Sin City


Too Black, Too Strong : Sin City au cinéma. Ca y est il arrive: Sin City, l’adaptation de la série BD culte de Franck Miller (à qui l’on doit aussi les Ronin, Dark City et autres Liberty) au cinéma sort sur les écrans français le 1er Juin 2005, et l’on peut légitimement espérer au vu des premières images et du casting que le film sera à la hauteur. Avant de s’y intéresser, revenons rapidement sur la BD elle-même, ou plutôt les BDs (actuellement 6 volumes en français) qui constituent pour beaucoup (dont le KrashWar) le chef d’œuvre de son auteur, lui-même un des auteurs de Comics américains les plus novateurs et marquants des 20 dernières années, avec ses créations originales ou ses reprises de personnages mythiques revus à sa sauce (particulièrement Batman). Graphismes et découpages hors norme, univers sombres et visées politiques sous-jacentes sont parmi les marques de fabrique de Miller. Il réunit ces divers éléments et atteint le sommet de son art dans les années 1990-2000 avec la série Sin City dans laquelle il peint avec un graphisme sombre, brutal et surpuissant et un découpage de l’image totalement cinématique une ville décadente et dépravée, repaire du Mal où errent quelques âmes damnées tentant de survivre et de conserver un minimum d’humanité dans cet univers mortifère et oppressant. L’impact coup de poing et la profonde noirceur de l’œuvre fait immédiatement penser à de Ellroy (ce qui n’est pas un mince compliment !) tandis que sa maîtrise du graphisme et du rythme par le découpage et la mise en page en font une sorte de référence dans le domaine de l’efficacité et de la violence. Adapter cette œuvre pour le grand écran semblait donc loin d’être une évidence, même si le style même de la BD y incitait fortement, par la difficulté à retranscrire la puissance de l’univers graphique, la noirceur du scénario et à trouver une série de tronches qui puissent incarner celles de la série papier. On pouvait donc s’attendre au pire, et notamment une adaptation fade et sans réel intérêt, comme celle de l’excellente Ligue des Gentlemen Extraordinaires d’Allan Moore, un autre grand de la BD américaine. Sans présumer du résultat final, il semble que le film, réalisé par Robert Rodriguez (auteur entre autres de El Mariachi, Une Nuit en Enfer et des Spy Kids) assisté de Miller himself (ce qui rassure assez) avec un special featuring de Quentin Tarantino pour une des scènes, ne tombe pas dans l’écueil d’arranger ces BDs vénéneuses pour le grand public mais tente au contraire de garder au maximum la brutalité de l’original. Ainsi, les critiques anglo-saxonnes décrivent le film comme dérangeant et hyper-violent, et il est dans ces pays majoritairement interdit aux moins de 16, voire de 18, ce qui semble (étonnamment ?) être une très bonne nouvelle concernant sa valeur. Enfin, le casting est somptueux et à priori bien dans le goût des personnages de la BD, avec dans les rôles principaux Bruce Willis (ça devrait le faire, remember The Twelves Monkeys), Jessica Alba, Mickey Rourke (le retour de la bête !!), Benicio Del Toro (hello Dr Gonzo) et Rutger Hauer (l’incroyable répliquant Roy dans Blade Runner) entres autres. Cela peut être un coup de maître, on l’espère dans tous les cas. Rendez-vous donc pour ce film baroque et arraché le 1er Juin dans les salles.