TEKNOZ DEAD REPORT
‘SORTIE DEFINITIVE POUR LES FILLES’

Teknival à Carnoët (22) 25-26.06.05.
OK, on sait comment ça s’est fini, dead on arrival, quelques gueules en berne pour montrer que la jeunesse hédoniste n’en a pas que rien à foutre, et la queue longue et basse des festivaliers sur le retour pour cause de contrôle policier - pour une fois - justifié, bien que probablement inutile. Au moins j’ai pas la télé, j’achète pas Ouest-Torche, et surtout je parle pas aux gens, ce qui m’évite les probables dégoisages sans fin sur l’irresponsabilité de la jeunesse bla bla bla – la dite irresponsabilité augmentant proportionnellement à la quantité d’agents de l’ordre chargés d’encadrer la dite jeunesse, semble-t-il. OK, laissons la mort aux morts et ceux qui s’en nourrissent, et parlons de la vie parce qu’il y avait quand même quelques milliers de vivants (?) là-bas, dont nous, tout occupés à nier l’entropie généralisée.
Pour avoir été l’année dernière à Scaër et avoir pu humer l’odeur de charogne de ce pseudo-tekos, j’étais pas follement emballé à l’idée d’aller prendre ma place dans le rang encore une fois, surtout au vu de la sécheresse de mon porte-monnaie. C’était compter sans Monsieur Honk et Comte Zero qui m’ont fait miroiter le séjour aux frais de la princesse, véhicule avec chauffeur, alcool à gogo etc… C’est donc une putain de fine équipe chargée ras la gueule de bectance, buvance, chien, vinyles choisis qui s’en prend la route de Carnoët, sous un ciel plutôt douteux.
Dès la mi-parcours, la couleur est annoncée : ce sera bleu, et toutes ses nuances ! Le poste-frontière de Loudéac vous accueille, contrôle, papiers, descendez, et enlevez les mains de vos poches… N’ayant rien d’autre à nous reprocher que notre bonne humeur, nous repartons sans dommage, plus légers d’un joint de weed et quelques champis mais toujours riches de notre amitié et de la confiance en l’avenir qui nous caractérise. L’arrivée sur site est plus chaotique malgré les bonnes volontés locales, les gendarmes semblant prendre un malin plaisir à faire tourner les voitures quelques kilomètres de plus avant de pouvoir accéder aux champs-parkings - retournement exact des tactiques utilisées contre eux par les organisateurs de teufs il y a quelques années, où les chemins détournés servaient précisément à les perdre eux, foutus pandores… Bonne surprise en arrivant, l’endroit est agréable, vallonné et immense (plusieurs champs), mais propice à une bonne orientation la nuit venue. Forcément beaucoup de sons, forcément beaucoup de monde, forcément l’air est imprégné de poussière, d’une surcharge de drogue généralisée et de tekno gratuite (même pas deux francs, non). Comme d’hab’ quoi, mais on s’en fout un peu, on cherche le son des potes – comment ils s’appellent déjà ? – ah coup de bol on les trouve direct, c’est marqué dessus : L’Eclectic.org, nous y voilà (gaffe les pompiers, évacuation d’un gars en plein collapsage… ambiance, ambiance…).
Quelques bières et whiskies plus tard, voilà la nuit qui tombe, la battle des strobes, projos, spots et loupiotes diverses commence, c’est le moment pour lancer une exploration méthodique – méthodique ? ben oui : autant prévenir tout de suite, errer toute la nuit en ayant perdu mes compagnons, mon alcool, mes disques et ma voiture, merci bien, alors c’est tourner en gardant toujours le tekos à gauche, jusqu’au retour à la case départ… Ceux qui s’offusqueraient d’autant de rationalisme dans un teknival se trompent d’année : bien longtemps que le chaos a fui les champs boueux, à coups d’arrêtés préfectoraux et de règlements intérieurs (authentique !)… d’ailleurs personne n’est dupe, comme en témoigne l’absence de sons étrangers (les légendaires travellers tchèques), nationalement et musicalement parlant. De toute façon, peu d’invitations sonores à dévier ma route, de temps à autre une tentative de rapprochement, une méprise de plus. J’ai le vague espoir de trouver les K-Bal, peu susceptibles, eux, de balancer de la hardpouët toute la nuit comme s’ils en chiaient… Las ! Succession sans fin de débauches de structures, de décos, de lights – voire des sound-systems bien imposants – mais intérêt zéro, la foire à neuneu encore et toujours, et ses assemblages audacieux de pourriture noble et de clinquant de foir’fouille peinturluré… Au moins quelques ricanements dus aux noms des sound-systems, orgies de lettres compte-triple sur banderoles fluo... Finalement la boucle est bouclée, échec de ma recherche, tant pis… J’apprendrai au matin la probable présence des horribles La Peste, Mouse et No Name sur le son des K-Bal, excusez du peu, pour cause de soirée privée la veille avec tous les sus-dits plus Neurocore et Lawrencium… Les gars, vous vous demandez où sont les bonnes soirées, ne cherchez plus : les musiciens ont définitivement abandonné le concept de public, et ne jouent plus qu’entre eux et pour eux (ça nous apprendra). Donc bien déçu d’avoir raté le seul truc (probablement) correct du tekos… avec la prestation du Krashtest Krou of course ! Quatre heures de mélanges sonores (et alcoolisés) sur le son de l’Eclectic, repoussant les assauts répétés de la fatigue et de la médiocrité mêlées jusqu’au milieu de la matinée, avant de s’effondrer, qui de sommeil, qui de convulsions gastriques, qui d’abrasion mentale.
Quelques bières et une fille égorgée plus tard, c’est déjà le départ, et voilà tout. On a bien rigolé, on aimerait dire à l’année prochaine, mais j’ai la vague impression que l’organisation / autorisation d’un teknival dans nos contrées n’est plus à l’ordre du jour. Comme quoi le chaos fait toujours des siennes (jamais là où on l’espère, forcément), un seul psychopathe pouvant ruiner les efforts d’un grand nombre de bonnes volontés qui avaient réussi, malgré tout et malgré mes réserves habituelles, à concocter un tekos assez plaisant… Un grand merci à Denis, Amélie, Vince, Jean-Marie, Nins et les autres de L’Eclectic, c’était bien !
Groin-Groin, le 27/06/05