Paranoïa dans la contre-culture : Théodore Roszak enfin en français.

Publié le par NoWay

 

 

 

Il est des engouements sans objet qui débouchent sur de réelles découvertes. Ainsi en est-il pour Théodore Roszak, romancier et théoricien de la contre-culture américaine dont l’avant-dernier livre, La conspiration des ténèbres, paru l’année dernière suite à la vague de romans-énigmes à la Da Vinci Code va peut-être attirer sur lui l’attention d’un public français qui semblait majoritairement l’ignorer.

 

 

Infiniment supérieur au livre de Dan Brown et à ses mystifications éhontées, le pavé de Roszak,, initialement paru en 1991 aux Etats-Unis sous le titre Flicker, mérite en effet toute l’attention, ce roman sur les manipulations par l’image et la puissance quasi-diabolique de l’illusion cinématographique sur l’esprit des spectateurs entraînant le lecteur dans une redécouverte des origines et de l’histoire du cinéma et des inquiétantes possibilités d’influence de ce média sur la psyché humaine. Fresque de plus de 750 pages centrée sur la vie et l’œuvre d’un cinéaste énigmatique et inquiétant, Max Castle, personnage fictif que Roszak semble au fil du livre incruster dans notre réalité et dans le cinéma de la première partie du siècle, La conspiration des ténèbres joue sur la fragile limite entre fiction et vérité et analyse avec puissance et érudition les possibles dérives et dangers du 7ème art quand on emploie de façon intentionnelle ses vertus hypnotiques et son pouvoir de fascination sur le public. Dense, bien écrit, profondément dérangeant de par ses implications et l’importance des questions qu’il met à jour mais dans le même temps non dénué d’un certain humour, ce thriller mettant en scène bien des grands noms du grand écran se révèle une des découvertes majeures de l’année précédente. Qualifié de « démoniaque » par Bret Easton Ellis (l’auteur d’American Psycho), cette œuvre étonnante va d’ailleurs d’ici peu faire l’objet d’une adaptation cinématographique (il fallait s’y attendre, vu le thème même du livre) avec au scénario Jim Uhls (à qui l’on doit celui de Fight Club) et à la réalisation un certain Darren Aronofsky, étoile montante du cinéma alternatif américain connu pour l’instant pour Requiem for a Dream (adaptation trash et glauquissime du roman de Hubert Selby Jr.) et le très spécial Pi. Du beau monde donc et un projet à suivre de près dans les mois qui viennent.

 

 

Roszak en tant qu’homme et qu’écrivain n’est pas moins étonnant que sa Conspiration (titre français bidon et censé accroché les adeptes de complots en tous genres) et à mille lieux du stéréotype de l’auteur de polars. Né en 1933, ce septuagénaire quasi inconnu en France jusqu’à ces derniers mois est un personnage et un auteur de grande influence outre atlantique. Essayiste, historien, sociologue et romancier, ce vénérable érudit qui enseigne l’histoire à l’Université de Californie et collabore régulièrement au New York Times est non seulement depuis 1975 un romancier d’importance (quasiment ignoré en France) mais est aussi une des figures majeures et un des plus importants théoriciens de la contre-culture américaine depuis près d’une quarantaine d’années. Fondateur de l’écopsychologie, tenant d’un « humanisme écologique » cohérent et dénué de tous clichés et de toute mièvrerie, Roszak est l’auteur de nombreux essais, notamment sur les impasses et les dangers d’un monde ultra-technologique et gouverné par la seule logique scientifique et matérialiste. Esprit libre, chercheur remarquable et observateur lucide de l’Amérique et du monde moderne, il a actuellement publié 18 livres, romans et écrits théoriques, dont seule une minorité est pour l’instant traduite en français. Souhaitons que cela change au plus vite, ce qui semble possible, les éditions du Cherche Midi semblant œuvrer pour diffuser ses œuvres dans notre vieux pays. Reste en attendant pour les lecteurs non anglophones à se procurer au plus vite les quelques ouvrages traduits dans notre langue (et pour certains assez délicats à trouver) et qui semblent pour la plupart excellents (le KrashWar, journal de la mystification et des réalités alternatives, n’hésitant pas à gloser à loisir sur des œuvres qui lui sont pour certaines inconnues… So what ?).

 

 

 

 

Les immanquables de Théodore Roszak en français : au niveau des romans, seuls 3 ont pour l’instant été traduits (à ma connaissance) :

 

 

 Puces (1982), un étonnant roman d’anticipation sur les catastrophes d’un monde entièrement informatisé. Bizarre et prenant.

 

 

 La conspiration des ténèbres (2004), déjà évoqué plus haut, et hautement recommandé.

 

 

 Le diable et Daniel Silverman (2005), son dernier roman, tout juste paru en français et qui s’attaque aux fondamentalistes religieux aux Etats-Unis et à la fracture morale de ce pays. A priori intéressant, mais pas encore lu par le KrashWar.

 

 

Pour ce qui est de ses essais, on mentionnera Vers une contre-culture (1970), L’homme planète (1980) ainsi que son récent brûlot anti-USA La menace américaine (2004).

 

 

De nombreux romans et essais de cet auteur remarquable n’ont pas été traduits mais le KrashWar ne saurait trop les recommander à ses lecteurs anglophones (s’il y en a  ?...).    

 

 

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Publié dans kicéké pas mort

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