Lorie et la poupée
Lorie et la Poupée.
Lorie avait trois ans et aimait jouer à la balle dans le parc,avec la Maîtresse. C'était ce qu'elle préférait. Car il fallait aussi travailler, dans la salle des poupées. Mais Lorie travaillait bien dans la salle des poupées, et la Maîtresse la récompensait toujours avec des sucreries. Il y avait la Maîtresse et d'autres grands au centre. Mais les autres grands ne voulaient jamais jouer avec elle. Et bien tant pis. Ils n'avaient pas de sucreries, de toute façon. Ils étaient comme les poupées, mais avec d'autres odeurs et ils bougeaient. Il valait mieux jouer avec la Maîtresse et les poupées. Bien sûr la Maîtresse la grondait parfois, mais plus très souvent. Elle avait compris. Elle demandait pour faire pipi et caca.
La vie continuait, active et studieuse.
Un jour, il y a eu plein de grands qui sont venus. Et il y en avait un qui sentait comme les poupées. Alors Lorie alla jouer avec. Mais la poupée était méchante et fit mal à Lorie, alors Lorie cassa la poupée. Mais elle n'eut pas de sucreries. A la place, la Maîtresse tua Lorie.
"Ma fille, bordel, cette chienne a bouffé ma fille!
-Monsieur le ministre reprenez-vous. La caméra..."
Heureusement les attachées de presse étaient déjà à l'oeuvre et brieffaient afollées les journalistes, en louchant vers le cadavre du chien et le beau corps geignant de la fille du ministre. Les journalistes, bons chiens de garde choisis pour leur dressage complaisant, ne pipaient mot. Leur regards évitaient à la fois le staff médical, le cadavre encore tressautant du dogue malinois, la maîtresse-chien aux yeux rougis, taser puissance max encore en main et le décor de mannequins suspendus, habillés racaille, tels les vrais dealers et consommateurs de drogue, version TF1.
Mais des journalistes, il y en avait sans doute encore qui pensaient. Et c'est bavard, un journaliste.
Donc:
Lors de la visite préélectorale d'un programme novateur de dressage de chiens anti-drogue génétiquement modifiés, Lorie, la vedette canine malinoise à l'odorat exceptionnel avait mordu le nez bien poudré de la photogénique fille du ministre, accompagnant son père en déplacement promo.
Etouffable, mais tout juste.
Sabine Bathory de Pinville, la belle mannequin bien née, étudiante en sciences-éco, défigurée, ne ferait plus la couverture de ELLE de sitôt.
"Toute ma comm sécuritaire à repenser. Mais j'ai bien fait de ne pas passer hier", pensa le ministre Bathory de Pinville en reniflant.
