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livres

Samedi 30 juillet 2005 6 30 /07 /2005 00:00

 

 

 

 

 

 

 La sortie voici quelques semaines du film de Clint Eastwood Million Dollar Baby nous permet de découvrir (de façon posthume, malheureusement) un écrivain et homme de boxe dur et lucide, averti des moindres secrets d’un univers d’argent, de violence, mais aussi de style et de volonté, celui de la boxe professionnelle. Cet homme, Jerry Boyd, qui passa près de 40 ans dans le monde de la boxe comme entraîneur et soigneur et prit comme pseudonyme d’écrivain F.X. Toole est l’auteur du recueil La brûlure des cordes, composé de 5 nouvelles (dont Million Dollar Baby) et d’un mini-roman, d’où est tiré le scénario du film vainqueur cette année de la récompense suprême des oscars.

 

 

 

 

Cet auteur strictement inconnu jusqu’à très peu n’eût malheureusement pas la chance de voir une de ses œuvres adaptée (et encensée) sur grand écran, puisqu’il est décédé en 2002 à l’âge de 72 ans peu après la sortie de son unique recueil de nouvelles, intégralement consacré au noble art et à ses coulisses. Ayant vécu de divers petits boulots durant toute sa jeunesse, F.X. Toole émigra ensuite au Mexique pour, poussé par la lecture d’Hemingway (Mort dans l’après-midi, notamment), se passionner pour la corrida et entamer une courte carrière de matador. C’est en revenant aux Etats-Unis qu’il commence, vers la trentaine, à fréquenter les salles de boxe de la côte Ouest et qu’il devient manageur et soigneur de boxeurs, ce qu’il fera pendant quasiment tout le reste de sa vie. Parallèlement, in se lance petit à petit dans l’écriture mais essuie refus sur refus pendant près de 40 ans avant que ne paraisse finalement en 1999 The Monkey Look, sa première nouvelle reconnue, qui sera suivie peu après du recueil La brûlure des cordes, édité depuis peu chez Albin Michel et qu’on trouve aussi depuis la sortie du film sous le nom Million Dollar Baby, le contenu étant exactement identique (étonnant, non ?).

 

 

 

 

Le recueil, d’un style brut et basique en pleine adéquation avec son sujet, se révèle une suite de visions et de découvertes des profondeurs cachées du monde de paillettes et de business qu’est celui de la boxe pro, de ses arnaques et de ses souffrances, le tout vu par un spécialiste du domaine à l’œil lucide, parfois dur mais empreint d’une puissante humanité pour ces êtres qui jouent leur destin en duel sur des rings, entourés de supporters hystériques et de requins, parieurs, bookmakers et organisateurs, pour qui leur vie ne représente rien.

 

 

 

 

Excellent recueil donc, qui frappe au cœur et à la gorge et dont on retiendra surtout la nouvelle assez longue d’où est tiré le film, Million Dollar Baby, histoire déchirante de l’ascension et de la chute d’une jeune boxeuse, et plus encore le mini-roman d’une centaine de pages qui clôt le livre et lui donne son nom, La brûlure des cordes, récit tragique du parcours d’un jeune noir, futur crack de la boxe, stoppé en plein vol par les sordides histoires typiques des ghettos miséreux et plongés dans la drogue et la violence du Los Angeles de la période Rodney King qui laisse le souffle coupé par sa brutalité et la force humaine de ses personnages. Livre recommandé par des auteurs comme Oates, Connelly ou Ellroy que le KrashWar ne peut que vivement conseiller aux aficionados de la boxe, aux curieux et même aux autres. Ils y trouveront leur compte, en attendant, peut-être la sortie d’autres textes de cet auteur qui seraient retrouvés à fin de publication.  

 

 

 

 

Pour ce qui est de l’adaptation cinématographique, l’équipe de nécessiteux du KrashWar n’a pour l’instant pas eu l’occasion de juger sur pièce le film réalisé par Clint Eastwood avec Hilary Swank dans le rôle de la jeune boxeuse et Morgan Freeman et lui-même dans ceux des deux hommes de coin, le soigneur et l’entraîneur, mais de nombreux échos favorables de nos informateurs extérieurs semblent justifier que nous le recommandions, étant majoritairement décrit comme une œuvre sobre, voire classique (au bon sens du terme) et excellemment jouée, notamment par les trois acteurs principaux, qui parle autant de la boxe que de la souffrance, de la volonté et des relations humaines poussées à leurs extrêmes. A noter, même si ce n’est qu’un indicateur, que Million Dollar Baby a été le grand vainqueur 2005 des oscars cette année, devant The Aviator de Martin Scorsese, raflant les prix de meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur 1er rôle féminin pour Hilary Swank et celui de meilleur second rôle masculin pour Morgan Freeman. A priori, c’est donc largement regardable !      

 

 

 

 

 

 

 

 

Books about boxe : dans l’ordre chronologique, nous mentionnerons les deux romans Le jeu du ring (1905) et La vallée de la lune (1913) de l’excellent Jack London, puis quelques nouvelles comme 50000 dollars (1924), Le champion (1925) et le roman Le soleil se lève aussi (1926) d’Ernest Hemingway, grand amateur du noble art. Juste après la guerre, nous sommes obligés de mentionner Plus dure sera la chute (1947) de Budd Schulberg, sur l’emprise mafieuse sur le milieu de la boxe dans les années 40, et qui sera adapté au cinéma, puis Fat city (1967) de Leonard Gardner adapté sur grand écran par John Huston. Ces dernières années, outre l’excellent Million Dollar Baby (2002) dont j’ai parlé plus haut, il faut citer De la boxe (1987), de Joyce Carol Oates, méditation d’une passionnée sur ce sport très particulier. Enfin, la boxe prend une grande part dans certains écrits d’auteurs comme Charles Bukowski (le poète alcoolique) ou James Ellroy (le roi du roman noir américain). Le KrashWar vouant une certaine passion à ces deux écrivains majeurs de l’après-guerre, des articles spécifiques leur seront consacrés et le thème de la boxe ne manquera donc pas de resurgir.

 

 

 

 

 

 

 

 

Boxing movies : voici dans l’ordre chronologique quelques uns des films sur la boxe qui ont marqué l’histoire du cinéma, à commencer par Plus dure sera la chute (The harder they fall en V.O., adaptation de 1956 du livre de Schulberg par Maek Robson avec Humphrey Bogart et Rod Steiger. Vient ensuite Fat City de Jihn Huston en 1972 avec Jeff Bridges et Stacy Keach, puis la célèbre et très inégale série des Rambo, de John G. Avildsen et Sylveste Stallone avec Stalone dans le rôle titre. Il y a pour l’instant 5 Rambo, le 1er datant de 1976 et le dernier en date (on parle d’un 6ème) de 1990, le 1er et le 3ème (Eye of theTiger) étant incontestablement les meilleurs, les deux derniers étant particulièrement faibles. En 1980, Martin Scorsese réalise un des films culte de l’ère moderne sur l’ascension et la déchéance de Jack de LaMotta, Raging Bull, avec Joe Pesci et un Robert de Niro impérial dans le rôle principal, puis vient en 1996 l’excellent reportage When we were kings (1996) de Leon Gast, sur le combat mythique entre Muhammad Ali et George Forman au Zaïre en 1974 pour le championnat du monde des poids des poids lourds, cinq ans avant le film Ali de Michael Mann (2001) avec Will Smith, Jamie Foxx et John Voigt notamment, qui retrace la carrière du plus légendaire des boxeurs de l’ère moderne. A noter aussi en 1998 The Boxer de Jim Sheridan, qui place un boxeur irlandais excellemment joué par Daniel Day-Lewis (revu notamment dans Gangs of New York) et son amour de jeunesse Emily Jackson (Breaking the waves) au cœur de la crise politique de son pays mais aussi du monde des rings. Enfin, Million Dollar Baby, largement présenté plus haut, le film de Clint Eastwood sorti en France cette année, avec Clint lui-même, Hilary Swank et l’excellent Morgan Freeman, qui semble être un des films marquants sur la boxe, l’amitié et la souffrance de ses dernières années, et que le KrashWar recommande, même s’il ne l’a pas vu (comme d’hab !).
Par NoWay - Publié dans : livres
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Vendredi 12 août 2005 5 12 /08 /2005 00:00

 

 

 

 

 

 

Krung Thep, capitale de la Thaïlande, Bangkok pour les farangs, les occidentaux, américains et autres, qui patrouillent nombreux dans cette étonnante fourmilière, lieu de mysticisme et de corruption, royaume du sexe et de l’argent, à mille lieux des tabous et de la morale judéo-chrétienne des blancs. Une filature qui finit mal, un marine américain assassiné par des serpents rendus fous par la drogue, son ami de toujours, Pinchai, qui périt dans l’enquête, et voilà l’inspecteur Sonchai Jitpleecheep, métis mi-thaï mi-farang et arhat, saint bouddhiste, lancé dans une quête de vengeance et de vérité dans le monde interlope de cette cité aux mille visages.

 

 

 

Publié en 2002 aux USA, Bangkok 8 est le troisième livre de John Burdett, avocat de formation, d’origine anglaise, qui exerça à Hong Kong et en Asie du Sud-Est avant de se lancer réellement dans une carrière d’écrivain en 1996 avec La nuit des voleurs. Enquête stupéfiante dans l’univers grouillant et multiple de Bangkok, racontée de l’intérieur, du point de vue des thaïs eux-mêmes, rédigée dans un style fluide et précis teinté d’un humour à froid cruel et redoutable, Bangkok 8 est rapidement repéré comme un thriller d’exception, James Ellroy le décrivant ainsi : « La virée la plus débridée dans le roman policier exotique moderne. Un roman tellement imprégné de son milieu  que c’est comme si vous aviez été projeté jusque Mars dans l’étreinte d’un démon qui ne vous laissera partir à aucun prix. Lisez ce livre, savourez la langue, c’est la dernière –et la plus irrésistible- des formes du thriller. » On ne saurait mieux dire !

 

 

 

 

 

 

 

Les livres de John Burdett : La nuit des voleurs (1996), son premier roman, mettant en scène un avocat anglais et le milieu de la justice britannique. Assez élégant et très lisible, mais à mille lieux de la force et de l’inspiration de son dernier.

 

 

 

Typhon sur Hong Kong (1997), premier de ses récits asiatiques. Pas encore lu, mais semble-t-il meilleur que le précédent.

 

 

 

Bangkok 8 (2002), révélation totale pour ce premier tome des enquêtes de l’inspecteur Jitpleecheep, dont le deuxième tome, Bangkok Tattoo, vient de sortir aux Etats-Unis. Traduction attendue d’urgence !    

 

 

 

 
Par NoWay - Publié dans : livres
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Samedi 13 août 2005 6 13 /08 /2005 00:00

   

 

Excellent premier livre que ce roman de Howard Roughan qui nous raconte l’histoire d’un certain Philip Randall, avocat new-yorkais en pleine ascension, à qui tout réussit, marié à une femme très riche (plus que lui) et dont la vie va soudain déraper. Son seul secret, fort commun dans son milieu est une liaison extra-conjugale. Mais pas avec n’importe qui : avec la femme de son meilleur ami, qui est aussi en passant la meilleure amie de sa femme. Aucune inquiétude pourtant, puisque leurs rencontres et leurs ébats sont soigneusement orchestrés et dissimulés aux yeux même des plus indiscrets. Son épouse ne se doute de rien, son ami non plus apparemment.

 Tout va donc pour le mieux pour ce yuppie ambitieux lancé vers les sommets tel un inarrêtable météore. Jusqu’au jour où une vieille connaissance importune surgie des profondeurs de son passé menace de le faire chanter, disposant apparemment de quelques pièces compromettantes. Inconcevable pour un homme de la trempe de Randall, le surdoué, qui décide de régler l’affaire à sa manière. A partir de ce moment pourtant, l’existence de cet habile maniaque du contrôle, manipulateur de génie, va commencer à lui échapper et l’entraîner dans une inquiétante spirale, un jeu cynique et cruel face à un adversaire bien plus retors et dangereux qu’il ne l’avait calculé.

 

 

 

 

Exercice brillant et diabolique dans la hype de Manhattan, Infidèle, que Bret Easton Ellis (auteur d’American Psycho) décrit comme « un divertissement racé et un thriller malicieux : rapide, méchant, secouant », est le premier roman d’exception d’un ancien créatif publicitaire reconverti avec brio. Excellemment écrit, habilement manipulateur et doté d’un scénario à la mécanique implacable et perverse, c’est un livre très fin, très cynique et très drôle. A dévorer d’urgence en attendant son deuxième roman, Un mensonge presque parfait, dont la parution en français est prévue pour septembre 2005 qui paraît lui aussi excellent (si l’on en croît les échos d’outre-atlantique) et la traduction de Honeymoon, paru aux U.S. cette année et écrit à quatre mains avec le poids lourd James Patterson, et qui semble valoir son pesant de cacahuètes. Un auteur brillant à langue de vipère. A suivre donc…       

 

 

 

 

 
Par yanniG - Publié dans : livres
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Mardi 16 août 2005 2 16 /08 /2005 00:00

Le dernier ouvrage de Jean-Hugues Oppel, paru voici quelques mois est un ouvrage de politique-fiction basé sur l’année qui a précédé le fameux 21 Avril 2002, jour des résultats du premier tour de l’élection présidentielle en France et qui vit, oh surprise !, le candidat de l’extrême droite Jean-Marie Le Pen supplanter celui du Parti Socialiste et premier ministre sortant Lionel Jospin pour affronter Jacques Chirac au deuxième tour.

 Ce cataclysme politique, comme il a été appelé par les médias, qui a mené à la réélection sur un score digne d’une dictature communiste d’un homme qui semblait pourtant discrédité et que la justice acculait de plus en plus, a-t-il été le simple produit d’un échec de la gauche et d’un ras-le-bol des français ou a-t-il été soigneusement orchestré pour éviter à l’ancien maire de Paris de tomber, et d’entraîner avec lui un pan entier du monde politique ?

A cette question que quelques-uns ont pu se poser lors de ce fameux printemps 2002 et qui apparaît avec le recul d’une inquiétante pertinence, Jean-Hugues Oppel, à l’origine homme de cinéma (assistant réalisateur sur plusieurs films dont La Passion Béatrice de Bertrand Tavernier ou La Jeune Fille et la Mort de Roman Polanski) devenu maintenant une force montante du livre policier français, répond par un roman méticuleusement documenté, en connection directe avec le réel, qui s’inspire du style et de la méthode qu’Ellroy (encore lui !) a développés au fil de son œuvre, et particulièrement dans sa trilogie American Underworld (seuls les deux premiers, American Tabloïds et American Death Trip sont pour l’instant parus) où il explore de façon romancée et dans un style coupant, sec et incisif une réalité possible, voire probable, construite sur un mélange de faits (ENORME documentation), de recoupements et d’intuitions pour aboutir à une œuvre dans laquelle fiction et réel se confondent et s’intriquent dans qu’on puisse les séparer.

Faisant explicitement référence à ces ouvrages par le titre même de son livre, Oppel applique au monde politique et médiatique français cette recette hautement explosive qui pousse à d’inquiétants questionnements et, par-delà un aspect apparemment manipulateur potentiellement dangereux (où est le vrai ?) amène à une réévaluation par le lecteur de ce qu’il a lui-même perçu et de ce que l’on a bien voulu lui faire savoir ou lui faire croire.

Ainsi, dans French Tabloïds qui n’est, rappelons-le, qu’une fiction, suit-on le parcours d’une série de personnages qui vont tous, de leur propre gré ou non, contribuer à la présence du Tribun (pseudonyme transparent du chef du Front National) au deuxième tour et donc au deuxième mandat du leader corrompu de la droite traditionnelle (le Champion !). Tous les coups sont désormais permis dans ce genre de bataille suggère le roman, et particulièrement l’habile exploitation de l’incroyable pouvoir des médias (notamment télévisuels), sujets à diverses pressions et manipulations et eux-mêmes prêts à tout pour un coup médiatique ou une audience plus large. Le livre est ainsi cadencé par les listes des gros titres des divers médias français durant la période début 2001-Avril 2002, avec cet incroyable focalisation sur le pseudo-phénomène de l’insécurité (rappelez-vous !) qui devint suite à un acharnement médiatique digne de le propagande nazie le sujet de préoccupation n°1 des français et le point clé du premier tour des présidentielles, dont les résultats paraissent vus sous ce jour terriblement logiques.

Livre rapide, prenant, écrit dans un style percutant et efficace, French Tabloïds est une excellente lecture pour tous les paranoïaques en goguette (les Krasheurs sont évidemment du nombre !), les curieux ou les sceptiques, ou plus simplement pour les adeptes de ces livres qui forent des béances inquiétantes dans le plancher faussement solide du monde tel qu’il nous est montré. Excellente lecture de plage à 2 ans des nouvelles échéances en contemplant d’un œil goguenard sa carte de citoyen républicain. Traite-moi de traître, toi qui vote !

 

Outre cet excellent bouquin, le sieur Oppel s’est illustré dans quelques autres romans, pas encore dévorés, mais qui semblent hautement recommandables. En voici la liste : Brocéliande-sur-Marne, Aubernave, Canine et Gunn, Barjot ! (un titre et une orthographe qui feront plaisir à Glavio !), Zone et Pirana Montador.

 
Par NoWay - Publié dans : livres
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Vendredi 23 décembre 2005 5 23 /12 /2005 14:20



Chuck Palahniuk, l’auteur de Fight Club (pour les titres, en italique, on repère mieux ; bon, même si ici c’est pas trop grave, tout le mnode connait). C’est surtout ainsi qu’on le connaît ici en France, pour l’instant, même si son nom commence à être reconnu pour certains de ses autres livres.
Ce n’est que justice car après un peu plus de 10 ans d’écriture et 9 ans après la parution aux Etats-Unis de son premier roman Fight Club, devenu livre culte après la sortie du film, Palahniuk s’est (mets le verbe prêt du participe passé, j’ai eu du mal à comprendre la phrase) en 7 romans (6 traduits pour l’instant en français) et 2 livres de témoignages et de reportages (ici, tu mets le « s’est ») taillé une place bien à part dans la littérature américaine, et bientôt dans la littérature contemporaine.
A la limite du polar, de la science-fiction et du fantastique, selon chacun de ses écrits, celui à propos duquel Bret Easton Ellis déclarait il y a peu : « Peut-être notre génération a-t-elle trouvé son Don DeLillo » (ce qui n’est pas rien !), est surtout le révélateur à l’acide des dessous de la
société américaine, de ses façades dorées (« et » ?) de ses golden boys. Car Palahniuk est de fait un écrivain du réel et un écrivain terriblement contemporain, qui accumule et met de côté un nombre hallucinant de faits, de détails, d’informations sur tous les aspects, y compris les plus triviaux, de notre monde et de l’activité humaine dite moderne, qui sont les véritables témoignages de nos vies d’occidentaux, leurs véritables symptômes. Il les accumule, tel un zoologue du genre humain, les réunit, les croise, et en fait des peintures alternatives, apparemment absurdes et décalées mais de fait incroyables ET vraies, de notre univers, du chaos et de la folie, mais aussi du génial et du bizarre cachés derrière les apparences policées de notre société de consommation bien ordonnée. Et il appuie là où ça fait mal : le gâchis, la souffrance, le néant derrière le mur de carton-pâte de l’habitude et de l’évidence, de ce que l’on a appris à considérer comme allant de soi. Et c’est au milieu du portrait glaçant de notre univers perçu selon ce nouvel angle, monde détraqué en chute libre vers le vide, qu’il met en scène ces barjos, ces désespérés, ces exclus, marginaux extrêmes aux yeux ouverts qui tentent de trouver une voie ou juste de se sauver de la mort ou de la folie, qui sont les personnages principaux de ses livres.
En complète rupture de ban avec la normalité, le monde social, ce sont les incarnations, les révélateurs et parfois les antidotes à ce qui les entoure, c’est à dire notre monde post moderne, si attrayant regardé de loin, si attractif quand la pub le vante. Que ce soit le travailleur insomniaque de Fight Club qui se pousse lui-même à la folie pour échapper à sa vie, le dernier survivant (dans le livre du même nom) d’une secte millénariste devenu star médiatique détournant un avion de ligne, le garçon aux prises
avec sa mère psychpathe (psychopathe), simulant l’étouffement pour payer ses repas (Choke) ou une jeune fille dont les traits sont détruits à jamais, lancée dans une virée sauvage avec quelques autres freaks, les héros (?!) de Palahniuk sont des êtres en dérive qui ne peuvent se sauver (physiquement, moralement, spirituellement même peut-être) qu’au contact du pire, en se dénuant de tout. C’est dans l’extrême faiblesse, voulue ou subie, dans une forme plus ou moins volontaire d’autodestruction qu’ils trouvent une liberté, ou au moins un espace de vie. Rebus du monde moderne, produits typiques de notre mode de vie, ils se construisent eux-mêmes en abattant des murs, dehors et dans leur propre crâne, à la recherche d’un rôle, d’une vie qu’ils pourraient assumer, à la recherche d’une âme qu’on a oublié de leur donner, ou de leur vendre.
Réflexion trash sur le monde moderne, personnages extrêmes, narration éclatée et incisive, humour noir au vitriol et esthétique du désespoir : tels
sont quelques formules qu’on peut coller à ses livres, sans parvenir à en saisir le cœur, en définir l’essence, sans vraiment situer d’où vient la claque, le début de nausée ou l’émotion profonde qui naissent de ses meilleures pages.
Chuck Palahniuk, journaliste de formation, puis mécano pour payer ses fins de mois, est né en 1962 et n’a commencé à écrire qu’à l’âge de 30 ans, n’étant publié qu’avec son deuxième roman écrit, Fight Club, en 1996. Succès critique et d’estime, il ne se vend qu’à 5000 exemplaires la 1ère année. 3 ans plus tard, l’excellente adaptation de David Fincher pour le cinéma en fait un livre culte et un best seller. Depuis, 6 nouveaux romans, dont le dernier, Haunted, est sorti en Juin aux USA, un livre non traduit
sur la ville de Portland, où il vit, et un recueil d’interviews et d’articles improbables qui vient de paraître en français (Le festival de la couille et autres histoires vraies). Dans tous ses livres, à des degrés divers, la lucidité, la vision et le style, noir, tranchant, rapide, et une ironie qui frappe à rebours, qui glace.
Chuck Palahniuk a 43 ans, il vit dans l’Oregon avec ses chiens, et c’est l’un des jeunes auteurs américains les plus novateurs, et les plus puissants.

Les œuvres de Palahniuk : - Fight Club (1996) : son deuxième roman écrit, et son premier publié, maintenant culte. Livre coup de poing, vicieux et agressif. Le monde moderne sous un nouvel angle, et les recettes pour l’attaquer. Immanquable et férocement drôle.
- Survivant (1999) : Comment passer d’homme de maison à tout faire à celui de star des médias, puis de pirate de l’air s’apprêtant à se crasher. Encore une construction diabolique et une histoire qui fonce droit dans le mur, avec le lecteur. Immanquable compilation de recettes improbables et d’astuces pour toutes situations (relever un plat trop fade, enlever une tache rétive, reboucher discrètement un trou…).
- Monstres invisibles (1999) : Peut-on encore vivre quand on a été une beauté et que son visage est maintenant un chaos momifié digne des pires films d’horreur ? Oui, en partant en virée avec une bande de freaks à la sexualité hors-norme qui vous emmènent jusqu’au bout du cauchemar, ou du rêve. 1er livre écrit par Palahniuk. Un des plus bruts, et des plus viscéralement touchants.
- Choke (2001) : Un enfant inadapté, une mère nymphomane et psychpathe (psychopathe) , la simulation d’étouffement comme mode de vie. Bienvenue dans Choke, 4ème roman de Palahniuk, un des mieux construits, des plus ironiques et des plus (« un des mieux ») maîtrisés.

- Lullaby (2002) : Quête au travers d’une Amérique telle qu’on ne l’avait jamais lue des exemplaires d’une comptine mortelle par 3 hurluberlus qui se supportent peu. Du bon Palahniuk (sans être le meilleur) pour ce road-movie improbable qui dérape dans le fantastique. Se dévore sans escale.
- Journal intime (2003) : le dernier de ses romans, tout juste paru en français dans l’excellente collection de Gallimard La noire. Hautement recommandé par nos services et nos sources occultes, même si on ne l’a pas encore lu. Achetez-le maintenant et coiffez le KrashWar sur le poteau !
- Le festival de la couille et autres histoires vraies (2004) : Titre assez hallucinant pour ce recueil d’interviews (dont celle de Marilyn Manson) et d’articles étranges dont le titre original était : Stranger than fiction :
True stories.Peut-être une tentative d’appâter le public de Bigard et de Patrick Sébastien ?… Pas lu non plus mais on (?) nous dit que c’est du tout bon, et le pire, c’est qu’on les croit (??). Prouvez-nous qu’on a tort en le lisant, en le détestant et en nous insultant sur krasheur@gmail.com.
En anglais : - Fugitives and Refugees : A Walk In Portland, Oregon (2003): Visite wildside de Portland, la ville des outlaws et des marginaux avec Chuck comme guide touristique. On embarque !
- Haunted (2005) : Le dernier Palahniuk, tout juste sorti aux USA. Histoire d’amour apparemment aux petits oignons (d’après les lecteurs US). On l’attend de pied ferme.

Les films : -Fight Club (1999) : Adaptation magistrale du roman par David Fincher (Seven, The Game…) avec les excellents Ed Norton, Brad Pitt et Helena Bonham Carter (entre autres). Film-tunnel, manipulateur et radical, avec une fin apocalyptique (différente de celle du livre) orchestrée par les Pixies. Un choc.
De nombreux autres projets d’adaptation étaient, et pour certains sont toujours prévus, mais le Twin Tower shock du 11 Septembre a refroidi les vélléités des producteurs quant aux versions cinéma des œuvres du grand Chuck. Bizarre !? On en reparle bientôt.
(Cadeau de yanniG: 30 secondes de Where is my mind des Pixies sur l'image du film)

Par-delà tout ce que cet homme considérait comme normal, quelque chose d’horrible venait d’arriver (Fight Club).         
Par NoWay - Publié dans : livres
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Dimanche 29 janvier 2006 7 29 /01 /2006 15:22

BOOKS OF ADDICTION

Straight down to hell…and back :

Mille Morceaux de James Frey (Belfond éditeur).

Premier récit largement autobiographique d’un jeune auteur de 31 ans, Mille Morceaux est le récit arrache-cœur du parcours d’un jeune homme de 23 ans, polytoxicomane et alcoolique qui se retrouve conduit de force par ses parents à la clinique d’Hazelden, dans le Minnesota, après qu’ils l’aient retrouvé à demi mort, des dents brisées, une joue trouée, baignant dans son sang, son vomi et sa pisse en bas d’un escalier de secours et qui va entamer, d’abord contre son gré, l’épreuve infernale de la désintoxication. Refusant le parcours en douze étapes des Alcooliques Anonymes, qu’on lui présente comme la seule voie du salut, refusant de remettre sa vie entre les mains de Dieu, James Frey va entamer, avec ses tripes et son orgueil, un combat déchirant contre ses dépendances et contre son dégoût de vivre, aidé peu à peu par quelques étonnants personnages qu’il rencontre dans cet établissement aux méthodes quasi-militaires.

Texte viscéral, cru, violent, qui percute le lecteur comme un missile tactique, Mille Morceaux est autant un texte sur la drogue et la dépendance qu’un texte sur la liberté et l’âme humaine aux sens les plus directs de ces termes. Ecrit avec rage, d’une force impressionnante, cette renaissance d’un être marque durement les mémoires. « Livre essentiel » pour Bret Easton Ellis (décidément dans tous les bons coups), Mille Morceaux, fait de chair, de douleur et de sang, et coulé dans un style brutal et superbe, est une œuvre majeure des années 2000 et plus largement de la littérature américaine moderne. Ravageur et surpuissant, c’est une mine sur laquelle on se doit d’avoir sauté.


A noter qu’une adaptation hollywoodienne (qui sera loin d’être évidente) est prévue depuis la sortie du livre, et que James Frey, maintenant âgé de 36 ans, vient de récidiver avec My Friend Leonard, suite directe de son premier récit qui, si l’on en croit les échos d’outre-atlantique, est aussi bon que le précédent. Si cela se vérifiait, nous tenons peut-être un des auteurs majeurs de ce début de siècle… Qu’on se le dise !

By NoWay

Par NoWay - Publié dans : livres
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Jeudi 23 mars 2006 4 23 /03 /2006 18:12

Le début du roman Grand Père en mp3. Lu par Jean-Louis Costes. Cliquez la couv'.

Merci à http://www.incipitblog.com/

Par yanniG - Publié dans : livres
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Lundi 17 juillet 2006 1 17 /07 /2006 14:16

Les textes qui restent

Chants de la déserrance, de l’étrangeté et de la souffrance : l’œuvre de Ryu Murakami.

Jeunesse déconnectée actrice de son lent suicide (Bleu presque transparent), cauchemars baroques de mort et de destruction (La guerre commence au-delà de la mer), orphelins abandonnés poussés vers le meurtre et l’annihilation (Les bébés de la consigne automatique), balade sanglante dans le Tokyo by Night pour hommes (Miso Soup) ou odyssée sado-masochiste de drogue, de sexe et de soumission (Ecstasy, Melancholia et Thanathos), voici quelques-uns des motifs de l’œuvre de Ryu Murakami, écrivain et cinéaste japonais dont les romans ont révélé un des talents majeurs de la nouvelle littérature nipponne.

Né en 1952, il se lance dans l’écriture assez jeune et connaît dès 1976 un succès retentissant et immédiat avec son premier roman, Bleu presque transparent, récit plus ou moins autobiographique de jeunes japonais coupés de la société et du monde s’enfonçant en eux-mêmes dans une spirale de musique, de sexe et de stupéfiants. Livre-scandale par sa peinture distante et désabusée de personnages hors-repères cernés par l’ennui, oeuvrant peu à peu à leur autodestruction. Il va poursuivre cette peinture d’êtres fêlés, hors de tout, dérivant dans une société fragmentée, insensée et violente dans ses livres suivants comme La guerre commence au-delà de la mer en 1977, prolongement hallucinatoire et apocalyptique de son premier roman, puis Les bébés de la consigne automatique, livre culte qui assurera son succès, notamment en Europe, ou encore Miso Soup, peut-être son chef d’œuvre, récit fluide et implacable d’une sanglante descente aux enfers dans les nuits chaudes de Tokyo qui contient sans doute parmi les passages les plus étonnants de son œuvre d’atrocités totales transfigurées par une singulière esthétique de la distance et du détachement.

Car Ryu Murakami, plus qu’un conteur d’histoires étranges, de destins perversement croisés, est surtout un peintre exceptionnel par sa ‘vision’, un esthète saisissant des éclairs de déchirante beauté au milieu du chaos d’univers déglingués, avec toujours recul maximum et froide ironie quand l’insoutenable est atteint. On peut ainsi parfois le rapprocher de Bret Easton Ellis pour leur commun sentiment du vide, de la coupure aux choses et de l’éloignement des êtres. Mais contrairement à l’auteur d’American Psycho, Ryu Murakami donne souvent à ses personnages une haute dose d’humanité, même si elle est détournée ou paradoxale, leur conférant une présence, une aura qui rend d’autant plus terrible leur errance, ou leur chute.

Deux de ses livres font d’ailleurs figures d’exception, vignettes colorées au milieu du bleu sombre et parfois glacé de son œuvre. 1969 d’abord, écrit en 1987, chronique débridée en teintes vives de la jeunesse de la fin des sixties, ironique, libertaire et (très) doucement révolutionnaire, puis Kyoko, paru en 1995, quête improbable à travers les Etats-Unis d’une jeune japonaise solitaire à la recherche d’un marine qui lui a appris la danse -et par là-même la vie- de nombreuses années auparavant au Japon. Deux livres courts et poignants, sortes d’odes à l’existence, à sa beauté, telle que la fait apparaître cet auteur inclassable au milieu de son œuvre marquée du sceau de la perte, du désespoir, de la folie et de la souffrance, tous thèmes poussés à leur paroxysme dans ses ‘Monologues sur le plaisir, la lassitude et la mort’, ainsi qu’il désigne sa récente trilogie composée d’Ecstasy, de Melancholia et de Thanatos, ce dernier, écrit en 2001, venant juste de paraître en France (aux éditions Picquier) dans une traduction comme d’habitude excellente (point capital pour l’œuvre d’un styliste tel que lui). Explorant les abîmes de relations humaines poussées à l’extrême, notamment de domination et de soumission, la difficulté d’exister véritablement, la douleur du réel qu’on endure et le trou sans fond des être égarés d’eux-mêmes, qui se sont perdus, il atteint un nouveau sommet de son œuvre dans ce livre subtil, vénéneux et superbe qui clôt sa trilogie et en fait un cristal aux multiples facettes dans lequel se fondent tous ses thèmes majeurs, pris dans une esthétique de l’étrange, du vide, de la pureté et de la corruption (les deux liés) qui en fait un des grands écrivains des 30 dernières années, pour ainsi dire immanquable (sauf aux âmes trop sensibles !).

 

Les œuvres de Ryu Murakami :

           - Bleu presque transparent (1976) : Son premier roman et un de ses livres culte. La splendeur de la chute. La base de son esthétique du vertige et du manque.

La guerre commence au-delà de la mer (1977) : Destruction, massacre, orgie de sang, rêves étranges et cauchemars horrifiques. Poursuit Bleu presque transparent dans une veine plus baroque et fantasmatique.

Les bébés de la consigne automatique (1980) : Le livre de la consécration. Le parcours atroce et délirant de 2 orphelins laissés à eux-mêmes et que rien n’arrêtera. Un des tournants de son œuvre.

1969 (1987) : La folle jeunesse de la fin des sixties à l’époque du lycée et des manifestations protestataires. Léger, ironique, coloré et psychédélique. Une parenthèse rouge-orangée dans la dominante sombre de son univers.

Raffles Hotel (1989) : Un photographe. Une actrice. Un hôtel. Des relations douloureuses et sans issue dans un récit en puzzle. Préfigure ses Monologues.

Ecstasy (1993) : 1er volet de la trilogie des Monologues sur le plaisir, la lassitude et la mort. Visions d’une dérive de plaisir, de sexe, de domination et de souffrance au sein d’un étrange couple à 3 maintenant fragmenté et détruit. Dur, lancinant et retors.

Kyoko (1995) : Odyssée d’une jeune nipponne au travers des Etats-Unis à la quête d’un mentor perdu. Mélange de joie et de cruauté, de beauté et de douleur. Un de ses livres les plus évidemment ‘humain’.

Miso Soup (1997) : Un jeune guide japonais accompagne un psychopathe américain dans ses virées nocturnes de sexe et de sang au cœur de la nuit tokyoïte. Tranchant, superbe et sans appel. Un livre choc. Peut-être son meilleur.

Lignes (1998) : Destins croisés qui s’entremêlent, souvent pour le pire. Pessimiste et virtuose.

Melancholia (2000) : 2ème volet de ses Monologues. Vision nouvelle et toujours aussi noire des frasques du malsain trio d’Ecstasy. Un livre torturant, qui sonde les abîmes de l’être (et de sa négation).

Parasites (2000) : Le parcours décalé et inquiétant d’un garçon qui se croit possédé et phagocyté par un parasite rare. Etrange et fascinant.

Thanatos (2001) : Le dernier volet et le sommet des Monologues. Toujours autour des mêmes personnages et des mêmes thèmes, Ryu Murakami finit de tisser sa toile obsédante et maléfique, donnant tout leur sens et leur éclat à chacun des 3 livres. Parfaite conclusion d’un triptyque complexe, malsain et inquiétant.

A noter qu’un nouveau livre de Ryu Murakami est sorti au Japon (traduction à venir), et qu’une nouvelle inédite de lui, La fille au nez tordu, est disponible sur le Net.

Nous reviendrons plus tard sur son œuvre cinématographique et sur les adaptations de ses livres sur grand écran (Audition, notamment)…        

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Mardi 23 janvier 2007 2 23 /01 /2007 13:05

Letters From Hell

En ces temps de moisissure mentale et de Zéro tolérance, il est de bon goût pour éviter l’asile de disposer de quelque antidote puissant à la congélation moderne. Et ce sont deux seringues remplies à ras bord d’antipoison ravageur tout droit sorties du monde des morts qui sont sorties ces derniers mois.

D’abord le Gonzo Highway de Hunter S. Thompson, sélection radicale année après année des brûlots épistolaires qu’envoyait tous azimuts le journaliste désaxé de l’ère du L.S.D. Mises au points, virulentes attaques, insultes dégradantes voire humiliation verbale, adressées aussi bien à de soi-disant amis (éditeurs, avocats ou collègues, tels Tom Wolfe) qu’à ses rédacs chefs ou à des personnalités politiques ou des médias (Nixon, Carter…). Dire que ce livre est un pavé dans la mare tient de l’euphémisme enfantin, tant il concentre de façon dévastatrice la suragressivité légendaire de l’auteur de Las Vegas Parano et son implacable lucidité. Un pan entier de l’histoire américaine (et plus !) passée au vitriol. Foncièrement jouissif et parfaitement hilarant. Ouais mec !

En second lieu la correspondance de Bukowski, le poète alcoolique de L.A., peintre des ruelles, des bars et des vicissitudes humaines, accessoirement sans doute un des monstres les plus étonnants de la littérature américaine. Caustique, désabusé, détaché et toutefois DANS la vie comme seul le Buk savait l’être, ce recueil de lettres à ses femmes, amis ou éditeurs est une sacrée cure de jouvence au milieu du marasme de livres bien polis. Plus grand que nature comme son auteur, c’est aussi un éclairage nouveau, par l’intérieur, de son œuvre et de ses déboires.

L’endurance est plus importante que la force, et c’est un vieux singe qui vous le dit !  

 

Hunter S. Thompson Gonzo Highway (Robert Laffont, 2005)

Charles Bukowski Correspondance 1958-1994 (Grasset, 2005)

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Mardi 23 janvier 2007 2 23 /01 /2007 13:21

L’espionnage

n’est plus ce qu’il était…

Rien compris au monde moderne ? Obsédé par les complots du siècle ? Fasciné par la C.I.A. et le (ex ?) K.G.B. ? Besoin d’infos bien trashs et de pavés de l’été ?

Robert Littell est là pour vous ! Spécialiste de la guerre froide et de l’espionnage, ancien journaliste à Newsweek très spécialement bien informé, cet américain maintenant émigré en France (pour sa sécurité peut-être ?) nous pond depuis 30 ans des polars d’espionnage en général assez caustiques, fortement inspirés d’embrouilles réelles, qui mettent en lumière l’absence définitive de scrupule et le cynisme absolu des services de renseignement de notre monde civilisé (?), de l’Est, de l’Ouest, et de partout ailleurs.

On le savait d’avance direz-vous ! OK, mais c’est ici mis en scène avec un art consommé, un réel style, et un pacson de détails croustillants en provenance directe des meilleurs sources (témoignages écrits ou oraux des multiples agents opérant dans ces services et poussés à la retraite ces dix dernières années), le tout avec un sens de l’humour assez british qui suscite un rire jaune… et un vague frisson dans le dos. Comme il le disait lui-même, interviewé il y a quelques mois, concernant tout événement important de la politique internationale, imaginez le complot le plus retors et le plus tordu qui pourrait permettre de l’expliquer, et vous êtes en général largement au-dessous de la réalité !...

Souriez, on s’occupe de vous !

Son œuvre majeure, bon gros bouquin de près de 800 pages idéal pour les nuits d’insomniaques s’intitule La Compagnie, sous-titré Le grand roman de la C.I.A., 40 ans d’histoire de l’Intelligence Agency américaine de la seconde guerre mondiale au début des années 90. Bardé de noms, de personnages et d’infos bien réelles, c’est une plongée hallucinante dans les coups fourrés de la guerre froide, de l’espionnage et du contre-espionnage qui se dévore d’une traite. Sujet passionnant, écriture au cordeau et suspens permanent. Un régal de fiction et un coup d’œil lucide sur ce qui peut se tramer en coulisse.

Attention, contrairement à ce que certains pourraient croire, ce livre est un roman, c’est écrit sur la couverture ! Toute ressemblance avec des situations ou personnages existant ou ayant existé est évidemment le fruit du hasard le plus insidieux. Qu’on se le dise !

Le reste de son œuvre, d’ailleurs assez fournie, est globalement d’excellente qualité, monsieur Littell étant un véritable styliste, efficace et tranchant, chose assez rare dans le monde des livres d’espionnage (non, non, nous ne visons personne !). Voici une petite liste de quelques uns des meilleurs parmi ceux que j’ai pu lire (ce qui est loin d’être la totalité) : Coup de barre (un ramassis de marins incompétents en virée sur un rafiot de guerre américain bardé d’armement et prêt à couler… Puissant !) 10/18 1970, Le transfuge 10/18 1973, Le Cercle d’Octobre (bien déchirant), Mère Russie (dérive gravissime en Russie communiste…) 10/18 1978, L’Amateur 10/18 1981, Ombres Rouges (amours impossibles entre l’Est et l’Ouest), La Compagnie :Le grand roman de la C.I.A. Buchet/Chastel 2002. Le dernier, Légendes, sorti l’année dernière n’a pas encore été décrypté par nos services. A tester donc. A noter tout de même qu’un des livres de Littell, Le sphinx de Sibérie, est complètement loupé et est donc à éviter d’urgence. Il faut le savoir.

Pour compléter tout ça, et là ce n’est plus du roman, on recommande vivement le bouquin de Robert Baer, La chute de la C.I.A. (Folio Poche, 2002). Ecrit par un ancien agent démissionnaire ayant travaillé près de 20 ans au Moyen-Orient, il témoigne de ses opérations sur le terrain, explique ce qu’il connaît de l’embrouillamini politique de cette région clé et tente de démêler l’écheveau des influences politiques et terroristes, locales ou externes dans cette partie du monde. C’est aussi un réquisitoire sans pitié sur la récente transformation de la C.I.A. en un organisme bureaucratique presque dénué de véritables hommes de terrain, et donc en large perte d’efficacité… Modernité, quand tu nous tiens !

A côté, pas encore lu, mais ça s’annonce plutôt bien, toujours sur le même thème, le livre de Larry J. Kolb, OVERWORLD Confessions d’un espion malgré lui (Albin Michel, 2005), témoignage légèrement romancé et apparemment assez hallucinant sur les coulisses des pouvoirs actuels et le monde des renseignements. A mon avis, ça vaut son pesant de cacahuètes en plutonium !  

By NoWay

 

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