qu’on est à 1000 € de charges par mois environ, ben ça fait quand même un mois entier de l’année qui est payé comme ça. Déjà ça, c’est positif. Et puis la ville de Rennes, on peut dire qu’elle nous aide encore sur les salles parce que même si quand tu vas au Mondo Bizarro, il n’y a pas d’aide, quand tu loues l’UBU, et que tu payes 400 ou 500 €, tu bénéficies du tarif Aide Associative. C'est-à-dire que la ville donne aux Transmusicales de quoi organiser 15 ou 20 soirées par an avec les associations. Pour chaque soirée, normalement, c’est 1000 € et pas 500 que tu devrais payer l’UBU. Malheureusement, on n’y a pas accès aussi facilement qu’on aimerait parce qu’il y a  beaucoup d’assos qui font de la musique sur Rennes, mais c’est plutôt positif. Mais à chaque fois qu’on a organisé une soirée à l’UBU, la ville nous a aidés : on peut dire qu’on a bénéficié à chaque fois d’une enveloppe budgétaire de 500 € à peu près. Quand on va à l’Antipode, de la même façon, c’est tout un truc qui fait que la ville et la France aussi (je pense qu’il y a des aides de l’état, de la région, etc.) participent pour que les salles soient abordables pour les assos… Le Jardin Moderne également. On y déménage nos bureaux, et c’est aussi (je pense) beaucoup d’argent qui vient de la ville. On est encore dans l’une des villes de France où il y a le plus de possibilités pour faire de la musique.

Glavio : Est-ce qu’il existe un réel réseau alternatif viable, aussi bien au niveau régional que français ou mondial ? Est-ce que les groupes Punk peuvent espérer devenir pro, et y a-t-il de réels contacts avec un univers en dehors des grands courants ?

Vincent : Je dirais que pour les musiciens, non, c’est vraiment très très dur… Le réseau alternatif, oui, il existe… C'est-à-dire qu’un groupe peut arriver, tourner en Europe pendant trois mois, payer les billets d’avions, avoir à manger et un sleeping tous les jours pendant quelques mois… Il y a une liberté de voyage en Europe et un réseau alternatif qui fait que dans chaque pays s’il y en a qui prennent réellement en charge les groupes, tu peux créer une véritable tournée… Ça arrive qu’il y ait des groupes qui viennent du Brésil, qui ont tout juste sorti un album et qui arrivent à faire trois mois de tournée dans tous les squats d’Europe. Jusqu’à maintenant c’était assez libre. Mais il s’avère que la Grande Bretagne ferme ses portes, est en train de devenir moins tolérante pour laisser des gens comme ça se balader… C’est arrivé plusieurs fois à des groupes qui avaient 4 ou 5 dates prévues en Angleterre qu’on leur ait dit : Non vous ne rentrez pas dans le pays parce que vous n’avez pas de permis de travail.

 

Du squat au professionnel il y a quand même une grande différence. Y a-t-il un réseau alternatif en France, je dirais que oui,  même s’il y a très peu d’endroits où ce sera alternatif à 100%, c'est-à-dire vraiment indépendant, sans aucune aide de l’état, et je ne pense pas que ce soit vraiment le cas ici. Ensuite, je ne connais pas trop le système de protectorat social, mais je pense que le RMI fait qu’il y a beaucoup de gens qui se bougent moins à cultiver la terre, à faire leurs potagers eux-mêmes, à vivre sans électricité, etc.... C’est en plus des choix de vie qui sont très durs, et ne permettent pas forcément d’accueillir un groupe à faire de la musique, puisque directement il faut se brancher, utiliser un groupe électrogène avec du gasoil… Donc t’es obligé d’être consommateur… Après, c’est le mot alternatif qu’il faut définir : pour moi l’alternatif total ce serait justement de ne plus utiliser d’électricité, etc.… Par rapport à ça le réseau alternatif ne donne pas forcément la place à la musique. Ce serait plus de prendre ta percussion et puis de t’éclater dans un champ ! (‘Putain, des hippies’ Rires)  Alors, hippies, non ! Tu peux faire des percus agressives lalala, bourriner pendant trois heures, et puis t’auras des bras d’acier, t’auras des bras de Schwarzenegger aussi.

Après, le réseau, il existe, bien sûr, puisqu’il y a plein de petits groupes inconnus, qui n’ont sorti qu’une démo et vont faire 10 dates en France. Dans toutes les villes tu as le réseau, que ce soit dans l’Est de la France, à St Etienne, à Lyon (au Clos fleuri), après les assos sur la région de Besançon, à Nancy aussi il y a des gens qui  organisent des concerts, dans plein plein de villes… A Lilles aussi tu as un squat qui fait des concerts Punk depuis un mois ou deux… Sur la Bretagne tu va avoir des groupes qui vont faire le Mondo Bizarro, qui vont faire le Matssa Café, t’as l’Etincelle à Angers… Tu as tout un tas de lieux comme ça, qui sont facilement répertoriables… Un coup de téléphone, t’envoies un CD, et tu peux trouver une tournée de 10 dates en  France… et là tu seras pas pro, même si tu arrives à rembourser tes frais. Ça peut être chaud, mieux vaut pas que t’es une location de camion à assurer sur une tournée comme ça (si tu as 100 euros de location de camion par jour, tu risques de perdre de l’argent, si tu as juste à payer tes cordes de guitares et le gasoil et le petit sandwich du midi ça va, mais sinon des fois ce sera dur). Et puis de là à devenir pro… Tous les groupes qui sont sur notre label en tout cas, même les plus vendeurs comme Inner Terrestrial, ne sont pas professionnels du tout. Ils tournent en France avec des cachets raisonnables, mais quand ils sont en Angleterre ils n’ont pas ce succès-là, ni en Allemagne, ni en Pologne… En réalité, il n’y a que quand ils viennent en France qu’ils gagnent un peu d’argent, et le reste du temps quand ils sont en Angleterre ils ont tous un travail. Bien sûr il y a des groupes professionnels, les Tagada par exemple, mais en même temps il faut y arriver !

NoWay : Est-ce qu’il y a beaucoup d’autres labels de Punk en France et en Europe dans l’esprit du vôtre et qui arrivent aussi à survivre ?

Vincent : Il y a beaucoup de labels en France, mais des gens qui en vivent il y en a très peu (on est peut-être 5 personnes à en vivre). On va citer une personne qui vit du label Combat Rock à Metz, une personne de Dirty Punk à Lilles, et 2 Mass Prod (et encore on est à mi-temps)… Et puis il y a en peut-être plein d’autres qui ont créé leurs petits jobs depuis, je ne suis pas au courant de tout… Mais des labels qui ont sorti autant de disques que nous, qui ont fait 50 références il n’y en a pas énormément… vivants à l’heure qu’il est… Il y a Combat Rock, les autres n’en ont pas sorti autant… Maloka ce n’est pas un label sur lequel il y ait des gens qui prennent des sous, tout est réinvesti sur les tanneries et puis J-C n’est pas salarié du label. Il y a beaucoup de gens qui doivent pour en vivre voyager beaucoup : organiser des tournées, prendre des risques énormes, faire des milliers de kilomètres… Je pense à Philippe de Varsovie avec son label Crouja Sappala, qui lui en vit, je pense, parce qu’il a une grosse distribution internationale, et qu’il n’hésite pas à prendre son camion, à organiser des tournées de  3 mois pour les groupes. Pendant 3 mois, il est tous les jours dans le camion, tous les soirs il déballe ses disques sur les concerts et il vend quelques centaines d’Euros de disques, donc là il peut en vivre. Après, il y a Yellow Dog sur Verdun, lui il a ouvert son magasin. Lui c’est pareil, il n’hésite pas à louer un camion, à faire venir des groupes du Brésil ou d’Amérique et à partir en tournée avec eux dans 15 pays d’Europe pendant 3 mois. En Allemagne, on sera dans le même cas de figure qu’ici, même s’il y a beaucoup plus de gens peut-être qui s’intéressent à ce mouvement-là ou à ces musiques-là. Il y aura des labels qui vont être professionnels, qui ne vont travailler que sur
la distribution en magasin, comme
Overcome.  Ils ne sont plus trop à prendre leurs bacs de disques tous les week-ends pour aller dans les concerts de Hardcore et tout ça. Ils ont fait ça pendant des années mais ils essayent de le faire moins. Et puis il y aura des labels comme nous qui vont être dans l’underground, qui vont tous les week-ends prendre leurs bacs de disques, aller dans le squat du village pour vendre leurs CD, qui vont essayer de se faire des échanges.

NoWay : Et comment se passe la distribution à l’étranger, dans votre cas ?

Vincent : Nous, au niveau de l’étranger, on n’a jamais investi sur des mises en place en magasin, tout ce qu’on fait c’est de l’échange. C'est-à-dire qu’on envoie 50 Inner Terrestrial en Angleterre, ou à Berlin, et en échange les labels de Berlin vont envoyer 50 disques à eux. Donc on a des prix un peu élevés par rapport aux réseaux vraiment… anarchistes peut-être, parce qu’on vend des disques jusqu’à 11 ou 12 €, les imports, mais bon. Il faut déjà savoir que quand t’envoies un 33 T maintenant en Allemagne, ça a augmenté, c’est 2 € maintenant pratiquement, pour envoyer un seul disque. Donc t’enlèves déjà 2 € pour les frais de port, t’arrives à 10 €. On est assujettis à la TVA depuis longtemps, donc si on a une marge de 5 € sur un album, c'est-à-dire si l’album nous coûte 5 € et qu’on le revend 10 € une fois les frais de port remboursés, il reste un bénef de 5 € et sur ces 5 € là, on a encore la TVA, 19 % à payer, donc on essaye de garder une marge de 3 à 4 € quand on vend un album. Bien sûr, le gars qui arrive qui t’achète 3 albums, on baisse le tarif…

Glavio : On va poser la grande question, la grande question de l’infernal Karkowski : Est-ce que tu préfères le rouge ou le vert ? (Rires)

Vincent : Ben en couleur, je préfère le vert. Et pour passer au feu en vélo je préfère aussi le vert. Quand je passe au rouge, je fais attention qu’il n’y ait pas un policier qui aille m’arrêter et m’enlever quelques points sur mon permis.

http://www.massprod.com

 

Par K.K.
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Mercredi 17 mai 2006

Punks Artisans pas morts !!!

 

Mass Productions

 

Glavio : Pourquoi est-ce que vous vous appelez Mass Productions ?

 

Vincent : Eh bien il fallait un nom simple, et dans l’urgence, en discutant avec Rico le batteur des Mass on s’était dit : Comment allons-nous appeler l’asso des Mass Murderers, puisque c’était ça la base du truc, et donc ça a été fait tout simplement, comme ça, Mass Prod.

 

Glavio: Directement, c’est quoi l’objectif du label à l’origine, l’historique, comment ça s’est monté, et plus ou moins où vous en êtes ?

 

Vincent : Donc l’historique… Ayant sorti quelques premiers disques des Mass avec des économies perso, il a fallu à un moment donné faire de la facturation pour vendre ces disques-là. Et il fallait une association pour pouvoir encaisser des sous quand tu fais de la facturation pour un disquaire, pour une asso amie, etc.… Le premier 45 tours des Mass est sorti donc avec des économies perso, sans association derrière. On a été accueillis par une association rennaise qui s’appelait Barket Records en 1995, et puis début 96 on a créé Mass Prod pour un petit souci entre personnes au sein de Barket, et puis il y a eu une asso qui s’est créée pour les Mass quoi, avec les musiciens des Mass et puis avec moi, Vincent, et puis avec également Fabian qui était déjà chanteur de TV Men et qui est le frère de Gaétan, le bassiste des Mass Murderers.

 

NoWay : Et vous étiez combien à la création de l’asso ?

 

Vincent : Eh ben on était 4 : président, vice-président, secrétaire, trésorier, dans l’ordre c’était Gaétan et Rico des Mass, Fabian et moi, à ces 4 postes-là.

 

NoWay : Maintenant, vous êtes combien à bosser, vous êtes combien dans la structure ?

 

Vincent : Actuellement, il n’y a que 2 salariés, 3 personnes dans le bureau plus une équipe de bénévoles qui peut aller de 15 à 30 personnes selon les soirées. Quand c’est un concert du Mondo Bizzaro on n’est que 5-6 personnes sur l’affaire. Quand on organise des festivals plus importants, on peut être jusqu’à une trentaine de personnes. On n’a jamais passé le cap supérieur actuellement. Sinon, tous les gens qui étaient à la création de l’association, les 4 du bureau originel ne sont plus dans le bureau de l’association, parce que chacun au fur et à mesure a été embauché dans l’asso, soit en poste CES, soit en poste CEC, soit en Emploi jeune. Donc actuellement, les gens qui sont dans le bureau de l’association sont arrivés dans ce bureau là en 98, 2-3 ans après la création.

 

NoWay : Quelles sont maintenant vos diverses activités ? Comment ça a évolué ?

 

Vincent : Donc en 96 on a sorti des disques des Mass Murderers, plus un ou deux 45 tours de groupes amis comme les TV Men ou Disruptive Element. Ça a été assez vite puisque les premières séries de 1000 CD des Mass se sont vendus assez bien, donc il y a eu moyen de rembourser l’investissement de base, plus commencer à penser à faire une création de CES dès la fin de l’année, parce qu’un poste CES ça coûte pas très cher, ça peut être moins de 100 Euros par mois. Avec les sous qui sont restés, avec les sous perso qu’on avait mis dans l’asso, ça a permis à certaines personnes de dire : tiens, j’aimerais bien sortir ça ou ça. Ce qui fait qu’il y a eu d’autres groupes amis qui sont sortis sur le label, comme les Disruptive qui étaient de Vannes et les TV Men de Saint Brieuc. Et puis l’organisation de concerts n’a pas vraiment rapporté d’argent tout de suite, puisque aussi bien à Cleunay en 96 où il y avait 500 personnes qu’à la salle de la Cité l’année suivante avec plus de 900 personnes, ça n’a ramené qu’assez peu d’argent. Après, très très vite ça s’est élargi, il y a eu encore plus de groupes à sortir sur le label. Moi, je suis resté dessus à temps plein tout en étant bénévole pendant 2 ou 3 années. Ça a permis à des gens qui n’avaient pas de revenu du tout, qui avaient entre 20 et 25 ans comme Pec ou Rico des Mass, Pec étant le chauffeur, de se prendre un CES, ça leur a permis d’avoir à bouffer tout simplement. Ça a aussi permis à d’autres gens qui étaient au RMI depuis longtemps, comme Marco, d’avoir un poste CES. Et puis après, en 98, on s’est aperçus qu’il y avait moyen d’avoir un peu le jackpot des Emplois jeunes, qui étaient quand même pratiquement pris en charge à 100 % pendant 5 ans avec un peu de travail administratif. Il fallait faire un dossier, mais par rapport à ce qui a été demandé dans les années qui ont suivi, c’était à l’époque d’une simplicité assez enfantine. Donc ça nous a permis en réfléchissant un peu avec Fabian  de se dire qu’étant tous les deux depuis longtemps au chômage, on avait droit à ça même si on avait un peu plus de 25 ans.

 

 

 

 

On a donc monté les dossiers assez vite et ça nous permis de nous stabiliser sur un emploi à temps plein, et d’avoir une bonne dose de travail gratuit pour l’asso, puisque c’est des postes qui étaient pris en charge vachement : 80 % l’état, 10 % ville, 10 % la région. Et puis on en a profité bien sûr pour aider d’autres copains ailleurs à faire ça, dans d’autres régions, ou bien dans d’autres assos de la région, leur montrer qu’on pouvait s’y mettre même si t’étais dans un style de musique qui ne rapportait pas forcément beaucoup d’argent. Tu pouvais quand même essayer de créer ton job comme ça parce qu’on avait la chance en France d’avoir un budget pour la culture quand même assez important. Voilà comment ça a évolué, et puis après au niveau des groupes, il faudrait que tu regardes la discographie du label.

 

NoWay : Il y a combien de groupes ?

 

Vincent : Ben c’est assez impressionnant, puisque rien que les 4 compiles Breizh Disorder ça fait 120 groupes. Actuellement sur le label, des groupes qui tournent et dont on sort les disques, il y en a à peu près 25. Il y en a qui tournent peu, d’autres pas mal ; il y en a qui vendent peu de disques, d’autres un peu plus, tu vois. Le pressage des albums c’est entre 1000 et 4 à 5000 copies, ça dépend. Le plus gros groupe ce serait Inner Terrestrial, qui est un groupe qui fait du Punk Reggae de Londres, qui arrive à jouer sur des festivals comme Malestroit, le Pont du Rock ou bien Les Vaches au Galop à côté de Fougères. C’est un peu la tête d’affiche, donc on va sortir pour eux un DVD d’ici un mois ou deux, notre 1er DVD. Sinon on a encore 4 ou 5 albums à sortir d’ici la fin de l’année. Il y a la compile de Mass Prod, c’est un CD qu’on va essayer de sortir pour la 1ère fois. On va avoir 30 groupes sur un CD pour un prix modique, ce qui va permettre aussi de faire connaître tous ces groupes auprès de pas mal de radios et de fanzines en France (vu qu’on reçoit à peu près tous les jours des demandes de promos de petits fanzines, de petites émissions de radio à l’autre bout du pays mais qu’il est difficile pour nous d’envoyer 10 ou 15 CD album). Là comme ça, ils auront un morceau de chaque groupe, et s’ils veulent creuser un groupe particulièrement, ils pourront toujours s’acheter l’album ou nous demander une documentation plus précise.

 

S’ensuit une présentation des divers groupes du label, comme les Nevrotic Explosion, qu’ils suivent depuis le 1er 45 tours il y a 5 ans, et dont le disque va bientôt sortir en vinyle, les Drug Dealers avec 2 anciens des Mass Murderers dedans. Leur disque qui existe en CD va aussi sortir en 33 tours.

Les albums en projet : Burn At All de Fougères, Doberman de Caen, Wanted de Concarneau, Happy Kolo de la banlieue parisienne, Sans raison, pareil, du 78, Korrigang de Lannion (Punk celtique, assez particulier, avec un violon).

Présentation d’autres groupes du catalogue, comme Bone House (groupe allemand).Vincent nous explique que c’est un des rares groupes qu’ils vont produire sans les connaître, la plupart étant le fruit de rencontres, comme avec les Varruckers, formés au début des années 80, venus en France en 1997 pour la 1ère fois et dont ils ont sorti le dernier album en vinyle, en collaboration.

On est quand même un petit budget : on sort entre 5 et 10 albums par an. Donc on fait de la collabo à fond. Comme ça, au lieu de sortir 5 albums, des fois on en sort 10 dans l’année. Nous on n’a payé que la moitié des brouzouffes, et puis voilà !

Retour au catalogue avec Slaanesh, groupe local, délire de Gaétan des Mass Murderers qui peut enfin y exercer sa grosse voix, avec une pochette assez métal, et un nom tiré du nom d’un démon dans le jeu de rôle Warhammer, voire d’une divinité asiatique liée au Chaos.


NoWay : Sinon globalement, quel est le panel de genres représentés maintenant sur le label ?

Glavio : Après quelques années de côtoiement du Hip Hop et de Jungle Ragga, est-ce que vous avez enfin des noirs à chanter sur votre label ?

Vincent : Ben non, c’est même pas ça, on a eu un noir à la base dès le début du label : le bassiste de Kurp Side. C’est le seul groupe américain qui soit sorti sur le label Mass Prod, c’était vers 97. Mais pour revenir au Hip Hop et au Reggae, c’est vrai qu’on en a mis un ou deux morceaux sur la compilation Breizh Disorder volume 3. Autant les volumes 1 et 2 étaient vraiment dédiés au Punk et au Hardcore, autant sur le 3 on s’est dits : on va s’lâcher un peu, on va mettre les copains de Rennes qu’on connaît bien, comme le Call Jah Crew qui fait du Ragga et aussi Bébert le rappeur de Big Brother, il y avait Lena Rayana qui faisait un mélange de fusion, tout ça. Bon et puis on est contents de l’avoir réalisé. Maintenant pour le volume 4, on a reçu tellement de démos intéressantes en Punk, Hardcore, dans le Reggae Punk  qu’on a même zappé un peu les sons un peu ska, plein d’artistes Reggae Ragga de Bretagne qui étaient prêts pour être sur le volume 4. Le côté Dub, Reggae, c’est pas la priorité du label. Y a Inner Terrestrial, et le fait d’avoir des artistes noirs, ben ça nous soucie pas non plus. L’important, c’est que s’il y a des noirs qui se pointent dans les concerts, ils se sentent à l’aise, c’est ça l’important pour moi.

Sinon, au niveau des limites au niveau du style, au tout début du label, en 96, il y avait beaucoup d’écart entre les Mass Murderers qui étaient un peu Punk Hardcore, le rock limite psychédélique garage mods des TV Men, qui étaient des gens plus posés, et puis l’extrême Hardcore de Disruptive Element, qui étaient déjà limite en Grindcore, c’était vraiment des trucs à l’arrache. Donc je pense que le label déjà à la base était assez ouvert. Maintenant, c’est vrai qu’on s’est élargis puisqu’on pourrait encore fixer d’autres diagonales : Inner Terrestrial avec le Ska Reggae Punk, puisqu’on a tous été super fans de groupes comme les Sticky Toy Fingers, Clash ou Ruts, donc c’est un bon mix de tous ces groupes-là. Comme autre nouvelle influence, il y a aussi le Punk français parce que c’est vrai que dans les Mass Murderers y avait assez peu de morceaux en français, les TV Men, Disruptive chantaient pas trop en français. Les Melmor l’ont fait mais ils ont jamais été jusqu’à l’album.

 

On a en fait attendu assez longtemps avant de sortir un album chanté en français. Le premier, c’était l’album des Stéroïn, fin 2001. On a donc attendu 5 ans, et depuis on s’est rattrapés puisque les Happy Kolo chantent en français, Nevrotic chante un peu en français, mais on a aussi des groupes comme les Apaches, qui est une collaboration. Sinon on a du Punk Rock anglais, on en a pas mal, on a Inner Terrestrial, mais on a aussi In The Shit qui sont du Pays de Galles, on a les Sensa Huma, les Varuckers et aussi, et pas des moindres, les Sick On The Bus, qui est un groupe magnifique. Bon et puis des groupes de la région, les Sleazy Joke, les Craft, les TV Men… On a travaillé avec eux depuis le début, et puis là ils sortent enfin un album sur un autre label, Action Records, qui est situé à Nancy, et qui a fait un bon boulot. C’est style rock et ça a bien évolué. Ils ont quand même fait 3 albums en 10 ans… C’est le seul groupe des débuts du label qui existe encore en fait. C’est ça aussi qui est remarquable.

Glavio : Sinon, est-ce que les groupes fonctionnent avec des organismes du genre de la SACEM, est-ce que les morceaux sont copyrightés, est-ce que vous avez accès à des droits sur les gens qui tournent ?

Vincent : Et ben non, en tant qu’asso on n’a accès à aucun droit. Par rapport à la SACEM, c’est au choix de chaque musicien de s’inscrire ou pas, nous là-dessus on n’intervient pas. Moi, ce que je conseille parfois à des musiciens c’est de ne pas s’inscrire parce que je leur explique que s’ils sortent leur album et qu’ils veulent le faire promotionner par un truc comme Puko, le magazine Punk qui est tiré à 20 000 exemplaires, que beaucoup de gens achètent parce que pour 5 € t’as un magazine de 100 pages et un CD 30 titres. Et par exemple, si tu prends le cas des Wanted, on va proposer à Puko de mettre un morceau sur le Sampler, ils vont nous dire oui. Mais s’ils s’aperçoivent que Wanted est inscrit à la SACEM et qu’ils doivent sortir 200 ou 300 € pour se payer le morceau des Wanted sur le Sampler ça risque de les refroidir. Donc par rapport à ça, le fait que les musiciens soient inscrits à la SACEM ça peut être une barrière. C’est le seul exemple. Sinon le fait que les musiciens aient envie à un moment donné de dépenser 100 € pour s’inscrire à la SACEM. Nous, ça va intervenir au moment du pressage, c'est-à-dire que si on fait 1000 CD, en principe le groupe a payé son studio, nous on a juste à faire le chèque à l’usine pour fabriquer le CD, c’est entre 1500-2500 € suivant que c’est un livret traditionnel ou un beau digipack. Si par contre le groupe est inscrit à la SACEM, c’est à nous de sortir 600 € de plus. Donc au lieu de filer 200 CD au groupe sur 1000 sortis, parce qu’en général on fonctionne comme ça, on leur en file moins : 100 CD au lieu de 200. Parce que quand tu es inscrit à la SACEM, au moment de la sortie de l’album elle empoche des sous qu’elle redistribue aux musiciens qui sont inscrits chez elle 6 mois, 1 an après. Pour certains musiciens c’est intéressant, pour d’autres petits groupes qui ne sortent que 1000 CD… moins ! C’est pas spécialement utile de s’inscrire à la SACEM, puisqu’au niveau des sous, ils perdent 100 CD qu’ils auraient pu vendre aux concerts, ce qui fait 1000 €, hors outre les 6 mois à attendre, ils vont pas récupérer 1000 € de la SACEM, tu vois, ils vont récupérer que 500 €. Les 1000 € qu’ils auront vendus au concert ils peuvent se les mettre dans la poche aussi. Rien ne les empêche de les prendre, puisque c’est pour eux à la base. La plupart du temps, c’est eux qui paient le studio de leur poche, ou avec les sous qu’ils ont ramassés sur les concerts. On n’est pas sur des budgets phénoménaux… La SACEM, en termes de pressage, voilà comment je gère le truc. Si les groupes sont inscrits, on leur dit : t’as un peu moins de CD pour toi. La plupart du temps les groupes ne sont pas inscrits, donc c’est tout simple. C’est comme pour tout label : tu sais que tu vas avoir un dossier SACEM à remplir, c’est pas du tout contraignant, ça prend un petit quart d’heure une fois que tu as la liste des morceaux, le nom  des musiciens qui interviennent, et puis le titre de l’album. Voilà, tu envoies à la SACEM, tu leur dis : on va sortir 1000 CD. Et puis quelques jours après, tu reçois une réponse qui te dit :

 

les musiciens n’étant pas inscrits, vous avez 0 à payer. C’est ce qu’on appelle P.A.I., propriétaire actuellement inconnu. Ça veut dire que les musiciens bien sûr ne vont pas recevoir d’argent de la SACEM, c’est à nous de leur en donner. Là où c’est un peu plus contraignant, c’est quand tu fais une compile comme la Breizh Disorder où t’as 30 groupes, et il faut qu’à chaque groupe tu expliques le système parce que la plupart du temps c’est des jeunes groupes qui sont au stade de la 1ère démo, qu’ont jamais eu affaire à la SACEM, et quand tu leur prononces le mot SACEM, pour eux c’est comme s’il allait falloir qu’ils s’inscrivent impérativement, alors que c’est juste expliquer que non : tu donnes les noms du groupe à la SACEM, et s’ils le désirent ils ne donnent qu’un nom. Ils n’ont pas besoin de plus. De ce côté-là ce n’est pas policier ! Mais la SACEM  en fait, c’est plus  ce qui concerne les concerts, où t’es censé leur dire. Quand t’es dans un squat ou que tu fais ça occasionnellement, tu peux peut-être y échapper, mais quand t’es une asso avec une adresse,  des subventions et tout ça, c’est pas dans ton intérêt, donc il vaut mieux connaître bien leur système pour éviter de leur donner des sous que tu leur dois pas. Sur certains concerts, si tu ne connais pas bien leur système et ne fais pas bien les papiers, ils vont te taxer de 8 % hors taxe les entrées, alors qu’en fait, tu t’aperçois que, sur 8 groupes qui ont joué,par exemple à la Cité, il n’ y en avait que 2 inscrits à la SACEM, Toxic TV et GBH, et tu te dis que t’as donné beaucoup d’argent alors qu’il n’y a qu’un quart des groupes d’ inscrits. Et si tu lis bien leur petit tableau, tu t’aperçois qu’effectivement, si tu n’avais que 25 % du répertoire de la soirée inscrit, tu n’aurais dû payer que 3 % des recettes, soit 3000 F sur ce coup-là, tu vois. Donc maintenant on fait attention à ça, et n’importe quelle asso organisatrice de concerts devrait le faire : tu vas à la SACEM avant, tu remplis un papier descriptif avec la date, ton budget prévisionnel et les groupes qui vont jouer, s’ils veulent venir vérifier, ils peuvent ! Après, tu leur déposes un dossier expliquant que tels morceaux ont été joués, par tels groupes, tels musiciens qui ne sont pas inscrits, et ainsi, tu es prêt à te battre à armes égales avec eux. S’ils te demandent 10% des recettes de ta soirée, tu leur diras non parce que les personnes qui se sont produites  n’étaient pas inscrites et que tu n’as pas à te faire taxer comme ça. Sinon, s’ils te prennent 5000 F et qu’il n’y en a que 1500 qui retournent au groupe, les 3500 qui vont rester c’est pour leur poche. J’envisage ça comme ça au niveau de la mécanique de la SACEM. On a décidé de ne pas leur donner plus d’argent mais pour les musiciens qui sont inscrits et qui sont chez Mass Production, y’a pas de souci, ils seront toujours les bienvenus, parce que c’est leur droit de vouloir être protégés. Nous, on a beaucoup de petits groupes et de musiciens qui gagnent très peu d’argent, et si un jour ces gens-là ont la chance de pouvoir devenir professionnels et d’avoir pas mal de sous qui rentrent grâce ça, tant mieux pour eux. S’ils trouvent un meilleur label que nous ou si notre label se développe avec des musiciens inscrits à la SACEM, pourquoi pas ? On est obligés d’y passer, c’est en même temps une protection des musiciens, et ça me soucie beaucoup moins que le droit à l’intermittence, par exemple. Je trouve aussi  que c’est une chance phénoménale en France d’avoir pu avoir des emplois chez Mass Prod pour faire de la musique, aussi bien en CES qu’en CEC ou Emploi Jeune, et d’avoir vu en même temps depuis 10 ans la création de la professionnalisation, au niveau technique et tout ça. C’est magnifique ! Au niveau musical on est dans le pays peut-être au monde où c’est le mieux quoi. Ouais !… Faut quand même se rendre compte de cette chance. Moi j’aurais pu faire ce label dans d’autres pays, bien sûr, mais avoir la chance d’en vivre pendant 5 ou 7 ans, je pense que c’est le seul endroit…

Glavio : On appelle tous les petits labels, comme vous ou les Enragés, des labels indépendants. Qu’est-ce que ça veut dire pour vous, et est-ce que vous vous considérez réellement indépendants ?  

Vincent : Pour nous c’est beaucoup de pouvoir, le label, parce qu’on a toute la liberté de sortir les textes et les groupes qui nous plaisent. Donc on considère ça comme une grande chance. On est indépendants, et en même temps on ne l’est pas. Parce que même si actuellement on a assez de tout pour produire 4 ou 5 albums, qui sont déjà prévus, on est dépendants de tous les musiciens qui nous font confiance depuis 10 ans. Voilà, puis c’est une famille qui s’agrandit mois après mois. On est dépendants de tous les gens qui veulent prêter un peu attention à ce qu’on sort comme musique, des distributeurs, de tous les petits labels. On est comme un petit commerce, très dépendants de notre petit listing de 500 personnes qui commandent des CD tous les ans chez nous, des 10 ou 15 magasins avec qui on travaille, de nos 2 distributeurs Overcome et Sobridis. Et en même temps on est très indépendants, parce qu’on a l’indépendance de dire : tiens, cette après-midi, j’ai eu l’idée de sortir tel disque, puis d’en discuter à 4, les 2 personnes du bureau qui s’intéressent à ça, plus nous. On a justement cette indépendance de dire : tel groupe nous a proposé de sortir son album, et si on a 1500 ou 2000 € pour lui, le mois prochain on le sort. A ce niveau-là on a une totale liberté.  

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Par K.K.
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Mercredi 14 juin 2006

Cette  interview a été réalisée par  PêUR  a l'intention  d'over-blog,  nous la redifusons ici... Pour voir l'originale,  cliquez sur  l'image...


 

Bonjour.

Salut!

Vous vous présentez comme le Klub des Krasheurs. Qui êtes vous? Et qu'est-ce qu'un Krasheur?

C'est une histoire qui a déjà huit ans, les Krasheurs. A l'origine nous avons commencé à polluer les ondes de RCR, la radio des étudiants rennais avec une émission bimensuelle. Nous squattons toujours la fréquence 88.4 FM avec le KrashTest un jeudi sur deux. Il y est surtout question de l'actu musicale... on va dire techno, punk et underground pour faire court... On donne des comptes rendus de concert, on critique des disques, avec rigueur et humour autant que possible. Sur les musiques énergiques, originales et transgressives. Les KrashTests, c'est une prise de risque, par définition! On balance des bolides sonores et des tanks prototypaux contre les murs de la raison et du goût des auditeurs. Les chroniqueurs de KrashTest sont aussi des mixeurs techno originaux et chaque émission se conclue par une série de mixes.

Des mixeurs techno? Plutôt jungle, ambiant, hardcore?

En fait on a un terme à nous : Harsh Koc'h. Ce n'est ni un terme déposé ni une école. difficile à définir... Et à supporter pour certains. Hey, le KrashTest, c'est ça l'idée! On le balance à vitesse du son vers vos oreilles, et on analyse le résultat après impact! D'ailleurs, c'est pour ça, le magazine KrashWar. Pour parler, annoncer, analyser plus en longueur. Et élargir à d'autres arts. Les krasheurs sont des artistes polymorphes. On voulait parler littérature et cinéma, et faire passer le "KrashTest" à nos méfaits littéraires et graphiques. Du coup on a fait un magazine papier. C'est assez chaotique comme organisation, mais y participent les chroniqueurs de KrashTest Glavio-Honk, NoWay-Comte Zéro, IsAAAk, Groin-Groin, El Gusano, Poum, Fitness, Sanssbra, yanniG, j'en oublie et il y en aura d'autres.

Pourquoi avoir créé ce blog?

C'est une initiative perso (moi c'est yanniG). J'ai quitté Rennes pour la Seine Saint Denis en 2003, et en 2005, suite à un coup de fil à NoWay et Glavio, j'apprend la sortie très prochaine d'un magazine dérivé de l'émission, et on me dit que mes histoires courtes y seraient bienvenues. En fait, je me sentais un peu isolé des krasheurs restés à l'ouest et j'avais envie de m'investir plus qu'en envoyant mes récits... Tant qu'à faire, je voulais qu'ils soient lus plus largement aussi! Je venais de découvrir over-blog par mon boulot et celà me paraissait un type de site adapté pour éditer sur internet des articles périodiquement. J'avais de plus envie de connaître l'avis de mes lecteurs éventuels. Les krasheurs étaient pour certains plus partisans d'un site plus "classique", plus contrôlé. Ils n'avaient qu'à se bouger le luc les premiers.

Votre magazine papier est-il un bon complément de votre blog?

Vu que le magazine et l'émission de radio sont venus avant, la question est valable dans l'autre sens. Le magazine papier parait à peu près à chaque saison. On retrouve dans chaque numéro un semblant d'unité thématique, un air du temps. Le magazine est plus spécifiquement rennais et son esthétique est travaillée, et même soignée. Nous joignons à deux numéros papier par an une kompile CD, le KrashWatt, des pépites musicales d'artistes présentés dans les émissions radio. Récemment nous avons choisi d'offrir en téléchargement gratuit l'intégrale des numéros papier en PDF, et l'intégrale des compiles KrashWatt en mp3. On va les streammer, promis! En attendant, les internautes motivés peuvent se fabriquer gratos leur KrashWar en kit! Celà dit c'est un peu plus long et ça demande un peu plus de matos que de l'acquérir à vil prix tout cousu à Rennes, au bar le Chantier, chez Alphagraph ou chez les Peace off!

Est-ce une demande de vos lecteurs ?

De nombreux visiteurs internautes voulaient se le procurer effectivement. Mais quand bien même c'est aussi un choix d'élargir notre diffusion. Et puis c'est plus fun! De toute façon on ne fait pas de marge sur les ventes CD et papier. Internet permet de mettre du son aussi! Je suis fier de ma rubrique "sites à zike". Je choisis un site internet contenant des fichiers mp3 et des images. Je prends deux images. En cliquant sur la première, on lance un mp3, et en cliquant sur la seconde, on va sur le site en question. C'est génial pour faire découvrir des artistes peu connus et des petits labels. C'est pas mal pour annoncer des concerts aussi.

Des annonces de concerts?

Gros avantage du blog. Vu que notre magazine ne sort que quatre ou cinq fois par an, le blog permet de faire du buzz pour des évènements plus ponctuels. Sorties de bouquin, de film, concerts... Maintenant nous annonçons plusieurs concerts par mois sur Rennes ou l'ouest de la France. Le blog a finalement un coté plus instantanné. Nous y remettons à la fois le meilleur du KrashWar papier et des choses plus expérimentales. Plus gonflées aussi. Ce que je mets en ligne ne passe pas par le comité de censure des copains. D'où certains dérapages. Mais après tout, hein, on est des bouffons, on assume!

Pourquoi avoir choisi Over-Blog?

Par le boulot j'ai observé plusieurs plate-formes. Over-blog offrait à mon goût une grande facilité technique pour une bande d'artistes paresseux plus soucieux du contenu que du contenant (notons qu'en plus si on veut creuser, on peut faire des choses intéressantes...), une bonne variété esthétique si nous voulons faire évoluer le désign (nous avons déjà évolué et ce n'est sans doute pas fini), un excellent référencement, et un aspect communautaire sympatique. Nous n'utilisons pas encore toutes les subtilités techniques proposées par la plateforme, qui sont nombreuses. (Meuh non c'est pas de la lèche. Je suis vachement sincère)

Vous êtes nombreux dans l'équipe, comment vous organisez-vous pour gérer le blog comme espace collaboratif ? Y a-t-il une personne dédiée, un relais, à la communication de Krashwar ?

A l'origine ce blog était mon joujou. Tous les articles du magazine papier m'était envoyé par Glavio [Ndlr: ne dit-on pas envoyer un glavio?] qui centralisait la publication papier. Mais il faut reconnaitre qu'il assure un peu plus au niveau de l'esthétique. Alors je lui ai donné un double des clés, le code d'accès, quoi. Nous sommes donc deux à agir sur le blog de l'intérieur. Parfois ensemble d'ailleurs, ça c'est génial, nous pouvons bosser en même temps sur le blog sans interférence! Après il m'arrive de rectifier ses bavures de code. Nous n'utilisons pas les mêmes navigateurs ni tout à fait les même méthodes d'éditions mais ça roule tout de même. Maintenant c'est à peu près moitié-moitié. Je suis plutôt branché sites à zike et je gère le référencement et la comm.

Très au fait des pratiques de la blogosphère, vous utilisez toutes ses astuces pour communiquer (trackbacks, commentaires) comment apprèhendez-vous ces outils ?

Le trackback celà peut être un outil de lien avec des sites amis mais... L'un des auteurs du magazine, Bobby, a écrit une tribune politique assez engagée. J'ai hésité, pas longtemps, puis je l'ai mise. Et j'ai communiqué autour, grace à des trackbacks qui sont à mon avis un des outils redoutables des blogs. C'est devenu un phénomène intéressant au niveau de leur utilisation militante. Par des rétroliens "pièges". Il n'y a d'intérêt à s'attaquer qu'à ce qui offre une bonne résistance. Aussi essayons nous de frapper fort avec les articles "politique? nous?" Précisons que nous ne nous prenons pas au sérieux et que notre objectif (atteint) est surtout de bien rigoler. Les rencontres avec d'autres bloggueurs sont aussi un aspect passionnant des blogs. nous sommes à l'aube du phénomène des "foules intelligentes", décrit par Howard Rheingold.

Dans vos liens, vous faites référence des blogs hébergés par Over-Blog, comment les avez-vous découvert?

Par les forums ob. Je suis addict, j'avoue. Qui se ressemble s'assemble. Le ton et le fonds de bloggueurs comme Systool la gueusif ou Dr Devo de "matière Focale" est exceptionnel. Que d'originalités! Certains krasheurs comme Honk ont créés et alimentent leur blog perso sur over-blog.

Avez-vous déjà pensé à arrêter votre blog?

Mais j'arrête tout le temps! Comme la clope! Et puis je reprends. Tout le temps aussi. De toute façon si moi j'arrête pour de bon, un autre krasheur reprendra le flambeau. On n'a pas fini de vous casser les oreilles!

Par yanniG
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Samedi 28 avril 2007

Interminable Interview : titrecostes.jpg

JEAN-LOUIS COSTES

costescrx.jpg Glavio : Comment est-ce que tu définis le spectacle que tu fais actuellement, 'I love hate' ?

Costes : D'habitude j'suis en groupe et donc c'est plutôt physique vu qu'il y a plusieurs personnes. Mais là j'suis tout seul donc c'est sûrement plus introverti. Même là ça ressemble pas mal à un show comique, de copines qui vont sur scène, un costume noir, sauf que moi j'ai plein d'accessoires et de la musique, tout ça. C'est traité différemment, ça va p't'être plus loin dans la curiosité mais bon, ça fait vraiment penser à un spectacle comique, tu sais (rire étouffé). C'est con à dire mais c'est comme ça que j'le vois, même s'il y a des moments qui sont un peu émouvants. Mais  y a quand même du son qui est vraiment noise, donc c'est un peu différent à cause de cette puissance qu'il y a dans le son des fois ; mais je trouve qu'il y a une trame de sketch comique. Ça veut dire que j'ferais toujours ça, noise, j'suis sur ce délire-là. La fois d'après j'ferai un show avec 40 personnes pour compenser par rapport au truc introverti du mec recroquevillé sur lui-même de ce show-ci.

G : De quoi ça traite cette fois ? Est-ce que c'est toujours cette idée, proche un petit peu du spectacle médiéval dans l'approche ? J'imagine que ça parle d'amour et de haine, si je parle bien l'anglais…

C : Quand tu veux dire un spectacle médiéval tu parles peut-être du Culte de la vierge [son spectacle précédent, NDLR], parce que c'était influencé par les évangélistes, tu sais, ces pasteurs évangélistes qui partent en transe tout ça, donc on était un peu dans une idée comme ça. A la fin il y avait une apparition de la vierge, y'avait tout un truc mystique dans ce spectacle. Là c'est vraiment complètement autre chose, même s'il y a toujours des éléments mystiques qui reviennent souvent, mais ça je sais pas pourquoi : c'est quelque chose dans ma tête qui monte. Là c'est un mec qui attend chez lui un rendez-vous amoureux, la nana ne vient pas, elle téléphone pas, il se prend la tête quand elle vient, il arrive plus à bander, etc, etc, etc… et ça part en live. Enfin après le départ, c'est hyper classique, à part que c'est traité d'une manière marrante parce que la fille est une poupée gonflable, donc tout est bizarre. Mais ensuite il déjante complet, il finit par tuer la fille, ça part en fiction absolue… C'est un looser en fait, voilà c'est moi quoi.

G : Toujours un peu de toi dans tes personnages donc. Tu me parlais du Culte de la vierge  Je sais pas si tu as entendu parler de  cet épisode de South Park, qui est en train de faire scandale actuellement aux Etats-Unis et en Australie, où ils ont mis une espèce de vierge qui a ses règles, et qui est en train d'énerver tous les évangélistes anglo-saxons. En as-tu entendu parler, et éventuellement qu'est-ce que t'en penses, toujours par rapport à cette  histoire de critique sociale, morale, de l'interdit moral qu'il faudrait avoir ou non dans les spectacles ?

eglise.jpg C : J'connais pas le film, moi je regarde rien, j'fais que d'la musique, tu vois. J'connais rien, culturellement j'suis vraiment complètement à côté de la plaque. Mais sinon j'm'en fous ! Il faudrait que je vois le film… Bon, une vierge qui a ses règles… Et alors ?

Si la scène est bien faite, ça me plaît. Tu vois, c'est quelque chose qui me touche, c'est pas question de savoir si c'est scandaleux, j'pense pas que ce soit scandaleux, même pour une catholique. Les catholiques ont assez représenté de trucs ; tu regardes le portail de la cathédrale de Strasbourg, ça devait vraiment coûter des millions à l'époque, commandé par le clergé le plus haut placé tu vois, et c'est les pires scènes de crimes… C'est p't'être un enfer. Ils veulent dire que c'est mal, mais enfin rien n'indique que c'est mal sur la cathédrale. Donc j'veux dire que dans le catholicisme t'as quand même une représentation du mal qui est super puissante, beaucoup plus qu'une vierge qui a ses règles. Y'a des mecs qui se sodomisent avec des barres en fer, c'est des groupes entiers qui torturent d'autres groupes, tu vois ça sans arrêt dans la peinture de l'époque. Maintenant ça s'est calmé mais…. J'ai rien à dire sur ça, ni choquant, ni pas choquant, tout dépend du film. Si c'est bon tu vois, c'est bon, j'm'en fous de la scène.

mortderireweb.jpg G : Toujours un peu dans l'actualité, il y a cette histoire qui a débuté en Suède avec des caricatures de Mahomet, et toutes les réactions qui ont suivi. Pour toi est-ce que ça a un sens, ce genre de truc ?

C : Déjà ça me fait chier de devoir réagir juste parce que les médias ont appuyé sur le bouton. Ça fait quand même des siècles et des siècles qu'il y a des religions iconoclastes. L'Islam a représenté le prophète. Le catholicisme fait…, c'est-à-dire représente le mal. Comme dans un carnaval, s'déguiser en évêque et enculer tout le monde… Y'a des périodes, symboliquement on parle, où on fait quelque chose de mal, mais sur une scène de théâtre ; nous on est comme ça, mais on sait que d'autres cultures le sont moins. Enfin ils ont aussi des formes comme ça, de transe et tout, où les mecs enfreignent des tabous... Au Soudan, ils arrivent dans une cérémonie religieuse super sérieuse, ils commencent à frapper tout le monde en se bousculant, en hurlant, tout ça…

Enfin il y a aussi des aspects perturbateurs dans les cérémonies musulmanes, j'ai déjà vu ça… Mais maintenant dire que, en France , on a une certaine liberté sur les caricatures ou sur l'art et qu'il n'y a qu'eux qui sont comme ça, ben non, j'suis désolé ! En France il suffit de toucher une valeur… Depuis le début du siècle, depuis la séparation de l'église et de l'état, on défonce la religion dans la caricature, catholique uniquement. Déjà on la défonce plus que les autres, donc ils avaient bien un doute que les autres l'admettraient moins. Ça, c'est déjà dans l'air. Et maintenant on sait qu'il y a plein de trucs qu'on peut pas faire en caricature en France, j'veux dire vas-y, mets Chirac dans une position sexuelle bizarre ou sa femme en train de… Je sais pas, même si t'inventes des tas de délires, même sans frankaoui.jpg caricaturer, tu peux avoir un procès tranquille. Il  suffit de taper sur une valeur ou quelque chose qui est interdit par la loi. Y a pleins de lois en France qui interdisent dans la réalité de faire des trucs,  des trucs considérés dégueulasses, en art. D'ailleurs moi, j'ai des procès avec ça, alors  faut pas me dire… Il suffit de taper sur un truc qui est prévu par la loi, interdit, ou qui choque la morale des gens du coin. A ce moment-là, ils vont s'énerver, loi ou pas loi. Tu m'diras que rien ne choque un français… Faut voir ! Si tu cherches vraiment, tu vas toucher un truc, tu vas prendre une balle aussi. Maintenant… Des musulmans qui appliquent très strict l'Islam, tu sais : zéro représentation, et des gens de culture catholique qui eux sont habitués à se cracher dessus... Nous, on est habitués à une critique, dans l'art, très, très, très virulente, on caricature de tout, toutes les valeurs. Ça veut pas dire qu'ensuite tu rentres chez toi, tu piétines tout (rire), toute la baraque tu l'écrabouilles, tu tues tout l'monde. Mais bon, reste que dans l'art on représente des choses super mauvaises, violentes, différentes, de ce qu'on peut tolérer dans la vie. Ça  c'est vrai. Maintenant si on supprimait ça par la pression de groupes qui ne le comprennent pas, peut-être qu'on va supprimer un des facteurs de la prospérité ici. Parce que c'est bien par la critique… Regarde en science, t'as un dogme religieux, ou autre, qui dit que la terre est comme ça, le monde est comme ça. Le mec il se pointe : " Non, j'ai fait des recherches, modestement, hum ! Excusez-moi patron mais bon. Monsieur le curé, tu vois, hum, hum !!! Elle tourne autour… " Mais bon j'suis désolé la terre tourne ! Tu vois ce que j'veux dire, toutes sortes de choses qui remettent en cause des dogmes, qu'ils soient religieux ou autres, c'est comme ça qu'on progresse ici, en n'étant pas totalement respectueux de ce qu'ont dit les vieux ou les prophètes. Tu vois c'est clair, on avance ainsi ; ça empêche pas d'être religieux si tu as envie. On avance par des systèmes d'opposition d'une génération à l'autre, de critique, du fait de se cracher dessus. C'est vrai que si on supprime ce système, y'a un groupe qu'arrive ici en France, il comprend pas qu'il va simplement se couper l'herbe sous les pieds. Parce que ça nous fait évoluer le cerveau aussi. On est tout le temps en train de se distancer. HA ! HA ! HA ! (rire zarbi) Est-ce que je suis con ? Est-ce que ma religion est con ? Mon parti politique est con ? Tu vois, ça nous permet d'avancer, de rectifier des choses sclérosées. Peut-être qu'il y a un danger là, mais ce danger il existait déjà en France avant parce qu'il y a beaucoup de lois qui existent depuis longtemps, et la pression morale en France… On ferait mieux, au lieu de critiquer les autres, de voir en nous déjà qu'est-ce qui est intolérant. Parce que ça existe aussi, pour tout le monde, ces problèmes-là. religion.jpg

G : Est-ce qu'actuellement, enfin depuis Le culte de la vierge, ou celui là, I love Hate, tu as de nouveau eu des problèmes ou que de nouveau on t'a cherché des noises pour, justement, tout un système de valeurs auxquelles certaines personnes ne voulaient pas qu'on touche ?

C : Non, franchement, c'était il y a 10 ans… C'est vrai que ça a duré longtemps parce que les procès étaient longs. En fait, ils me reprochaient une représentation caricaturale d'un raciste en 89 (rire étouffé), pour te dire y'a longtemps, longtemps. A l'époque, c'était pris pour anti-raciste parce que c'était trop foutage de gueule, c'était pas possible. A l'époque Jean Dessandra me menaçait pour ça. En 97, justement, par une évolution moraliste, enfin qui n'accepte plus la caricature, qui dit que la caricature, c'est la même chose que ce qu'elle caricature... Si tu caricatures par exemple un nazi on va dire : "Ben oui t'as mis une croix gammée, donc t'en fais l'apologie”… On peut dire qu'on ne comprend pas l'ironie… Peut-être rede.jpg qu'on la comprend, nous, mais y'a des imbéciles qui pourraient croire que c'est vrai…Y'a un mec qui voit une caricature dans un journal, il sait pas que c'est une caricature, il croit qu'il faut faire ce qu'il y a sur la caricature, on en sort plus. Mais  j'crois pas que les gens qui m'attaquaient eux-mêmes croyaient que c'était vrai. Dans leur stratégie générale ils commençaient à attaquer des trucs artistiques. Mais moi franchement, ils ont complètement lâché. J'suis franchement pas du tout emmerdé en ce moment. Faut dire qu'ils se sont habitués à moi, ils ont mieux cadré ce que je fais, tu vois, avec le temps… Ça te choque, une nouvelle forme artistique, tu crois que c'est un mec en train de foutre la merde, mais au bout d'un moment, tu comprends que c'est une forme. Ça s'est forcément académisé, tu vois, même moi, n'importe quoi, avec le temps, tu captes quoi !! "Ouais j'vois son style ", et actuellement ça passe mieux…

G : Tu as déjà écrit trois livres, c'est ça ? Viva la merda, et l'autre j'me rappelle pas le nom, et le tout dernier que t'es en train de sortir là… ?

C : Le nouveau s'appelle  Grand Père. Mais c'est le deuxième roman. Sinon j'avais fait beaucoup de nouvelles. En fait j'avais commencé par faire des textes sur mon site internet, j' m'amusais, mais franchement j'avais aucune ambition avec ça. Après y a d'autres sites internet qui les ont repris, parce qu'ils étaient marrants, et puis des revues comme Camur ou Aphrodite, des revues indépendantes.  Donc ça a marché comme ça, mais sans que j'y pense, moi. Et d'un coup y a Raphaël Sorin, donc un directeur éditorial de Fayard, il tombe sur ça, il fait " whaooo ". Alors qu'en musique j'ai jamais eu un label, même petit, plus de 6 mois, enfin si un split… allez maximum, tu vois l'genre, en 500 exemplaires. Et là le mec, il me dit, alors que c'est l'un des 4 plus gros éditeurs français, considéré comme le plus créatif en ce moment, il me dit carrément : “Si vous m'en faites 250 pages dans ce style-là je les prends ! J'vous publie. Si vous me faites un roman, dans le style de ces nouvelles… Mais nous on voudrait plutôt publier un roman qu'un recueil de nouvelles”. Et voilà. Enfin des nouvelles, c'est des délires sur ma vie tu vois,  des délires comme ça. Et j'ai fait un bouquin de 250 pages. J'me suis inspiré d'la vie de mon grand-père, parce qu'il était…. armenian-resistance.jpg C'était un réfugié arménien… Il m'avait rien raconté d'sa vie, c'était un alcoolo, p't'être un clochard…. Mais bon il ne parlait pas, j'sais même pas s'il savait parler français quand j'étais petit. J'crois. Il avait oublié…. Tu sais... Il buvait grave. Et moi ce que je sais c'est qu'il était cosaque, légionnaire, bagnard, et avait fait du marché noir pendant la guerre. Alors forcément avec 4 mots comme ça, t'as de quoi faire un roman. J'imaginais que j'étais un enfant, le regardant, parce qu'il est vachement voûté, cicatrisé de partout par les guerres, un œil de verre, tu vois le mec… C'est un handicapé de guerre, et puis il a une haine pas possible. J'suis un mec non violent. En regardant ce grand-père dans cet état-là, il reconstitue dans sa tête toute l'histoire depuis 1900, à travers toutes les guerres, les XXXXX qu'il y a eu pour ce genre d'histoires-là, jusque dans les années 50. Donc c'est une vie super aventureuse. Le bouquin c'est Tintin quoi, c'est inimaginable. Tous les 5 ans le mec, il passe sur un autre continent, il est en Asie, il passe en Europe, il va en Afrique, toujours des histoires de guerre, de soldats. Il est bagnard, il va en Amazonie, il s'évade en Amazonie, il fait chercheur d'or… Mais c'est une vie de dingue quoi ! Et après il finit, dans les années 50, devant sa télé à boire et à cloper. C'est ça qui est dingue. Une fois qu'il arrive en France, que ça se calme, il va enfin avoir ses papiers et tout bien et la paix…. Le mec il sombre grave.

Il sombre le pauvre papi de merde, tu vois. Et en fait, l'enfant en imaginant toute la vie de son grand-père, à la fin il se dit : "ouais, c'est vraiment le super héros". J'veux dire, il se rend compte qu'on méprise un vieux comme ça, mais qu'ils voient tout ce qu'ils ont fait, dans quelles conditions, rien que d'y avoir survécu, même s'ils ont tué des centaines de personnes pour survivre, d'accord, quoi qu'ils aient fait, reste que c'est quand même super balaise. Enfin par rapport à ma vie, que je me plains pour une histoire que j'ai mal au ventre, j'crois tout de suite que j'ai un cancer ; enfin tu vois une nana s'barre, j'fais toute une histoire. Les mecs comme ça c'est….. On a l'impression que c'est des titans du début du monde quand t'y penses bien. Donc ça part comme ça. Ca commence, il méprise un grand-père, il fantasme toute son existence, donc ça devient un roman d'aventure…. A la fin, ça part super mystique, parce que d'un coup, il réalise, quand le mec meurt, combien c'était grandiose en fait. D'un coup il manque de la personne, il voudrait qu'il lui donne un modèle parce qu'actuellement on a un peu peur qu'il y ait une guerre d'une certaine manière. L'impression que tout se déstructure autour de nous. Et le mec il est là : " Ah ouai, mais dans ce monde là, j'aurais bien parlé à un vieux comme ça qui a tué, qui a vu toute sa famille massacrée, pour comprendre comment on va faire, comment ça se passe dans une situation comme ça ‘’. Tu vois, ça part super puissant, enfin voilà (léger rire, très léger)…

G : Tu me dis que tu n 'y connais rien en art, que tu es complètement " acculturé " (rire)… Est-ce qu'il y a des bouquins, justement, qui t'ont marqué, que tu as un peu comme livre de chevet, ou qui te parlent, comme peuvent te parler une musique ou un film ?

C : Les bouquins qui m'ont le plus marqué, c'est quand j'étais petit, les 1ers trucs que j'ai lu, parce que je les lisais 50 fois de suite. Le 1er disque que j'ai écouté ou la 1ère bande dessinée, c'est finalement ça le fondement de ma culture. Après j'vais t'dire : j'ai lu Artaud, tout ça… mais c'est pipo. Le vrai truc c'est des romans d'aventure. Le problème : j'ai pas les noms, parce que j'étais trop petit. J'trouvais des vieux romans d'aventure, j'pense que ça devait être des années 20, 30 ; c'était des vieux livres qu'il y avait chez mes grands-parents, j'sais pas les noms (rire étouffé). Mais genre Cendrars, tout ça, imagine-toi toute cette littérature, Mac Orlan p'têtre , tous ces gens qui ont voyagé….. C'était toujours des histoires : le mec il partait en Afrique, dans des tribus, il lui arrivait des trucs pas possibles, il était explorateur ou alors il était amoureux, c'était en France, et puis c'était un drame social, il était amoureux d'une nana, il était trop pauvre pour l'épouser, et il lui faisait attraper la tuberculose… Ce genre d'histoires super "pathos" tu pleures et tout ça, et y'a des aventures de dingues, y'a des corsaires. Tu vois ce genre de bouquin ? Ça m'a vachement influencé tout ça. Voilà ! Et on a du mal à dire le nom des auteurs finalement.

CampEntree.jpg G: Je me rappelle surtout Salgari, qui était un mec genre portugais, et il a écrit plein de trucs comme Sandokan qui ont été mis en film après, et qui sont des romans d'aventure comme on ne sait plus les écrire à la limite. Justement avec ces mecs, tu imaginais toi-même la scène ; ils étaient très descriptifs, limite cinématiques, par rapport à la littérature.

Sinon… effectivement j'comprends ce que tu me dis, que la littérature qui t'a le plus marquée est celle de ta jeunesse. Mais depuis, est-ce que tu as découvert des trucs qui t'auraient ouvert un peu des portes, à travers la littérature, des trucs plus tardifs ?

C : Y'a un mec, on peut dire, qui fait un lien entre les ambitions qu'on a maintenant et cette littérature d'aventure : c'est Céline. Parce qu'il paraît qu'il a écrit son 1er roman, genre il lisait un roman d'aventure, parce que attends ces romans type Chéribibi, tout ça, se vendaient à deux millions d'exemplaires en France. On peut penser que les gens savaient moins lire que maintenant, c'est pas vrai ? Enfin deux millions d'exemplaires c'était le plus gros tirage ; d'ailleurs c'est Fayard qui sortait ça. A cette époque, ils faisaient des tirages de 2 millions sur des romans d'aventure, de bagnards, de loosers, justement tu sais à moitié tueur, criminel, le mec qui s'en sort pas. Donc il est sympa en même temps parce que con, il loose tout le temps, c'est un gros perdant. Non mais c'est vrai, un mec qui tue moins, qu'est perdant, on lui pardonne plus qu'un mec qui gagne et qu'est un gros salaud. Donc c'était à fond des trucs comme ça, et c'est en lisant  j'sais plus celine.jpg quel roman d'aventure de l'époque que Céline s'est dit : mais moi j'suis capable de faire ça. Voilà. Il se met à écrire Voyage au bout de la nuit, j'pense. Mais c'est un mec, il nous intéresse, il nous fascine, d'ailleurs c'est p't'être le seul auteur d'aventure, parce qu'en fait on m'a lu récemment des passages de Céline… C'est clair que c'est trash (rire) et en plus y'a un humour ! Bon il est vachement dramatisé à cause de tous les problèmes, qu'il était antisémite, tout ça, tu vois ça a beaucoup dramatisé son œuvre ; enfin on voit le côté monstrueux. Mais on m'a lu des passages de Mort à crédit, parce que le bouquin que j'ai fait  est super violent, et en même temps tu te marres grave, c'est con à dire, en pleine violence, parce qu'il y a des délires tellement dingues que c'est plus possible. Et dans Céline t'as ça. Elle me dit : Regarde cette scène, on dirait, ton délire, très comique. Ils sont sur un bateau, ça fouille, super bourge, les mecs sont très… enfin bien tenus. D'un coup tout le monde a le mal de mer, ils se vomissent dessus, ça devient scato quoi ! Ils sont dans les chiottes, tout le monde se pisse, se chie dessus, tous les bourgeois (rires de Glavio), il décrit ça pendant des pages. J'te jure il se vautre dedans avec eux, les spaghettis, 1jey-4w.jpg les frites, tous les trucs dégueulasses. C'est vraiment hyper dégueulasse, et en même temps c'est marrant tu vois. T'as le pire qu'est là : " Ah les enfants, vous avez pas le pied marin ! " (rire), et qui glisse dans le truc et qui s'casse… Enfin tu vois ça fait un côté Charlot en même temps.

Y'a un côté comme ça dans Céline qu'on a un peu ignoré, et si on relit mais c'est n'importe quoi : le mec qui s'lâche grave. Donc là, comme ça, tu peux faire un lien, si tu veux, entre des choses qui continuent à nous fasciner. C'est vrai qu'on a beaucoup oublié le roman d'aventure de cette époque-là. J'sais même pas si c'est encore tiré, et pourtant ça fascine trop grave ce genre de livres. C'est pas des aventures dans des pays étrangers, des milieux sociaux qu'on connaît pas, dans la pègre ou tu vois ce que j'veux dire. Y'a le roman policier qui a remplacé p't'être maintenant et tous les trucs de science fiction. Mais c'est aussi les films. Quand tu dis " film ", ça me frappe. Quand j'écris un truc je  vois un film, sinon c'est pas la peine. Donc faut qu'la lecture soit rapide ; tu vois c'est super rapide, super simple, et je vois les images, moi. Ça me fait triper. Tu vois les images, les images, les images…. Tu rentres dedans comme dans un film, J'essaie de faire un truc comme ça ; mais ça l'fait j'pense, parce que ça m'le fait, à moi et à d'autres.

G : A une époque tu faisais circuler pas mal de vidéos, peut-être que tu le fais encore, et quand tu parles de film, est-ce que tu l'as déjà envisagé, ou y a-t-il déjà des gens qui t'ont parlé de faire un film ? Est-ce que c'est quelque  chose qui t'intéresse ? As-tu déjà quelque chose derrière la tête a ce sujet ?

costes1.jpg C : A quel sujet ?

G : Faire un film !

C : Avec ce livre ?

G : Non, pas avec ce livre particulièrement… Faire un film, directement… vu que tu as l'air un peu touche-à-tout, et que plus tu avances, plus tu as mis des trucs dans ton panier. Est-ce que tu as déjà envisagé un scénario de film avec l'intérêt que ça peut avoir de se mettre à faire des courts ou des longs métrages.

C : En fait ça fait longtemps….. Enfin comme j'fais du spectacle très visuel j'avais acheté une caméra à la base dans les années 90, quand on pouvait commencer à acheter d'la vidéo pas trop cher, pour filmer mes spectacles en fait. Et de là, avec mes amis, les gens qui gravitent autour de mes shows, tout ça, on fait des films en fait, sans arrêt. J'ai fait 20 ou 30 courts métrages, et j'ai dû faire 6 ou 7 longs métrages.  Enfin est-ce qu'un film de 50 min est un long métrage ? Je sais pas. Des films qui font entre 1 H et 1H et demi, j'en ai fait au moins 6-7. Mais c'est vachement de travail. C'est vachement intéressant aussi.

En fait faut dire que j'ai un peu tendance à faire trop de trucs, j'fais de la musique, de la musique, j'suis passé au spectacle, vraiment un opéra dans ma tête. De là, j'suis passé au film et à l'écriture. Donc c'est les 4 trucs que j'fais, mais c'est dur de gérer tout en même temps. C'est vrai que j'aimerais faire un film, mais ça suppose une pause dans la musique, clairement. Bien que faire la musique du film soit intéressant aussi. Mais c'est tellement long de faire un long métrage ; moi il me faut franchement 6 mois quoi. Tu vois Costes-papillon.jpg pour le monter, tout ça ensuite, si j'mets le paquet. Mais avec le matos qu'il y a maintenant, en ordinateur, en caméra, n'importe quel amateur peut faire un super film, j'te jure un truc vraiment qui cartonne ! Si tu choisis pas des scènes trop complexes. Evidemment j'te dis pas 12 000 men qui se rentrent dedans, des hélicoptères… Mais bon si tu choisis un scénario que t'es capable de faire, tu as les moyens, tu fais gaffe à tes décors et tout, tu peux faire un truc mais top, top niveau. Par contre le roman que j'ai fait, évidemment, j'le verrais vachement bien en film aussi. Parce que pour moi ça se déroule comme un film. Donc tu vois à partir d'un texte j'peux aussi imaginer faire le film. C'est une façon de faire aussi. D'ailleurs Viva la merda, le 1er roman que j'avais fait, j'pensais que c'était un scénario de film à la base. Et c'est quand j'suis rentré dans ce scénario-là, j'me suis tellement pris la tête que ça a fini en roman. J'ai développé vachement plus les scènes. Plus j'rentrais dedans plus les chapitres devenaient longs, plus j'me disais : " Merde c'est un roman ça ! ", plus les personnages étaient développés psychologiquement tu vois. Mais pour moi entre le scénario de film et le roman il n'y a pas loin. Y'a une différence parce que tu rentres plus dans la tête des personnages à l'intérieur du texte, alors que, un scénario, généralement, ça sert juste à représenter ce qui se passe vu de l'extérieur. Dans le roman moi j'rentre vraiment à l'intérieur de la tête du mec tu vois, je suis carrément à l'intérieur du héros. Avec le roman t'es plus profond dans l'histoire il me semble.

G : Dans la  continuité de cette histoire, on a parlé un petit peu de la littérature qui t'a marqué…. Est-ce qu'il y a des films qui t'ont marqué, ou des acteurs éventuellement que tu considères comme des bêtes, ou je ne sais quoi ? C'est quoi les films qui t'intéressent et quelles sont les histoires qui te marquent ?

aguirre.jpg C : Si je devais dire un film qui me marque direct, non mais un et ça suffit quoi, c'est  Aguirre ou la colère de Dieu,  de Herzog.

Parce que déjà, t'as tout… Moi j'adore les mecs quand ils surjouent, qu'ils sont super intenses, qu'ils essayent… J'ai une tendance dans ce type d'acteurs-là, qui sont pas du tout comme les acteurs modernes, en fait, plutôt acteurs XIXème. C'est genre " OUAIS !!! ", quand il s'énerve, il hurle, quand il pleure, il pinaille comme un malade… Tu vois  ce que je veux dire, il se roule par terre et tout, ils y vont à fond. J'adore ce type d'acteurs. J'aime beaucoup le trip expressionniste allemand, enfin j'appelle ça comme ça, tu sais cette profondeur qu'il y a dans les films allemands, Fassbinder et tout ça. Donc j'ai retrouvé ça dans Herzog. Et y'a le truc que j'te dis, roman d'aventure à fond, ils descendent l'Amazone et tout. Tant qu'ils le descendent c'est complètement des dingues ! Parce qu'ils descendent l'Amazone pour rien, c'est ça qui me touche moi. C'est-à-dire faire des voyages sans jamais arriver nulle part finalement. Toujours dans la merde au fond de la jungle. Ça m'est arrivé… Je fais quelque chose, je l'fais à fond, et si j'vais dans la jungle il faut que je me perde. Parce que je cherche toujours à aller plus loin, plus loin, là où y'a pas de sentier... J'ai un comportement mental comme ça. Comme ce type d'aventurier qui ne conquiert  rien finalement.

aguirre2gg.jpg Mais c'est une quête permanente. C'est comme le chevalier qui ne trouve jamais le Graal, ça, ça me touche à fond. Et  Aguirre  c'est ça putain, ils deviennent tous dingues et lui il s'accroche, mais il sait pas où il va. Y'a tout, il y a le film d'aventure, le mec intense qui se détruit, mais dans sa destruction trouve une beauté... Même s'il est complètement mort, il est vraiment beau, tu vois, il est tout cassé. Et il y a cette espèce de mysticisme finalement. Á la fin, tu vois le mec sur un radeau qui se retourne avec des canots et t'as l'impression que maintenant t'es parti dans un autre monde, alors qu'en fait t'es tout en bas comme un clochard que tu verrais crever, et si tu sais bien le filmer, le clochard crevé, tu vois le Christ. Tu vois c'est ça en fait, cet espèce de contraste qu'il y a entre le truc le plus trash, c'est tout le catholicisme de toute façon, le truc le plus trash mais vraiment le plus dégueulasse, écrabouillé sur une croix, c'est tout pourri, et vraiment c'est là que tu trouves une beauté, même un réconfort à contempler un cadavre tu vois. Et y'a vraiment ça dans ce film-là. Donc un exemple vraiment, ça me suffit.

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G : Tu parles visiblement de plus en plus de mystique. Tu te places où comme ça par rapport à la croyance ? Est-ce que tu crois ? En quoi  ? Si tu le sais, si tu peux le dire ?

C : J'ai été éduqué dans des écoles catholiques. Mes parents n'étaient pas des pratiquants, c'est juste parce qu'ils pensaient que c'était le niveau qu'était bon. Mais de ça, j'ai eu un contact avec des messes, tous ces trucs-là, puisqu'il y en avait tous les jours dans ces collèges, c'est vraiment les collèges internats dont je parle. Donc je connais ça, mais il y a longtemps, et j'me suis pas du tout intéressé à ça jusqu'il y a 2-3 ans. Une fois dans un spectacle, j'étais bourré, j'suis sorti dehors à poil. J'étais super bourré tu sais, j'suis sorti dans l'état où j'étais du show quoi, tout bizarre, d'la sauce tomate partout, à poil… Et il gelait, pourtant dehors, mais je ne sentais rien. Et c'était au milieu d'un échangeur routier, la salle, et j'vois au milieu de l'échangeur une sorte de p'tite forêt. J'traverse la bretelle d'autoroute et j'vais voir  cette espèce de petite île. Je m'aperçois que c'est une vieille chapelle avec un christ au dessus.

Et en fait, il s'est avéré que c'était une fontaine magique, du Moyen Age tu sais, où on a mis des croix après, mais les gens se trempaient dedans. C'est une source miraculeuse en fait. Y'a des trucs accrochés, des gens encore y mettent des chaussettes. Il faut que tu mettes quelque chose de toi-même dans la source, et tu as une guérison. Mais c'est pour certaines maladies. Juste j'ai compris que c'était une source magique, ça se voyait, avec plein d'objets accrochés et tout aux grilles. C'est un truc très vieux mais quand ils ont fait l'échangeur ils n'ont pas osé y toucher tu vois. Mais moi, enfin c'est très con, j'suis descendu dans l'eau qui était complètement gelée, y' avait de la glace, j'sentais rien du tout, j'étais complètement costes.jpg défoncé. J'ai pissé, enfin c'est bizarre, et à partir de là j'suis parti dans un truc à m'intéresser vachement au côté victime qui est mis en valeur dans le catholicisme ; ça m'a vachement touché ça… Enfin on peut dire tout ce qu'on veut sur l'arrogance de l'église à une époque, donc je ne sais pas. Mais c'est ce truc-là, que les mecs, aussi riches qu'ils soient, aient accrochés sur eux le symbole d'un supplice, d'un mec que personne ne considère bien. Le plus pourri des pourris mecs, tout le monde crache dessus, y'a quelque chose qui m'a touché là-dedans. Mais c'est tout, d'accord ! Et récemment, j'ai commencé à aller dans les églises, et là j'crois en rien moi, en fait. C'est pas la croyance qui me plait dans la religion, c'est le rituel. J'adore vraiment. J'te parle quand c'est bon, quand il y a une super musique. En ce moment je m'intéresse vachement à ça : des beaux costumes, le rituel est impeccable. Que ce soit des évangélistes pour la transe par exemple. J'ai vu des trucs haïtiens, donc c'est totalement autre chose que les catholiques. Les catholiques  c'est super introverti, faut que ce soit vachement bien fait le truc avec les catholiques tu vois. Parfait dans le geste : le mec il est assis dans son truc ; il rigole, c'est terminé. Non, il faut que ce soit parfait, parfait. Bon ça c'est un trip. C'est passif, moi ça me calme vachement le cerveau. Ou alors, j'aime bien le truc transe : le mec il se lâche, ça part en gros bordel, les mecs de la salle qui tombent par terre en hurlant, tu vois. J'aime bien ces 2 aspects de la religion, et maintenant j'me dis : " Mais pourquoi j'étais contre en fait ? " J'capte pas! (rire). J'veux dire, qu'on m'explique pourquoi ; et voir un truc trop bizarre devilsclub.jpg avec des sacrifices, finalement. Mais c'est vrai quoi ! Quand t'y penses, si t'enlèves le discours moral et si tu regardes le truc, t'as une occasion de voir ce que faisaient les gaulois tout simplement ! Et les romains. Parce que dedans t'as tous les anciens rituels qui sont là… T'as pas besoin de chercher dans un bouquin de sorcellerie à deux balles,  c'est la même par tradition de familles en familles. Tu vois c'est tel que, pratiquement rien n'a changé dans le noyau du truc, même mal fait, depuis des milliers et des milliers d'années. Donc tu vois d'un coup ça a commencé à m'intéresser, parce que j'fais des spectacles je pense. Le côté rituel, tu sais, le côté mise en scène aussi. J'm'intéresse à ça ; j'te dis pas que j'y vais tous les jours, mais j'pourrais, le matin, me faire une petite messe pour me faire 40 minutes de tranquillité, parce que la nuit j'fais des cauchemars et là au moins j'pense à rien et j'dors pas, tu vois. J'fais rien, si tu veux, et ça fait du bien de temps en temps.

G : Juste pour finir rapidement, une question très simple, à laquelle théoriquement tu devrais répondre rapidement. C'est donc la question de l'infernal Karkowski, qui est : " tu préfères le rouge ou le vert " ?

Karkowski.jpg C : C'est quoi Karkowski ?

G : C'est un musicien.

C : Ah il faut aimer… C'est un test qu'il fait. Mais moi, à priori, j'aime pas le vert. D'ailleurs je saurais pas te dire pourquoi. J'aime pas l'vert. Mais attends, j'ai pas de goût sur les couleurs, j'veux dire en couleur j'mets n'importe quoi. Tu regardes la pochette du disque, c'est du vert, mais bon. Non, c'est pas que j'aime pas l'vert, mais le sens de la couleur, tu vois, le rouge me paraît plus optimiste, le vert plus inquiétant. Pourtant tu me diras qu'il y a le vert des feuilles d'arbres (rires) Merde ! Bon y'a vert et vert, mais vert sur une pochette de disque, vert dans une lumière de light show, me paraît plus maladif. Peau verte peut être, des choses comme ça. Bon c'est mon idée ; le rouge plus optimiste mais violent. archugo.jpg

G : Merci Jean-Louis …. J'espère que ça va bien se passer pour toi, et à une prochaine !

C : Merci !

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Retrouvez la bio de Costes, la disco et une critique de Grand Pêre :

Costes, briseur de tabous :  http://www.krashwar.org/article-10224904.html
Voyage au bout de la haine : Grand Pêre : http://www.krashwar.org/article-10228480.html

 

Par Klub des Krasheurs
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