La sortie voici quelques semaines du film de Clint Eastwood Million Dollar Baby nous permet de découvrir (de façon posthume, malheureusement) un écrivain et homme de boxe dur et lucide, averti des moindres secrets d’un univers d’argent, de violence, mais aussi de style et de volonté, celui de la boxe professionnelle. Cet homme, Jerry Boyd, qui passa près de 40 ans dans le monde de la boxe comme entraîneur et soigneur et prit comme pseudonyme d’écrivain F.X. Toole est l’auteur du recueil La brûlure des cordes, composé de 5 nouvelles (dont Million Dollar Baby) et d’un mini-roman, d’où est tiré le scénario du film vainqueur cette année de la récompense suprême des oscars.
Cet auteur strictement inconnu jusqu’à très peu n’eût malheureusement pas la chance de voir une de ses œuvres adaptée (et encensée) sur grand écran, puisqu’il est décédé en 2002 à l’âge de 72 ans peu après la sortie de son unique recueil de nouvelles, intégralement consacré au noble art et à ses coulisses. Ayant vécu de divers petits boulots durant toute sa jeunesse, F.X. Toole émigra ensuite au Mexique pour, poussé par la lecture d’Hemingway (Mort dans l’après-midi, notamment), se passionner pour la corrida et entamer une courte carrière de matador. C’est en revenant aux Etats-Unis qu’il commence, vers la trentaine, à fréquenter les salles de boxe de la côte Ouest et qu’il devient manageur et soigneur de boxeurs, ce qu’il fera pendant quasiment tout le reste de sa vie. Parallèlement, in se lance petit à petit dans l’écriture mais essuie refus sur refus pendant près de 40 ans avant que ne paraisse finalement en 1999 The Monkey Look, sa première nouvelle reconnue, qui sera suivie peu après du recueil La brûlure des cordes, édité depuis peu chez Albin Michel et qu’on trouve aussi depuis la sortie du film sous le nom Million Dollar Baby, le contenu étant exactement identique (étonnant, non ?).
Le recueil, d’un style brut et basique en pleine adéquation avec son sujet, se révèle une suite de visions et de découvertes des profondeurs cachées du monde de paillettes et de business qu’est celui de la boxe pro, de ses arnaques et de ses souffrances, le tout vu par un spécialiste du domaine à l’œil lucide, parfois dur mais empreint d’une puissante humanité pour ces êtres qui jouent leur destin en duel sur des rings, entourés de supporters hystériques et de requins, parieurs, bookmakers et organisateurs, pour qui leur vie ne représente rien.
Excellent recueil donc, qui frappe au cœur et à la gorge et dont on retiendra surtout la nouvelle assez longue d’où est tiré le film, Million Dollar Baby, histoire déchirante de l’ascension et de la chute d’une jeune boxeuse, et plus encore le mini-roman d’une centaine de pages qui clôt le livre et lui donne son nom, La brûlure des cordes, récit tragique du parcours d’un jeune noir, futur crack de la boxe, stoppé en plein vol par les sordides histoires typiques des ghettos miséreux et plongés dans la drogue et la violence du Los Angeles de la période Rodney King qui laisse le souffle coupé par sa brutalité et la force humaine de ses personnages. Livre recommandé par des auteurs comme Oates, Connelly ou Ellroy que le KrashWar ne peut que vivement conseiller aux aficionados de la boxe, aux curieux et même aux autres. Ils y trouveront leur compte, en attendant, peut-être la sortie d’autres textes de cet auteur qui seraient retrouvés à fin de publication.
Pour ce qui est de l’adaptation cinématographique, l’équipe de nécessiteux du KrashWar n’a pour l’instant pas eu l’occasion de juger sur pièce le film réalisé par Clint Eastwood avec Hilary Swank dans le rôle de la jeune boxeuse et Morgan Freeman et lui-même dans ceux des deux hommes de coin, le soigneur et l’entraîneur, mais de nombreux échos favorables de nos informateurs extérieurs semblent justifier que nous le recommandions, étant majoritairement décrit comme une œuvre sobre, voire classique (au bon sens du terme) et excellemment jouée, notamment par les trois acteurs principaux, qui parle autant de la boxe que de la souffrance, de la volonté et des relations humaines poussées à leurs extrêmes. A noter, même si ce n’est qu’un indicateur, que Million Dollar Baby a été le grand vainqueur 2005 des oscars cette année, devant The Aviator de Martin Scorsese, raflant les prix de meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur 1er rôle féminin pour Hilary Swank et celui de meilleur second rôle masculin pour Morgan Freeman. A priori, c’est donc largement regardable !
Books about boxe : dans l’ordre chronologique, nous mentionnerons les deux romans Le jeu du ring (1905) et La vallée de la lune (1913) de l’excellent Jack London, puis quelques nouvelles comme 50000 dollars (1924), Le champion (1925) et le roman Le soleil se lève aussi (1926) d’Ernest Hemingway, grand amateur du noble art. Juste après la guerre, nous sommes obligés de mentionner Plus dure sera la chute (1947) de Budd Schulberg, sur l’emprise mafieuse sur le milieu de la boxe dans les années 40, et qui sera adapté au cinéma, puis Fat city (1967) de Leonard Gardner adapté sur grand écran par John Huston. Ces dernières années, outre l’excellent Million Dollar Baby (2002) dont j’ai parlé plus haut, il faut citer De la boxe (1987), de Joyce Carol Oates, méditation d’une passionnée sur ce sport très particulier. Enfin, la boxe prend une grande part dans certains écrits d’auteurs comme Charles Bukowski (le poète alcoolique) ou James Ellroy (le roi du roman noir américain). Le KrashWar vouant une certaine passion à ces deux écrivains majeurs de l’après-guerre, des articles spécifiques leur seront consacrés et le thème de la boxe ne manquera donc pas de resurgir.
Boxing movies : voici dans l’ordre chronologique quelques uns des films sur la boxe qui ont marqué l’histoire du cinéma, à commencer par Plus dure sera la chute (The harder they fall en V.O., adaptation de 1956 du livre de Schulberg par Maek Robson avec Humphrey Bogart et Rod Steiger. Vient ensuite Fat City de Jihn Huston en 1972 avec Jeff Bridges et Stacy Keach, puis la célèbre et très inégale série des Rambo, de John G. Avildsen et Sylveste Stallone avec Stalone dans le rôle titre. Il y a pour l’instant 5 Rambo, le 1er datant de 1976 et le dernier en date (on parle d’un 6ème) de 1990, le 1er et le 3ème (Eye of theTiger) étant incontestablement les meilleurs, les deux derniers étant particulièrement faibles. En 1980, Martin Scorsese réalise un des films culte de l’ère moderne sur l’ascension et la déchéance de Jack de LaMotta, Raging Bull, avec Joe Pesci et un Robert de Niro impérial dans le rôle principal, puis vient en 1996 l’excellent reportage When we were kings (1996) de Leon Gast, sur le combat mythique entre Muhammad Ali et George Forman au Zaïre en 1974 pour le championnat du monde des poids des poids lourds, cinq ans avant le film Ali de Michael Mann (2001) avec Will Smith, Jamie Foxx et John Voigt notamment, qui retrace la carrière du plus légendaire des boxeurs de l’ère moderne. A noter aussi en 1998 The Boxer de Jim Sheridan, qui place un boxeur irlandais excellemment joué par Daniel Day-Lewis (revu notamment dans Gangs of New York) et son amour de jeunesse Emily Jackson (Breaking the waves) au cœur de la crise politique de son pays mais aussi du monde des rings. Enfin, Million Dollar Baby, largement présenté plus haut, le film de Clint Eastwood sorti en France cette année, avec Clint lui-même, Hilary Swank et l’excellent Morgan Freeman, qui semble être un des films marquants sur la boxe, l’amitié et la souffrance de ses dernières années, et que le KrashWar recommande, même s’il ne l’a pas vu (comme d’hab !).
- Monstres invisibles (1999) : Peut-on encore vivre quand on a été une beauté et que son visage est maintenant un chaos momifié digne des pires films d’horreur ? Oui, en partant en virée avec une bande de freaks à la sexualité hors-norme qui vous emmènent jusqu’au bout du cauchemar, ou du rêve. 1er livre écrit par Palahniuk. Un des plus bruts, et des plus viscéralement touchants.
- Journal intime (2003) : le dernier de ses romans, tout juste paru en français dans l’excellente collection de Gallimard La noire. Hautement recommandé par nos services et nos sources occultes, même si on ne l’a pas encore lu. Achetez-le maintenant et coiffez le KrashWar sur le poteau !
Les œuvres de



Des réactions.