Images aléatoires

NoWay

Samedi 13 août 2005 6 13 /08 /2005 00:00

Il émerge. Lentement. Le néant se dissout, en une lumière d’or, qu’il peut sentir, tout autour de lui.

Nulle douleur. Un calme parfait. Le repos. La sérénité. Enfin.

Il est passé de l’autre côté, il a rejoint le Créateur. Il sentira sa présence, il le sait. Très bientôt.

Il la sent déjà. Cette lumière, cette chaleur. Cette absence de toute pesanteur.

Son calvaire est fini, son chemin de croix, sa lente agonie. Il a tout donné, jusqu’au bout, sans broncher. Il est allé au bout de sa mission terrestre et maintenant le Seigneur l’a rappelé à lui. Enfin. Lui, son messager sur la terre des hommes, fatigué, malade, qui jamais n’abandonna. Qui resta porter la bonne parole jusqu’au dernier souffle, au dernier instant: les mots sacrés qui réconfortent, les litanies qui chauffent le cœur, la sagesse éternelle qui rend fort.

Il se détend. Tout est fini maintenant. L’éternité est là. Il va ouvrir son âme comme on ouvre les yeux pour la première fois, ébloui par la lumière, pour la contempler toute, pour s’y répandre, s’y absorber, tout entier.

Quand une douleur l’atteint. Le perce. Pic de souffrance qui le déchire. Eclair blanc et hideux, qui l’ébranle. Impossible ! Pas dans la mort ! Pas dans l’au-delà !

Ses yeux s’ouvrent soudain, dans un acte réflexe, tandis que l’onde nerveuse se dissipe hors de lui. L’épaisse lumière est là, orangée, elle l’entoure, comme ses yeux usés accommodent peu à peu. Il perçoit les draps blancs, la fenêtre fermée, par où entrent à torrent les rayons de lumière traversés des fantômes de minuscules poussières.

Il n’est pas seul. Trois hommes l’entourent. Aux traits soucieux. Deux en habits d’ecclésiaste, le troisième tout en blanc, une seringue à la main.

La douleur le secoue, de nouveau, le tord dans ses draps blancs, la gorge déchiquetée, sèche et percée de pointes. Une aiguille dans son bras squelettique et corné, puis la souffrance s’éloigne, quitte peu à peu son corps.

Il veut fermer les yeux, retrouver le repos, mais on secoue sa main, il semble qu’on l’appelle.

Un effort surhumain: il se redresse un peu. Il rouvre ses paupières comme les hommes lui sourient. Il sent le tube dans son bras gauche, et celui qui traverse sa gorge, empêchant toute parole depuis des jours déjà.

Il l’avait oublié. Il avait cru partir. Le repos. La fin. L’entrée dans l’autre part, le monde divin.

Un fauteuil vient rouler jusqu’au bord de sa couche. Le médecin le soulève, aidé d’un assistant.

On l’installe. On l’habille, le prépare. Pour une représentation, une nouvelle, peut-être la dernière. Il le souhaite. Des traits de souffrance l’effleurent, traversent son corps engourdi, mais les drogues lui épargnent toute douleur véritable.

Il est là. Dieu comme il est vieux. Il a tenu longtemps. Il attend le rappel. Bientôt.

Un dernier effort. Les blouses ont disparu. On l’approche de la fenêtre, maintenant ouverte, de laquelle se déversent un flot de lumière, et une immense clameur.

Il est ébloui, il ne voit rien. Il est comme sourd, transi, mais il parvient à faire un petit signe.

La clameur redouble, indistincte mais forte, comme une marée montante.

Il tend l’oreille. Il essaie de comprendre. Des milliers de voix. En italien. Dans d’autres langues. Il reconnaît son nom, celui qu’il s’est choisi, Jean Paul, le second. Un sourire douloureux éclaire ses traits. Ils sont venus. Ils le soutiennent. Ils ne l’ont pas abandonné.

Il veut leur répondre. Il écarte ses lèvres sèches, tente un murmure.

On amène un micro, juste devant son visage, mais aucun son ne sort, malgré ses efforts vains. La gorge est obstruée, et la douleur revient.

Des larmes de dépit coulent sur ses joues ridées, larmes de tristesse et d’impuissance, vite essuyées par un prêtre à sa gauche.

Soudain sa voix résonne, sur la place romaine, faible, hésitante, ma sa voix tout de même, qu’un processus puissant envoie vers les fidèles.

Il se souvient des mots, sourit comme un enfant, tandis que d’autres larmes dévalent son visage.

Il marmonne, tente de suivre cette voix, sa voix, mais pas un son n’éclôt de sa trop vieille bouche. Il retente encore, obstinément, de toutes ses dernières forces. Seul un infime gargouillis s’échappe entre ses dents.

Il se penche de côté, renonçant à l’effort, et voit autour de lui tous les prêtres sourire, comme dehors le miracle toujours s’accomplit, et que la foule acclame chacune de ses paroles.

NoWay.

 
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Jeudi 15 décembre 2005 4 15 /12 /2005 18:23

Banlieues parties en flammes, indigents congelés. Ambiance d’empire déchu dans les vieilles républiques.

Pandémies en attente, surpollution mentale, et les masques fantoches ressassent leur bla-bla. Quelque chose de pourri au royaume de France…

Nul sursaut héroïque, nul réveil des masses, la résistance réelle se cache au fond des âmes.

Négation des profits, vive l’élan de la perte ! L’indépendance au prix d’une délicate survie !

Au milieu de ces miasmes le KrashWar taille sa route et convie à sa table ces gens que rien n’effraie. Attaque aux décibels pour le cœur de l’hiver et tournée générale de grogs servis brûlants.

Nazdrovié !

Fin des périodes glaciaires et de l’hiver ombreux, une saine dévastation ravage toutes les âmes. Faux croyants hystériques défendant leurs idoles, républiques bananières de l’Occident nouveau, et toujours le Veau d’Or comme obsession primaire. Epaves à la dérive vomissant leurs entrailles, miliciens psychopathes au service du futur, l’or noir se mêle au sang sous l’œil du Dieu Dollar. Au milieu du Chaos, des nouveaux cataclysmes, le KrashWar nie l’espoir et relance sa croisade. Consternés du contrôle, déviants non reclassables, tournée de 20 ans d’âge pour restaurer l’envie.

 

 

 

To all our friends !! 

 

 

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Mardi 18 avril 2006 2 18 /04 /2006 15:07

L’homme congelé

La stridence électrique le fait tressaillir, comme un acouphène douloureux qui vrille soudain ses nerfs. Il sursaute, puis retombe, allongé sur son lit. Il attend, l’oreille tendue, dans une calme anxiété. Le bruit retentit de nouveau, à deux reprises. Puis plus rien. Les dernières vibrations se noient dans le silence, qui envahit de nouveau la chambre.

Lentement, il détourne la tête vers la fenêtre en surplomb, sur sa gauche. Il contemple un bref morceau de ciel, apparemment bouché, puis son regard se perd dans le vague tandis que des sons de la ville s’éloignent dans le néant.

Il s’interroge, de façon lointaine, sur le possible intrus ; trois mois que personne n’avait sonné à sa porte. En l’absence de réponse même les plus acharnés avaient fini par se lasser, par jeter l’éponge.

 

Il avait quitté le monde doucement, dans une progression insensible, cessant petit à petit tout contact avec l’extérieur, excepté ceux de la survie, s’effaçant de l’humanité, devenant peu à peu un spectre.

Il avait pourtant été au cœur, de l’élan de ce qu’ils nomment existence, tout du moins il lui semble, il y a bien longtemps,pendant ses années folles. Il dormait peu même, ne vivant que d’action, poussé dans le vortex d’un mouvement incessant. Il avait dû souffrir, sans même s’en rendre compte, si ce n’est des instants qui flottent en sa mémoire, fantômes inoffensifs de douleurs oubliées. L’euphorie le menait, sorte de fièvre froide, réchauffée dans l’usage de quelques carburants. Il avançait sans fin, d’un pas rapide et brusque, tiré vers une mission dont in ne doutait pas.

Puis le pic était retombé, au fil des temps qui passent, non sans quelques périodes de dure résurgence, et la température avait lentement baissé, la frénésie en berne, comme une certaine distance s’instaurait dans son âme.

Les objets s’éloignaient, de même que les humains, leur attrait apparent lentement dissolu ; ne restait désormais qu’un apaisant silence et la conscience lointaine de forces élémentaires, puissances incontestables régissant son destin, ce qui le touchait peu.

Ses sorties s’étaient espacées, avant de disparaître. Ne subsistaient que celles de grande nécessité. Son téléphone s’était tu, jamais employé, tandis qu’il explorait ce tout nouvel espace. Des gestes minimaux, économie totale, volontaire dilution de tout esprit d’action.

Il attendait maintenant, dans le silence des choses, le cerveau enfin vide, d’idées comme d’émotions. Il appréciait la paix, l’extrême tranquillité, et goûtait l’épaisseur et la texture du temps. Il ressentait l’infime changement de la lumière, et les grains de poussière tombant dans ses rayons, univers infini, multiforme, complexe, qui le laissait ravi, hébété et songeur…

 

Sa tête sombra lentement, comme son corps s’affaissait, une détente totale s’insinuant dans ses membres.

Quand il se réveilla, la nuit était tombée. De l’eau coulait lentement le long de ses vitres, déformant la lueur de lointains lampadaires. Le silence s’était fait, la rue sans aucun son, sinon le crépitement de la pluie sur les toits.

Il releva la tête, se redressa lentement, émergeant à regret de son coma paisible, puis il tendit le bras pour allumer l’ampoule... Elle se trouvait trop loin, de quelques centimètres. Il grogna, sans conviction, s’étendit pour tenter de l’atteindre… Puis sa main retomba et ses yeux se voilèrent, tandis qu’un fin sourire se lisait sur ses lèvres.

Il se laissa aller, dos adossé au mur, se tournant pour trouver une posture confortable. Il soupira, satisfait. Nul besoin de lumière ce soir, tout était à sa place. Un effort inutile détruirait cet instant.

Il pivota un peu, les yeux sur sa fenêtre, et contempla la nuit, le calme et le silence.

Finalement, le noir lui allait bien.

 

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Mardi 20 juin 2006 2 20 /06 /2006 13:13

Obsession

Ils étaient au milieu de la première bouteille de Whiskey quand le portable de Ed sonna. « Hum… Ouais… Ouais… Bien sûr ! Passez ! Passez quand vous voulez !... OK… A tout à l’heure. »

« Et dis-leur d’amener quelque chose à boire », eut juste le temps de s’exclamer Bob, trop tard visiblement.

« T’inquiète. On a de quoi faire ! », rétorqua Ed, et pour la peine, sourire aux lèvres, il releva les basses Hip Hop qui pulsaient dans la pièce et lança l’entreprise de fabriquer un spliff.

Bob restait pensif, contemplant d’un air inquiet la bouteille de Paddy qui trônait sur la table, descendue des deux tiers, et celle encore intacte laissée dans un pochon, juste à côté d’un pack.

Pas si sûr qu’ils en aient tant que ça, si de nouvelles personnes passaient prendre un pot. Un peu plus d’une bouteille, une dizaine de canettes : rien de vraiment énorme pour une nuit aussi jeune.

Il repoussa machinalement le sac de courses encore plein dans un coin du mur, protégé. On ne savait jamais. Si un crétin venait à marcher dessus…

Il releva la tête, se servit un Whiskey Coke, bien tassé, au cas où, et reprit sa discussion avec Den et Sophie, se replongeant dans la chaleur tranquille de ce début de soirée, les quelques verres avalés picotant doucement sa gorge, une légère buée planant dans son cerveau.

Il finissait sa tasse quand la sonnerie retentit, et Ed de se relever pour aller à la porte. Serrement de main, embrassade, bref conciliabule, et il revient bientôt suivi d’un jeune couple.

« Patrick, Cindy, c’est Den, Sophie...»

« On s’est déjà croisés…»

Embrassades, bref échange…

« Et là c’est Bob. »

« Enchanté. La forme ?! »

Le rituel du bonjour, sourire un peu crispé.

Tout le monde se rassoit à la table, se poussant comme il peut.

Bob finit son mix d’une gorgée. Il scrute le sac plastique posé aux pieds des amis de Ed : un pack, sans doute.

Bingo !

« On a ramené ça », explique Cindy, en extirpant 6 Leffes et déposant les bières à portée de la table.

« Parfait parfait. »

Ed revient à son buzz et le propose bientôt aux nouveaux arrivés.

Parfait ? Ça tiendra dix minutes, calcule Bob, avec la descente moyenne des fêtards de la place.

Il leur sourit hypocritement, échange quelques mots, rigole. Si seulement ils avaient pu prendre une autre bouteille de gnôle : Whisky, Rhum, Vodka, même du mauvais Cognac, ou alors deux ou trois bouteilles de pif…

Six binouses : une par personne. Le calcul est rapide. On n’ira pas loin avec ça. Il s’agit de charger la bête avant que les stocks ne s’épuisent.

Il tend la main d’un geste innocent vers le Whiskey bientôt vide, quand Ed, voyant ses invités prêts à ouvrir deux bières, pose la question en trop, celle qu’il aurait dû taire :

« Un p’tit Whisky en apéro à la place de la bière ? »

Hésitation, échange de regards.

Bob ne les lâche pas des yeux. Il guette le moindre signe, suspendu à leurs lèvres, priant pour un refus, auquel il ne croit pas, néanmoins.

« Pourquoi pas ? », sourit enfin Patrick, suivie par son amie : « Moi aussi, un petit. »

Une montée de haine le submerge, qu’il endigue à grand peine, et un tic de mépris tord un instant sa bouche.

Il se reprend, c’est une soirée, cela n’est rien, tandis qu’Ed les rejoint avec deux nouveaux verres.

Il leur tend la première bouteille, pas loin d’être vide, espérant que le reste leur suffira à deux.

Patrick le remercie, jauge un instant le fond, puis le vide entièrement dans son verre.

Stupeur.

Sans s’arrêter, dans son élan, il la repose et se saisit de la neuve, qu’il avait repéré, fait craquer le bouchon, déflorant la bouteille, et en sert une rasade à son amie.

Bob encaisse.

Il n’en croit pas ses yeux. Le bruit familier l’a déchiré. Il espérait l’ouvrir lui-même, cette bouteille. C’était son dû.

C’est sûr maintenant, ils ne tiendront pas la soirée, l’alcool s’épuise trop vite, et ils sont maintenant six à le partager.

Se forçant à sourire il saisit la bouteille, et remplit son godet quasiment à moitié.

Il trinque avec tout le monde, sort une blague, qui fait rire, puis saisit au passage une Leffe de dans son pack : c’est sa vengeance.

Il l’ouvre, s’humecte la gorge de gnôle puis l’arrose d’une vaste rasade de bière.

Une flamme délicieuse vient brûler toute sa gorge, remonte à son cerveau, fait bouillir son sang et mouille son regard.

Puisque c’est fichu, autant y aller !

Il allume une cigarette, en tire quelques bouffées, alternant Whiskey pur et bonnes gorgées de Leffe. A l’irlandaise.

Les autres semblent détendus, les discussions s’égarent, tandis qu’un vieux Reggae cadence l’atmosphère. Lui-même se sent bien, tout baigné dans l’alcool, pour peu qu’il ne pense pas aux réserves en déclin. Les derniers invités boivent lentement, savourant les gorgées, mais Den descend les verres à sa force habituelle.

Bob le suit à la trace, sans rien laisser paraître, en ajoutant de plus des gorgées de bière fraîche. Non qu’il l’aime particulièrement, loin s’en faut, encore qu’avec du Whisky l’effet soit agréable, mais il ne peut décemment trop attaquer la gnôle. Il n’est pas seul. Les autres en veulent. Il combine donc le Sky avec quelques canettes, qu’il épuise peu à peu.

Le son gagne en volume. Les paroles s’entrecroisent. Des signes d’hilarité éclosent sur les visages, dont les pommettes rougissent tandis que les verres fusent.

Bob se laisse aller, tire sur plusieurs pétards, entre enfin dans l’ambiance joyeuse de l’assemblée.

On attaque les bières, maintenant, ça le rassure, le niveau du Whiskey cesse de l’obséder.

Il discute avec tous, divague sans y penser, s’écartant du réel et du temps qui s’enfuit.

Les amis d’Ed se révèlent sympathiques, finalement. Il les convie à passer chez lui, s’enquiert de ce qu’ils font, commence à les aimer.

Les minutes filent, noyées dans la fumée, tandis que les morceaux se succèdent sur la chaîne.

Bob sirote une bière, sa tasse est presque vide, quand Sophie tend la main vers le reste de Paddy, s’exclamant juste alors : « Tiens, c’est bientôt le dernier ! »

Un sursaut instinctif : Bob tend aussi le bras, et le bout de ses doigts fait tanguer la bouteille.

« Hollé ! » : Ed tente de la saisir, mais elle esquive sa prise et choît sur le tapis.

Horreur ! Elle est ouverte ! Et répand son liquide sur le sol de l’appart.

C’est lui qui tient le bouchon dans sa main. Il voulait la refermer quand Sophie a bougé.

« Et merde ! », s’exclame-t-il, blessé, tandis qu’Ed remet le Whisky sur la table et que Den jette des mouchoirs sur le sol.

Tout est foutu ! La fin du Paddy ! Son dernier verre !

« Désolé », couine-t-il.

Il est tétanisé, et laisse So se servir ce qui reste, reposant lourdement la bouteille sur la table en métal, désespérément vide cette fois.

Les autres ont recommencé à délirer, l’incident déjà oublié, mais reste comme absent à fixer le tapis, marbré d’une tâche sombre : son Whisky.

Il engloutit sa Leffe qui lui semble écœurante et rallume un vieux joint perdu du cendrier.

C’est fini ! On peut rentrer !

Toute euphorie le fuit comme il devient maussade : l’alcool semble fuir son sang, vider son cerveau, le laissant seul, froid, sans rien à faire ni à désirer.

Il s’affaisse sur lui-même et roule une cigarette, silencieux.

La fête l’a déserté, le destin l’a trahi. Il est en dehors, tandis qu’autour de lui les conversations roulent.

Son portable vibre. Il s’en saisit, décroche, la voix atone. C’est Syouff, un bon ami fêtard. Il cherche quoi faire.

Bob se tourne vers Eddy : c’est bon, il peut passer.

« OK, t’as qu’à venir », répond Bob.

« Pas de problème, j’arrive ! Avec ma Vodka ! »

Bob rejette son portable et son regard s’éclaire. Un sourire enfantin se fait jour sur ses lèvres.

Le monde s’ouvre à nouveau, la lumière resurgit, et une vague d’euphorie le fait presque pleurer.

« C’est Syouff ! Il arrive tout à l’heure, avec de la Vodka ! »

Il s’empare du pétard que lui tendait Cindy, en tire trois lattes qui lui savonnent la tête, puis il saisit une bière jusque-là ignorée qu’il décapsule d’un geste, dont il boit une gorgée.

« Trinquage ! », dit-il, sans aucune raison, et il tend sa canette vers celles de ses amis.

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Mercredi 27 juin 2007 3 27 /06 /2007 13:35

BAD MOON by NoWay

 

" Putain de 11 Novembre ! ", cracha DJ RIK, sonné, en s'extirpant péniblement de sa vielle Peugeot.

 

Coup de bol, il avait l'air indemne, même si le contrecoup du choc heurtait toujours durement sa cervelle et ses membres.

Il s'approcha du bord du talus pour constater les dégâts, à la lumière du seul phare encore vivant. Sa voiture était encastrée dedans, presque pleine face, légèrement sur le côté gauche. Le pare-brise avait tenu mais tout l'avant avait l'air enfoncé, le coin cligno ayant touché le premier en apparence complètement détruit. Une vague odeur de brûlé émanait de sous son capot - Pas bon ça ! - ,et il lui semblait discerner dans le brouillard qu'une légère fumée s'en échappait.

Putain c'est pas possible ! Tous les ans la même poisse ! L'année dernière il s'était pété le pied à l'extérieur du Barracus, quand son bac s'était écrasé dessus en tombant de sa bagnole, et il avait fini au poste pour éthylotest après un contrôle positif alors qu'il rentrait péniblement de la cambrousse, sa chaussure gauche imbibée de sang, pour faire une virée aux urgences.

Quelle merde ! La 305 avait l'air bien niquée !

Coup de pot qu'il ait rien eu en plus, vu qu'ça commençait à peler sec, en plein milieu des champs par c'putain d'nuit sans lune !

 

nohope.jpg Tout ça à cause de son portable de merde ! Chié !

Quel était le crétin qui l'avait fait bipper en plein virage?

Un peu dévasté avec le vibreur et le son, il avait pété l'plomb et tenté direct de l'extraire de sa poche… Et bing ! Droit dans le talus à gauche ! Le tournant était sec et avec le verglas…

Putain d'fossé ! Même pas sûr qu'il puisse repartir ! L'allait falloir contacter ses potes, ou une saloperie de dépanneuse qui puisse le bouger d'là. Quoiqu'en nocturne, matin du 11 Novembre, c'était pas vraiment donné ! Il sentait déjà l'coup.

 

Il se repencha à l'intérieur de sa caisse, alluma le plafonnier et commença à scruter le plancher. Putain où c'est qu'était cette saloperie d'engin ? Il avait dû glisser ce con !

Torsions, contorsions, tâtage sous les fauteuils… Le v'la putain c'te saleté d'portable !

Il l'extirpe de la planque où il avait giclé, au fond, sous le siège avant gauche, et commence à le tripoter.

Il s'est éteint l'abruti ! Pourvu qu'il soit pas dead !

Il presse le bouton vert, attend un court instant… Putain ça s'allume ! Cool ! La sacrée merde sinon ! Coincé au milieu de rien !

OK ! Il va appeler Manu, DJ ZU, il va l'dépanne. Il doit être sur la route avec la bande, à quelques bornes de là. Il va v'nir le toper et lancer le son chez lui. Quoiqu'il arrive, putain ! 

" Allo Manu… ?

- … Hey Rick, c'est toi ? Putain c'était quoi l'bruit t't'à l'heure quand on t'a checké ? Ç'a coupé net, mec !

- Ah c'était vous putain ! Merde les gaziers ! J'suis dans la loose, là ! J'me suis scratché en caisse direct dans l'talus avec vot' putain d'appel les gars ! J'tais cramé !

- Oh putain mec ! Ça va quoi ? T'es OK, c'est bon ? T'es pas fracasse ?

- C'est bon, ça l'fait mais faut qu'tu m'dépannes, là ! J'suis au milieu d'rien, tu vois, pleine brousse. Faut qu'vous v'niez cash, là ! …

Allo ? … Allo Manu ? ... Eh, tu m'entends Manu ? … Tu checkes ou quoi, putain ? … "

 

Et merde ! Il s'est rééteint c'couillon !

Appui sur bouton vert… L'écran s'allume… Code SIM… Blablabla…

OK c'est parti : Recherche Réseau…

Putain ! Batterie faible… Et merde !

BIP BIP BIP… Ecran noir ! Va t'faire !

Putain c'est chaud, là ! Vraiment la putain d'mouise ! Plus d'portable !

La bagnole est niquée et il commence à congeler sec, là, dans sa putain d'veste Carhart. Il aurait dû choper sa doudoune, merde, sa camouflage énorme, celle pour les Tekniboules putain, sa grosse combi anti-froid ! Mais bon, au Teddy Club, pour son set, c'était pas trop l'ambiance quoi, pas trop l'style de la place ! Plein centre ville ça l'aurait fait moyen habillé esquimau caillera, alors il avait topé l'autre, c'truc qu'entrave rien putain ! Et maintenant il caille à mort comme un kéké, merde !

 

Putain d'blase ! elders.jpg

Il s'rapproche de la caisse, s'installe au volant, rallume le contact : Roaf… Roaf… Rooooaf… Rrrrrrrr…

Putain la pute ! Ça pédale dans la merde ! Y'a rien qui part ! Pas moyen ! C'est tout niqué ! Il l'a profond !

En plus il checke que dalle en méca, il capte que dalle ! Zgougou !

Il a même pas une pov' lampe pour j'ter un œil sous l'capot ! S'il peut l'ouvrir en plus ! Et ça c'est pas donné, vu l'truc à quoi ça r'semble. Il a l'air bien foncedé, là, tordu d'chez tordu, genre encastré même, à c'qu'il peut voir !

 

Chié !

Rick sort de la bagnole en braillant, ultra vénère, cervelle à bloc. Il commence à carburer des neurones, là. Ses couilles se recroquevillent. Il va quand même pas crever ici, putain ? C'est pas possible !

Il s'arrête un instant, regarde aux alentours, dans l'espèce de brouillard.

Pas une lumière. Pas un bruit dans l'obscurité brumeuse que seul son phare éclaire.

Il saute sur ses pieds pour se dégourdir, masse ses deux mains, maintenant glacées.

Putain ça caille sévère, y'a pas à dire ! Pas d'clope en plus, le top du top !

Il a fumé la dernière en partant tellement il était vert. Il comptait sur ses potes pour l'reste de la teuf. Ils avaient dit qu'ils en rechopaient.

 

Et merde ! Faut qu'il fasse un truc !

Personne va l'trouver ici paumé sur sa putain d'route de cambrousse !

Faut qu'il r'joigne un axe, une big route, et qu'il compte sur le bol, sinon c'est la totale ! Matin du 11 Novembre… Il doit bien être 2 heures. Putain c'est pas gagné !

Pas l'choix !

Ça fait chier d'laisser la bagnole là mais y'a pas d'aut' putain d'choix ! Il va fermer les portières puis il r'viendra d'main, avec les potes, voir c'qu'il peut faire…

 

Et son bac !

Putain c'est vrai qu'y a son bac dans l'coffre de la caisse avec tous les vinyls pour l'set de c'soir ! Ils ont même pas servi, merde !

Ça l'blase, ça ! Il en revient pas !

Clair qu'il peut pas l'laisser là, son putain d'bac ! Si quelqu'un checke la caisse, même demain, et qu'il fouille voir c'qu'il peut toper, là c'est baisé ! Total fuck ! Sûr qu'il embarque les skeuds, le pellos ! Ses putains d'grosses balouses, ses bombes atomiques : ses Vektor, ses Tekall, ses Popof !… Ça fait pas l'ombre d'un pli c't'hisoire ! Y'a même quelques vieux Spi dans son bac ! Ils vont même pas hésiter !

 

lune.jpg OK ! Il l'prend !

C'est la loose mais il lâche pas son bac ! Pas moy ! Que dalle ! Il l'embarque ! Même si c'est la chienlit !

Son bac, il reste avec lui ! V'là l'truc ! C'est tout !

Pas d'embrouille, merde ! Sûr de pas se l'faire taxe !...

Il l'extrait péniblement de son coffre - Il est plein à ras bord, c'est vrai qu'il avait prévu large ! -, le pose sur l'herbe congelée et referme la bagnole.

Putain c'est balèze ! Il va s'galérer c'est net, mais bon, pas moyen !

 

Il jette un œil aux alentours, panoramique dans tous les coins.

Personne !

Pas même une pauv' lumière de caisse ou d'baraque dans les alentours. Total nobody !

C'est clair qu'sur sa putain d'route de cambrousse direction Cheugnat, c'est pas vraiment l'défilé ! Alors un 11 Novembre à 2 ou 3 du mat !...

Faut qu'il r'joigne la route de Breuilly, c'est clair ! Y'a qu'là qu'avec un peu d'bol il a p't'être une chance : un bonhomme bien ravage qui rentre de sa fête, ou un connard de clubber qui r'vient du Palladius.

Putain ça fait bien une borne à patte, mais bon, y'a qu'ça qui l'fasse ! C'est ça ou la mort lente !

 

Rick ferme sa veste du mieux qu'il peut, sautille sur ses pieds, frotte ses deux mains l'une contre l'autre, puis se baisse et ramasse son bac par les côtés, le soulevant d'une brusque torsion des reins.

La vache ! Il doit bien peser 15 kilos ce salopard, au bas mot, et que d'la vraie bombe de balle !

C'est ça d'être un Master DJ : c'est toi qu'as le son mais c'est d'la merde à trimballer !

Il commence péniblement à avancer vers la route qui mène à Breuilly, s'arrêtant tous les 50 mètres pour se reposer un peu et masser ses mains endolories, réfrigérées et à demi cisaillées par les bordures de plastique coupant des poignées.

Putain ça fait combien de fois qu'il s'dit qu'il faut qu'il change de bac ? A chaque fois il s'dévaste les doigts sur les saloperies d'bord qui lui perforent la chair tellement c'est lourd.

Et merde ! Putain d'connerie d'bac de jardinage !

 

Au bout d'une vingtaine de minutes, Rick aperçoit vaguement la route proche, à la lueur de quelques étoiles.

Pas l'moindre croissant ce soir ! C'est lune noire, comme dit son pote Detros, la vraie nuits des obscurs pour les fiestas qui pètent !

Putain tu parles ! V'la la fiesta ! badmoon-.jpg

Gitanie sur bord de route ! Pète ton arrache !

 

Il arrive presque au dernier virage avant l'intersection quand il entend vrombir un truc, sur sa gauche.

Putain une caisse !

Il commence à hurler, pose son bac, et commence à courir. Il s'trouve à peine à quelques mètres !

La voiture passe plein phare presque sous son nez, dans un rugissement de moteur, et il contemple ses feux arrière qui s'éloignent dans l'obscurité, avant d'un coup de disparaître.

 

Chié merde ! A trente secondes près, le con ! Il aurait sauté sur la route pour l'arrêter, s'il avait pu ! Pas d'pitié ! Mieux vaut s'faire scratcher que d'être congelé comme un connard sur l'bord, merde !

Enfin bon ! Il passe des caisses au moins, c'est déjà ça ! Y'a plus qu'à trouver l'bon coin et prendre son mal en patience. Si y'en a une, y'en aura deux ! C'est net !

Pas d'prise de tête surtout !

Pas flipper ! Surtout pas flipper !

 

Il retourne prendre son bac abandonné en arrière et va se poster sur le bord de la voie, un peu après le croisement, un endroit où on l'voit d'loin, où les phares devraient bien l'arroser, pleine face, pas moyen du tout de l'rater !

 

Il pose son bac au sol, à sa droite, juste contre son mollet, les mains atomisées, circulation coupée, avec des putains d'marques sombres gravées en plein milieu.

Saloperie d'bac !

Il saute d'un pied sur l'autre au milieu du silence, respire à grandes goulées, et souffle bruyamment pour se chauffer un peu. Ses oreilles sont en glace, transpercées d'froid, mais il a même pas d'capuche, alors y'a qu'à attendre, et puis morfler sévère !

 

La putain d'saloperie d'soirée d'merde ! Pas imaginable !

Et dire qu'il a même pas pu faire son set qu'il bossait à fond d'puis l'début de la semaine !

C'est lui qui devait finir au Teddy, putain !

Soirée spécial mix, avec plein de tribeux et d'p'tites mignonnes, merde, c'est là qu'il fallait les scotcher !

Il allait mettre le dance floor en feu avec son putain d'mix !

Début acide tranquille pour faire la transition, puis la bonne montée montée tribe finie sur du Rectus et deux-trois Martek, avant de cramer le bar avec du pur acid-core, ses disques d'occase des Spi et des vieux Max dB.

Il l'avait là son set, en entier ! Dans sa tête, disque par disque, track par track avec les putain d'pitch !

Et il avait fallu qu'c'connard de DJ Mich avec sa house de merde, tazé 20 000, balance sa putain d'binouze direct en plein sur la table de mix !

Putain mais quelle raclure ce mec !

Juste avant son set ! Recta ! Plus d'son, plus d'lumière, tout l'système élec en vrac !

Le temps d'relancer l'truc en changeant les fusibles, il restait plus qu'une demi-heure ! Son mix coupé de moitié putain !

Et là le top du show, la table qui fonctionne plus ! Que dalle ! Pas moy ! L'machin complètement dead, pas moyen d'l'allumer, même essuyée à fond !

L'patron du bar qui gueule, qui vire ce crétin d'Mich, et qui lance un CD sur la sono du bar, direct, un putain d'set de Carl Cox, merde !

Et lui grillé total ! Comme un con avec son bac à attendre que ça s'passe !

Over fucked ! Niqué d'sa race !  

L'était direct allé s'fumer une blonde dehors tellement il était vert.

Le Mich, il l'aurait encastré, s'il était resté dans l'coin. Putain d'débile !

 

She-Devil.jpg Heureusement avec ses potes ils s'étaient rencardés à l'avance pour péter du son chez lui, dans sa piaule de cambrousse, p'tit comité, et là il s'avérait qu'Manu et Nono avaient recruté pas mal de p'tites minettes qu'ils avaient engrainées au bar, bien motivées d'les suivre et d'bouger sur d'la vraie Tek !

 

Et pis v'là c't'accident !

En plein cœur de la nuit, avec ses potes et les miss qui d'vaient déjà être par chez lui, à l'heure qu'il est, en s'demandant où il a bien pu s'vautrer, vu qu'il avait pris son raccourci spécial, par les p'tites routes un peu rêches, histoire d'arriver en premier pour préparer un peu l'terrain !

Putain d'chierie d'jour de merde !

Comme d'hab ! Toujours une saloperie ! Et une belle cette année !

 

DJ RIK s'arrête net de gueuler. Il se penche en avant, les oreilles grandes ouvertes, tendu vers le lointain, sur sa gauche.

Oh yes ! V'là d'la lumière qu'approche !

C'est des phares, c'est sûr, avec un putain d'bruit d'moteur !

Il y croit pas ! Trop beau !

Elle arrive droit sur lui, c'te p'tite pute ! Royal !

 

Il décide d'empiéter cash sur la chaussée, le pied droit direct sur la route. Il tend son bras le plus loin qu'il peut, en plein milieu de la voie, histoire qu'l'autre le loupe pas. Il est plein phare, ça devrait l'faire !

 

La caisse fonce vers lui. Il secoue l'bras à fond, se contorsionne, pantomime sur le bord. Faut qu'elle s'arrête putain !

Elle ralentit !

Trop bon !

Ça y est, il est sauvé ! Out of the mouise !

 

La voiture vire à droite, s'arrête sur le côté, juste devant lui. Une bagnole blanche, p'tit modèle, genre AX ou Clio.

Oh putain la plaise ! La putain d'plaise de sa mère !

Rick soulève d'un coup son bac et court à la portière, qui s'ouvre à son approche.

Un jeune au volant se penche vers lui, clope au bec, casquette sur le crâne.

" Ça va mec ? Qu'est-ce tu fous là à c'te heure?

- Putain d'accident avec ma tire mon pote ! A un peu plus d'une borne sur la p'tite route à droite. Impossible d'la bouger. Elle démarre que dalle ! Nada ! Elle m'a l'air bien destroy.

- Comment qu'tu comptes faire, alors ?

- Faut qu'j'contacte mes potes, qu'ils m'dépannent, mais là mon portable est mort. Faut qu'ils viennent me toper.

- Putain j'ai pas d'portable avec moi, mec, désolé, mais j'peux p't’être t'avancer ? Tu bouges par où ?

- A Bossaud. Juste à côté d'Cheugnat. A 10 bornes dans la cambrousse, sur la droite.

- Putain c'est pas trop ma route, mec !

- Et toi tu vas jusqu'où ?

- J'trace à une teuf qu'est à Brieuk, tu vois. Tout droit.

- Si ça te l'fait t'as qu'à m'pousser jusqu'à Breuilly. C'est 5-6 bornes plus loin, sur ta route, l'prochain gros bled. De là y'a une cabine, j'pourrai les joindre avec ma carte.

- OK nickel ! Ça m'ralentit pas trop.

T'as un bac on dirait ? T'as qu'à l'mettre à l'arrière.

- C'est classe mec, tu m'dépannes bien, là. J'étais sérieusement dans la merde, paumé dans la cambrousse. En plus ça caille sévère ici, c'est rien de l'dire. "

Le gaillard sourit et lui ouvre la portière arrière. Rick cale du mieux qu'il peut son bac sur la banquette, puis s'installe à côté du pilote, qui redémarre aussitôt.

  harshslavz.jpg

" Qu'est-ce qui t'arrive alors ?

- Je m'suis vautré comme un gros crétin alors qu'on d'vait lancer du son par chez moi, avec quelques potes.

J'ai fait un putain d'dérapage sur l'verglas et ma caisse s'est fracasse dans l'talus, direct ! Bien foncedée ! En plus y'a mon portable qu'est mort, plus d'batterie ! Tu vois la mouise !

- C'est clair qu't'aurais pu rester à te peler à mort si personne ne passait ! Y'a pas l'air d'y avoir grand monde sur cette route aujourd'hui.

- Tu m'étonnes ! Et toi tu bouges sur Brieuk alors ?

- Ouais ouais ! J'vais jouer dans une p'tite teuf là-bas. Au Karibou. C'est ouvert toute la nuit pour le 11 Novembre.

- Et tu joues quoi en fait ?

- Boaf… Un peu d'tout, t'sais… Acide, tribe, hard tek… Un peu de house même quand c'est ça qu'les gens kiffent…

Et toi ? 

- Plutôt du dur, tu vois. D'la tribe qu'attaque, genre Martek ou P-Core, une peu d'acide core, et d'la vieille tek genre Spi, 69 dB, Crystal Disto, des trucs comme ça, tu vois… 

- Ah ouais ?...

Et t'as beaucoup de vieux Spi alors ?

- Ben j'les ai quasi tous tu vois. C'est ça l'pur son que j'kiffe ! Rien qu'dans c'bac, là, j'pense qu'y en a une bonne dizaine.

- Putain cool ! J'en ai quelques uns aussi. Ça tabasse grave !

- Clair !

 … "

 

nohope.jpg " Putain t'as entendu ?

- Quoi ?... Non ! Que dalle !

- Un putain d'bruit bizarre juste à l'arrière ! Côté droit !

Un truc space putain. J'espère qu'on a pas scratché quelque chose ! "

La voiture oblique sur la droite dans un crissement de freins et s'arrête sur le bas côté.

" Hey mec, tu peux aller j'ter un coup d'œil viteuf ?

Ça m'fait flipper c't'histoire ! Vérifie juste si y'a rien sur la route, un bestiau ou quoi…

Tiens ! Chope la lampe torche ! "

Le mec à casquette ouvre la boîte à gants et tend à Rick une petite loupiote bleue, taille gamin.

Celui-ci la prend, hésite un instant, puis ouvre sa portière.

" OK mec ! J'y vais ! Si ça peut t'rassurer !

Mais j'crois qu'tu trippes, là ! J'pense pas qu'ce soit grand-chose. J'ai rien entendu, moi ! "

 

Rick sort de la voiture, allume la lampe, et commence à longer la route en sens inverse, penché en avant, scrutant le sol à la recherche d'une trace.

Que dalle !

Il a fait environ dix mètres, sans rien voir de spécial, quand un claquement de portière retentit dans son dos, suivi dans la seconde d'un rugissement de moteur.

Il a juste le temps de faire volte face pour apercevoir l'AX reprendre la route, plein gaz, et disparaître d'un coup après le prochain tournant.

" Oh putain non ! Nooon !... "

Il commence à courir derrière comme un damné, sa lampe torche à la main, dans l'espoir insensé qu'elle s'arrête de nouveau…

 

Au volant, l'homme à casquette sort son portable de sa poche gauche. Il vient de retentir.

" Ouais ?…

- Oliver ? C'est DJ Tsky !

Alors, qu'est-ce que tu branles ? T'arrives ou quoi ? Tu joues dans moins d'une heure, mec !

- C'est bon j'arrive mec, j'arrive !

J'suis sur la route. Y vient d'm'arriver un vrai truc de malade mon pote ! Une pure histoire de trippé, tu vas pas y croire ! J'viens d'rencontrer un neuneu mon ami, t'imagines même pas ! Modèle de combat ! Spécial pinpin d'l'espace !... "

Et il jette en souriant un coup d'œil sur la banquette arrière, le bac marron bourré de vinyls à craquer, une bonne centaine au bas mot…

  badmoon-.jpg

Quelques kilomètres en arrière, sous la lune noire et la froide lueur des quelques rares étoiles, DJ RIK avance en grognant, larmes de rage dans les yeux, d'un pas sec et pesant, direction cabine de Breuilly.

Par Klub des Krasheurs - Publié dans : NoWay
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Mardi 10 février 2009 2 10 /02 /2009 15:40

 

Festival

Rumble Theory

les 17 & 18 Octobre 2008

au Mondo Bizarro

(Rennes)

 

         Ça y est ! C'est la rentrée, et le retour du rock'n'roll (on dirait !) en notre bonne ville de Roazhon. Et autant dire que s'il a fallu attendre la mi-octobre pour voir la musique revenir en force dans nos contrées, le week-end est cette fois-ci presque trop rempli, puisqu'à côté de l'alléchant festival que je me propose de vous chroniquer, on avait aussi droit le vendredi à la pièce musicale Le Dieu Fou, interprétée à La Bascule par nos ennemis de Beyond, d'où absence évidente dans notre article des pourtant éternels Mr Honk, Damnaë et autres isAAAc, ni du dangereux King Low, lancé à corps perdu dans une mission médicale de psychiatrie gériatrique (ça promet !), et le samedi au concert des mythiques trash-punks d'Exploited au Bacardi, dans les Côtes d'Armor, concert qui apparemment valait bien sa gamelle en cahuètes...




         Mais revenons à nos moutons, et donc à votre serviteur, arrivé sur les lieux pour une fois à 21H précises (OK, c'était écrit 20H30 tapantes), soit, ce qui tient du miracle, quasiment presque à l'heure, pour la première partie de ce mini-festival. Eh oui, pour une fois pas de retard intempestif ni d'arrivée déjà semi-cramé, puisque d'apéro il n'y eut point, les Krasheurs vaquant chacun à leurs diverses occupations (et notamment pour la plupart ce fameux live de Beyond, par ailleurs disponible en écoute sur notre site). C'est donc presque frais, et à peine équipé d'une fiole de punch maison (l'EPO du rockeur) que je débarquais dans la place, où, splendeur !, personne n'avait encore commencé à jouer, et autour de laquelle gravitait déjà une certaine populace. Plutôt bon signe, surtout quand on repense à certains concerts de l'année dernière (on pense à Action Beat, notamment, un peu avant l'été), où on arrivait péniblement à réunir 30 pellos pour des groupes pratiquant pourtant du son d'excellente facture. D'où d'ailleurs la lassitude d'assos comme K-Fuel qui firent pendant un temps grève des playlist et n'actualisèrent plus leur site, en pointant par ce biais ce qui paraissait être le manque d'intérêt local pour ce qui est de la bonne musique.







         Alors, se disait-on, le rock'n'roll serait-il mort ? La crise économique allait-elle l'enterrer ? Ou l'esprit fin du monde ramènerait-il le peuple dans le cœur orageux de salles désenfumées ? C'est ce qu'il s'agissait ce week-end là de voir, avec ce petit festival, pointé comme éclectique (MathRock, Noise, Postrock, FreeJazz et même FatalFolk), qui présentait pas moins de 6 groupes différents (dont les mythiques Möller et les rustiques australiens de Scul Hazzards) sous la bannière non pas d'une, mais de 5 associations, réunies toutes en pack pour créer l'événement, soit nos amis de K-Fuel, GarageSoupeBébéBrusque (??!), Insomniac, Moo (les infernales musiques obliques de l'orientalisant Jean-Louis) et KDB. Moins de risques financiers, plus de vrais bénévoles, et plus de potes à venir (effet bouche-à-oreille), l'idée paraissait noble, restait à la tester !...



         Toujours est-il que quand le 1er groupe entre sur scène, un peu avant 21H30, le pari semble déjà à moitié gagné, puisqu'il y a déjà dans la place près d'une cinquantaine de personnes, apparemment peu concernées par ces sombres histoires de boycott du Mondo, liées au concert quelques semaines plus tôt de ce que certains pensent être un groupe de skins (le groupe lui-même s'en défendant, à ce que j'ai pu comprendre...), et qui amènerait toute une partie du public punk à désormais refuser de se commettre en ce lieu (Attention, là, c'est du lourd !...). Personne n'a l'air, en tout cas ce soir, ni d'ailleurs globalement de tout le week-end, de vraiment prendre au sérieux ce mini-scandale, d'aspect bien ridicule (rappelons que pour certains, Wattie et les Exploited sont presque des nazis !...), qui sous-entend tout de même que Bruno et Big Steph, notamment, soutiendraient ou seraient en accord avec des gaillards et de la propagande d'extrême droite !... On hallucine quand même un peu quand on connaît les deux compères et leur parcours, et quand on voit la liste des groupes qui ont joué ces dernières années ici, un sacré bon paquet d'entre eux (notamment dans les combos punks) se revendiquant anti-fachistes, et proches des anars libertaires. Mais bon, quand une idée géniale se lance, souvent autant le dire à base de 3 fois rien, bien dur comme d'habitude d'arrêter aussi vite la montée en puissance de la connerie humaine...


         Enfin !... Ces tristes constatations passées, venons-en tranquillement à la zique !!!



         Et c'est Fago Sepia, un quatuor de rennais, qui vient ouvrir le bal du Rumble Theory. Leur musique est ce qu'on pourrait nommer du postrock jazz, instrumental, avec une formation classique à deux grattes, basse, batterie, sans voix, producteurs d'une musique subtile, très essentiellement mélodique, qui fait parfois penser, dans le genre contourné, à certains morceaux  calmes des plus anciens certains Don Cab. Nous fait parfois penser, dis-je, car s'il est évident qu'ici ça touche niveau technique, chacun des 4 membres étant bon musicien, et si l'ensemble révèle parfois de bons passages, il leur manque cruellement une vraie intensité, et le poil de folie qui les feraient décoller... Leurs divers morceaux s'écoutent, sans déplaisir, mais le côté mélodieux, axé sur les aigus, nous amène rarement des montées véritables, ou bien une réelle transe. C'est plutôt agréable, mais on reste spectateur, plutôt intéressé sans être vraiment pris, d'autant qu'en général la structure de leurs tracks donne assez peu souvent d'impression d'unité. On est plus près d'un type de jazz au son massif que des groupes free jazz noise de style moitié barrés, ce malgré la présence d'une section rythmique qui, surtout la batterie, m'a pas mal emballée...



         Avis mitigé donc pour ma petite personne, mais le groupe, en partant, est longuement applaudi et, à ce que j'ai compris, a été apprécié... Parfait, parfait ! Grand bien leur fasse ! Le semi-calme, ce soir, ce n'était pas trop pour moi !


         Donc petit mini-break avant le groupe suivant, blasage et picolage, et on l'enchaîne avec Rotule, jeune groupe rock noise de Brest formé voici deux ans à peine, composé d'un trio basse-batterie-guitare, rejoint il y a peu par un 4ème larron, Mr Phantasy, qui opère aux machines, aux claviers, et parfois à la voix (dans un registre électro-indus bloc de l'Est que n'aurait pas renié sans doute notre bon kamarade Groin).


         Pour le coup, on est à des années lumières du jazz-rock sophistiqué qui les a précédés. Rotule, c'est du lourd ! Du basique ! On sent les bons finistériens ! Des rythmiques de batterie assez simples (parfois même un peu trop), tribales et bien obsédantes, avec dessus de bons riffs de guitare et de basse qui fleurent bon la vieille old school noise du début des 90's, genre rengaine hypnotique rentre-dedans qui te martèle sèchement le cerveau et l'oreille ('Enfonce-toi ça dans le crâne !'), parfois assaisonnés de stridences électroniques (plus ou moins pertinentes), et de sessions vocales genre brutales et bien space, assez intéressantes (avec un bon morceau, en français dans les textes, sur un steak de cheval, qui ferait bien fait plaisir aux gars de l'industrie de la viande).



         Et le résultat global, demandera-t-on ? Eh bien pour ce qui est de moi (et  la Miss Annette, sur cette action, était, semble-t-il, de mon avis), malgré d'évidents problèmes de cohésion nés à l'arrivée très récente d'un 4èmelarron, avec une partie digitale qui n'est pour l'instant pas totalement intégrée, et un batteur certes valable, mais qui pour l'instant manque encore de souplesse et de groove (!!), Rotule dégage clairement une réelle impression de force et capte l'oreille et l'attention par des morceaux simples, répétitifs, mais bien intenses, évoquant par instants du proto-Neurosis, et qui laissent augurer, avec un peu de travail, un groupe qui d'ici peu devrait marquer la place, et pilonner durement les dancefloors rock'n'roll. Car on ne peut le nier, le potentiel est là, avec de bons plans gratte, un bassiste excellent, grand tatoué à l'ancienne, qui impose sa présence et un jeu bien puissant, et le reste du combo qu'on sent en devenir, et qui devraient sous peu trouver leurs propres marques. Tout le monde, c'est certain, n'y croyait pas comme moi, mais j'ose dire qu'en l'état, Rotule, c'est du solide (et ça fait bien plaisir d'écouter du bourrin à la Shellac old school, voire à la Terminal sur certains plans instru...), et que dans le futur, s'ils ne dépérissent pas, selon mes pronostics, ça devrait envoyer !


         Pari tenu ! Affaire à suivre...




         Encore une petite pause, puis le plat de résistance : concert de Möller, les rois de la noise rennaise, le premier depuis l'exil de leur batteur Fred à Paris, il y a quelques mois. Celui-ci se montrait d'ailleurs assez inquiet : le week-end de répétition de la semaine précédente s'était trop bien passé, mauvais signe, selon lui, pour le concert à suivre...



         Pas d'inquiétude de ce genre au niveau du public, qui s'était massé nombreux (confirmant le succès réel de ce premier soir) devant la scène pour le grand retour des chouchous locaux, les Möller Plesset  étant maintenant dotés en Bretagne d'une côte plus que flatteuse dans les milieux dits souterrains. Décidé à n'en rien rater, je me retrouvais vite juste devant la scène, à un mètre de Gilles, leur chanteur escogriffe, à côté, autre fan, de Jérôme d'Alphagraph lui aussi bien motive.



         Et hop ! Ça commence ! Leurs riffs alambiqués surgissent des deux grattes, calée sur les rythmiques syncopées du père Fred. Puis Gilles rentre dans la danse, les yeux  déjà mi-clos, basculant sur lui-même comme un navire en grosse mer, avec son chant spécial, décalé et comme ivre, qui n'appartient qu'à lui. Tout d'abord le plaisir de retrouver ce son, rock'n'roll incisif et subtil à la fois, surtout dans la petite salle surchauffée du Mondo, mais le début, correct, n'est pas de leur niveau, et il faudra 2 ou 3 morceaux pour qu'ils se lancent, le volume d'origine étant un peu faiblard (Pousse le son, Mitch !), et le groupe ayant besoin d'un minimum de temps pour reprendre la cadence après ces mois d'arrêt. Mais à vitesse grand V, ces soucis disparaissent, et on a alors droit à du très bon Möller, avec des morceaux vifs, nerveux, qui tranchent dans le gras, le groupe faisant sentir à rejouer ensemble un plaisir évident qui s'empare du public. Celui-ci rapidement commence à s'emballer, et les tubes imparables des deux premiers opus chaudement applaudis, hurlements à l'appui, ainsi que trois nouveaux, d'un disque toujours à venir, testés ce soir en live devant la salle conquise. Le premier reste valable, quoiqu'un peu hésitant, pas totalement calé, puis suit un track bien court, d'une minute trente environ, du rock jouissif en diable, mais c'est surtout le dernier, intense, splendidement mené, joué en toute fin de set, qui va retourner la salle, pourtant toute à leur cause, mais qui se trouve d'un coup très sérieusement bluffée. Pour tout dire, à mon goût, c'est du Möller extrême, un de leurs meilleurs tracks, toute sorties confondues. Du morceau royal tranche d'un groupe maître de son art, qui maintenant démontre l'étendue de sa force.


         Après ce premier set, d'environ trois quarts d'heure, le public est à bloc, siffle et braille à tout va. La bande se fait une pause, le batteur terrassé, plus vraiment dans le tempo de cet intense martelage...



         Mais quelques instants plus tard, les voilà, de retour ! On ne peut stopper ainsi un concert à la maise... Et nous voilà repartis pour un Goat Shave The Queen, version d'anthologie, radicale et puissante, sans doute une des meilleures que j'ai pu entendre, suivie à l'arrachée par un putain de track de fin, dont malheureusement le titre m'a échappé (un vieux morceau old school, bien jouissif et prenant). Et c'est ainsi que prennent fin les hostilités, après tout juste une heure, et malgré toutes les harangues d'un public forcené. Le groupe est bien vidé, Fred ne peut en faire plus, n'ayant tenu la fin qu'en se sortant les tripes. Court donc, mais excellent, du Möller de compète, notamment en fin set. Ce qui laisse à penser que gros son sur une bonne scène (3-400 têtes de pipe), ces 4 petits gars-là  pourraient tout arracher !...



         OK, c'est partisan, attendu que ce sont des potes, mais en ce moment en France, dans le genre de Rock'n'Roll, ils ne sont pas des milliers à jouer à leur niveau, et on se laisse à penser que dans ces conditions, une véritable tournée serait une grande bonne idée !Et pour ceux qui en doutent, venez faire le test en live !



         En attendant, fin de la première soirée, à dégoiser des âneries devant le porche du caf'conc. Une sacré bonne soirée, et un réel succès au niveau du public (une bonne centaine de personnes, à vue de nez), bien présent et plutôt motive, avec des groupes divers et de globalement valables. Juste avant de quitter les lieux, un gaillard s'approche comme on discute de la soirée du lendemain : la vingtaine, l'air un peu à l'Ouest, il se présente comme étant Mein Sohn William, pratiquant d'un genre de folk pour le moins décalée, et me recommande hautement d'être là le lendemain dès 21H tapantes, vu que c'est le sieur lui-même qui ouvrira la soirée. Je l'assure de ma présence : 'Sans faute, mec ! J'en serai !' Et l'on jugera sur pièce cet étrange personnage !         



         Et donc samedi 18, après une nuit tranquille (c'est rare !) de repos salvateur, me voici de nouveau en visite au Mondo, encore une fois seul krasheur dans l'action (Glavio est bénévole au concert d'Exploited (d'après lui une tuerie !), King Low est à son taf dans son centre d'accueil (si si ! ça arrive...) et Groin est à sa maise à bosser d'arrache-pied sur des visuels de skeuds), et en forme étonnante pour un samedi soir (suite à un vendredi soir, qui une fois n'est pas coutume, n'aura pas dérapé en beuverie matinale...).



         Prêt donc pour la nouvelle fournée des 3 projets du jour, réunis par les 5 assos qui organisaient, dont certains membres m'indiquaient hier soir être quelque peu  inquiets pour l'affluence ce soir, l'effet attractif spécial Möller n'étant ce samedi plus à l'œuvre.


         A mon arrivée, effectivement, il n'y a pas grand monde : une vingtaine de personnes tout au plus qui attendent patiemment l'ouverture des débats, soit donc le mystérieux Mein Sohn William, qui s'était le soir d'avant lui-même recommandé (démarche qui, alors, était une première pour moi...).


         Souhaitant tenir parole, je pénètre rapidement dans la salle de concert, où rien n'est encore parti, mais où du matériel est posé en plein centre : un cercle de pédales sampleurs, d'effets, de DI et même une petite boîte à rythme, encerclent une guitare électro-acoustique et un simple micro, le tout entouré en triangle de trois amplis différents.


         Je reste donc à rôder autour, en attendant la suite, Clem venant me confirmer que c'est le matos de Dorian (le prénom civil du Mein Sohn), qui va donc faire son set au milieu du public. D'ailleurs, le voilà qui arrive, allume tout son bazar et accorde sa gratte tandis que les gens arrivent. Au début, il n'y a pas vraiment foule, une dizaine de personnes plutôt curieuses du truc, qui viennent se placer autour du fameux cercle, certains en face de lui, d'autres sur les côtés, un certain nombre enfin carrément dans son dos.



         Ça semble débuter de façon assez brutale quand le bonhomme soudain se déchaîne sur ses cordes dans un morceau simpliste de folk ultra-violent... Qui stoppe net brusquement, et dont il nous explique qu'il sert en fait de test pour la résistance des cordes, qui avec lui, dit-il, ont tendance à péter, mais devraient tenir, là, si elles ont supporté ça. Il a raison, elles vont tenir le choc, même s'il est aussi vrai qu'elles vont durement souffrir, le dit Mein Sohn William les maltraitant gravement durant ses morceaux, son jeu à la guitare étant limite brutal.

         L'ambiance est donnée : nous sommes en face d'gaillard plutôt jeune (environ vingt cinq ans, mais il en fait plutôt dix huit), avec sens de l'humour bien space, et venu là pour un show, qui s'annonce pour le moins comme étrange.


         Le concert va donc pouvoir commencer, un public, étonnamment nombreux pour cette heure (avec une nuées de petites jeunes filles nubiles, tout ce qu'il y a de croquignolettes, fait assez rarissime dans ce genre de soirées), s'entassant maintenant dans la salle du Mondo.


         Et ils ne vont pas le regretter, car si ce qu'il va jouer est certes plutôt barré, c'est une grosse claque musicale qu'il va nous asséner, genre OVNI radical, dans un style spécifique qui n'appartient qu'à lui.



         Pour situer, globalement, sa musique est basée sur des riffs à la folk, joués souvent à l'arrache, qu'il sample, sur lesquels il rejoue, puis qu'il resample, auxquels il ajoute des sessions de voix, parfois encore samplées, avec par moment des passages de rythmiques bien tribales jouées suer le corps de sa guitare qu'il frappe avec un archet, tout cet ensemble formant peu à peu dans des chansons étranges, avec dans certains cas des bouts joués en accéléré, des breaks plus que bizarres, des jeux d'effet sur la voix, du folk de déjanté ou de l'émotif primal, avec même de temps en temps des bribes de boîte à rythme, et lui au milieu de ça, gérant tout son bordel, jouant comme s'il était possédé, moitié tordu en deux, avec des vocaux terribles qu'on diraient souvent sortis direct des tripes, et qui vous saisissent net, sans jamais vous lâcher.  En bref, un sacré souk, melting pot improbable, le genre de nouveau  truc qu'on ne découvre que rarement, sampling façon Matt Elliott, en moins triste et plus destroy, bricolage par moment à la Beck des débuts, passages émo intenses presque façon Current, ou même des sessions vocales presque Shakespeare en plein air, qui vous coupent bien la chique tellement le gars les vit (avec, pour ne rien gâcher, une putain de belle voix). Et à côté de tout ça, du gros foutage de gueule, des passages d'interlude au 23ème degré, des riffs accélérés façon zique mexicaine, une fausse chanson d'amour, un hymne pop saccagé, ou une présentation genre borborygme débile, qui après avoir été samplé, et repassé à l'envers, constitue finalement cette annonce : ' Bonsoir ! Je suis Mein Sohn William. Merci d'être venu !' Le Dorian est d'un bout à l'autre dans son trip, habité par sa musique, mais ne perdant jamais, le morceau achevé, un bon humour débile et bien second degré. Les tracks eux-mêmes ne ressemblent à rien de très connu, la prestation est carrément intense, c'est du puissant, splendidement joué, vraiment  la grande grande classe, et en sortant du truc, on n'en revient toujours pas. Ce gars-là a tout compris, et son set , c'est de la balle. S'il continue comme ça, on va en entendre parler, et plutôt trois fois qu'une ! Une grosse gifle dans un style absolument à lui, original et totalement unique, comme on n'en croise pas souvent, surtout chez quelqu'un de son âge. Donc, là, un seul message, Mein Sohn William : Respect !!!...



         Passée cette excellente surprise (goûtée de façon quasi unanime par tous les gens croisés durant la nuit), qui lance cette deuxième soirée sous les meilleurs auspices, on constate que le Mondo est quasiment bondé, et qu'il y a au moins autant, sinon plus, de monde que pour le soir d'avant. Excellente nouvelle donc pour les organisateurs, et qui prouve qu'il est encore possible de rameuter du monde à Roazhon pour des putains de soirée rock'n'roll déviant.


         Après quelques échanges et commentaires, il est temps de retourner sur le front pour aller voir le deuxième projet de ce soir, le quatuor rennais Néron, annoncé sur le fly comme étant à la frontière du jazz, de l'impro et du rock progressif. Le groupe se compose d'un batteur, au jeu d'ailleurs assez valable, d'un bassiste, d'un gratteux et d'un homme doté d'un double clavier, genre de Ray Manzarek new style, qui reste celui (et de loin) qu'on entend le plus dans ce combo. Les premiers morceaux sont très jazz-rock seventies, avec de grosses nappes de synthé mélodiques, qui, il faut bien le dire, ne sont vraiment pas ma tasse de café. Pourtant grand fan des Doors, j'ai là beaucoup de mal avec ce côté orgue Hammond sirupeux, même si les musiciens semblent assez doués, et que certains passages peuvent être assez corrects. Le tout manque quand même grandement de véritables envolées, et reste de la musique technique, bien jouée, mais manquant franchement d'âme et d'unité réelle. Sur la fin, leur claviériste se calme, passe à des sons plus sobres, et on a des passages jazz-rock loin d'être désagréables (notamment au niveau rythmique, simple, mais avec des parties de batterie nerveuses et plutôt subtiles), même si on navigue dans leurs morceaux sans trop savoir où l'on va, par défaut de relief et manque d'intensité.


         En bref, pas trop mon style, Néron, en tout cas pas ce soir-là, mais loin toutefois d'être nul et largement supportable (pas d'envie trop pressante de se barrer illico au bar). Ils sont assez chaleureusement applaudis, par un public nombreux, et semblent avoir quelques vrais adeptes, ce qui semble montrer que mon point de vue est sévère et pas trop partagé (même si quelques rockeurs de ma connaissance  n'ont, eux, pas pu supporter plus de quelques minutes). Les coups et les douleurs... En bref de la musique à suivre pour ceux qui aiment le jazz-rock old school bien propre, mais pas à conseiller pour les fans de brutal ni à ceux allergiques aux mélopées de synthé. Dans le genre un peu jazz, j'ai préféré Fago Sepia, nettement, mais bon, évidemment, cela n'engage que moi !...        


         Petite virée ensuite dans le jardin du Mondo, rempli de hordes sombres de fumeurs maladifs, et quelques coups plus tard nous revoici enfin, prêts pour les têtes d'affiche internationales du week-end, les australiens de Scul Hazzards, déjà passés par ici il y a quelques mois, et auteurs, nous dit-on d'un excellent concert, auquel, malheureusement, je n'aurais pu assister. Séance de rattrapage, donc !




         La salle est tout ce qu'il y a de pleine, et le public bien chaud quand débarque sur la scène le trio de Brisbane, et que, sans plus attendre, ils envoient la saucée. Autant le dire, après deux jours de musiques assez alambiquées (si ce n'est peut-être Rotule, eux aussi assez brutaux et bien basiques), on change maintenant complètement de registre. Le trio joue un genre de punk noise ravageur, tout en attaque directe et en style offensif. Pas de fioriture, c'est de l'arrache à l'ancienne. Retour aux temps glorieux de la noise des nineties, façon premiers Shellac, Hammerhead ou Headbutt, le rock'n'roll furieux qui sévissait alors.


         Leurs chansons ont de l'élan et tapent où ça fait mal : de la musique urgente, sans trifouillis techniques. Un batteur bûcheron avec une bonne barbouse, qui tabasse ses fûts comme on fendrait des bûches, une matrone à la basse, bien portée sur l'alcool, qui assure la rythmique avec un son énorme, et là-dessus, un gratteux, avec disto bien grasse, qui pilonne ses accords ou part en solo noise, bien crades mais addictifs, et pousse la chansonnette, ma foi, avec succès. Le tout nous donne une suite de purs tubes punk'n'roll, dans la bonne tradition, sauvages et efficaces en diable. A l'australienne, pourrait-on dire, loin de certaines fioritures, parfois bien inutiles, des groupes civilisés. Ça déboîte assez sec, et le public les suit, ravi de cette fraîcheur brutale et sans apprêt, avec de bons lyrics qu'on peut reprendre en cœur, dans le pur élan punk, comme le fameux 'Play something hard, That we can fight !' d'un de leurs hymnes.


         Rien d'autre à rajouter. Le groupe aligne les tracks comme un bolide sans frein, avec un  son massif qui arrache tout ce qui passe et donnerait bien envie de lancer un pogo.


         Trois excellents rappels, et les voilà partis, acclamés par les fans et la plupart de la salle. Certains auront trouvé cela un peu répétitif, manque de subtilité, trop toujours la même sauce. Ce n'est pas totalement faux mais pour moi, dans l'instant, c'est juste ce qu'il fallait pour boucler ce week-end, et clore ce festival sur du bon vieux bourrin. Longue vie aux Scul Hazzards et au Rumble Theory !!!...   




En écoute :

-         Fago Sepia : Une vieille démo de 2004, et surtout un premier album L'âme sûre ruse mal, sorti en 2006 et plutôt bien accueilli. Infos sur 

-         Rotule : 4 morceaux bien solides (sans voix ni trop d'électronique, toutefois) de nos amis brestois sur le myspace de leur groupe .

-         Möller Plesset : En attendant de la future sortie, toujours en (lente) préparation (peut-être un EP en vinyl ?...), nous ne saurions toujours trop recommander les deux premiers opus du gang : Rather Drunk Than Quantum (K-Fuel Records 01) et The Perturbation Theory (Perte et Fracas - Loose 01), déjà chroniqués depuis longtemps dans ces colonnes.

-         MEiN SOhN williAM : 4 bons morceaux du prodige local (et quelques très bons dessins) 'en attendant l'album' comme il le dit lui-même sur son myspace où il se définit comme New Wave / Folk /Comédie. Why not, Mister Janvier ?

-         NéRon : Pas encore de disque, mais 5 morceaux pour le quartette de Quimper sur leur myspace 

-         Scul Hazzards : Après 2 EP et un 7'' sortis en 2006-2007, 1er (et bon album) de punk noise des australiens, Let Them Sink, sur le label français Rejuvenation. Qu'on se le dise !!!  


By NoWay
(photos n&b du concert par
Rémi Alèm Goulet)
Par Klub des Krasheurs - Publié dans : NoWay - Communauté : Les krashbloggueurs
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