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yanniG

Vendredi 27 mai 2005 5 27 /05 /2005 00:00
Mourir si jeune

« Mourir si jeune… Si c’est pas malheureux. Quelle joie de vivre il avait ! Jamais le dernier pour la déconne. Il venait le matin prendre un petit blanc, ou un café calva l’hiver. Il feuilletait le journal, et on discutait du match de la veille au soir. Il bossait juste en face, à la Sécu. Un bosseur. Et solidaire, et tout, il était délégué syndical. Quand il avait réunion, je lui mettais un cubis de coté, il passait le chercher en coup de vent, à peine le temps de prendre un ballon. Il revenait vers onze heure, avec un collègue, pour l’apéro. Quand ils avaient un peu refait le monde avec une Suze, il validait son loto et on faisait un 421 avec Jean-Luc. Ah c’était sa cantine, ici. Plat du jour et fromage. Il était toujours à cette table. Alors vers midi trente, on finissait nos Ricard et on s’attablait. Il était plutôt Bourgogne. Moi, je suis plutôt Bordeaux. Mais on essayait de pas faire de jaloux. On en parlait à n’en plus finir. Enfin… Quand on avait fait un sort aux deux petites sœurs, on prenait vite fait le pousse-café, parce que le tiercé ça n’attend pas, hein ? Et puis il retournait au boulot, on vit pas d’amour et d’eau fraîche. Après le boulot, vers trois heure et demi quatre heure, il passait faire deux ou trois mille de Belote. Ah, il était bon, hein ? Mais quand il perdait, il ne se faisait pas prier pour payer sa tournée de demis. On discutait un peu politique, on refaisait le monde, on parlait bonnes femmes.

Et souvent il m’invitait chez lui. T’as pas idée de ce qu’il avait dans son bar. Un vrai tour du monde : de l’Ouzo, du porto, des vodkas rares et fameuses, même de l’absinthe, et des trucs que je connaissait pas comme le truc mexicain, là, du Popeye, ou un truc comme ça . Et sa cave ! Tout un poème. Il avait toujours les crus parfaits pour chaque plat. Un gastronome, un connaisseur !

Mais c’est en voyant son étagère à liqueur que tu prenais la vraie mesure de son raffinement. Il avait vraiment des trucs incroyables. De la prune, de la poire, de la mirabelle. Après, il faisait chauffer le saké et le servait tel un japonais, depuis une petite cruche en céramique encastrée dans un cadre en bois ouvragé. La classe. On y faisait honneur, en attendant le copains pour le poker. Là ça déconnait plus, il avait une de ces façons de te dévisager, par dessus son verre de Whisky hors d’âge !

Et oui… Et ben, on le verra plus passer chercher ses cartouches de Malbos. Si c’est pas malheureux. Mourir si jeune…

Par yanniG - Publié dans : yanniG
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Samedi 25 juin 2005 6 25 /06 /2005 00:00

Objectif sur tronche en sang.

Les ambulances passaient à donfe à la sortie du bahut. Pas d'école durant les émeutes. On a décidé d'aller kiffer chez Max, rue Michel Soulâtre. On a vu les premiers C.R.S place Foch. Chef moustachu rougeaud, genre mauvais pif plutôt que bonne pâte:
"Le centre est bouclé, les jeunes. Faites le tour.
-Mais on habite dans le centre.
-Vous ne passerez pas. Faites le tour."
Kéblo de chez kéblo. Tant pis, direction le parc. C'était là qu'on fumait si on trouvait pas de piaule où squatter le midi. Pas la peine. Depuis l'église Saint Bélial jusqu'aux quais, file ininterrompue de fourgons bleus. Avec des casqués autour qui couraient avec des armes ésotériques. C'est que ça gueulait dur dans le centre. Et des volutes fumigènes sortaient des rues piétonnes, destination nos mirettes.
"Eh! Faut d'autres grenades pour la sixième. "
Encore un cordon blindé, rougi à l'éthanol sous les casques. Ils souriaient!
Nous, déjà un peu moins. C'était vraiment imposant, tous ces gonzes armés. Surtout qu'on savait qu'ils étaient pas là pour nous protéger. On est descendu vers les quais. On marchait sur la route, entre les fourgons CRS rangés à la louche de chaque coté. On a du s'écarter à un moment pour laisser passer un véhicule des pimpons. Sylvestre, paisible, roulait un joint en marchant.
"A mon avis, les keufs vont pas nous faire chier pour ça aujourd'hui."
Klaro. C'est au niveau de la piscine qu'on a vu se qui se passait vraiment.
Là, ils avaient planté une bonne vieille ligne d'assaut qui faisait face au quai Dreyfus. Et sur le pont Dreyfus et alentours, y avait une purée d'humains baignant dans la vapeur rouge des fusées de détresse. Même à deux cent mètres, l'air était âcre. Et on voyait les corps tomber, refluer d'un coté, de l'autre. Et d'un coup la ligne de C.R.S de la piscine est descendue à pleine blinde, matraques levées. La raison? On l'a vu pas longtemps plus tard.
Bruit de sirène, bagnole de keufs municipaux, puis quatre motards, deux XM, quatre motards encore.
"Balladur et Pasqua. C'est cool ils sont sauvés.
-Passe le joint au lieu de dire des conneries."
Après le passage, d'autres C.R.S sont encore allé à la tatane. Du people commençait à refluer vers nous, grappe bizarre. Un pêcheur, face éclatée, trainé sur le bitume par quatre Compagnons Républiquains de Sécurité. Et une petite meute de journalistes, objectif sur la tronche en sang. Steak du pêcheur pour le repas de vingt heure.
Repas? Messe? Buvez, ceci est votre sang. Maïa, qu'était bien d'équerre,a gueulé sur les journalistes. Brumeux, j'ai compris les mots connards, vampires, chiens de garde. Je savais plus trop à qui ça s'adressait.
"Barrez vous les jeunes! Il n'y a rien à voir!"
 Le pêcheur était mis au panier. On s'est ramassé vers le centre, à peu près accessible dans le bordel ambiant.
 Je suis resté chez Sylvestre. Au vingt heure on a vu le type à face éclatée.
Sale décalage sous le baratin journaliste:
"La population rennaise a été choqué par la violence inouïe des affrrontements..."
Tu m'étonnes. Cent blessés. Une main arraché par une fusée de détresse, un C.R.S au pieds troué à la barre à mine. En arrière fond, on entendait Maïa, ses chiens de garde et ses vampires. Mais on ne savait pas trop si ça s'adressait aux C.R.S ou aux journalistes. Edmond Hervé, pansement sur la face, faisait remarquer que les C.R.S n'avaient protégé que les deux ministres, et pas les rennais.
 Dans la nuit, on a encore entendu des sirènes. Par la fenêtre on a vu une lueur d'incendie. On est tous un poil voyeur.
 Mais là c'était le parlement de Bretagne qui brûlait. Des centaines de personnes regardaient, recueillis, abattus.
Une fusée de détresse. On avait les flammes dans les yeux, chaud au visage, plein de symboles tournoyant dans la tête.

  La semaine dernière (mars 1999), je suis passé devant le parlement reconstruit.
J'allais chez Maïa. Plus loin j'ai vu une affiche avec en énorme la face de Pasqua. Edmond Hervé avait sa face en petit sur une revue du bureau de presse. Les paysans vont manifester contre la politique agricole commune.
L'histoire est fini depuis quelques lignes déjà

 

Par Pelot - Publié dans : yanniG
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Lundi 1 août 2005 1 01 /08 /2005 00:00

Il était une fois un chamelier qui avait trois fils. L’aîné n’avait pas son pareil pour manier l’épée et tirer à l’arc. De sa haute taille et sa voix forte, il menait une petite escouade des jeunes gens qui escortaient les voyageurs sur les routes aux alentours du caravansérail. Le second était un marchand habile connaissant les prix des étoffes, des épices et des huiles. Il connaissait tous les marchands des souks de la province. Le plus jeune des fils était musicien. Il jouait de la guitare, chantait des chansons. Hors de cela il n’était bon à rien.

Un jour que les trois frères étaient absents, qui à la chasse dans le nord, qui au souk au sud et le dernier on ne sait où, peut-être à l’ouest, un jour un rétameur, ami de longue date du chamelier, son compagnon d’arme et de voyage, vint demander son hospitalité et lui acheter quelques denrées. Il tenait la longe d’un chameau, et sur ce chameau il y avait sa fille, vêtue de la vaste robe des nomades et d’une coiffe qui lui protégeaient le corps et le visage des vents de sable. Le chamelier leur ouvrit sa demeure, prit dans son entrepôt du sud quelques aliments que venait acquérir le marchand et ils en chargèrent le chameau qui fut parqué dans l’enclos, au nord. Il leur servit à boire et à se restaurer, ainsi qu’au chameau.

Quand le chamelier et ses invités se furent restaurés, La jeune fille partit aux bains, à l’ouest. Le chamelier servit le thé et pria son hôte de le faire profiter de ses conseil.

" Tu es un homme avisé, généreux chamelier. Qu’attends-tu du conseil d’un pauvre rétameur ?

-Ce n’est pas tant pour moi qui suis au crépuscule de ma vie qu’à mes trois fils qui sont à l’aube de la leur que je sollicite ton conseil. Il leur faut à chacun trouver leur destin et moi leur père je dois maintenant leur offrir ce qui permettra de le poursuivre. Mon plus grand bien est ce troupeau de dix-sept chameau, mais comment le partager avec équité entre mes trois fils ? Ils divisent mon cœur en trois parts égales, mais on ne peut faire de même avec dix-sept chameaux.

-Mon cœur appartient tout entier à ma fille qui lors de son mariage que je lui souhaite proche aura pour dot tous mes biens, c’est à dire mon vieux chameau. Quant à toi, donne à chacun de tes fils à dimension de son mérite et de son ambition. Je te promets qu’aucun ne se sentira lésé.

-Mais comment faire, ami rétameur ? Beaucoup de frères soudés se sont affrontés pour des questions d’héritage, et mes fils ont des caractères si dissemblables... Ces situations réveillent toutes les rancunes. On en a vu s’entretuer pour bien moins qu’un chameau.

-Cette fois c’est un chameau qui leur évitera l’affrontement. Et voici comment… "

Quand le rétameur eut exposé son plan et que sa fille fut rentré du bain, tous deux se retirèrent dans leurs chambres, de très bonne heure. Le fils aîné revint peu après, du nord. Sa chasse avait été fructueuse, il offrit neuf poules de Numidie à son père et l’embrassa.

" Merci mon fils, prends cette coupe de vin et assieds toi près de moi. Parlons maintenant. Je me fais vieux et c’est maintenant à toi et à tes frères de porter l’honneur de notre nom. Tu es arrivé à l’âge d’homme. Quel homme seras-tu ?

-Père, je place l’honneur plus haut que tout et je veux offrir mon épée au roi, châtier ses ennemis, protéger et agrandir notre terre.

-Tu es plein de noblesse, mon fils, et puisque tu veux apporter honneur et gloire à notre nom, tu auras la moitié de mon troupeau.

-Tu as dix-sept chameaux, mon père. Comme on ne peut diviser ce nombre en deux, nous en sacrifierons un à Dieu.

-Tu es croyant, mon fils. Gagne maintenant ta chambre, le partage aura lieu demain. "

Le second fils arriva au crépuscule. Il revenait du souk, au sud, où il avait acheté avec l’argent de son père un mouton bien gras. Il remit la bête au vieux chamelier et l’embrassa.

" Merci, mon fils. Sers-toi un verre d’eau et trouve une chaise. Parlons, maintenant. Je me fais vieux et c’est maintenant à toi et à tes frères de faire prospérer notre nom. Te voici à l’âge d’homme. Quel homme seras-tu ?

-Père, par de menues transactions et des échanges avisés j’ai réunis une beau capital d’étoffes et d’épices. Je compte commercer avec le Maghreb et l’Iran, faire fructifier mes marchandise et devenir riche, de voyage en voyage.

-Tu es avisé, mon fils, et puisque tu veux apporter la fortune à notre nom, tu auras le tiers de mon troupeau.

-Tu as dix-sept chameaux, mon père. Comme on ne peut diviser ce nombre en trois il faudra en vendre deux pour que le partage soit le plus profitable.

-Tu es prévoyant, mon fils. Gagne maintenant ta chambre, le partage aura lieu demain. "

Il faisait nuit noire quand de l’ouest arriva le troisième fils. Il n’apportait que son sourire et embrassa son père.

" Merci, mon fils, de regagner le foyer avant le lever du jour, dit-il avec ironie. Tiens-toi droit et écoute moi. Je me fais vieux et c’est maintenant à toi et à tes frères de faire prospérer notre nom. Tu atteindra bientôt l’âge d’homme. Quel homme seras-tu ?

-Je n’en sais rien, père. J’aspire au bonheur, peut-être à trouver l’amour.

-Sot ! Tes frères recherchent la gloire et la fortune. Ce sont là les voies qui conduisent au respect de leurs semblables et à l’admiration des femmes. Tu n’auras que le neuvième de mon troupeau, car je ne peux laisser mon fils indigent.

-Tu a dix-sept chameaux, mon père. Et un neuvième de cela me suffit. On ne peut jamais poser son derrière sur plus d’une monture.

- Tu es insolent, mon fils. Gagne maintenant ta chambre, le partage aura lieu demain. "

Il plut sur le désert cette nuit-là. La nature prit une vigueur magique. Quelques heures suffirent pour que les routes se bordent de plantes grasses et feuillues. Des colonies de fourmis se réveillèrent après des mois de torpeur. On dit aussi que les amours des femmes et des hommes sont plus fertiles par ces nuits miraculeuses, et qu’il en naît des jumeaux, des triplés.

Lorsque la pluie s’arrêta, Deux heures avant le lever du soleil, une ombre ouvrit l’enclos du caravansérail et en sortit avec un chameau lourdement chargé. L’ombre retroussa sa robe de nomade, enfourcha le chameau baraqué et partit vers le levant, après avoir rajusté sa coiffe protectrice.

Au lever du jour, le chamelier et son ami rétameur se placèrent dans la pièce principale et attendirent les trois fils.

L’aîné se présenta le premier.

" Salamaleikum, vieil homme. Bonjour, mon père, vous semblez bien grave, ce matin.

-C’est que j’ai quelque chose de grave à vous dire. Vois-tu, mon fils… Oh, et il suffit ! J’ai passé presque vingt ans à dire chaque chose trois fois, à toi et à chacun de tes frères. Me voici à un âge avance et je me lasse de tout répéter. Je ne parlerai que quand vous serez tous trois face à moi. "

Le chamelier resta près d’une heure dans un silence boudeur, et son second fils arriva.

" Samamaleikum, vieil homme. Bonjour mon père, vous…

-Stop ! l’interrompit le chamelier. J’en ai assez d’entendre trois fois les salamaleks, et assez d’attendre votre jeune frère. Allez le sortir du lit. "

Les deux aînés furent prompts à gagner la chambre de le frère et à le faire se lever brutalement. Ils rejoignirent le rétameur et leur père, satisfait.

"Mes fils : comme je l’ai dit à chacun d’entre vous hier soir, je veux me retirer et hâter votre établissement à chacun. Pour cela je veux donner à chacun les moyens de ses ambitions en partageant mon troupeau de chameaux. Je souhaite également que mon amitié très ancienne avec le rétameur ici présent soit scellé. Il a une fille de votre âge, et quoi de plus beau qu’un mariage pour unir nos familles ? Cependant, mon ami ne peut donner sa fille au premier venu, et quoi que vos mérites soit difficilement contestables (il toussota en jetant un coup d’œil à son plus jeune fils), il vous faudra faire la preuve de votre sagacité. Pour cela, c’est simple : retrouvez son chameau. Celui qui pourra le reconnaître au grand marché de Nadjaf épousera la fille du rétameur. Trois chameaux sont harnachés à votre usage dans l’enclos. Allez, mes fils, nous nous retrouverons là-bas, où je me rends avec mon ami, pour partager votre héritage et préparer la noce. Le rendez-vous est à l’auberge du Croissant céleste. Attends une minute, toi, dit-il en retenant le plus jeune par la manche, tandis que déjà ses frères s’élançaient vers la sortie. Veux-tu te débarbouiller et t’habiller décemment… "

Déjà, le fils aîné qui avait couru vers l’enclos enfourchait sans qu’il se fut baraqué le chameau harnaché aux pattes les plus longues et allait s’élancer sur la route de Nadjaf quand il remarqua des empreintes dans le sol laissé meuble par la pluie de la nuit.

" Tiens-tiens… "

Il prit la route à bon train, mais en prenant garde de chevaucher de manière à brouiller la piste du chameau recherché.

" Les affaires avant tout ! se dit le second fils en chargeant le second chameau harnaché, un vaisseau du désert au dos large et au pas régulier, de marchandises prises à l’entrepôt. Hier j’ai acquis bon marché des œufs et des poissons au souk. Ces marchandises sont périssables et je trouverai à les vendre au grand marché de Nadjaf. "

Il avait chargé sa monture et allait partir ver Nadjaf quand il vit une traînée de poudre à la sortie de l’enclos.

" tiens-tiens… "

Il prit la route à bon rythme, mais en s’arrangeant pour effacer la piste de la marchandise répandue.

Ce n ‘est que plus tard que le troisième fils put prendre la route de Nadjaf, sur le dernier chameau harnaché, une femelle gourmande et cabocharde, qui rechignait à avancer et tirait sa bride pour happer les feuilles au bord de la route. Las de houspiller sa monture, le jeune homme en prit son parti et passa le temps en contemplant le paysage et en observant la route.

Le rétameur et le père chamelier prirent la route peu après. Ils menaient les quatorze chameaux restants, chargés de marchandises, mais aussi du mouton fraîchement égorgés et des neufs poules de Numidie. Ils devisaient en cheminant :

" J’ai répété les propos que tu m’as dicté, rétameur, dit le chamelier. Mais je ne vois toujours pas comment partager mes dix-sept chameaux en deux, en trois ou en neuf. Je te fais confiance, mais on dit qu’il se vend des milliers e chameaux au marché de nadjaf.

-Douterais-tu de la perspicacité de tes fils ?

-Mon aîné est opiniâtre. Aucun doute qu’il trouvera le chameau et sera ton gendre. Mon puîné est habile et astucieux. Il pourrait bien me surprendre et épouser ta fille. Quant au troisième… Je ne nourris aucune illusion pour ce fainéant. Un musicien !

-Ne doute pas de tes fils, mon ami, dit le rétameur. Je sais que demain l’un d’eux épousera ma fille et cela me réjouis. Parlons plutôt de la noce, je compte servir le plat le plus merveilleux du monde. Un plat tel que l’on n’en trouve même pas à la table du sultan.

-Allons donc ! Toi, un pauvre artisan, tu servirais un repas plus somptueux que le grand sultan ?

-Si fait… "

Tandis qu’ils parlaient cuisine, le fils aîné était parvenu à Nadjaf et mettait à profit son indice pour trouver le chameau avant ses frères. Il questionnait les marchands :

" Posséderais-tu un chameau boiteux ?

-Noble guerrier, mes chameaux ont tous la patte ferme et le pas assuré, juges-en par toi même… "

De marchand en marchand, il posait la même question :

" Possèderais-tu un chameau boiteux ?

-Dieu m’en garde ! Mes chameaux sont tous de vaillants coursiers ! D’une traite et d’un pas décidé ils te conduiront à Tunis… "

Bien des chameaux se blessent et posent au sol une empreinte incomplète. Mais on ne les trouve pas sur les marchés, où les marchands habiles dissimulent les défauts des montures qu’ils vendent. Un chameau devient boiteux quand l’argent a changé de main, et a tout son aplomb avant cela. Le jeune homme plus habitué aux chasses et aux armes qu’aux astuces des maquignons fut bientôt découragé. Il demanda ensuite après un rétameur possesseur d’un chameau boiteux. Mais il ne trouva personne connaissant un tel homme. Il alla donc à l’auberge du croissant céleste où il se résigna à attendre en ruminant :

" J’ai échoué et je ne trouverai pas ce chameau. Mais est-ce si grave ? Je vois mal mes frère réussir là où j’ai failli. De toute façon, on juge un homme à sa monture et un enfant à son père. A chameau boiteux, fille contrefaite. Que m’importe d’épouser la fille d’un rétameur, quand la gloire des armes m’offrira le lit de princesses des pays conquis ? Foin du défi d’un artisan. J’offrirai un chameau de mon héritage pour avoir une sortie honorable et rester un homme libre. "

Le second fils arriva à Nadjaf avec une information d’un autre ordre.

" Trouvons qui vend de la farine de blé noir. " Et il questionna les marchand de la rue des greniers.

" Avez-vous de la farine de blé noir ?

-A profusion ! Je reviens de Mossoul en pays kurde où la récolte fut excellente ! Mes cinquante baudets sont revenus chargés de la farine la plus pure. "

Au marchand suivant :

" Avez-vous de la farine de blé noir ?

-A profusion ! Dans la vallée du fleuve Tigre on a engrangé énormément de sarrazin. J’en reviens avec mes bœufs chargés d’une farine sans aucun charançon. "

Au début de l’automne il ne faut pas chercher très loin pour trouver de la farine. Mais trouver un sac en particulier… Impossible. Il chercha donc un rétameur possédant un chameau. Mais des rétameurs, il y en a par dizaines dans une ville comme Nadjaf, où chacun a des ustensiles à réparer. Il gagna donc l’auberge du croissant céleste, mais se consolait en raisonnant ainsi :

" Je n’ai pas trouvé ce maudit chameau mais mes frères n’y parviendront pas non plus. Tant pis ! Cela aurait été une mésalliance. Une fille de rétameur, qui fait commerce de pauvre farine. Je compte bien épouser la fille d’un riche marchand, avec une vraie dot. Je dois cependant faire un geste pour ne pas perdre la face. Je cèderai ces œufs et ces poissons, que je n’ai pas eu le temps de vendre, et dont il n’y a pas grand chose à retirer. "

Il retrouva son frère à l’auberge et ensemble ils attendirent. Leur père et le rétameur arrivèrent bientôt.

" Alors, mes fils, lequel d’entre vous a retrouvé ce fameux chameau ?

-Mon, père, dit l’aîné, je ne l’ai pas retrouvé malgré mon talent de pisteur. J’ai suivi sa trace jusqu’à Nadjaf, mais personne n’a vu de chameau boiteux.

-Tu est observateur d’avoir vu qu’il était boiteux, dit malicieusement le rétameur. Que sais tu d’autre à son sujet ?

-Et bien…à vrai dire… "

Tandis que le jeune homme se creusait la tête, une voix s’éleva près de la porte.

" La bête n’y voit que de l’œil gauche et il lui manque l’une des deux dents de devant ! "

Toute la compagnie se retourna. C’était le dernier des fils qui se tenait dans l’entrée.

" C’est exact, dit le rétameur. Comment as-tu deviné ?

-Tandis que j’étais sur la route, le chameau que je montais glanait de droite et de gauche les feuilles de ses plante qui ont poussé cette nuit grâce à l’averse. Mais j’ai vu qu’avant son passage, et seulement du coté gauche de la route, certaines feuilles étaient déjà mangé d’une bien curieuse façon. Il restait sur chacune une petite bande régulière. J’en ai déduit que la bête qui les avait mangé était borgne de l’œil droit, et qu’il lui manquait une dent, puisqu’elle n’emportait pas toute la feuille. En voici une que j’ai cueillie. "

Et il posa la feuille sur la table. Le deuxième fils réagit le plus vite après l’étonnement que causait la découverte :

" Je l’avais moi aussi deviné !

-Et tu as donc trouvé le chameau ?

-L’important n’est pas le chameau, mais ce qu’il transporte. Or sa cargaison était de la farine de blé noir. Nadjaf croule sous la farine, et dans cette profusion il me fut impossible de trouver précisément ce petit chargement.

-Mon chameau transportait pourtant des choses plus rares, dit le rétameur.

-Ah bon ? Et bien…

-Il portait une jarre de miel et une jarre de beurre.(C’était encore le fils le plus jeune qui parlait. Comme on lui demandait de s’expliquer, il continua ainsi.) A la moitié du trajet, j’ai vu deux colonnes de fourmis qui cheminaient sur le bord de la route. Elle récoltaient une substance jaune. C’était quelques gouttes de miel qui avaient goutté de la jarre. Plus loin, c’était quelques oiseaux qui se chamaillaient autour une petite flaque graisseuse. Du beurre fondu !

-Je le savais, marmonna le fils marchand, mais sans grande conviction.

-Bravo, mon garçon, dit le rétameur. Mais as-tu retrouvé mon chameau ?

-Il n’a jamais été perdu, puisqu’il se trouve chez vous.

-Et tu as trouvé ma demeure ?

-Cela fut très simple. J’ai demandé à trois habitants de la ville qui avait la plus belle voix à Nadjaf. Il m’ont tous les trois répondu que c’était la fille du rétameur dont l’échoppe se trouvait à coté de l’auberge du Croissant Céleste… Hier soir alors que je marchais près des bains j’ai entendu un chant merveilleux qui s’élevait par la fenêtre. C’est d’elle dont j’étais en quête, et non d’un chameau qui blatère, qui n’était que son véhicule. "

Le rétameur éclata de rire :

" Mon garçon, si tu plais à ma fille, je t’accorde sa main. Tu es vraiment plein d’astuce. J’en ai moi aussi à revendre et je crois que l’heure est venu de partager le troupeau de votre père. Rendons nous dans mon pré avec le troupeau. "

Tous sortirent, mais le vieux chamelier retint un instant son jeune fils et lui dit à voix basse :

" Cette fenêtre des bains, il s’agit de celle près de laquelle pousse le figuier auquel on grimpe si facilement ?

-Mon père…

-Chenapan. Bah… L’un de mes fils cherche la gloire, l’autre l’argent, et le troisième l’amour. C’est ta quête qui était la plus difficile, après tout. Puisse-tu être heureux, mon fils. Allons voir comment mon ami peut partager dix-sept chameaux en deux, en trois et en neuf. "

Les chameaux furent aligné dans le pré. Le rétameur demanda d’abord à l’aîné d’en compter un sur deux. Il arriva au total de neuf. Le suivant en compta un sur trois et arriva à six. Le troisième en compta un sur neuf, pour un total de deux.

On laissa l’aîné choisir ses neuf bêtes. Il prit des coursier aux longues pattes fuselées. Le second choisit ensuite six animaux endurants au dos large. Le troisième prit deux petites chamelles.

" Neuf et six quinze, quinze et deux dix-sept. Et maintenant je peux reprendre mon bien, dit le rétameur, qui claqua la langue. Il restait un chameau dans le pré qui revint vers son maître en boitillant. Son œil gauche pétillait et il croqua de sa bouche édentée dans la carotte que lui tendait le vieil homme. Et oui ! Pour le temps du partage j’ai prêté à votre père un dix-huitième chameau, car on trouve plus vite les fractions dans dix-huit que dans dix-sept. "

Sa fille l’avait rejoint et n’avait d’yeux que pour le plus jeune des fils. Le chamelier regarda le rétameur d’un air entendu, et lui passa le bras sur l’épaule :

" Quelle sagesse dans ton calcul, mon ami. Puisque les regards de nos jeunes gens ne trompent pas, reparlons de ce repas de noce, que tu m’as promis royal.

-Oui, le plat le plus merveilleux du monde. Pour cela il faut dès maintenant fournir les cadeaux aux bientôt mariés.

-J’offre un chameau bien gras, dit le fils aîné.

-Je vends à vil prix…j’offre de bon cœur, voulais-je dire, une cargaison d’œufs et de poissons, dit le second.

-Et moi j’apporte un mouton et neuf poules de Numidie, dit leur père. Je ne vois pas ce que l’on peut préparer avec tout cela. "

On alla dormir, et tôt le lendemain on convia à la noce des dizaines d’habitants de Nadjaf et on alla quérir un Imam. Dans le même temps, d’intenses préparatifs avaient lieu à l’auberge du Croissant céleste. Après une belle cérémonie, Chacun s’installa à une longue et large table sur laquelle on fit amener par douze hommes robustes un immense plateau sur lequel reposait…

Un chameau

farci d’un mouton

farci de poules

farcies de poissons

farcis d’œufs.

… Et au dessert il y eut des gâteaux de blé noir, au beurre et au miel.

Au printemps suivant, les jeunes époux eurent des triplés.

 
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Jeudi 4 août 2005 4 04 /08 /2005 00:00

Patrick déballa la tranche de biftek  et la jeta par terre. Pour lui, c’était saumon-beurre mais pour Pokol il dégottait toujours la meilleure viande possible. Les chiens n’en ont rien à cirer, des oméga 3.

 Un jour le père de Patrick était rentré dans sa chambre au moment de sa piquouze. Il l’avait envoyé en désintox en lui disant de ne plus revenir. Il avait donc squatté avec Amélie, il pensait qu’elle avait comme lui décroché pour de bon. Sauf qu’un jour en revenant d’une baraque qu’il retapait avec deux copains, il l’avait retrouvée suintant un sang liseré d’écume blanche par les sept orifices de la tête.

 Patrick mordit dans son pain à la pâte congelée recouvert de beurre synthétique. A la prochaine bouchée, il saurait si le saumon qu’il avait glissé dans la doublure de son sac au Monoprix avait un goût de lessive ou de métal. Il regardait Pokol déchirer sa viande rouge. La tranche de biftek sous vide que se goinfrait pokol, cette tranche qui avait aussi malencontreusement glissé dans sa doublure au rayon boucherie, il avait vu une jeune conne bien fringuée et bien gaulée mettre la même dans son caddy bobo entre le roquefort Bové-Société Anonyme et du jus de carotte AB Production. Et Pokol la bouffait. Pokol ne vouffait pas de la merde. Le sandwich de Patrick avait la saveur d’un tampon-jex. Mais il avait encore trois ans à attendre son revenu minimum, si ça existait toujours quand il y arriverait, avec les dents et l’estomac gâtés par la bouffe merdique indusse, shaker chimique humain bon pour le rebus. Provisoirement, il pesait toujours cinq kilos de plus que son dogue argentin au poil luisant et à la truffe fraîche. L’héritage d’Amélie.

 Le plus dur avec Pokol, ça avait été de le décrocher de la coke. Amélie se payait ses doses en l’engageant dans des combats de chiens à Saint-Denis. Pokol avait quatre ans et avait dépoté un nombre appréciable de Pitt-bulls, et même un flic, une fois. C’était quand Ils avaient passé la Loi pour stériliser les chiens de combats. Sur injonction de Sarko, un keuf s’était ramené dans le squat pour l’embarquer. Pokol venait de finir son Canigou boosté à la poudre. Comme s’il avait compris ce qui l’attendait, il avait pris les devants et en fait c’est le flic qui ne pourrait plus se reproduire.

Pokol avait fini son repas. Patrick jeta à la poubelle le dernier tiers de son sandwich et sortit une pomme bien rouge, qui ressemblait à celle de la sorcière de Blanche-Neige et devait contenir tout autant de saloperies. « En route, Pokol. » Il remit sa laisse au gros chien. Il partit vers le nord. Un mec ne changea pas de trottoir à la vue de Pokol. Patrick lui tapa un euro ou deux non pas de monnaie tu veux une clope merci sympa.

Rack de tune. Il allait falloir trouver un fight pour Pokol. C’était de plus en plus dur. Les keufs étaient moins nombreux dans le neuf-trois, réduction de fonctionnaires oblige, mais ils guettaient. Il fallait espérer tomber sur des bons gros gravos avant d’être ripaire par les condés. Vive la crise. Il avait mal aux pieds en arrivant à Boissière, un quartier du nord de Montreuil suffisamment cradasse. Ça sentait les pomme de terre frites au sang, la sueur de morphinomane sous les portes casher. Niveau olfactif et sonore, mélange Bamako-Shenyang, avec du moins dix décibels à son passage et des coups de flingues au loin. Dans la rue, il y avait des marchands de kébabs avenants comme Guy Georges, des flics drogués en civil, des clodos en pleine débloque. Un touriste japonais avait perdu sa meute, égaré en plein pourrave et à plusieurs borne de la plus proche station de métro. Un malien de quatorze berges lui chourave son vidéoportable à la traçante. Un vieux rap qui retentit depuis une voiture : « la Seine Saint-Denis, c’est de la…

-Merde ! Super, ton chien. Tu rentre dans mon resto ? Je vais pas ne te manger, ni le chien. » Il y a deux chinois sous une grande enseigne rouge et or, « la fortune du Dragon ».  Patrick et Pokol rentrent. Il y a quelques chinois et un noir fringué comme un mac.

« Ti nouveau sur Boissière ?

-Ouais.

-Bonnes couilles, le chien ?

-A nous deux on en a qutre.

-Ti veux manger ? Ti veux un café ? Une bière ? »

Autour de bouchées vapeurs aux crevettes et d’un porc au caramel, les plans se decantent. Monsieur Zong élève des chiens de combat dans son sous-sol. Avant, il avait sans doute un atelier clandestin de textile, mais avec cette concurrence asiatique déloyale… Il vaut mieux élever un demi-pitt-bull qu’un demi-esclave au mètre carré. Sa cave est insonorisée, ça pue la mort, mais il veut tenter l’espérience dogue argentin.-sharpei hybride. Les chiennes sont monstrueuses et faméliques, mais Pokol n’a pas tiré son coup depuis perpet et quelques saillies rapporteront un sacré paxon de bifteks, y compris pour Patrick.

« Si ti veux planquer ton chien, j’ai une cage libre en bas.

-Mon chien crèche pas en cage.

-Ecoute. On peut bizzer ensemble. Je te loge si ti veux, mais je veux pas de saloperies. Ton chien va en cage.

-Je le promènerai.

-Tu vas promener ce monstre dans le quartier ? Pas de connerie. J’organise un combat la semaine prochaine. D’ici là, il reste à la cave, il ‘occupe de mes chiennes. Et toi t’es nourri logé et ti touche.

-Ji touche combien ? »

Le marchandage fut long. Avec pas mal d’intimidations de part et d’autre. Mais monsieur Zong tenait aux saillies, et pour le combat…

« restons sur mille, s’il gagne.

-Et contre qui ? Et s’il perd ?

-Contre un pitt. Et s’il perd… Disons un euro et demi le kilo.

-Pardon ?

-Qu’est-ce que tu crois être en train de bouffer ?

-Sale enculé de merde de…

-Calme toi. C’est de l’humour chinois. C’est combat à mort. Il a intérêt à gagner. Mais j’ai confiance, c’est un morceau. Et si il gagne, je ti donnerai des tuyaux pour des saillies et des combats. »

Patrick mangea encore une bouchée vapeur.

« J’aimerai un plan genre caution ou avance.

-Ti veux pas non plus qu’on assure ton clébard tous risques et qu’on le vaccine ?Je te paye les saillies à livraison et ti as une semaine de repas de Maman Zong. »

 

 

 

Patrick s’alluma une nouvelle cigarette et sourit à Si. Il aurait sans doute fini en tous petit morceaux caramel et sauce piquante si Papa et Maman Zong l’avaient surpris en compagnie de Si. Mais Pokol était surveillé de beaucoup plus près, et donnait toute satisfaction. Mais maintenant il allait falloir l’entraîner pour de bon. Fini les chiennes charpei, Fini les bifteks.

Pokol était un chien forme, avec une mâchoire surdimensionnée et puissante comme un etau. Presque comme un pitt, mais il faisait dix kilos de plus. Monsieur Zong lui avait parlé de sa recette spéciale pour en faire une machine de guerre. Patrick n’était pas très chaud mais il fallait gagner. Et merde, après tout. Depuis des mois, Pokol avait une belle vie de chien. Son maître se privait pour le maintenir en forme. Patrick se zombifiait tandis que Pokol engraissait de semaine en semaine. C’était le plus beau cleb de la place. Papa Zong ne s’y était pas trompé. Patrick se leva pour aller voir Pokol à la cave. Dans l’escalier il entendit des cris en chinois et des grognements. Qu’est-ce qu’ils foutent ces connards Zong gros enculé si tu touche à mon chien il ouvrit la porte salopard fous la paix à mon chien je le prépare espèce de connard autant que ce soit moi toi ti auras le rôle du gentil alors fais pas chier il y a pour des milliers d’euros de paris sur ton chien et ti avais dit ok pour le régime spécial t’arrête d’emmerder mon chien connard.

Monsieur Zong fit signe aux quatre chinois de calmer le jeu. Ils abaissèrent leurs matraques.

« Ti te calme, Patrick. C’est ça ou bien l’autre régime.

-C’est quoi l’autre régime, connard ?

-La drogue. La drogue, mon pote. Il va combattre contre un pitt camé. Ti as déjà vu un pitt camé ? »

Patrick alluma une clope et se plaça entre les chinois et son chien.

« Figure toi qu’avant ce cleb prenait de la coke dans son canigou. Et pas qu’un peu. Un vrai junky. C’est le seul animal que je connaisse qui soit paranoïaque. Il se battait contre son ombre, et une fois il l’a fait saigner. J’ai mis un an à le faire décrocher. Moi j’aime les chiens, Pokol ne les aime pas. Laisse moi m’en occuper, Papa Zong. Et on gagnera. »

Zong s’alluma aussi une cigarette.

« Ti as l’air sur de toi, Patrick. On fait un deal. Ti t’occupe de l’entraînement. Si on gagne, cinq cent euros de plus pour toi.

-Et si je perds ?

Zong rigola.

-C’en est presque un cadeau. Maman Zong te fera un plat que ti auras intérêt à manger, et puis tricard à Boissière pour toujours. »

A partir de là les relations changèrent entre Patrick et Zong. La cuisine était moins bonne et Patrick préférait passer le plus clair de son temps avec Pokol. Maman et Papa semblaient surveiller Si Zong de plus près.

 Le jour du combat, Pokol tenta de le mordre. Fin prêt. Le soir, il monta avec Pokol et Zong dans une BMW, direction le treizième arrondissement. Il entrèrent dans une cours d’immeuble. Il y avait tout au long du chemin des cerbères noirs ou chinois. Le point d’arrivée était une vaste cave. Très vaste. Les vieux murs de pierre prouvaient qu’en fait une partie de l’endroit était à la base un bout des catacombes. Il y avait une centaine de personnes dans l’endroit qui buvaient, fumaient, dealaient, parlaient en six ou dix langues. Pokol s’énervait ; Tout en le tirant méchamment par la laisse, Patrick voyait les billets changer de mains. Un homme qu’il avait déjà vu chez Zong, le noir bien sapé, semblait brasser des paris. Puis un autre groupe arriva, des blancs, rasés et avec pas mal de piercings. Et l’un d’eux tenait le chien en laisse. A sa vue Patrick se tourna vers Zong, et comprit que le restaurateur-éleveur s’était fait abuser, à son regard très surpris.

C’était bien un pittbull, et pas énorme. Il était nerveux, bavant. Drogués. Mais sous l’éclairage jaunâtre de la cave, dans le silence total, grognements de chiens exceptés, on voyait luire les pattes et la mâchoire du pitt. « Du métal. »

Celui qui tenait le pitt en laisse sourit :

« Et ouais, du métal. Eh Zong, tu croyais que j’allais jouer le coup contre un dogue argentin sans des arguments solides ? Un pitt, ok, mais avec pattes et mâchoires cybernétiques.

-Où ti as trouvé ce truc là, Dread ? 

-Secret militaire. Mais préparez vous les mecs. Dans quelques mois les stups s’équipent avec des machins comme ça avec l’odorat boosté en prime.

-On peut pas faire le combat. C’était pas convenu. 

Dread se tourna vers Patrick et jaugea Pokol :

-L’autre truc qu’était pas convenu, c’était la taille de ce monstre.

Le Noir bookmaker s’avança :

-Assez parlé. Y a gros pognon et on est là pour le sang. Le combat finit quand il finit.

-ça veut dire quoi, ça ?

-ça veut dire quand les chiens se calment et se séparent. Là on compte les points et jusqu’à présent jamais photo. Le pitt ferraillé est chargé à bloc et l’autre est bien méchant. Alors on y va. »

Le public se mit en cercle. Dread et Patrick, face à face, attendaient le signal pour lâcher leurs chiens démuselés. Le pitt s’était mordu la langue et du sang coulait déjà entre ses crocs métalliques. GO !

 

Le pitt à détente mécanique bondit, jusque sur le dos de Pokol qui boula au sol et chargea. Il avait l’échine passée au laminoir par les griffes d’acier mais tenait le choc. L’une des pattes mécaniques semblait coincée et le pitt tentait de griffer Pokol et de happer ses pattes. Tout le monde hurlait. Pokol avait arraché une oreille à l’autre chien et essayait de le prendre à la gorge. Mais le pitt parvint à s’esquiver et ses crocs d’acier se refermèrent sur la cuisse de Pokol. Et ne lâchèrent plus.

 

 

 

Patrick jeta la moitié de sa tranche de jambon polyphosphaté à Pokol. La sécurité s’était améliorée dans les magasins. finie la chourre.

« On bouffe la même merde à présent. » Pokol avait maigri. Il semblait se laisser mourir. Patrick considérait son chien en mâchant (curieux, ce gout de limaille de fer.) Son chien lui avait offert un dernier bon repas cuisiné par Maman Zong.

« Crois-moi, Pokol, je te promets, si un jour je me fais couper un bras, je te rends la politesse. Le chien c'est pas mauvais, mais l'humain aussi c'est comestible. Allez, en route. »

Il se releva et partit vers le périph. Pokol vomit son jambon et rattrapa son maître, en claudiquant de ses trois pattes.

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Vendredi 19 août 2005 5 19 /08 /2005 00:00

L’excellent blog que vous compulsez a beau avoir une périodicité irrégulière (en tout cas, c’était ainsi quand j’ai écrit ces lignes. Mais c’était lors de cet été 2005, où je me suis mis à faire du marbre pour les moments où je manquerais d’inspiration.) … C’est comme le tabac et l’alcool, ces parenthèses. Faudra que j’arrête un jour. Vous avez vu les conséquences ? j’ai perdu le fil, ça veut plus rien dire.

 Plus qu’à tout effacer. Oh et puis merde. Même si c’est nul ce n’est déjà plus une page blanche. Les débuts c’est le plus facile, des histoires j’en commence douze par semaine. Si vous voulez d’excellents débuts de romans, demandez-moi. J’en cède à vil prix.

 Donc alors. Après une brillante intro, une problématique carrée comme à l’armée : en ce moment, je passe donc, vous l’avez compris, pas mal de temps à essayer de pondre du texte. Donc j’allume les périphériques de mon ordino et son unité centrale, puis par un intense effort de volonté je détourne le pointeur de la souris de l’icône Diablo II, pour cliquer sur le fichier word que j’ai démarré hier soir. Je le lis, je constate comme vous que c’est à chier, alors j’en commence un autre, parce que je viens d’avoir une bien meilleure idée. Direction l’icône nouveau document. Et voici la fameuse page blanche. C’est là que les problèmes commencent. Il faut que je fasse quelque chose, mais tout plutôt qu’écrire. En moi s’accumule d’excellentes histoires, mais ça ne veux pas sortir. Le thème, l’idée, le plot sont bons, mais les personnages n’y adhèrent pas. Ils refusent de ne faire qu’un avec le reste de la mixture textuelle, tels des pucelles effarouchées. Enfin, je dis ça, c’est moi qui me comporte ainsi, qui ne me force pas à leur faire violence.

 Mais ces personnages, je les respecte trop pour leur faire mal, ils ressemblent tellement à mon grand-père Francis, à mon pote Michel de la classe de CM1, au curé de Saint-Bélial, à ma collègue de bureau si souriante et si douce, pour qui je ressens une tendresse inexprimable et qui provoque en moi…

 …Je le tiens mon personnage : un agent immobilier qui a un scooter avec un toit, qui prend des séances d’UV et de la coke et qui a trouvé une arnaque terrible… Et c’est alors, quand j’ai enfin les ingrédients principaux de la mixture, quand j’applique une violente rotation 180 degrés à mon fauteuil à pivot et quand je jette mes doigts sur le clavier que… …Que je me rends compte que mes enceintes crachottent en sourdine une soupe de faux reggae. Par un mystère de l’électromagnétique et de la structure des vieux immeubles, en dehors de toute sollicitation de la part de leur seigneur et maître l’unité centrale, mes vieilles enceintes pourries jouent les radios FM.

 Là, sur l’instant, c’est le Buena Vista Social Club brouillé par une trompette de jazz. Mais tout à l’heure, tandis que mes doigts se jetaient sur le clavier tels une meute de loup sur un troupeau de moutons, c’était UB 40 que j’ai entendu. Alors je me suis dit « tiens UB 40. Peu importe. Où en étais-je ? » Et merde. Sept mesures d’une mélodie à l’harmonica trop entendue et j’avais perdu cette histoire d’arnaque immobilière. Plus qu’à aller dormir. Je la retrouverai peut-être au bureau, cette histoire. Mais je sais bien que non. Sans que je sache exactement pourquoi, je n’arrive pas à me concentrer au bureau.

 Saloperie d’UB 40.

 
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Mercredi 31 août 2005 3 31 /08 /2005 00:00

 « Allô ? c’est Ali. Truc important : Pense à récupérer ton ampli pour ce week end. On répète et ce serait pas le coup de nous faire le coup de l’autre fois. Bon ben salut, rappelle. »

 Je n’avais enlevé qu’une manche de ma veste et je l’ai remise. Encore une journée qui partait en vrille. Je n’y pensais plus, mais il fallait que je récupère l’ampli de guitare chez Marianne. D’expérience, je savais qu’il m’était difficile d’y passer en coup de vent. J’ai rabattu la banquette arrière pour laisser place au son et j’ai pris la direction de la rocade. Sur le trajet j’ai réorganisé mon emploi du temps et j’en ai conclu que je pouvais laisser tomber l’après midi de glande fertile que je comptais mener. Il y avait les cours de la fac, l’article de description de chienmonami.net, le site d’un ami de mon père, cette putain de chanson à écrire, mon appart à ranger, ces bougies à changer, les paperasses… Les journées étaient trop courtes, les semaines étaient trop courtes.

 Enfin brèves. J’ai galéré pour me garer, et je n’ai trouvé de place qu’à deux rues de chez Marianne. Bonjour la crampe quand je reviendrai avec l’ampli. « Salut Ya, je t’ouvre. » Je me suis fait à peu près la même réflexion en m’essoufflant dans les cinq étages d’escalier. C’était le chaos habituel dans le petit appart de Marianne.

 « Et bien y avait longtemps. T’as la flemme de monter les étages ?

-C’est clair. J’habite au quatrième seulement. D’ailleurs je passais reprendre mon ampli et je vais batailler.

-Pas de problème. Tu prends un thé ? »

Elle a lancé son thé au cinq épices. J’ai mis un disque de ska et obéi à l’injonction de rouler un joint. On a causé musique, bouquins, projets musicaux, de nos flirts du moment. Elle m’a demandé sa revanche aux échecs et elle a roulé un pétard à son tour. Elle a d’ailleurs gagné, tandis que mon cerveau s’embrumait nettement. Un deuxième thé, et j’ai modéré mes taffes sur les joints suivants.

 « Il est sympa ton appart néanmoins. » On venait d ‘évoquer nos loyers et nos allocs respectifs.

 « Oui, mais vu son orientation il est pas très lumineux. » Elle a allumé la lumière et j’ai regardé ma montre.

 « Il va falloir que j’y aille, je passe manger chez mes parents à Saint Bélial.

 -Tu bosses toujours pour cet hideux journal ? Elle a sorti l’exemplaire de KrashWar de la semaine.

 -Je sais pas combien de temps ça durera, mais j’y suis toujours. C’est chiant, pas du tout payé et c’est un boulot merdique, mais ça me prend pas à temps plein. Je peux concilier ça avec mes études et je squatte leur ordino quand j’ai besoin. Il va falloir que j’y aille là.

 -Okay. Tiens je t’ai montré ce bouquin ? » Elle a pris un poche sur sa table de nuit. On évoquait son auteur quand Baja est arrivé.

 « Salut, Ya. Ça fait plaisir. Tu restes manger ? » J’ai passé un coup de fil aux parents et j’ai pris une vraie latte sur le pétard qui arrivait. Je suis descendu avec Baja toper deux bouteilles avant la fermeture du huit à huit. Après le poulet au curry, la tarte au citron et le thé au jasmin, je suis encore descendu avec Baja au vidéoclub.

Il était près de deux heures quand j’ai jugé que mon état canabique et éthilique était revenu à des stades gérables. J’ai empoché deux disques de rock japonais, un bouquin de science fiction et une boulette de haschisch. Je suis retourné à mon auto. Je bosserai demain, il fallait que je règle mon réveil. D’ailleurs on changeait d’heure ce week end, on en avait parlé dans l’après midi. Mais j’oubliai sûrement un détail, vu tout le merdier.

« Allô ? c’est Ali. Truc important : Pense à ramener ton ampli C’t’aprèm’. On répète et ce serait pas le coup de nous faire le ... »

(A Christelle)

 
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Mercredi 7 décembre 2005 3 07 /12 /2005 17:20

C’était au début des années 90. Lors de cette énième réunion officieuse on allait débattre en petit comité occulte des destinées de peuples entiers, les définir au marqueur, répartir dans de plus petites marmites le chaudron ethnique du bloc de l’Est.

Toutes les personnes présentes dans la pièce autour de cette carte pouvaient être considéré comme d’importants plénipotentiaires ukrainiens, roumains, moldaves, ou ne voulant plus l’être. Il y avait des diplomates, des militaires, deux chefs de tribu, un dignitaires religieux et quelques maffieux. Ainsi que quelques capitaines d’industrie en devenir. Puissants  de la Nomenclatura industrielle dans le système communiste, ils le resteraient. Lesquels étaient dépêchés par l’Europe ou les USA ? Lesquels avaient des idéaux ? Une vraie sincérité patriotique ?

 Krepulski était un important directeur de plusieurs usines de matériel agricole. Des dizaines de milliers de personnes travaillaient sous ses ordres entre l’Ukraine et la Moldavie. Construites au bord du fleuve Prout, les machines conçues par ses ingénieurs étaient toujours livrées d’un bout à l’autre de la CEI, à Cuba, en Corée du Nord ou en Libye. Il vouait à ses machines une passion fanatique et pour rien au monde il n’aurait laissé cet empire industriel être divisé. Il participait aux négociations de la langue, des mains et des dents. Les discussions s’échauffaient.

« La Moldavie ne tolèrera aucune enclave.

-La communauté Gagaouze doit devenir autonome.

-Le Prout est un sujet sérieux.

-Cette Transdniestrie que vous appelez de vos vœux est une imposture.

-Nous ne pourrons tolérer l’instabilité aux frontières roumaines.

-Notre population est à même de s’organiser de façon autonome.

-Mais pas sur notre territoire national.

-Etes vous prêt à lâcher le Prout ?

-Il n’en est pas question.

-Nous pouvons trouver un compromis.

-Nous ne céderons pas sur ce point.

-Allons messieurs, vous n’allez tout de même pas… »

On ne sait pas exactement ce qui a pu offenser à ce point le colonel Sepulkrescu. Mais le bouillant officier roumain décocha un vigoureux coup de poing dans le nez de Krepulski. Celui-ci porta la main à son nez et manqua de s’écrouler, s’appuyant de justesse sur la table à la grande carte. Le cartographe regarda la carte et dit à Krepulski sans oser être trop réprobateur :

« Vous avez taché la carte, monsieur… »

Il y avait effectivement du sang au bord du Prout, sur l’Ukraine et la Moldavie. Or certains tracés définitifs étaient déjà établi sur le document officiel. Krepulski arracha un stylo feutre des mains du cartographe.

« Et bien le sang ne ment pas. Mes usines de moissonneuses-batteuses se trouvent sous cette tache. (Sous les regards incrédules des plénipotentiaires il entoura la traînée sanglante avec le stylo feutre). Voici la République Autonome de Transproutie. Notre sang est notre terre, et nous voulons vivre en paix et harmonie avec nos voisins. »

Krepulski sortit de la pièce. Les diplomates médusés constatèrent que l’enclave ne paraissait pas plus farfelue que celles précédemment tracée. Et puis refaire les cartes allait repousser le prochain sommet, cela il n’en était pas question.



La devise de la Transproutie, nation jeune et troublée mais en passe d’obtenir un siège à l’ONU est « notre sang est notre terre ». L’hymne national loue avec emphase « les  moissonneuses-batteuses qui récoltent le grain de l’espoir venu dans nos sillons abreuvés de sang héroïque. ». Krepulski est le président, et a rédigé la constitution. Les sites internet de transproutie ont pour suffixe .prout. Il y a soixante mille habitants, et douze ethnies principales. Capitale : Krépulskgrad.

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Lundi 6 février 2006 1 06 /02 /2006 20:00

Lorie et la Poupée.

 

 

 

 

Lorie avait trois ans et aimait jouer à la balle dans le parc,avec la Maîtresse. C'était ce qu'elle préférait. Car il fallait aussi travailler, dans la salle des poupées. Mais Lorie travaillait bien dans la salle des poupées, et la Maîtresse la récompensait toujours avec des sucreries. Il y avait la Maîtresse et d'autres grands au centre. Mais les autres grands ne voulaient jamais jouer avec elle. Et bien tant pis. Ils n'avaient pas de sucreries, de toute façon. Ils étaient comme les poupées, mais avec d'autres odeurs et ils bougeaient. Il valait mieux jouer avec la Maîtresse et les poupées. Bien sûr la Maîtresse la grondait parfois, mais plus très souvent. Elle avait compris. Elle demandait pour faire pipi et caca.

 

 

 La vie continuait, active et studieuse.

 

 

 Un jour, il y a eu plein de grands qui sont venus. Et il y en avait un qui sentait comme les poupées. Alors Lorie alla jouer avec. Mais la poupée était méchante et fit mal à Lorie, alors Lorie cassa la poupée. Mais elle n'eut pas de sucreries. A la place, la Maîtresse tua Lorie.

 

 

 

 

"Ma fille, bordel, cette chienne a bouffé ma fille!

 

 

-Monsieur le ministre reprenez-vous. La caméra..."

 

 

Heureusement les attachées de presse étaient déjà à l'oeuvre et brieffaient afollées les journalistes, en louchant vers le cadavre du chien et le beau corps geignant de la fille du ministre. Les journalistes, bons chiens de garde choisis pour leur dressage complaisant, ne pipaient mot. Leur regards évitaient à la fois le staff médical, le cadavre encore tressautant du dogue malinois, la maîtresse-chien aux yeux rougis, taser puissance max encore en main et le décor de mannequins suspendus, habillés racaille, tels les vrais dealers et consommateurs de drogue, version TF1.

 

 

 Mais des journalistes, il y en avait sans doute encore qui pensaient. Et c'est bavard, un journaliste.

 

 

Donc:

 

 

Lors de la visite préélectorale d'un programme novateur de dressage de chiens anti-drogue génétiquement modifiés, Lorie, la vedette canine malinoise à l'odorat exceptionnel avait mordu le nez bien poudré de la photogénique fille du ministre, accompagnant son père en déplacement promo.

 

 

Etouffable, mais tout juste.

 

 

 

 

Sabine Bathory de Pinville, la belle mannequin bien née, étudiante en sciences-éco, défigurée, ne ferait plus la couverture de ELLE de sitôt.

 

 

"Toute ma comm sécuritaire à repenser. Mais j'ai bien fait de ne pas passer hier", pensa le ministre Bathory de Pinville en reniflant.

 

 

 

 

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Vendredi 30 juin 2006 5 30 /06 /2006 17:14

 

 

    Je me réveille quarante minutes avant l’atterissage. D’avion, on sait qu’on arrive en Haïti quand on passe du survol d’une luxuriante forêt tropicale à celui de hautes collines pelées, grises comme le Mordor de Tolkien.

 

 

    La température est étouffante à la descente de l’avion. Une fanfare aux couleurs du bouillon-cube Maggie joue à l’entrée du hall de l’Aéroport. Je tiens à la main mon ordre de mission tamponné mais quelqu’un m’attend pour me faire couper la file des contrôles si besoin était. Mais les douaniers me font déjà signe. Je passe à la douane, et deux minutes plus tard on m’introduit dans le salon de l’Aéroport, climatisé à quatorze ou quinze degrés je pense, ou alors c’est le contraste. Je frissonne. Superbes tableaux abstraits ou naïfs. Un grand écran de télé, des canapés trop moelleux, un bar à coktails. Des blancs. Carole m’attend dans le salon internet.

 

 

 

    Les douaniers ont bientôt rempli les papiers, à la porte nous attend un commis avec mes bagages qu’il charge dans un 4X4. Carole lui donne un billet et nous prenons la route. On ne voit surtout des 4X4 ou des tap-taps sur la route. Et un tank de la MINUSTAH. Haïti n’a pas d’armée mais 7000 casques bleus stabilisent le pays depuis plus de deux ans.

 

 

    On voit aussi deux femmes en train de tirer une charrette conçue pour un âne. D’un coté de la route des marchands vendent de petits sachets d’eau, de petites boites de lait, de petites doses de sauce.

 

 

 

    Nous arrivons au ministère de l’Agriculture. Nous prenons contact avec les quelques personnes présentes, mais l’heure n’est pas propice. Une centaine de personnes est agglutinée près d’un bâtiment d’où sort la clameur du match Argentine-Allemagne.

 

 

 

    Nous montons ensuite vers Pétionville, où réside Carole. C’est historiquement le quartier bourgeois de Port-Au-Prince, où vit la bourgeoisie haïtienne. Mais entre les livres que j’ai lu sur Haïti et l’été 2006, le président Aristide est parti en laissant un pays sans Etat. Il y a toujours de riches batisses. Mais le centre est maintenant un marché entropique et sauvage. On y avance au pas entre les marchands de mangues, de médicaments, de vêtements… Franklin, le gardien, nous ouvre le portail de la maison coloniale, dont les plus proches voisins sont le tribunal de grande instance et l’Hôtel-bar de Salomon, dormir 50$ momen 30$. Le soir nous allons à la « Kaye de passage », pour une fête où se retrouvent les jeunes coopérants Français, entre un barbecue et une piscine. Discussions, contacts, qui fait quoi…

 

 

 

        J’ai mis la moustiquaire avant de partir, mais pas comme il faut visiblement. Durant un mois je serais l’open-bar des moustiques. Le soir les hauteurs de Pétionville sont infestés des moustiques transmettant le paludisme. Mais en journée, dans la zone poussiéreuse du ministère, les moustiques transmettent la dengue. La dengue je vous en reparlerai. La suite, très vite.

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Samedi 1 juillet 2006 6 01 /07 /2006 18:16

Haiti, Jour 2 

Carole a réservé trois places pour voir le match France-brésil au bar-hôtel de Salomon, juste à coté de sa kaye sur le marché de Pétionville.

Dormir 50$, moment 30$. Un dollar haïtien, c’est 5 gourdes, et cinquante gourdes font un euro. Une bière c’est 7 dollars, 35 gourdes. Et Salomon en vend, canettes tirées d’un congélo qui occupe une bonne partie de sa salle. C’est plein comme un œuf. Et une vingtaine de personne est suspendue à la grille de façade. Nous nous faufilons, moi, Carole et Théodore, doctorant Camerounais.

C’est un brin la cohue dans le bar de Salomon. Carole obtient un bout de banc près du Rockinchair de Salomon, un Haïtien âgé mais solide. Je m’accroupis où je peux, mais un gros gars en jaune et vert me propose obligeamment ses genoux. Théodore se serre  assis sous la télé avec les fanatic brezy.

J’ai une canette de bière prestige à la main, le match commence.

Mes voisins m’interpellent, me proposent de parier des vingt dollars, des cent dollars. Le ton monte, il y a une engueulade en créole. Je suis concerné sans trop comprendre à quel titre. Salomon se lève et me désigne son fauteuil à bascule. Je refuse, mais le vieil homme m’y assoit de force. A la meilleure place. « Tu as la place du chef. » me fait remarquer Carole. La place de l’homme blanc. Ça commence à rentrer. Et d’autant plus vite que mon compagnon de séjour est plus noir que les haïtiens 

Plus tôt dans la journée nous étions à une inauguration aux places d’honneur tandis que Théo était repoussé debout au fond de la salle.

L’équipe Brésilienne, c’est l’équipe du Peuple. Franklin, le jeune gardien de la kaye Cawol est vêtu entièrement en jaune et vert, comme une bonne partie du pays. L’Argentine est soutenue plutôt par les classes supérieures. D’ailleurs c’est un drapeau argentin qui trône au fond du bar de Salomon. Mais l’Argentine a perdu. Alors deux gros métis parient sur la France. Je suis dos à la grille et les spectateurs à l’extérieur du bar me tendent les billets à transmettre au bookmaker. Des liasses de billets de vingt dollars. Certains parient sans doute plusieurs jours de salaires.

Le commentaire est en créole footbalistique. C’est précis, tonique, un poème haletant. On croirait que le commentateur est sur le terrain en train de courir après henry. Pour la plaize, un lien vers une page de vocabulaire sportif créole guadeloupéen

http://www.creolica.net/article.php3?id_article=44 

Et c’est henry qui marque. Les deux supporters de l’Argentine nous congratulent et commencent à charrier un vieux noir très sérieux dans son maillot de Ronaldo, un vieux qui ne rigole pas du tout. Une capsule de bière atterrit sur sa tête, puis une autre, et c’est une vraie bagarre qui éclate en un instant. J’évite un corps qui roule sur mes jambes, tandis que Salomon sors le vieil homme à coups de poing et de pieds. C’est vraiment le bordel dans le bar. La télé s’est éteinte mais Salomon me force à me rasseoir. Nous ne voyons plus Théodore. La télé se rallume et je croise les doigts pour un retour du Brésil. Ça crie fort dans la rue.

Théo rentre dans le bar avec Franklin. Ce coup-ci nous lui ménageons une place près de nous.

« Je crois qu’on va partir avant la fin. Ça chauffe dehors. »  Et il nous raconte la bagarre juste à l’extérieur. Juste entre chez Salomon et la Kaye Kawol, à cinquante mètres.

A la quatre-vingt-huitième minute nous suivons Franklin à la porte de derrière. Dix minutes plus tard, Electricité d’Haïti suspend sa fourniture de courant.

Par yanniG - Publié dans : yanniG
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