Lenvers du décors : lAmérique de Chuck Palahniuk

Chuck Palahniuk, l’auteur de Fight Club (pour les titres, en italique, on repère mieux ; bon, même si ici c’est pas trop grave, tout le mnode connait). C’est surtout ainsi qu’on le connaît ici en France, pour l’instant, même si son nom commence à être reconnu pour certains de ses autres livres.
Ce n’est que justice car après un peu plus de 10 ans d’écriture et 9 ans après la parution aux Etats-Unis de son premier roman Fight Club, devenu livre culte après la sortie du film, Palahniuk s’est (mets le verbe prêt du participe passé, j’ai eu du mal à comprendre la phrase) en 7 romans (6 traduits pour l’instant en français) et 2 livres de témoignages et de reportages (ici, tu mets le « s’est ») taillé une place bien à part dans la littérature américaine, et bientôt dans la littérature contemporaine.
A la limite du polar, de la science-fiction et du fantastique, selon chacun de ses écrits, celui à propos duquel Bret Easton Ellis déclarait il y a peu : « Peut-être notre génération a-t-elle trouvé son Don DeLillo » (ce qui n’est pas rien !), est surtout le révélateur à l’acide des dessous de la société américaine, de ses façades dorées (« et » ?) de ses golden boys. Car Palahniuk est de fait un écrivain du réel et un écrivain terriblement contemporain, qui accumule et met de côté un nombre hallucinant de faits, de détails, d’informations sur tous les aspects, y compris les plus triviaux, de notre monde et de l’activité humaine dite moderne, qui sont les véritables témoignages de nos vies d’occidentaux, leurs véritables symptômes. Il les accumule, tel un zoologue du genre humain, les réunit, les croise, et en fait des peintures alternatives, apparemment absurdes et décalées mais de fait incroyables ET vraies, de notre univers, du chaos et de la folie, mais aussi du génial et du bizarre cachés derrière les apparences policées de notre société de consommation bien ordonnée. Et il appuie là où ça fait mal : le gâchis, la souffrance, le néant derrière le mur de carton-pâte de l’habitude et de l’évidence, de ce que l’on a appris à considérer comme allant de soi. Et c’est au milieu du portrait glaçant de notre univers perçu selon ce nouvel angle, monde détraqué en chute libre vers le vide, qu’il met en scène ces barjos, ces désespérés, ces exclus, marginaux extrêmes aux yeux ouverts qui tentent de trouver une voie ou juste de se sauver de la mort ou de la folie, qui sont les personnages principaux de ses livres.
En complète rupture de ban avec la normalité, le monde social, ce sont les incarnations, les révélateurs et parfois les antidotes à ce qui les entoure, c’est à dire notre monde post moderne, si attrayant regardé de loin, si attractif quand la pub le vante. Que ce soit le travailleur insomniaque de Fight Club qui se pousse lui-même à la folie pour échapper à sa vie, le dernier survivant (dans le livre du même nom) d’une secte millénariste devenu star médiatique détournant un avion de ligne, le garçon aux prises avec sa mère psychpathe (psychopathe), simulant l’étouffement pour payer ses repas (Choke) ou une jeune fille dont les traits sont détruits à jamais, lancée dans une virée sauvage avec quelques autres freaks, les héros (?!) de Palahniuk sont des êtres en dérive qui ne peuvent se sauver (physiquement, moralement, spirituellement même peut-être) qu’au contact du pire, en se dénuant de tout. C’est dans l’extrême faiblesse, voulue ou subie, dans une forme plus ou moins volontaire d’autodestruction qu’ils trouvent une liberté, ou au moins un espace de vie. Rebus du monde moderne, produits typiques de notre mode de vie, ils se construisent eux-mêmes en abattant des murs, dehors et dans leur propre crâne, à la recherche d’un rôle, d’une vie qu’ils pourraient assumer, à la recherche d’une âme qu’on a oublié de leur donner, ou de leur vendre.
Réflexion trash sur le monde moderne, personnages extrêmes, narration éclatée et incisive, humour noir au vitriol et esthétique du désespoir : tels sont quelques formules qu’on peut coller à ses livres, sans parvenir à en saisir le cœur, en définir l’essence, sans vraiment situer d’où vient la claque, le début de nausée ou l’émotion profonde qui naissent de ses meilleures pages.
Chuck Palahniuk, journaliste de formation, puis mécano pour payer ses fins de mois, est né en 1962 et n’a commencé à écrire qu’à l’âge de 30 ans, n’étant publié qu’avec son deuxième roman écrit, Fight Club, en 1996. Succès critique et d’estime, il ne se vend qu’à 5000 exemplaires la 1ère année. 3 ans plus tard, l’excellente adaptation de David Fincher pour le cinéma en fait un livre culte et un best seller. Depuis, 6 nouveaux romans, dont le dernier, Haunted, est sorti en Juin aux USA, un livre non traduit sur la ville de Portland, où il vit, et un recueil d’interviews et d’articles improbables qui vient de paraître en français (Le festival de la couille et autres histoires vraies). Dans tous ses livres, à des degrés divers, la lucidité, la vision et le style, noir, tranchant, rapide, et une ironie qui frappe à rebours, qui glace.
Chuck Palahniuk a 43 ans, il vit dans l’Oregon avec ses chiens, et c’est l’un des jeunes auteurs américains les plus novateurs, et les plus puissants.
Les œuvres de Palahniuk : - Fight Club (1996) : son deuxième roman écrit, et son premier publié, maintenant culte. Livre coup de poing, vicieux et agressif. Le monde moderne sous un nouvel angle, et les recettes pour l’attaquer. Immanquable et férocement drôle.
- Survivant (1999) : Comment passer d’homme de maison à tout faire à celui de star des médias, puis de pirate de l’air s’apprêtant à se crasher. Encore une construction diabolique et une histoire qui fonce droit dans le mur, avec le lecteur. Immanquable compilation de recettes improbables et d’astuces pour toutes situations (relever un plat trop fade, enlever une tache rétive, reboucher discrètement un trou…).
- Monstres invisibles (1999) : Peut-on encore vivre quand on a été une beauté et que son visage est maintenant un chaos momifié digne des pires films d’horreur ? Oui, en partant en virée avec une bande de freaks à la sexualité hors-norme qui vous emmènent jusqu’au bout du cauchemar, ou du rêve. 1er livre écrit par Palahniuk. Un des plus bruts, et des plus viscéralement touchants.- Choke (2001) : Un enfant inadapté, une mère nymphomane et psychpathe (psychopathe) , la simulation d’étouffement comme mode de vie. Bienvenue dans Choke, 4ème roman de Palahniuk, un des mieux construits, des plus ironiques et des plus (« un des mieux ») maîtrisés.
- Lullaby (2002) : Quête au travers d’une Amérique telle qu’on ne l’avait jamais lue des exemplaires d’une comptine mortelle par 3 hurluberlus qui se supportent peu. Du bon Palahniuk (sans être le meilleur) pour ce road-movie improbable qui dérape dans le fantastique. Se dévore sans escale.
- Journal intime (2003) : le dernier de ses romans, tout juste paru en français dans l’excellente collection de Gallimard La noire. Hautement recommandé par nos services et nos sources occultes, même si on ne l’a pas encore lu. Achetez-le maintenant et coiffez le KrashWar sur le poteau !- Le festival de la couille et autres histoires vraies (2004) : Titre assez hallucinant pour ce recueil d’interviews (dont celle de Marilyn Manson) et d’articles étranges dont le titre original était : Stranger than fiction : True stories.Peut-être une tentative d’appâter le public de Bigard et de Patrick Sébastien ?… Pas lu non plus mais on (?) nous dit que c’est du tout bon, et le pire, c’est qu’on les croit (??). Prouvez-nous qu’on a tort en le lisant, en le détestant et en nous insultant sur krasheur@gmail.com.
En anglais : - Fugitives and Refugees : A Walk In Portland, Oregon (2003): Visite wildside de Portland, la ville des outlaws et des marginaux avec Chuck comme guide touristique. On embarque !
- Haunted (2005) : Le dernier Palahniuk, tout juste sorti aux USA. Histoire d’amour apparemment aux petits oignons (d’après les lecteurs US). On l’attend de pied ferme.
Les films : -Fight Club (1999) : Adaptation magistrale du roman par
David Fincher (Seven, The Game…) avec les excellents Ed Norton, Brad Pitt et Helena Bonham Carter (entre autres). Film-tunnel, manipulateur et radical, avec une fin apocalyptique (différente de celle du livre) orchestrée par les Pixies. Un choc.De nombreux autres projets d’adaptation étaient, et pour certains sont toujours prévus, mais le Twin Tower shock du 11 Septembre a refroidi les vélléités des producteurs quant aux versions cinéma des œuvres du grand Chuck. Bizarre !? On en reparle bientôt.
(Cadeau de yanniG: 30 secondes de Where is my mind des Pixies sur l'image du film)
Par-delà tout ce que cet homme considérait comme normal, quelque chose d’horrible venait d’arriver (Fight Club).
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