Désirée la négresse (2éme partie)

Publié le par POUM

pour lire la première partie, cliquez ici  sur l'image    Le Marcel, lui, il ne croyait pas trop en Dieu. C’est pas qu’on lui avait pas appris à la messe que le bon Dieu lui mettrait un bon coup de pied au cul si il déconnait, mais en fait c’était un peu trop abstrait pour lui. Même un vieux barbu sur un nuage, c’était trop compliqué pour son imagination. C’est pas qu’il était con, Marcel, non, seulement un peu simple. La seule chose qui l’intéressait vraiment à l’église, c’était le vélo du curé. S’il avait vraiment du mal à s’imaginer la multiplication des pains du chiard, il se rêvait souvent, enfourchant la bicyclette au guidon piqué de rouille au fond de la cour et filant sur les routes, partir à la découverte du vaste monde.
Son père ouvrier charpentier et sa mère bonne n’avaient bien sûr pas les moyens de lui offrir. De plus, ils doutaient fortement des capacités du bienheureux à se servir de l’engin. Et Marcel devait se contenter de rêver de cette mécanique grinçante.
Mais ce n’est pas parce qu’il ne croyait pas en Dieu que le bon Dieu, lui, ne croyait pas en lui.
Il fallait des circonstances exceptionnelles pour qu’on laisse Marcel tenter l’aventure, et la seconde guerre mondiale fut sa chance. Comme beaucoup d’autres, Marcel, dans cette époque bénie, put réaliser enfin son fantasme. A Evreux, le ravitaillement devint vite difficile pour les petites gens.
Le curé apprit à Marcel à faire du vélo, pour qu’il puisse aller chercher des topinambours. Le Marcel, il était tout bien content sur son vélo, ce qui l’emmerdait, c’était la remorque qu’il devait tirer. Le curé et ses parents aussi étaient bien contents. Le gamin développait des mollets de breton, et ramenait de plus en plus de victuailles. Le curé les vendait à ses ouailles et partageait les bénéfices à son avantage avec les parents du neuneu.
Mais tout a une fin, et à la libération, ce petit commerce périclita assez vite. On allait trouver un autre usage aux jambes de Marcel. La vie normale reprenait son cours et les premières courses cyclistes s’organisaient déjà. Le curé l’inscrivit à une course et Marcel la gagna. Le prix était un vélo américain flambant neuf. En six mois il en remporta trois autres. Avec ces victoires, d’autres que le bon Dieu se penchèrent sur lui. Un propriétaire d’équipe d’abord, qui l’engagea pour épauler son futur champion breton qui roulait toujours seul vers l’arrivée. Et puis la trop belle Arlette.
Elle avait vingt-six ans et elle n’était pas normande. Non, Arlette était lyonnaise, et ça se voyait tout de suite qu’elle était de la ville. C’était la grande classe débarquée dans l’étable. Elle racontait qu’elle avait été infirmière dans un hôpital pendant l’occupation.
Infirmière elle l’était bien, mais à la Kommandantur où elle officiait en tant que surveillante des tortures. Son rôle était que les prisonniers ne meurent pas trop vite et qu’ils puissent parler. A la libération, il lui avait fallu teindre ses cheveux pour ne pas se faire tondre, et quitter la ville pour ne pas s’y faire fusiller. Elle s’était forgée de solides relations dans les fêtes que ne manquait pas d’organiser la SS, et c’est un ami évêque qui l’envoya à Evreux chez un camarade curé. Elle avait besoin de se faire oublier, de changer d’identité : le mariage avec Marcel fut une formalité.
Peu intéressé par la chose, le Marcel ne fit aucune difficulté à faire chambre à part dès la nuit de noce. A la Kommandantur, Arlette avait affiné ses goûts en matière de sexe, et si elle ne supportait plus qu’un homme la touche, elle aimait les soumettre, quelle qu’en soit la manière. En cela Marcel était prometteur.
 
Et Désirée dans tout ça…
Désirée donc, lavée vite fait, langée de blanc, dormait dans un berceau réservé aux nouveaux nés dans l’orphelinat d’Evreux. Autour d’elle s’affairaient les infirmières. Le cas de la petite excitait leur curiosité. Faut dire qu’on n’avait jamais encore vu ça par ici.    Et si certaines s’inquiétaient de l’anatomie de la petite noiraude, regrettant que ce ne fut un garçon, d’autres pariaient sur ses capacités intellectuelles, qu’on n’imaginait pas plus élevées que celles d’un singe. Le directeur vint lui-même constater la pigmentation de sa nouvelle résidente. 
Ayant été médecin dans les colonies, il avait bien sûr côtoyé beaucoup d’hommes de couleur, et, bon chrétien, mais charitable quand même, au bénéfice du doute leur avait octroyé son amitié. Ainsi il sut rassurer les infirmières, leur démontrant lui-même en la changeant que mise à part sa couleur, elle n’était pas différente d’un bébé blanc. Désirée, bien sûr, dès le début de la manipulation, se mit à brailler, et il put aussi lui donner le biberon, ce qui finit de dissiper toute crainte.
Elle devint vite le centre des conversations de tout l’orphelinat, et chacun trouva un moyen de passer au moins une fois devant son berceau. Bien sûr certains ne pouvaient s’empêcher de s’étonner devant ce petit être plus proche d’une guenon sans poil que d’une petite fille, mais dans l’ensemble tout le monde la trouvait amusante. En trois mois, elle devint la mascotte de l’orphelinat.
Cela aurait pu durer bien sûr, si le bon Dieu n’avait eu l’imagination fertile. Et l’orphelinat reçut la visite de Mr et Mme Marcel Mordec.
 
Arlette avait réussi à se fondre dans la masse. Elle s’était mariée avec un cycliste souvent parti en course, ce qui lui donnait un certain statut social. Avec l’aide du curé, elle passa vite pour une jeune grenouille au sein de la paroisse, et fut prise en main par quelques vieilles âmes charitables du quartier. Quand on lui demandait avec insistance quand elle se déciderait à donner un enfant à son homme, elle répondait sur le ton de la confidence qu’elle était stérile après avoir été torturée par les allemands. Sa compassion finit par suinter de partout autour d’elle, il lui fallait capitaliser cette manne : l’adoption paraissait la touche finale à son personnage de sainte.
Il ne fut pas nécessaire de convaincre Marcel. Depuis le début de son mariage, il s’était bien habitué à sa vie domestique. Bien sûr il faisait de menus travaux, comme la vaisselle, la lessive, le ménage, les repas. Il préparait toujours un repas pour sa femme, qu’elle mangeait seule dans le salon en lisant l’évangile, puis pour lui, invariablement, se faisait cuire une tranche de mou qu’il accompagnait de légumes abîmés qu’il n’avait pas le droit de servir à Arlette. Il ne parlait jamais à Arlette, car il n’en avait pas le droit, et d’elle ne recevait que des ordres.
Evidemment, il n’avait jamais pensé à se plaindre, et le curé lui avait bien fait la leçon, lui expliquant qu’un bon mari devait toujours obéir à sa femme.
De toute façon il avait toujours obéi, et c’est pour ça qu’on l’aimait. Au sein de l’équipe, il ne discutait jamais non plus, et avalait tout ce que lui donnait le médecin.  
Le jour où Arlette lui dit de s’habiller pour aller adopter un enfant, il s’habilla.
Arlette avait été recommandée auprès du directeur par l’évêque d’Evreux, à qui le curé l’avait lui-même présentée.
Il leur fit visiter son établissement. Arlette voulait un enfant le plus jeune possible ; il l’emmena à la pouponnière.
Elle passa devant les sept ou huit poupons roses qu’on lui présentait, et ne pouvait que constater son manque d’instinct maternel. Dégoûtée par les monstres, elle s’imaginait la tâche ingrate qu’allait être l’éducation d’un enfant, même secondée par Marcel, et elle passait de l’un à l’autre sans savoir lequel choisir. Le directeur, se méprenant sur son hésitation, allait intervenir pour lui proposer d’aller voir dans un autre hospice, mais le bon Dieu fut plus rapide.
Persuadé que personne ne voudrait jamais adopter la négresse, le directeur la faisait toujours enlever de la pouponnière lors des visites extérieures.
Ce jour-là, l’infirmière qui la gardait avait oublié son hochet et revint le chercher en courant, tenant Désirée hurlante à bout de bras.
Dans l’esprit brumeux d’Arlette, le plan devint limpide. La petite négresse, c’était le beurre et l’argent du beurre. Plus charitable, tu meurs, et ses accointances passées devenaient insoupçonnables.
Il en fut décidé ainsi, et Désirée devint : Désirée Marie France Mordec.
C’était un dimanche, et le bon Dieu se dit qu’il en avait beaucoup fait pour un jour de repos.
By POUM
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D
Très jolie, seulement une chose a reproché, le mot négresse peut être considéré comme raciste, iul ne faut donc pas l'employer ! Mais sinon magnifique !<br /> Bonne continuation
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