http://icasualties.org (notez l’absence de wéwéwé. Inutiles et nuisibles ici)
We don’t lie, we use statistics (Un corporate cyberpunk)
C’est un site en anglais, et il n’y a même pas d’images. Un temps, ils mettaient la photo du rapatriement des cercueils drapés dans la bannière étoilée, leur-a-t-on interdit ? Les gestionnaires de ce site continuent avec opiniâtreté de faire un travail de journalisme exemplaire. Leurs tableaux référencent chaque incident causant dommages aux forces de la coalition internationale agissant en Irak et en Afghanistan. Leur source principale est le Départment Of Defense américain, mais dès que deux sources objectives ou très contradictoires (Al Manar et Fox news, par exemple) donnent la même information, ils la valident. Et ça, pour moi, c’est du journalisme web réglo. Ils mettent le lien vers leurs sources pour chaque article, mais ne se livrent à aucune analyse. Par contre, autant que possible, ils indiquent l’origine nationale, ethnique, de chaque victime, comment il est mort, et souvent comment il vécut.
Ce site est un roman. On a dit qu’il y avait deux types de romans : les odyssées et les iliades : les voyages et les conflits. Et les odyssées, les plus grands voyages ne sont jamais que des retours de guerre. Pensez à Ulysse d’Ithaque, à John Rambo. Les articles donnés en liens sont souvent ces retours de tragédies antiques. Ces permissionnaires qui désertent avant le « return to duty ». Ces blessés graves qui ont survécu après avoir perdu un, deux, trois membres, défigurés en sus, par milliers, à qui on greffe des membres mécaniques avant de les réinjecter dans l’Amérique de G.W. Bush, la première génération des cyborgs, pléthoriques. Car jamais auparavant un conflit n’avait à ce point connu l’acharnement thérapeutique. Les nombre de morts est faible, mais les infirmes…
Ces cocus, et ceux-là, ils sont des milliers, qui ne savent maintenant que flinguer et qui continuent sur leurs girlfriends infidèles, car l’habitude prise à Nadjaf, on la garde à Minneapolis.
Aucune analyse dans ce site, juste les horreurs de la guerre. Et encore. On parle juste des américains, à la rigueur des soldats et officiels irakiens, pour décupler les chiffres. Des civils aussi, et là, on centuple, quasiment. Les attaques de pipe-line sont bien référencées, ça c’est important.
L’intérêt de ce site ? Sutout morbide. Les allemands ont un mot pour ça, presque intraduisible : Schadenfreude. Essayons en une phrase : même si j’en ai honte, je ressent un plaisir honteux à connaître les souffrances d’autrui. Ce site froid et plein de chiffres est finalement addictif et ludique : on parie sur combien de marines dépotés aujourd’hui ? Qui gagnera la loterie corporelle ?
Je fais de la pub pour ce site car les chiffres et les évènements qu’il narre sont sous-estimés et méconnus, leur diffusion étant carrément antipatriotique aux USA, va savoir pourquoi.
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